• Posté par : Tom 6 mai 2017

    Chronique du nouveau roman, unique et émouvant, de Caroline Solé, une auteure plein de promesses !

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    Vous connaissez peut-être La pyramide des besoins humains dont j’avais parlé à sa sortie sur le blog ? C’était le premier roman de Caroline Solé dans lequel l’histoire de Christopher Scott, un héros marginal extrêmement attachant, nous happait dans une critique sociale pointue mais touchante.

    Ici, on part à la rencontre de trois personnages qui témoignent autour d’une triste affaire : un enfant a été retrouvé mort, avec dans sa poche la photo d’une actrice. Cette jeune actrice d’à peine vingt ans est devenue une super star et enchaîne tournages et promotions loin de chez elle et de la France. Sa maison, justement, est située juste en bas de l’immeuble de Cheyenne, une jeune adolescente dépressive qui ouvre le bal des interrogatoires. Elle va raconter sa vie et notamment ses vacances qu’elle passe seule à Paris. Pourquoi n’est-elle pas partie en vacances au bord de la mer avec le reste de sa famille ? Ça, on va l’apprendre très vite : elle veut se suicider. Mais alors qu’elle écrit son carnet testamentaire et qu’elle s’apprête à passer à l’acte, elle voit un jeune homme enterrer un enfant dans le jardin de la star… Et si c’était lui, l’assassin ?



    Ce roman chamboule à sa manière la littérature et notamment le genre policier. Avec son prologue court et percutant, sous forme de rapport de police, l’auteure fait une promesse au lecteur : ce sera un roman policier. Et pourtant, cette promesse n’est pas tenue. Très vite, alors que les personnages sont censés raconter les faits et ce qu’ils ont faits cette dernière semaine, semaine durant laquelle on a découvert le gamin mort dans le fleuve, ils tirent le fil et racontent en même temps leurs vies, leurs pensées, leurs difficultés et leurs tourments.

    Caroline Solé joue donc de manière très pertinente de ce contrat auteur / lecteur tacite à toute lecture. En effet, comme le dit si bien Augustus Waters dans Nos étoiles contraires, l'auteur n’a-t-il pas l’obligation de respecter ce que le lecteur lui demande (dans le cas du roman de John Green, une fin à Une impériale affliction) tant qu’il va jusqu’au bout du livre ?

    Caroline Solé renverse ainsi entièrement ce contrat. Non, elle ne tient pas ses promesses, non elle ne fait finalement pas de roman policier. On peut donc être perdus et se sentir floués (et c’est le premier sentiment que j’ai eu — « non mais, c’est pas un roman policier, ça se fait CARRÉMENT PAS, je me suis fait ARNAQUER ! »). Mais finalement, j'ai trouvé ça particulièrement génial.

    En fait, elle use d’un genre très codé, soutenu par la démarche de l’éditeur qui produit un résumé et une illustration de couverture assez codés aussi, pour le détourner et le ramener… à l’humain. En effet, j’en reparlerai juste après, les personnages sont alors détaillés, comme un pied de nez aux romans policiers aux personnages parfois caricaturaux, et prennent le temps de s’exprimer et même de se dire eux. Chacun montre par ailleurs de lourdes mécaniques sociales qui les enferment, les aliènent et dont chacun va devoir se défaire pour avancer.

    Preuve des codes du polar utilisés, la couverture a failli être jaune et noire :

    Peut-on donc vraiment dire que le contrat auteur / lecteur n’est pas respecté ? J’aurais tendance à dire que non : elle produit une œuvre unique, addictive, rythmée et sensible. Son contrat d’auteur n’était-il pas, tout simplement, de nous embarquer ? de nous faire ressentir quelque chose ? peut-être même de nous faire réfléchir ?

    À travers une intrigue qui tient en effet en haleine, on tisse le portrait de personnages qui vont devenir le centre névralgique de l’histoire : on ne veut plus savoir qui a tué l’enfant et pourquoi, mais qui sont, avec toutes leurs aspérités, ces personnages chamboulés par la vie. La jeune fille suicidaire reste, sauf peut-être dans la seconde moitié du roman, dans une grande caricature loin d’être nuancée de l’adolescence tourmentée: elle en devient rapidement peu attachante et surtout très difficile à lire. Mais les autres personnages qui prennent ensuite le relais sont, eux, très touchants, du fait de leurs nuances et d’une certaine justesse. Le garçon est notamment un personnage simple et presque naïf, mais très beau du fait de sa grande sensibilité (notamment par son œil cinématographique). Il pose d’ailleurs un regard très doux sur la première ce qui finit par nous la rendre sympathique (enfin). En fait, chaque personnage a sa voix propre, et c’est ce changement dans chacune des parties qui fait la grande réussite du roman. On écoute / lit réellement trois personnages différents et on s’y attache grâce à cette écrire qui sait donner des voix avec une grande pertinence.
    Et, en un sens, Caroline Solé n’a-t-elle pas tenu sa promesse ? Ce n’est du fait que des personnages d’avoir raconté ce qu’ils avaient à raconter. L’auteure ne fait que restituer ces trois témoignages livrés à la police où chacun d’entre eux se met, plutôt que de seulement se défendre d’avoir tué cet enfant, à raconter sa vie. Triple exercice de style intéressant qui signe décidément une belle promesse de Caroline Solé, autre que celle trahie dans ce roman : elle tracera, sans aucun doute, une superbe carrière littéraire. Une auteure à suivre, décidément.
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    Deux interviews de l'autrice à découvrir chez Lupiot et moi :
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    Cheyenne, quinze ans, passe ses journées enfermée dans sa chambre à épier sa célèbre voisine : une jeune star de cinéma. Sa vie bascule lorsqu’un enfant disparaît et que la police mène l’enquête…

    La petite romancière, la star et l’assassin est le récit de trois interrogatoires. Trois destins croisés : une adolescente farouche qui s’interroge sur le sens de l’existence, un marginal au comportement suspect et une actrice précoce qui révèle les coulisses de sa célébrité.

    Éditions Albin Michel Jeunesse, collection Litt'
    176 pages
    12 €

    { 12 commentaires... lisez les commentaires ou Commentez }

    1. Je te suis sur la grande majorité de ta critique : le sentiment de frustration quant au non-respect du pacte de lecture, contrebalancé pour les parties sur le marginal & la star mais... la première partie sur Cheyenne m'a laissée un peu à côté, sans doute aussi parce que je ne comprenais pas du tout où l'auteur voulait en venir (on en revient au pacte de lecture). Oui, la seconde partie du roman lui offre une vraie ampleur, et on en oublie que l'on cherche potentiellement l'assassin d'un enfant, mais ce n'est pas suffisant pour moi pour combler la "déception" de la première partie du roman.

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      1. Oui Cheyenne ne m'a pas plu non plus. Je comprends donc ton impression sur la première partie !
        Ha mince, donc tu n'as pas aimé... toi le pacte non respecté t'a dérangé en fait ?

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      2. Je ne dirais pas que je n'ai pas aimé, enfin... disons que je n'ai pas détesté, car j'ai passé un bon moment de lecture dans la seconde partie du roman, et - finalement - j'ai apprécié la "conclusion" de la star concernant le meurtre de l'enfant, que j'ai trouvée plutôt pertinente. Mais disons que, pour moi, la seconde partie ne rattrape pas totalement la première. Ni adoré, ni détesté, donc, plutôt un bilan mitigé.

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      3. Ok je comprends ! Bon j'espère que tu aimeras ses autres livres, tu avais lu son premier ?

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      4. Je te le conseille ! Un très bon roman, plus sociétal, mais saisissant !

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    2. COUCOU CA FAIT LONGTEMPS (avoue que mes commentaires t'avaient manqué !) (je vais essayer d'être constructive).

      Alors je l'ai dévoré d'une traite, donc c'est effectivement un chouette roman. Mais finalement, passé ma lecture... Il ne m'est pas resté grand-chose !
      Le choix de la narration, le pacte de confiance rompue (mais je n'étais pas trop triste, ça va ^^), c'est vraiment très intéressant ! J'ai beaucoup aimé les personnages de Cheyenne et du garçon (dont j'ai lachement oublié le nom...) mais l'actrice a eu un impact moins intéressant sur cette histoire à trois voix finalement.
      Et puis... Je n'ai pas eu le temps de m'attacher. J'ai besoin de vivre avec les personnages (je viens de quitter Jamal, Déborah et Victor, dans Je Suis Ton Soleil et je suis d'une tristesse infinie !) et là j'ai l'impression de les avoir seulement effleuré.

      Du coup, je dirais une chouette lecture mais sans plus. Ca manque de développement : quitte à suivre les personnages, autant prendre un vrai bain avec eux !

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      1. Oui tu m'avais manqué !!! :) et tu écris définitivement très bien... à quand un blog ? Remarque, on n'aurait plus tes commentaires aussi souvent et aussi longs hihi.
        Je suis ton soleil est sur ma liste donc je vais bientôt le lire (je l'avais commencé en fait et ne l'ai pas fini). Mais oui je vois ce que tu veux dire, tu as raison, on aurait envie de passer plus de temps avec eux. C'est dû au texte très court... et c'est pour ça que ça ne m'a pas gêné car ça n'empêche pas, je trouve, de les fouiller, d'en dire beaucoup sur eux, de les découvrir dans toutes leurs facettes malgré tout !

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      2. Merci du compliment (même si je trouve que j'écris très oralement "bah", "mais", "du coup"... bref, tiens "bref" aussi ah ah) !
        J'ai essayé de tenir un blog mais je trouve tellement tout ce qu'il faut sur les vôtres que ça me suffit :)
        En vrai, j'aimerais beaucoup tenir un blog plus prof avec une amie, pour parler d'activités, de lecture, de cours... A suivre ;)

        ET SINON pour revenir à nos moutons, je suis tout à fait d'accord avec toi, ce qui fait que c'est un bon roman mais juste bon. Elle a réussi à en dire suffisamment avec peu, il ne fera juste pas partie de mon panthéon d'amour indicible et éternel.

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      3. Je comprends !! Si tu ouvres celui dont tu parles préviens moi !!

        Je comprends aussi ton avis... Il n'entre pas là non plus pour moi mais je l'ai trouvé vraiment pertinent et intéressant.

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    3. Je viens juste de finir ce livre et de me rappeler que je n'avais pas lu ta chronique ... Moi qui ne lis jamais de roman policier, et qui ne savait absolument pas à quoi m'attendre, ce contrat non tenu ne m'a pas du tout dérangé.
      Par contre, je suis d'accord pour dire que Cheyenne est caricaturale surtout au début et qu'elle est plutôt énervante à se lamenter. Mais d'un autre côté, c'est justement ça qui la rend interessante : comment quelqu'un qui se sens si en marge, si comme personne, soit autant dans la caricature de l'adolescente?
      Tristan est lui très touchant avec un regard particulier sur le monde.
      Et au final, on fini par apprécier cette actrice qu'on était tenté de mépriser dès le début.

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      1. Assez d'accord avec toi... c'est peut-être ce qui peut décevoir les autres !
        Et oui plutôt d'accord sur ton analyse des personnages :)

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    Alex la Belette et moi, on aime bien les commentaires ! Ça nous donne de l'audace !
    N'hésitez pas à poster votre avis, une idée, une blague, une remarque. Tout ce que vous voulez, tant qu'on peut échanger. Parce que la littérature n'est jamais plus belle que quand on la partage.

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