Nouvel article !

  • Je vous parlais hier du livre I like Europe de Caroline Gillet et Amélie Fontaine (l’illustratrice) et des Radio Live à la Maison des Métallos, proposés par ces deux auteures et la comparse journalistique de Caroline : Aurélie Charon.
    Pour conclure cette traversée d'un projet qui est à continuer, et pas encore à finir, continuons les conversations à distance proposées par Caroline et Amélie à la fin de I like Europe. Elles y font dialoguer, à l’aide de questions identiques, les jeunes européens dont elles ont réalisé le portrait. C’était, en quelques sortes, les prémices des Radio Live, l’idée étant de « créer du dialogue fictionnel » mais aussi, comme le projet dans son ensemble, de « faire circuler des images, des paroles, des idées ».
    Pour poursuivre ces conversations, Caroline Gillet, Aurélie Charon et moi-même nous sommes à notre tour prêté-es à l’exercice.

    Un détail de votre dernier amour

    Caroline  : Elle m’offrait des chaussettes.
    Aurélie  : Il me rapporte toujours d’autres choses du bout du monde.
    Tom  : Elle adore Isabelle Huppert.

    Un endroit pour regarder la vue

    Caroline  : Le parc de Belleville où il y a un café où l’on voit tout Paris.
    Aurélie  : À Alger, dans un endroit qui s’appelle La Pointe. Tu es face à la mer et tu vois la côte en mangeant des sardines.
    Tom  : Un belvédère entre Malfa et Pollara sur l’île de Salina, où l’on voit la mer à perte de vue, Pollara évidemment et les îles de Filicudi et d’Alicudi.

    Un moment de bonheur

    Caroline  : Un déjeuner, le week-end dernier avec des copains.
    Aurélie  : Deux mariages en Israël et à Sarajevo. C’étaient ceux de deux filles qui font partie des Radio Live mais qui sont avant tout des amies. C’était un moment très fort de se retrouver pour ça, tout en se disant qu’on partage plein de choses alors qu’on n’a pas vécu au même endroit  : Tel-Aviv, Sarajevo…
    Tom  : Un lever de soleil à Oléron avec mes meilleurs amis.

    Un-e auteur-e 

    Aurélie  : Édouard Louis, un jeune auteur que j’aime beaucoup. Sa façon de rapporter la violence sociale et les rapports de classe est à la fois nouvelle, incarnée et universelle.
    Caroline  : Emmanuel Guibert, l’auteur du Photographe. Il s’intéresse beaucoup aux trajectoires de vie et retrace des itinéraires de personnes anonymes qui a priori n’ont rien à raconter mais en racontant leur vie Emmanuel Guibert y mêle à la fois l’intime, le quotidien et la Grande Histoire. Il donne de l’importance à des gens qui n’en auraient pas eu et rappelle cette idée qu’on a avec Aurélie  que chacun a quelque chose à raconter et que c’est intéressant et important de donner la parole. On fait beaucoup ça avec les jeunes, dans les classes : on leur dit d’aller interviewer leurs parents et grands-parents. Toutes ces histoires ont une place et une importance. Ça nous permet aussi de grandir. Emmanuel Guibert raconte que cela fait beaucoup d’années qu’il raconte le récit d’un monsieur âgé. Ce récit-là, même s’il n’est pas de sa famille, en le racontant et l’intégrant ça le fait avancer, lui.
    Tom  : Clémentine Beauvais qui écrit pour la jeunesse des livres drôles, romantiques parfois, féministes et toujours étonnants.

    C’est quoi l’U.E. pour toi  ?

    Aurélie  : Le contraire de la guerre. Et c’est déjà énorme !
    Caroline  : Une grande idée, inédite. C’est fou d’aller dans les institutions européennes et d’entendre parler 25 langues dans l’ascenseur et de se dire que c’est une démocratie qui s’est inventée et qui tente de créer du dialogue entre des dizaines de cultures, de pays… C’est imparfait, mais l’idée est très belle. C’est à nous maintenant de réfléchir à comment on s’approprie le projet et qu’est-ce qu’on en fait.
    Tom  : Une identité commune… du moins ce serait bien.

    Une anecdote liée à votre naissance 

    Caroline  : C’était la première fois qu’ils utilisaient un outil pour faire des nœuds de nombrils. J’avais donc vingt médecins autour de moi qui regardaient comment l’utiliser !
    Tom  : Mon frère mangeait plus que moi dans le ventre de notre mère et est donc né avec 500 grammes de plus que moi !

    Quelles sont tes frontières  ?

    Caroline  : J’aimerais ne pas avoir de frontières car c’est toujours intéressant de rester ouvert. C’est un travail de tous les jours de ne pas s’en fixer soi-même
    Tom  : Ma peur du regard des autres.

    Tu as peur de quoi  ?

    Tom  : De l’incompréhension et du manque d’écoute des autres.
    Caroline  : Du repli.
    Aurélie  : Du retour en arrière. C’est super angoissant quand tu as l’impression que les choses régressent au lieu d’avancer. Par exemple les élections de Trump aux USA même s’il y a plein d’exemples plus subtils que celui-ci. Celui-là est tellement énorme… C’est concrètement la sensation de revenir en arrière, de vol de culture aussi.
    aroline  : Oui, alors que beaucoup de gens se sont donnés beaucoup de mal pour obtenir des choses, on les piétine en quelques heures. C’est plus facile à défaire qu’à faire.

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    Voici l’Europe d’aujourd’hui, à travers les témoignages de dix jeunes de différents horizons. Un reportage documentaire novateur.
    À partir d’une dizaine de témoignages de jeunes Européens diffusés sur France Inter en 2014, Caroline Gillet et Amélie Fontaine dressent un portrait illustré, vivant et émouvant de l’Europe, loin de l’image bureaucratique de l’Union européenne. Au-delà des problèmes de la vie quotidienne, ces témoins abordent des questions qui, du sud au nord de l’Europe, touchent la plupart d’entre nous : le féminisme, l’amour, la sexualité, la politique… À la manière d’un roman graphique, les illustrations viennent enrichir le propos avec sagacité.

    En partenariat avec France Inter


    Éditions Actes Sud Junior
    72 pages
    14,50 €

    Conversations à distance | I like Europe

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  • I like Europe est un projet protéiforme. D’abord documentaire radiophonique depuis 2012, c’est finalement devenu une série d’épisodes radios vivants à la Maison des Métallos (Paris 11e)  : Radio Live et un livre chez Actes Sud Junior (2015).
    C’est dans ce lieu culturel qui fait croiser arts du spectacle et théâtre social que j’ai découvert le travail riche et engagé de Aurélie Charon et Caroline Gillet. Avant de parler de ces expériences radio inédites à la Maison des Métallos, mais aussi du livre qui m’a motivé à écrire cet article et à partir à la rencontre des deux journalistes, revenons aux origines du projet.


    De la radio au radio liv(r)e

    Aurélie et Caroline se sont d’abord rencontrées en école de journalisme et ne se sont plus vraiment quittées depuis. Elles sont parties ensemble dès leurs années étudiantes, puis pour France Inter dans le cadre de reportages in situ.
    «  En 2011, on a réalisé une série documentaire en neuf épisodes. C’était pendant l’été, juste après les Printemps Arabes, et on se demandait pourquoi il n’y avait pas eu de révolution, pourquoi on n’avait pas fait tomber le dictateur là-bas.
    L’été suivant on a été en Europe. La crise avait 4 ans et on commençait à sentir des remous assez forts et beaucoup de menaces sur l’Euro. On partait toujours voir au-delà de nos frontières, alors on s’est demandées s’il ne fallait pas d’abord chercher à comprendre notre identité commune en Europe. Profiter de ces frontières ouvertes, justement, pour comprendre ce qui nous rassemble et ce qui nous divise… En bref, qu’est-ce que ce visage de l’Europe  ?  »

    La radio en livre
    À la rentrée, après l’été des documentaires radiophoniques, Aurélie avait quitté France Inter pour France Culture, mais Caroline a continué les émissions sur la jeunesse européenne. «  J’ai demandé à une amie si elle avait des idées d’illustrateurs pour m’accompagner sur la route. » Le projet  ?
    • Un témoin dessin moins intrusif que la photographie ;
    • Un témoin dessin qui laisse place, comme le fait la radio, à l’imaginaire ;
    • Dans le but d’agrémenter les podcasts radios, notamment sur les réseaux, de les faire vivre  ;
    • Mais aussi avec pour idée finale… un livre.


    «  Ce n’était pas évident au moment de choisir car on allait devoir cohabiter dans des chambres d'hôtel, être toujours ensemble… et ce n’est pas quelque chose qu’on fait avec tout le monde. Par exemple avec Aurélie on l’a fait très vite en école de journalisme, et plusieurs fois. Mais là je devais partir avec quelqu’un que je ne connaissais pas… et finalement ça s’est extrêmement bien passé.  »
    «  Puis c’est nous qui avons démarché des maisons d’édition. Elle était auteure jeunesse et avait des contacts là-bas… et je ne suis pas sûre que ça aurait collé en livre adulte. Une partie a d’ailleurs été reprise dans un manuel scolaire, et je pense qu’en effet c’est un contenu intéressant pour les profs pour essayer de donner un visage à l’Europe au-delà de ses institutions un peu imposantes.  »
    C’est sans doute à partir de là qu’est réellement né l'idée du Radio Live. Cette série de spectacle aujourd’hui encore inachevée est en effet la convergence de diverses envies  :
    • Celle de faire dialoguer les jeunes qui, jusqu’à présent, ne s’étaient jamais rencontrés, sinon écoutés via les podcasts radios ;
    • Celle de continuer à faire vivre ce projet…
    • … et dans «  faire vivre  », il y a déjà l’idée du live, presque du spectacle vivant, en bref de respecter l’essence de la jeunesse qui s’agite.

    La radio en live  : «  un saut dans le vide qui fonctionne  »
    «  On avait envie de prolonger les rencontres et ce qu’on avait fait à la radio, on avait envie de continuer à partager avec eux  » et avec un public. Tous les ans, à la Maison des Métallos, des Radio Live sont donc organisés. Cette expérience radio en 3D a d'abord été pensée et proposée ailleurs en France, par exemple en 2013 à Marseille. Le projet s’étend aujourd'hui au reste de la France et même du monde. Les deux journalistes se rendront bientôt à Casablanca ou à Athènes.



    L’idée est simple  : entre 3 et 4 jeunes montent sur scène pour se raconter, l’entretien étant menée par les deux journalistes, et leurs récits croisent autour d’une thématique ceux des autres jeunes présents.

    L’improvisation est au centre du processus. «  C’est beaucoup de travail, et à chaque fois une grosse mise en danger  », mais ça fonctionne toujours. Et c’est aussi ça, la beauté du projet. Rien n’est préparé, «  un Radio Live n’est jamais pareil qu’un autre  (c’est «  on going  », on se renouvelle toujours)  », mais pas un seul ne m’a laissé neutre, étranger aux récits, sans émotion. J’ai toujours vécu le moment, vécu les histoires de jeunes venus se raconter. Il y a une richesse émotionnelle à la fois tendre et bouleversante qui agit sur scène juste devant le spectateur totalement inclus dans ce processus vivant qu’est le Radio Live.

    «  À chaque fois on les trouve impressionnant  : on dirait qu’ils se connaissent, ils sont à l’aise. On ne sait pas si on aurait cette capacité-là à se raconter. On ne se rend pas trop compte mais dérouler sa vie comme ça sur une scène alors que tu n’as ni l’habitude de raconter ta vie ni de parler devant 300 personnes… c’est difficile  ! On les choisit évidemment aussi car on sait qu’ils ont une certaine force de caractère ; ce sont tous des gens forts et un peu engagés... mais quand même, à chaque fois, on se dit que  c’est un saut dans le vide et que ça marche quand même.  »



    Ces entretiens sont rendus vivants, outre par la présence des jeunes qui augmentent la tension émotionnelle du récit, par une graphiste qui retouche des photos, dessine les participants, leurs lieux de vie… Elle glisse parfois une ou deux vidéos comme le clip d’une chanson d’adolescence d’un des jeunes participants  : «  on a tous écouté de la musique naze quand on avait 14 ans  ! Personnellement j’ai passé des heures dans mon lit à en écouter et à faire la gueule, raconte Caroline Gillet. C’est universel. Et on se dit  : qu’est-ce que ça raconte de cette personne  ? est-ce qu’on a envie de la rencontrer, d’en apprendre plus  ? Même si on n’a pas tous les outils pour comprendre des contextes géopolitiques parfois complexes, on va se sentir plus proche ; ça incite au dialogue.  »

    S’ajoutent à cette recette en or une musicienne, parfois quelques friandises venues d’ailleurs ou encore une invitation à monter sur scène pour danser. C’est la force évidente de ce concept  : la rencontre avec l’autre y est centrale, vivante, étonnamment touchante.

    Amélie Fontaine, Aurélie Charon et Caroline Gillet

    «  On veut ouvrir un peu les horizons  »

    Aurélie Charon et Caroline Gillet proposent ainsi avec leur œuvre radiophonique, théâtrale et littéraire plusieurs voyages. D’abord un voyage en dehors de nos frontières physiques, celles de la France, pour aller jusqu’en Europe et autour de la Méditerranée. Elles-mêmes sont parties rencontrer les jeunes, et cette démarche crédibilise et fait vivre leur projet de manière très inclusive. Dans le livre comme dans les lives, on découvre leur quotidien, des photos de leurs villages, un plan de leur maison…



    «  On n’avait pas envie juste d’aller interviewer des gens. On avait vraiment envie de rentrer dans leur vie quotidienne  : de quelle couleur est leur chambre  ? que font-ils le soir  ? avec qui sortent-ils  ? c’est qui leurs parents  ? vont-ils en vacances, et où  ? À travers des petites choses qui paraissent anecdotiques, forcément elles ne le sont jamais. Tout a une raison  ! Du coup ça enclenche une discussion.  »

    Ce voyage, on le ressent beaucoup dans le livre qui a le mérite de réunir plus de pays, plus de jeunes, d’installer aussi une relation plus distante. L’émotion est moins présente, mais la documentation, la réflexion et la découverte peut-être plus riche. Le livre propose aussi des illustrations fines et précises d’Amélie Fontaine, partie avec Caroline Gillet en Europe, et laisse entrevoir d’autres coutumes, des lieux étrangers étonnants ou familiers. Le dessin, comme l’expliquait Caroline Gillet, laisse place à l’imaginaire tout en représentant bien les choses.



    Mais l’autre voyage qu’elles proposent à travers cette exploration de pays européens, c’est une expérience humaine, une ouverture des possibles. «  On montre qu’on est capables d’inventer des choses, de réfléchir. On veut ouvrir un peu les horizons et rendre d’autres choses possibles par des exemples d'histoires concrètes.  »

    Plus que dans le livre, donc, à chaque Radio Live, il y a quelque chose qui se passe qui est fort, bouleversant. Je suis toujours impressionné par ces jeunes européens, par ces parcours souvent difficiles, par ces engagements parfois très forts. Et en même temps je suis complètement stimulé par ces femmes et ces hommes qui n’ont pas vraiment quelque chose en plus que tout un chacun, qui n’ont pas à impressionner justement parce qu’ils sont comme nous… «  C’est vrai que c’est stimulant mais on ne veut pas non plus que ce soit trop impressionnant car ce sont aussi des gens comme tout le monde. On veut essayer de transmettre ça, l’idée que ça ne part de pas grand-chose. Ils ne se réveillent pas un matin en se disant «  je vais sauver la planète  ». Finalement, l’idée est de montrer que ça peut être simple de mettre en place des projets pour notre génération. Par exemple, Georgio a créé une application pour sauver le patrimoine de Beyrouth. Dès qu’il y a des destructions du patrimoine pour les remplacer souvent frauduleusement par des grands buildings, on peut aller sur l’application et le signaler. Puis tout le monde se retrouve devant et fait barrage avec son corps. Ou il y a Inès qui a refusé que le musée national soit fermé (pour plein de raisons  politiques et identitaires) et a décidé de rassembler des citoyens, de le rouvrir, de le faire visiter.
    C’est une génération assez créative pour inventer des nouveaux modes d’actions car le mode traditionnel de politique ne fonctionne pas dans ces endroits — et même chez nous. Ils ont besoin de ces nouveaux modes et c’est ça qui est particulièrement intéressant  : qu’est-ce qu’on invente comme alternative  ? C’est à la portée de n’importe qui ayant des idées, étant créatif, ayant envie d'agir.  »

    «  Une jeunesse qui doit oser pour exister  »

    Le flambeau plein de bonnes vibrations que font vivre Caroline Gillet et Aurélie Charon sur scène et dans leur livre est donc stimulant et entraînant. S’il fascine par sa richesse culturelle et citoyenne, il est aussi touchant dans la rencontre qu’il produit entre ces européens et le public. Dans tous les cas, c’est un flambeau vivant et crépitant que les deux journalistes finissent par passer  : de la jeunesse à la jeunesse.



    «  Je pense que toutes les générations et toutes les jeunesses doivent oser pour exister, explique Caroline Gillet. C’est le propre de la jeunesse d’imaginer que tout est possible. C’est donc bien dans notre société de faire de la place à cette fragilité-là et à ces initiatives pas toujours très ordonnées et abouties… mais en tout cas avec de l’impulsion.  »

    «  Mais c’est aussi un peu une responsabilité, ajoute Aurélie Charon. Tu ne peux pas que rester dans ton coin, sans être concerné parce qu’il se passe dans ton pays. C’est une responsabilité individuelle à son échelle de faire quelque chose, en tout cas de réfléchir au monde dans lequel on vit. Et notre idée était un peu de faire une place à cette génération.  »

    Ce propos qu’on ressent de manière étourdissante dans le projet est transmis à des classes de lycéens qui travaillent à chaque Radio Live avec elles. «  On échange avec des classes de milieux différents. C’est un âge où chacun doit décider quoi faire et chacun a l’impression que rien n’est possible et que, de toute façon, tout le monde sera au chômage. On leur dit qu’il y a aussi des choses possibles.  » Comme elles font ensuite avec le public, Aurélie et Caroline essayent de les secouer un peu, ou du moins de les forcer à s’interroger, à se poser des questions. «  C’est ça le début de l’engagement : est-ce que j’accepte tout  ? Qu’est-ce que je remets en cause  ? Les jeunes de Radio Live ne sont pas toujours des gens qui diraient qu’ils sont engagés (pas comme Georgio qui a formé un collectif ou d’autres qui ont créé des associations et des ONG). Là c’est notre travail à nous de les trouver et de leur dire que ce qu’ils ont à dire est important. Ce sont aussi souvent des gens qui ne se trouvent pas intéressants alors que c’est hyper important d’écouter ce qu’ils ont à dire. Dans leur quotidien, dans leurs choix de vie, ils sont engagés ou, en tout cas, ils sont dans un mouvement qui fait qu’ils font avancer les choses, qu’ils remettent en question ce qui existe.  » Pourtant, les jeunes ne comprennent pas toujours tout, ils peuvent parfois être durs avec les récits exposés. Mais finalement, «  ils captent la fragilité du truc, que c’est quelqu’un assez proche d’eux, ce n’est pas un acteur : c’est juste quelqu’un qu’est lui-même et qui te parle. Ça les ouvre, ça apporte un autre regard que l’école et les parents. On te parle différemment  : on n’est pas dans un reportage télé, dans la télé réalité, ni sur les réseaux… C’est un vrai mec, en face de toi, tu ne peux rien tweeter ou répondre. Il y a une certaine générosité et il y a un respect immédiat de ça et de cette fragilité. Et c’est ce dont on a tous besoin aujourd’hui et qui est de plus en plus rare  : de se parler, ou juste d’écouter un inconnu qui ne pense pas comme toi. »



    Là réside, au-delà de cette vibrante jeunesse, l’âme de Radio Live et du projet «  I like Europe  » qui donne à lire un autre monde, et ce de façon tolérante, juste, sensible. «  Il y a un niveau de tolérance et d’écoute en ce moment les uns envers les autres qui est en baisse. Donc c’est vrai qu’on avait envie de faire ce contre-pied à l’hystérie des débats, la tension, la non-écoute. On se dit juste que ça fera du bien de s’écouter tranquillement, notamment les 18 et 19 avril à Paris. On ne veut pas être d’accord sur tout, ce sont des points de vue différents, mais on veut juste s’écouter et rencontrer des gens qu’on n’aurait pas rencontré si on ne l’avait pas proposé.  »

    Les Radio Live et le livre I like Europe sont donc des OVNIs dans le paysage culturel français actuel. Ce sont des projets inédits, touchants et vivants qui proposent à voir autre chose, à vivre autre chose. Et avec humanité et une mise en scène ou une écriture brillantes, on se «  demande (enfin ?) concrètement comment on vit ensemble et réinvente des façons de cohabiter même si on ne se ressemble pas et on n’est pas toujours d’accord  ? comment ne pas tomber dans le repli  ? comment faire résonner ces expériences d’ailleurs  ? pourquoi il y a de plus en plus de frontières et symboliques et entre les gens et de méfiance et d’intolérance  ?  »

    Les prochaines dates Radio Live :

    • PARIS 18 et 19 avril, Maison des Métallos
    • MONTPELLIER 21 avril, CCN C Rizzo
    • TOULOUSE 28 avril, AFEV
    • CASABLANCA 5 mai, Institut Français
    • ATHÈNES 19 mai, Nuit de l'esthétique
    • LYON 25 mai, European Lab Forum, Nuits sonores


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    Voici l’Europe d’aujourd’hui, à travers les témoignages de dix jeunes de différents horizons. Un reportage documentaire novateur.
    À partir d’une dizaine de témoignages de jeunes Européens diffusés sur France Inter en 2014, Caroline Gillet et Amélie Fontaine dressent un portrait illustré, vivant et émouvant de l’Europe, loin de l’image bureaucratique de l’Union européenne. Au-delà des problèmes de la vie quotidienne, ces témoins abordent des questions qui, du sud au nord de l’Europe, touchent la plupart d’entre nous : le féminisme, l’amour, la sexualité, la politique… À la manière d’un roman graphique, les illustrations viennent enrichir le propos avec sagacité.

    En partenariat avec France Inter

    Éditions Actes Sud Junior
    72 pages
    14,50 €

    I like Europe, et toi ? | Interview avec Caroline Gillet et Aurélie Charon

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  • Dans le désordre, mon livre pour demain, vibrant, juste, puissant et bouleversant. Un roman immanquable !

    Jeudi (13 avril), je vous ai proposé de participer à un projet, > le projet #unlivre pour demain < ! Aujourd'hui, je vous propose de vous expliquer pourquoi j'ai choisi Dans le désordre comme livre pour demain.
    Je vous expliquais donc que l’avenir politique de notre France actuelle me faisait peur et que ce sentiment étrange pouvait provoquer beaucoup de réactions différentes, de la colère au dépit. « Et je crois qu’on peut réellement opposer ces deux réactions : de la colère naît souvent l’action, du dépit naît l’inaction. On est aujourd’hui poussés dans nos retranchements, confrontés à une politique souvent complexe si on n’y consacre un peu de temps toutes les semaines (voire tous les jours), ou souvent trop secouée de scandale et de promesses non-tenues pour qu’on arrive, enfin, à faire confiance à un-e politique. Ces retranchements sont ceux de notre pouvoir d’action sociale et politique… Doit-on se refermer, de dépit, ou au contraire se relever, et crier ? »

    En fait, c’est l’une des principales questions qui agitent le roman Dans le désordre de Marion Brunet. Elle n’y parle pas de la politique classique, elle parle de notre politique. Parce que la politique ne se fait pourtant pas que pendant les élections, encore moins seulement pendant les élections présidentielles. La politique, j’en suis convaincu, est une affaire de chacun, tous les jours. La politique nous appartient. Non ?

    Dans ce roman, Marion Brunet aborde avec des personnages habités, épais et déroutants, cette politique qu’est la nôtre. C’est l’histoire de 7 jeunes qui se rencontrent à la suite d’une manifestation violente et réchappent tout juste des forces de l’ordre. Tous d’horizons différents, ils vont finir par tisser des liens assez forts avant qu’ils ne décident de s’installer dans un squat en marge de la société. Ils refusent tout un ensemble de règles et valeurs prodiguées par la société.

    On va suivre ces jeunes dans leurs évolutions intérieures et relationnelles. Les discussions sont parfois enflammées, les réflexions intimes de chacun passionnantes, et les liens qu’ils forgent sont attachants, forts, touchants. Deux personnages tissent d'ailleurs une histoire d'amour incroyablement belle et incarnée, juste et vibrante.


    Mais j’avais fini par ressentir, à la lecture de ce livre, un sentiment étrange qui m’avait dérangé. J’avais l’impression que les personnages, en accusant et pointant du doigt des individus et une société parfois morne, neutre ou immobile, nous accusaient, nous, lecteurs. Je n’aimais pas cette culpabilisation qui semblait dire « en vivant dans cette société, tu acceptes beaucoup de choses que nous nous refusons ». Pourtant, j’ai fini par comprendre que ce n’était pas quelque chose qu’on pouvait reprocher au roman, mais bien une caractéristique puissante de Dans le désordre. Oui, Marion Brunet bouscule. Mais n’est-ce pas une des caractéristiques du militantisme ? Et surtout, n’est-ce pas là que Marion Brunet excelle ?

    Dans le désordre est un livre qui m’a bousculé émotionnellement parlant, un livre en lequel je crois. C’est un roman qui me fait espérer autre chose, qui me donne envie d’agir aussi. Voilà pourquoi je considère que c'est #unlivrepourdemain. 

    À vous de partager un livre pour demain :

    #unlivrepourdemain | Dans le désordre, Marion Brunet

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  • Partage #unlivrepourdemain, un livre qui te transporte, te fait vibrer et te fait espérer autre chose
    À seulement dix jours du premier tour de l’élection, je vous invite à prendre part à un projet de partage et d'engagement littéraire : #unlivrepourdemain.
    Je suis parti d'un constat simple :

    les élections présidentielles sont dans dix jours maintenant.


    Vous ne passez sans doute pas 24 heures, voire 12 ou 6, sans en entendre parler. On a parfois l’impression de ne pas vraiment maîtriser le sujet, ou simplement de ne pas en être acteurs. Depuis un moment maintenant, il me semblait essentiel de ne pas rester les bras croisés à attendre. Essentiel de faire quelque chose.


    En fait, je ne sais pas pour vous, mais l’avenir politique de notre France actuelle me fait peur. Je vibre depuis quelques semaines maintenant au rythme de l’actualité politique française en essayant, tant bien que mal, de la comprendre, et en essayant d’y trouver ma place.

    C’est un sentiment étrange, la peur. Elle peut provoquer beaucoup de réactions différentes, de la colère au dépit. Et je crois qu’on peut réellement opposer ces deux réactions : de la colère naît souvent l’action, du dépit naît l’inaction. On est aujourd’hui poussés dans nos retranchements, confrontés à une politique souvent complexe si on n’y consacre un peu de temps toutes les semaines (voire tous les jours), ou souvent trop secouée de scandale et de promesses non-tenues pour qu’on arrive, enfin, à faire confiance à un-e politique. Ces retranchements sont ceux de notre pouvoir d’action sociale et politique… Doit-on se refermer, de dépit, ou au contraire se relever, et crier ?

    C'est dans cette optique là que je me suis dit que NON il ne fallait pas se refermer et OUI il fallait agir, faire quelque chose. Parce que je suis intimement persuadé que la politique c'est aussi :
    • le partage ;
    • l'éducation (par les livres ?) ;
    • et la littérature (parce que pour moi la littérature a une place essentielle à peu près partout).
    Je reparlerai bientôt de l'édition militante jeunesse, avec des articles et réflexions ds femmes brillantes en littérature jeunesse...
    (De gauche à droite : Marion Brunet, Clémentine Beauvais, Alice Brière-Haquet.)

    Aujourd’hui, néanmoins, c’est l’essence même de cette littérature comme celle de Dans le désordre (qui est le livre que j'ai choisi pour mon projet et dont je vous parlerai demain) qui m’intéresse. C’est un livre qui m’a bousculé émotionnellement parlant, un livre en lequel je crois. C’est un roman qui me fait espérer autre chose, qui me donne envie d’agir aussi.



    L'idée est donc simple : lâcher dans la rue ou dans un espace public #unlivrepourdemain qui vous fait réfléchir et / ou vibrer. Un livre qui vous transporte et vous fait espérer quelque chose d’autre (personnellement ou collectivement). Pour cela c'est très simple, suivez les exemples en photos :


    Comment faire ?
    1. Choisissez votre livre ;
    2. Mettez un post-it dessus indiquant "À toi de partager #unlivrepourdemain" ;
    3. Lâchez votre livre dans l'espace public ou dans la rue ;
    4. Prenez une photo ;
    5. Partagez cette photo sur les réseaux sociaux avec le hashtag #unlivrepourdemain pour inciter les gens à faire la même chose.
    Vous pouvez bien entendu en dire plus à l'intérieur ! Par exemple, pour ma part, je compte mettre dans mon livre (Dans le désordre de Marion Brunet) :
    Ce livre a été lâché dans l'espace public dans le cadre du projet #unlivrepourdemain. Ce projet invite chaque lecteur, quelqu'il soit, à laisser un livre quelque part qui, quelques jours avant les élections présidentielles, donne de l'espoir, fait réfléchir peut-être en tout cas ouvre d'autres possibles. C'est pour moi l'essence même de Dans le désordre, c'est un livre par lequel je peux dire : « voilà un possible en lequel je crois, voilà une histoire qui me fait vibrer, voilà une émotion qui me transporte et me donne envie d'espérer ».
    Tu es libre de garder ce roman mais aussi de continuer à faire voyager... Tu peux aussi lâcher à ton tour un autre livre qui répond au projet et d'en partager une photo sur les réseaux sociaux avec le hashtag #unlivrepourdemain !
    Toutes les informations sont sur : www.lavoixdulivre.fr
    J'aurais eu envie de parler de / partager d'autres livres également :

    À vos livres... Prêts ? Partagez !

    Allez on récapitule :

    >>> Merci à Julia du blog Allez vous faire lire et Alice Brière-Haquet pour leur aide sur ce projet !

    Toi aussi, partage #unlivrepourdemain !

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  • À la place du cœur, une saga d'Arnaud Cathrine qui séduit des tripes à la tête, en passant par le cœur

    La première saison d’À la place du cœur m’avait séduit des tripes à la tête, en passant par le cœur. Ce premier tome traitait avec une puissante justesse des attentats de Charlie Hebdo mais aussi et surtout d’un jeune adulte profondément amoureux. Ce deuxième tome (et non second, car il y en aura bien un troisième) saisit une nouvelle fois par sa pertinence, sa sincérité mais aussi son audace.

    Sa pertinence

    Là où on pourrait crier au roman à thème, au produit, au marketing, on ne peut que crier, en même temps que les personnages, à la révolte politique et avec la vibration d’une envie d’autre chose.

    En effet, l’auteur propose avec cette saga une histoire avant de proposer des réponses. Littérature « médicament » dans le sens où elle peut répondre à des adolescents et jeunes adultes perdus, elle n’a de « médicament » rien qui soit négatif. C’est en effet une littérature qui propose des personnages profonds et sincères et un vrai projet artistique.

    Dans ma première chronique, j’avais écrit que l’auteur montrait la capacité de la littérature à prendre du recul. C’est encore plus vrai dans ce nouveau volet où le récit n’est plus à fleur de peau. On y perd en émotion, mais on y gagne en distanciation.

    Cette distanciation peut gêner quand on se rappelle la violence émotionnelle du premier tome. C’est en tout cas un remue-ménage sentimental qui m’a manqué. Mais on comprend très vite que :

    • Le tome 1 avait aussi son effet de surprise, qui accentuait cette émotion ;
    • L’intrigue du premier volet courrait uniquement sur le temps des attentats, de quoi condenser plus encore l’émotion ;
    • Cette distanciation est nécessaire à la suite de l’histoire.

    Caumes, le personnage principal, héros frondeur du XXIe siècle, a en effet subi de terribles épreuves qui l’ont changé entièrement. Ce jeune paradeur brillant, idéaliste et romantique s’est transformé en Don Juan renfermé sur lui-même et en lâcher prise complet. Même s’il n’intervient réellement qu’à la troisième partie du roman, Caumes n’a donc plus cette fougue qui nous séduisait, et nous amenait jusqu’à une forte identification. La distance s’opère là, alliée à l’intervention de personnages plus ou moins nouveaux, en tout cas dont on n’avait jamais entendu les voix.

    Ces nouvelles voix et ces points de vue multiples tournent autour de Caumes. La narration prend le temps de faire des sauts dans le temps, de penser les choses autrement, de les approfondir, de construire plusieurs plans. Cette narration complexe permet aussi de prendre le temps de la discussion et d’observer le dialogue d’autres jeunes, de cette prof de philosophie qu’on avait déjà aperçue, d’un frère plus vieux, de nouveaux amis brillants élèves en prépa… La distanciation m’a finalement semblé essentielle dans ce nouveau tome où l’éclatement des points de vue permet de pousser un personnage principal — Caumes — à d’insoupçonnés extrêmes.
    « Son expression troublée m'aide à nommer — même confusément — ce que nous sommes en train de vivre : une sorte d'égarement étonné et triste. »

    Sa sincérité

    Cet entre-deux d’attentats, ce temps de discussion politique pris, Arnaud Cathrine l’occupe ainsi à approfondir ses personnages. Avec les points de vue de Niels, le cousin (naturiste) de Caumes, ou Esther, l’amoureuse et révoltée, et toutes les relations qui se nouent entre les personnages, Arnaud Cathrine tisse une fine toile de protagonistes qui s’effleurent, se rencontrent et se battent. Ces voix se différencient par des tons biens particuliers, très bien menés : plus fragile pour le Niels, plus assuré pour Esther.

    Niels est particulièrement réussi : sa sensibilité toute en nuance, forte ni en stéréotype ni en anti-stéréotype voyant, est toute la preuve de l’étoffe sincère et crédible qu’use Arnaud Cathrine pour construire ses personnages. Ils sont poussés, parfois fragiles et toujours beaux.

    La grande force du roman, à travers ces discussions construites par des dialogues (presque) impeccables et passionnants et ces personnages épais, est dans l’interaction entre tous. Les relations sont complexes, parfois ambigües, souvent difficiles, mais toujours justes. Rien n’est manichéen, rien n’est laissé au hasard, et chacun entretient aux autres un rapport particulier qu’on ressent et qu’on comprend. On le ressent dans la force émotionnelle transmise par une langue plutôt simple (mais pas simpliste) et on le comprend dans la clarté de l’écriture.

    À travers ces rencontres se joue un théâtre d’émotions admirablement bien mises en scène et jouées. De l’égarement étonné — évocateur de sens —, à la haine ou la douleur, on passe du tout au tout. Ces sentiments s’exposent dans tous les cas, avec une grande vraisemblance.
    « Pour la première fois depuis longtemps je me sens EXISTER. »
    Le travail de Cléa Lala sur la couverture du tome 2

    Son audace

    Enfin, Arnaud Cathrine prouve avec cette saison 2 son audace, l’originalité de sa saga. Elle tient en plusieurs points rarement trouvés ailleurs en littérature jeunes adultes.

    D’abord par la finesse du ton, c’est-à-dire ce moment prodigieux où la voix de l’auteur disparaît derrière celle factice, et pourtant crédible, d’un adolescent. Il est très difficile de reproduire cette voix-là, particulièrement parce que c’est un âge mouvant, où le discours est différent d’une génération à une autre. Avec À la place du cœur, on pourrait croire qu’Arnaud Cathrine était encore adolescent hier. Avec des émotions brutes et sincères, ce dernier excelle dans tous les registres. Il peut prendre le temps de dire les choses ou au contraire y aller avec une violence inouïe mais nécessaire, celle de l’esprit des jeunes qui veulent que les choses changent, parfois explosent.

    Mais l’audace d’Arnaud Cathrine est aussi dans l’expression charnelle de l’amour. Le registre est sensuel, purement corporel : on peut parler excitation, et tension sexuelle sans tabou. Arnaud Cathrine ose parler sexualité aux adolescents et jeunes adultes : Caumes, Esther et Niels explorent leurs fantasmes, leurs corps, leurs pulsions parfois. C’est osé et réussi.

    La véritable audace de ce deuxième tome réside pourtant dans l’exercice d’écriture mis en place par Caumes. Les nouvelles voix d’Esther et Niels qui tournent autour de lui opèrent un procédé littéraire intéressant : ce dernier personnage reste le héros de l’histoire, tout tourne autour de lui. Mais on apprend dans la dernière partie [SPOILER]que les voix de Niels et Esther sont en fait la voix de Caumes qui écrit un livre où il expie tout un ensemble de sentiments qui l’habitent et le hantent. Cette mise en abyme laisse à réfléchir sur le rôle purgatoire de l’écriture et renforce les relations entre Caumes et les autres. Elles sont si fortes, si complexes, que Caumes est capable de parler pour les autres, de les écrire, de les imaginer se raconter, dire le monde.[FIN DU SPOILER]

    « Aujourd'hui je n'ai qu'une certitude, élémentaire et terrible : il va donc nous falloir vivre avec ça, encore et toujours. Toujours. Toujours. Toujours. »

    Ce deuxième tome pousse donc plus loin les personnages d’Arnaud Cathrine qui les fait parler du plus profond de leur être, depuis leur intimité et continue de rassembler avec une forte puissance (critique et émotionnelle) notre pensée sur les attentats. Finalement, cette suite explore ce qu’il y a comme tension (souvent électrique) entre les protagonistes et les attentats. Roman qui dit, aussi bien que le premier, cette jeune génération, avec un ton authentique, À la place du cœur saison 2 poursuit l’œuvre de littérature jeunes adultes vibrante, engagée, révoltée et immanquable d’Arnaud Cathrine.
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    Une chanson extraite du second album de Frère Animal, projet musical auquel Arnaud Cathrine participe :



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    Éditions Robert Laffont, Collection R
    306 pages
    16,50 €

    « On ne va pas cesser d'être cette jeunesse qui entend aller au bout de son insouciance. » | À la place du cœur, saison 2, Arnaud Cathrine

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  • ENFIN ! Les voilà ! Mes fameux coups de cœur de l'année 2016. (Oui on est bientôt en avril, et alors ?) Ce fut difficile d'où mon idée de ne pas faire un top 10 mais un top quelque chose.
    2016 fut particulièrement riche en bonnes lectures (d'où mon top quelque chose) et chacune de celles-ci occupe aujourd'hui une place particulière pour moi. Il m'est donc difficile, sauf peut-être pour la première place du podium, de les classer. Il n'y a donc aucun classement... mais la liste se suffit à elle-même, non ?
    Étant donné que chacun des livres (ou presque) a déjà eu droit à sa critique, je me suis dit qu'il était temps, peut-être, de donner la parole à d'autres... et pourquoi pas les auteurs eux-mêmes ? Si tous n'ont pas répondu à l'appel, je vous propose de découvrir les coups de cœur 2016 des écrivain-es qui se sont issés cette année dans mon top ! Mais aussi, ce que chaque héros des livres cités aurait dit de l'année 2016 qui fut, elle aussi, riche en émotions.
    NB : toutes les couvertures sont cliquables (magie) pour découvrir ma chronique du livre concerné !

    THE ONE
    (incontestablement)

    « Mon coup de cœur de 2016, bon, j'en ai eu beaucoup, mais le plus immense et le plus profond, c'est Speak, Memory de Nabokov.
    Incroyablement beau — le genre de beauté où t'es obligé de t'arrêter toutes les quelques lignes, pour digérer, et pour essayer de souvenir. J'ai corné toutes les pages, on dirait un accordéon.

    Quant à Eugène et Tatiana, pour moi ce sont des gens qui ne seraient pas, comme moi, affectés par le Brexit, par Trump, par ce genre d'événements qui nous ont tous choqués. C'est l'année exacte où ils se sont retrouvés. Ils n'ont pensé que l'un à l'autre, et à rien d'autre. C'était absolument passionné et totalement égoïste. Quand ils s'en remettront, ils verront à quel point ils ont été narcissiques. Pour l'instant, ils s'en fichent. Ils ont été dans leur monde, en 2016. »


    « Le coup de cœur littéraire : il s'agit de Grossir le ciel de Franck Bouysse, paru à La manufacture des livres en 2014. L'histoire de deux hommes, deux paysans ancrés à leur terre cévenole, confrontés à la solitude, à la rudesse des éléments et aux secrets de famille. Une écriture sombre, poétique, charnelle, tellurique, qui laisse aussi toute sa place au silence dans ce qu'il a de plus évocateur, et, pour cela justement, peut-être au plus proche de l'humain et de la nature.

    Ce que dirait Petite de 2016 ? Je crois que Petite garderait le silence, lèverait les yeux au ciel et se mettrait à danser sur les gravats de l'année écoulée, avec au cœur rien d'autre que la joie d'être bien vivante à l'instant présent. »


     

    « Mon coup de cœur littéraire de 2016 est La sainte famille de Florence Seyvos aux Editions de l'Olivier. Florence écrit aussi bien pour les enfants, les adolescents que les adultes et je trouve que c'est l'une de nos plus grandes romancières. Son dernier roman est, comme toujours, d'une très grande subtilité. C'est l'itinéraire d'un frère et d'une sœur confrontés aux obscurités, aux mystères, aux sourdes violences de cette chose qu'on pense si évidente et naturelle (mais qui ne l'est tellement pas !) : la famille.


    Que dirait Caumes de 2016 ? Qu'il a bien fini de comprendre combien son pays (et le monde) est de plus en plus divisé, en proie à la sauvagerie du terrorisme, tenté par le repli réactionnaire et identitaire. Il dirait donc que ça lui fout les jetons et qu'il n'a qu'une envie en 2017 : aller voter ! »


    « Oh mince, c'est vache comme question, parce que des coups de cœur j'en ai eu plusieurs en 2016, et là tu m'obliges à choisir (= déchirement intérieur d'une intensité inimaginable)... Soit dit en passant, à cause de la Voix des blogueurs, je viens de finir Les petites reines (aaaaahhh c'est le meilleur roman le plus drôle du monde !!!!!!) et Le soleil est en toi (oh putain oh putain non mais c'est magnifique....). Bon, mais puisqu'il faut choisir, voici ma réponse : 2016 a pour moi été l'année du vent. J'ai eu deux énormes coups de cœur, pour Le Nom du vent (Patrick Rothfuss) et La Horde du contrevent (Alain Damasio). Ces deux romans m'ont emportée comme un souffle (hé hé hé) !
    Alors, voici ce que dirait Sérine de 2016 : “Cornegidouille ! Quelle navrance que cette année 2016 un tantinet calamiteuse... Mais comptez sur moi pour étriller tous ces orchidoclastes, et autres tocasses, qui nous ont rendu la vie déplaisante !”
    Et voici ce que dirait Louis Pasteur : “La composition chimique de 2016 laissait quelque peu à désirer. Nous avons observé un phénomène de condensation des molécules de violence, de peur et d’exclusion, d’où une réaction explosive et des risques de polymérisation. Pour 2017, je recommande de mieux diluer le milieu de culture.” »


    « Björn sait que cette année n'était pas une bonne année pour les fruits, ni pour les abeilles... Mais il attend le printemps prochain avec impatience, parce que chaque année est différente ! »

    Son coup de cœur 2016 : Ma cabane, album de Loic Froissart (éditions du Rouergue).

    « Coup de cœur 2016... Ça n'a pas beaucoup de sens pour moi , je ne suis jamais au courant de l'actu je t'avoue , je découvre les trucs des années après. Par exemple j'ai lu du Romain Gary pour la première fois cette été, La promesse de l'aube entre autres et c'était une super découverte.
    Que dirait le vieux du bois de 2016... Il ferait sûrement un peu de mauvais esprit et dirait qu'elle est après 2015 et sûrement avant 2017 ? Que ce sera mieux après ? Ou pire ? “À nous de jouer , comme toujours”, voilà ce qu'il conclurait. »
    « Alors pour mon coup de cœur 2016, je ne vais pas te citer une nouveauté de l'année mais plutôt les œuvres d'un auteur hélas méconnu que j'ai relues tout au long de l'année. L'auteur s'appelle Loup Durand. Il a écrit d'excellents romans dans divers genres mais a aussi collaboré à beaucoup d'autres, notamment pour Paul-Loup Sulitzer en son temps. 2016 a été pour moi l'occasion de les découvrir ou les relire et je retiendrais donc son chef d'œuvre, Daddy, la traque d'un enfant surdoué qui possède un lourd secret sur fond de seconde guerre mondiale.
    Eva dirait que 2016 a été une année bien éprouvante, assez anxiogène à vrai dire, et qu'elle espère 2017 pleine d'espérance, non grâce aux futurs changements politiques, mais plutôt à ce que la société civile pourrait montrer, cette formidable capacité de mobilisation qui ne demande pas grande chose pour se concrétiser et faire enfin vraiment bouger les lignes. »

    Mais aussi...
    (Des livres absolument excellents, pas du tout les moins bons, ce sont simplement ceux dont les auteurs n'ont pas pu répondre à ces deux questions.)

    Mes coups de cœur 2016 | feat. les auteurs themselves

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