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  • Analyse détaillée & à fleur de peau pour comprendre pourquoi ce roman est un chef d'œuvre littéraire pour adolescents.

    J’ai lu Qui es-tu Alaska ? pour la première fois il y a 4 ans. Ce livre m’avait touché et remué mais c’est Nos étoiles contraires que j’ai longtemps considéré comme mon roman greenien préféré : c’était pour moi son livre le plus intense, celui qui avait trouvé en moi le plus de sens. Si Nos étoiles contraires a, il est vrai, une intensité émotionnelle singulière, Qui es-tu Alaska ? trouve sa véritable force ailleurs et c’est ce qui en fait pour moi, après cette relecture, un chef d’œuvre littéraire, plus que dans les rangs de la bibliographie de John Green, mais dans la littérature pour adolescents entière.

    Alors quelle est l’intensité d’Alaska ? Qu’est-ce qui en fait un chef d’œuvre ?


    Les différentes couvertures françaises de Qui es-tu Alaska reprennent les différents symboles du livre : la fumée de la cigarette, la marguerite, le labyrinthe, la bande d'amis...

    Miles Halter est fasciné par les dernières paroles célèbres et impatient de quitter sa vie protégée dans le cocon familial. Il part en pensionnat en quête de ce que Rabelais, mourant, appelait son «Grand Peut-être».
    Beaucoup de découvertes attendent Miles à Culver Creek, notamment Alaska Young. Intelligente, drôle, écorchée et mortellement sexy, Alaska va attirer Miles dans son labyrinthe et le propulser dans le Grand Peut-être.

    La concordance forme / fond

    John Green propose dès son premier roman une narration finement pensée, qui détache son œuvre du lot autant sur la forme que sur le fond.

    La structure, d’abord, est très intelligemment construite : le livre est scindé en deux parties — avant et après — représentant chacune d’elle 139 jours de l’année scolaire des protagonistes. John Green explique avoir voulu faire intervenir l’évènement central (SPOILER : la mort d’Alaska Young) au milieu de l’année scolaire des protagonistes.

    La seconde partie du livre, contrairement à la première, présente quelques passages au présent de narration quand Miles (alias le Gros) et Chip (alias le Colonel) SPOILER apprennent la mort d’Alaska. Il y a, derrière ce procédé, une vraie réflexion de la part de John Green : « Quand le Gros parle SPOILER de la mort d’Alaska, il raconte quelque chose qui, pour lui, est toujours en train de survenir, une histoire qu’il n’a pas assimilée ni dépassée. Pour moi, du moins, SPOILER c’est ainsi que le trauma fonctionne. »

    La scène de la fellation, fameuse scène qui a notamment valu au roman d’être banni de nombreuses bibliothèques d’établissements scolaires aux États-Unis, est défendue par John Green pour sa forme qui n’en fait en aucun cas une scène érotique ou pornographique. Il raconte avoir beaucoup travaillé l’écriture de cette scène entre SPOILER Lara et Miles en opposition à la scène du chapitre suivant où SPOILER Alaska et Miles échangent de langoureux baisers. La première est écrite de manière « clinique », très descriptive, sans sensualité : on utilise le mot « pénis », les deux personnages se cherchent de manière purement physique. Dans la scène suivante, la description est poétique, sensible, sensuelle voire érotique. Pourtant, c’est une scène de baiser où les deux personnages sont tout ce qu’il y a de plus habillés. C’est donc une ode, pour John Green, « à la pelle torride où chacun reste habillé » avant « les relations sexuelles insipides qui n’apportent aucune joie à personne ».

    De plus, comme dans notre vie, les grandes questions se mêlent dans l’écriture de John Green à celles du quotidien et des banalités. L’auteur utilise ainsi des procédés d’écriture identiques à ceux de ses autres romans en faisant surgir des réflexions souvent existentielles de manière parfaitement fluide au milieu d’actions ou de réflexions bien plus futiles, quotidiennes.
    J’ai pris le Colonel dans mes bras, mes poings serrés sur ses épaules, et il a enroulé ses bras courts autour de ma taille de toutes ses forces. Je sentais sa poitrine se soulever, tout en réalisant encore et encore que nous étions toujours vivants. Ça me venait par vagues, accrochés l’un à l’autre, en larmes. Et je me suis dit : « Putain, ce qu’on doit avoir l’air de mauviettes », mais ça n’a que très peu d’importance quand on vient de se rendre compte, si longtemps après, qu’on est toujours en vie.
    John Green use tout le long d’une narration à la première personne du singulier semblable à un récit à voix haute de son année scolaire. Il s’adresse au lecteur et la narration ne change pleinement qu’à la fin, de manière habile, quand l’auteur conclut son roman sur la dissertation de théologie que Miles rend à Mr Hyde, son professeur. C’est un procédé qui a été réutilisé dans d’autres romans pour adolescents (par exemple Sujet : Tragédie, lui aussi publié chez Gallimard Jeunesse) mais qui est souvent jugé comme trop didactique, la dissertation étant une réflexion purement théologique de John Green. Il me semble pourtant que ce procédé est particulièrement intéressant du fait de son aspect conclusif qui fait lien entre la conclusion écrite de l’année scolaire de Miles et de la conclusion (écrite, donc) du livre. C’est aussi pertinent car parfaitement inséré dans l’histoire.


    Outre tous ces procédés d’écriture, ces réflexions et ces exemples de la qualité formelle de Qui es-tu Alaska ?, c’est le point de vue de Miles qui offre la plus pertinente association entre fond et forme du livre. Ce choix narratif est loin d’être anodin et mûrement réfléchi par John Green qui peut ainsi en jouer pour accentuer le mystère Alaska. Étant donné que l’histoire est du point de vue de Miles, le regard qu’on a sur Alaska est donc :

    1. Magnifié : « L’attirance du Gros pour Alaska, comme toutes les attirances, est éminemment subjective », explique John Green. Est-on donc sûr qu’Alaska est « magnifique » ? Ce jugement de beauté n’est-il pas, de toute façon, que subjectif ?
    2. Plus incertain encore. John Green joue de la vision parcellaire qu’on a d’Alaska : la première fois que Miles parle ainsi seul avec Alaska, c’est la nuit, et il ne la voit que partiellement. Par ailleurs, la description qu’on a du personnage est floue : elle a les cheveux acajou, les yeux verts et des formes pulpeuses. C’est tout ce que l’on sait.


    Les couvertures étrangères proposent aussi d'autres visions du livre et reprennent les symboles du roman : la fumée, la marguerite, les tulipes blanches, le labyrinthe, l'eau du lac (et des larmes ?), Vine Station...
    Vous pouvez toutes les retrouver sur le site John Green France.

    Des personnages profonds… et faillibles

    Dans ce roman, John Green dresse le portrait d’adolescents en quête 1) d’un Grand Peut-Être et 2) de soi. Les deux quêtes étant intrinsèquement liées.

    Ces personnages sont minutieusement construits, au fur et à mesure des évènements, des dialogues — adroits et intelligents, mais toujours crédibles — et au fil de l’année scolaire qui s’écoule.
    Lorsque les adultes disent avec un sourire imbécile et sournois : « les adolescents se croient invincibles », ils ne se doutent pas à quel point ils ont raison. Inutile de perdre espoir car nous ne pouvons être brisés irrémédiablement. Nous pensons être invincibles parce que nous le sommes. Nous ne pouvons être nés ni mourir. Nous sommes comme les énergies, nous changeons seulement de forme, de taille et de manière de nous manifester. 
    Les adultes l'oublient en vieillissant.
    Ce que John Green, à travers ses personnages, arrive à transmettre, c’est l’essence même de l’adolescence : ce sentiment de grandeur et d’invincibilité que l’on ressent à cet âge-là (le Gros le dit lui-même, les adolescents se croient invincibles car, en tant qu’humains, nous sommes invincibles). Les trajectoires de ces adolescents se croisent donc dans leur quotidien qu’ils veulent magnifier, vivre à 100%, et dans cet espoir, plus ou moins grand, plus ou moins ambitieux, plus ou moins dangereux, d’Avenir. Ils sont tous, à leur manière, tendus vers un après, vers un Grand Peut-Être.
    - Auden, a-t-elle annoncé, quelles sont ses dernières paroles ?
    - Je ne les connais pas. Jamais entendu parler de lui.
    - Jamais entendu parler de lui ? Pauvre inculte ! Approche et lis cette phrase.
    Je me suis approché et j'ai lu la phrase qu'elle suivait du doigt.
    - « Tu aimeras ton voisin tordu / de ton cœur tordu », ai-je lu à voix haute. Oui. C'est pas mal.
    - Pas mal ? Ben voyons, les tortifrites sont pas mal. Faire l'amour est pas mal drôle. Le soleil pas mal chaud. Putain, ce truc en dit tellement sur l'amour et les gens cassés, c'est exactement ça.
    Comme le rappelle ce dialogue entre Alaska et Miles, ce qui rend ces personnages ô combien touchants et attachants, c’est qu’ils ont tous des failles qu’ils dévoilent au fur et à mesure de l’intrigue.


    John Green le dit à la fin du livre (édition collector) : son personnage principal est faible, « Miles n’est pas juste un héros, à l’image de tous les mortels », et « par ailleurs, le boulot du lecteur (et plus généralement de tout être humain) est d’avoir de l’empathie pour les gens imparfaits et indécis rencontrés dans les livres et dans la vie. »

    Ces failles sont donc plus ou moins profondes, découlant parfois de leurs actions ou de blessures bien plus lointaines (comme celles d’Alaska). Elles restent en tout cas fidèles à la réalité de l’adolescence, tant dans sa banalité que dans le caractère exceptionnel d’évènements comme SPOILER la mort d’Alaska dans le livre. Cet évènement SPOILER met tout un lycée, et particulièrement les amis d’Alaska, face à une épreuve bien plus grande qu’eux. Elle amène aussi tout un ensemble de questions métaphysiques qui, si elles dépassent les hommes et les femmes, nous dépasse bien plus encore à cet âge-là.

    Le roman mêle ainsi avec une grande justesse la douce excitation de l’adolescence (les canulars, l’humour, les amitiés, le sexe et les premières fois) et sa profonde souffrance. Qui es-tu Alaska ? exprime en fait l’intensité de l’adolescence, sa violence émotionnelle à la fois transcendante et bouleversante.

    Par ailleurs, John Green tisse des relations complexes entre ses personnages. C’est ce qui rend le livre plus profond encore et les personnages plus intéressants et véridiques. « Je ne crois pas que, dans la voie, on soit ou a) amoureux ou b) pas amoureux. Les sentiments qu’on éprouve les uns pour les autres sont complexes et le fruit d’une multitude de désirs et de peurs entremêlés. » C’est ce qu’il transmet dans Qui es-tu Alaska ? au travers de son histoire où les personnages, agrégés dans une bande d’amis aux liens étroits, remettent en question, ensemble ou seuls, de nombreuses certitudes qu’ils n’étaient pas prêts à affronter.
    Alors je suis retourné dans ma chambre et je me suis écroulé sur mon lit, en me disant que si les gens étaient de la pluie, j'étais de la bruine et elle, un ouragan.
    Alaska est le personnage central du livre : ce n’est ni la narratrice, ni l’héroïne, mais c’est autour d’elle que l’intrigue et les personnages s’orientent. Tous un peu amoureux, tous amis, tous fascinés par ce personnage hors du commun, ils seront SPOILER complètement déroutés et perdus par la mort de celle-ci. Ce personnage est l’un des plus étonnants, fascinants, déroutants et mystérieux de tous ceux que j’ai pu rencontrer à travers mes lectures.

    Alaska est un personnage flou qu’on ne cerne jamais, comme le Gros ou les autres personnages du roman. Elle est à l’image de son nom qui signifie « celui contre lequel la mer se brise » et, comme le dit John Green, « c’est précisément ce que vit Alaska. Elle a l’impression que la mer se brise contre elle, encore et toujours, avec le bouleversement, l’excitation et la douleur qui en découlent. » C’est ce qui en fait une véritable héroïne de roman, un personnage complet et complexe, à la fois incroyablement nuancée et, par toutes les failles qu’elle montre — montrant au passage que l’adolescence a aussi son lot de douleurs et de difficultés, pas toujours expliquées — , touchante et bouleversante.
    « J’aime [le nom d’] Alaska parce que c’est un nom grandiose, mystérieux et lointain, le nom d’un de nos États mais un État reculé et fantasmé, à l’image d’Alaska que ses camarades de classe fantasment (pour le pire). »

    Ce formidable personnage démontre par ailleurs :

    1. comment on idéalise des gens, jusqu’à leur prêter des qualités et des caractéristiques qu’on ne leur a que imaginées et fantasmées ;
    2. comment une personne a ainsi plusieurs façons d'être et d’être représentée, existant ainsi de manière multiple à travers le regard de tous les autres ;
    3. comment en tant que société / hommes machistes on objectifie les femmes, constat fait à travers le regard de cette antisexiste formidablement féministe qu’est Alaska. (Et du féminisme dans un roman pour adolescents autant lu dans le monde, c’est vraiment positif.)

    J’avais envie d’en savoir plus sur elle, sur Vine Station, sur l’avenir.
    - Parfois, j’ai du mal à te cerner
    Elle ne m’a même pas regardé. Elle a souri, les yeux rivés sur l’écran.
    - Tu ne me cerneras jamais. Tout est là.


    John Green parle dans cette vidéo du bannissement de Qui es-tu Alaska ? de bibliothèques (scolaires) aux États-Unis.
    Une traduction de la vidéo est disponible sur le site John Green France.

    De la résilience

    L’un des grands thèmes de Qui es-tu Alaska ? est la notion de résilience. La résilience est la capacité qu’on a à surmonter les traumatismes. John Green met au cœur de son intrigue SPOILER et de la mort d’Alaska cette qualité humaine à mes yeux extrêmement émouvante qui nous permet d’aller au-delà de quelque chose qui nous a profondément ébranlé.

    Cette notion de résilience est donc amenée non pas de manière didactique à mes yeux, comme le pensent beaucoup de lecteurs en lisant la dissertation finale du Gros, mais par une histoire, par la réflexion personnelle et très émouvante d’un personnage coupable, remué par les évènements, déchiré entre plusieurs sentiments qui apportent nuances et profondeur à ce héros.
    Voici donc la question avec laquelle je vous laisse : quelles sont vos raisons d’espérer ?
    Pour ressentir cette résilience, profondément humaine, Qui es-tu Alaska ? pose la question de l’espérance : les personnages, comme le lecteur, se demandent quelles sont leurs raisons d’espérer.

    Cette question de l’espérance est aussi intéressante car elle est mise en relation à toute la réflexion théologique que John Green développe dans son roman. « J’ai toujours trouvé curieux que ces gens qui voulaient bannir le livre des écoles osent prétendre qu’il offense les valeurs chrétiennes. Or les valeurs chrétiennes essentielles — espérance profonde, pardon universel — sont les valeurs centrales défendues au dernier chapitre. »


    C’est l’un des aspects les plus étonnants du livre, mais aussi des plus intéressants, que je n’avais pas remarqué à ma première lecture. John Green conceptualise, voire vulgarise, ici tout un ensemble de concepts de théologie issus de divers courants religieux. C’est l’un des aspects autobiographiques du roman, John Green ayant étudié la théologie avant l’écriture de Qui es-tu Alaska ? Il y parle donc notamment de la mort, de ce qui vient après et de ce que la religion apporte comme philosophie ou plus souvent comme consolation à cette inévitabilité de la mort et plus tard de l’oubli.
    Comment allons-nous sortir de ce labyrinthe de souffrance ? Alaska Young.
    À toutes ces questions d’espérance, de mort et de résilience, est associée la métaphore du labyrinthe de Simon Bolivar dont les dernières paroles seraient : « Nom de dieu, comment sortir de ce labyrinthe ? » Ce labyrinthe n’est pas celui de la vie mais bien celui de la souffrance, sur lequel s’interroge Alaska qui souffre de raisons qui nous sont plus ou moins inconnues — les connaît-elle elle-même ? SPOILER Après sa mort, tous les personnages seront alors bien obligés de faire face, inévitablement, à cette interrogation qui oriente la seconde partie du livre en même temps : comment sortir de ce labyrinthe de souffrance ?

    Le Colonel et le Gros se demandent en même temps où est leur responsabilité dans ce drame et comment vivre avec cette culpabilité : c’est, en quelques sortes, leur labyrinthe. Le Colonel, profondément tourné vers l’espoir, finira par déclarer SPOILER :
    C’est moi qui choisis le labyrinthe. Il craint, mais c’est moi qui l’ai choisi.
    Cette déclaration prouve finalement aussi les choix individuels que chacun peut faire. Le libre-arbitre est pour John Green l’une des questions importantes du livre :

    1. En questionnant le choix de Miles de partir en quête de son Grand Peut-Être qui est un choix de garçon privilégié dans une famille aisée : « Dans quelle mesure notre libre-arbitre est-il régi par notre vécu ? Je n’ai pas la réponse. Cependant, je vais continuer d’écrire des histoires qui posent et reposent la question sous différents angles. Et, avec un peu de chance, nous commencerons à comprendre si la faute est dans nos étoiles ou en nous-mêmes. »
    2. En montrant SPOILER les décisions que prend finalement Miles en choisissant du réconfort, en choisissant qu’Alaska lui a pardonné : « Comment peut-on trouver le moyen de se supporter et peut-on encore être pardonné quand la personne qui doit vous accorder ce pardon n’est plus là ? […] Le Gros finit par trouver une réponse qui lui apporte du réconfort, mais pour ce faire, il doit s’impliquer davantage dans ses choix et dans sa vie. »

    SPOILER Alors je sais qu'elle me pardonne, comme je lui pardonne. Les dernières paroles d'Edison sont: « C'est très beau ici. » J'ignore où ça se trouve, mais sûrement quelque part et j'espère que c'est beau.

    À l'occasion des dix ans du livre, le site John Green France a réuni et traduit de nombreuses informations sur la publication du roman, sa création et son succès — informations que vous trouvez également dans l'édition collector du livre.

    Et de nombreux autres sens

    Les nombreux sens liés à cette notion de résilience, qui englobe des réflexions différentes (l’espérance, le libre-arbitre, la capacité à se donner le droit d’être pardonné), tissent donc un ensemble de questions auxquelles s’intéressent John Green dans son œuvre en entier. On le voit quand il dit, ci-dessus, qu’il cherche à comprendre « si la faute est dans nos étoiles ou en nous-mêmes ». La référence est évidente au titre anglais de Nos étoiles contraires : The Fault in our Stars.
    Donc ce type, François Rabelais, le poète, a dit sur son lit de mort : « Je pars en quête d'un Grand Peut-Être. » Voilà ma raison. Je ne veux pas attendre d'être mort pour partir en quête d'un Grand Peut-Être.
    L’idée du Grand Peut-Être est un sujet du roman dont je n’ai pas parlé mais qui me fascine et me parle pourtant beaucoup. Il est traité de manière très émouvante à travers le personnage du Gros qui cherche dans son pensionnat, avec ses amis et cette émancipation qui le rapproche de l’avenir, son Grand Peut-Être, sa raison d’être, ce qui lui donne une raison de vivre… et d’espérer ? C’est aussi un thème rarement traité dans les romans pour adolescents qui ressentent pourtant intensément leurs émotions et vivent intensément cette partie d’eux tournée vers l’avenir, tournée vers des Peut-Être.


    Qui es-tu Alaska ? explore donc, à lui seul, de nombreux thèmes tous plus intéressants les uns que les autres. On en a déjà parlé : le féminisme d’Alaska, la manière qu’on a d’idéaliser les gens, la notion de libre-arbitre… En fait, John Green y pose beaucoup de questions — sans en donner les réponses — et c’est ce qui participe à donner cette profondeur au roman. Néanmoins, le roman est d’une telle justesse que l’auteur propose deux façons de lire son roman :

    1. Il explique dans le questions-réponses à la fin du roman qu’on peut tout à faire lire un livre sans le décortiquer. Il cite alors Salinger (d’une dédicace de l’un de ses romans) : « S’il reste un lecteur amateur dans le monde — ou un lecteur expéditif —, je le ou la prie avec une affection et une reconnaissance indicibles de partager cette dédicace avec ma femme et mes enfants. » On peut donc, pour John Green ou Salinger, « lire un livre et passer à autre chose dans la foulée, l’aimer sans s’appesantir. »
    2. Mais ce qui me semble plus intéressant, comme John Green le pense, c’est pour moi une lecture « critique », aborder un livre « de mille manières différentes ». « Il fallait que le lecteur repousse de toutes ses forces ce sentiment d’absurdité et trouve espoir en une vie faite aussi de chagrins non résolus et sans solution. »

    On reste donc, à la fin de Qui es-tu Alaska ?, comme les personnages en fait, dans ce sentiment si ce n’est d’absurdité en tout cas de mystère ; beaucoup de choses sont à éclaircir, à réfléchir encore, à fouiller. C’est ce qui fait pour moi que ce roman est un grand livre : il est d’une profondeur étonnante et, même à ma deuxième lecture, il me semble qu’il me reste encore beaucoup de choses à découvrir de Qui es-tu Alaska ?

    C’est à l’image de ce que John Green dit dans Qui es-tu Alaska ? et de ce à quoi font face les personnages dans l’histoire : « Dans la vie, on se heurte à des questions — des questions d’importance — qui appellent une réponse, qui méritent une réponse, et qui pourtant resteront sans réponse. »

    Et j’adhère à la conclusion de John Green qui répond, quand on lui demande s’il a trouvé son Grand Peut-Être — et cette réponse me semble tout à fait appropriée à notre recherche de réponses à de grandes questions — : « Le plaisir est dans la quête, c’est ce que j’ai fini par comprendre. »




    Un chef d’œuvre

    L’intensité de Qui es-tu Alaska ? n’est donc pas que celle d’une émotion, quoique cristallisée ici avec justesse et nuances, mêlant culpabilité, besoin de pardon, tristesse et colère, mais aussi celle du sens. Tout auréolé de mystères, ce roman est aussi complexe à cerner que l’est Alaska aux yeux de ses amis, et le restera sans doute autant qu’Alaska restera floue — « un souvenir flou », comme Qui es-tu Alaska ? a failli se nommer.

    Par ailleurs, je soutiens ce que je disais du roman dans ma première (et piètre !) chronique de Qui es-tu Alaska ? il y a 4 ans : on ressort différent de cette lecture. Ce roman de John Green m’a profondément touché et a répondu à des questions qui peuvent me tournebouler le cerveau au même titre qu’il m’a ouvert d’autres horizons.

    Qui es-tu Alaska ? est donc un chef d’œuvre dans tous les sens de sa définition (proposée par les très gentils Larousse, L’Internaute et Trésor de la langue française) :

    • « Œuvre d'art, littéraire ou non, qui touche à la perfection », « dont les qualités sont reconnues de tous » : Qui es-tu Alaska ? est, par tous les points que j’ai détaillé, une grande œuvre littéraire qui a par ailleurs enthousiasmé de très, très nombreux lecteurs à travers le monde ;
    • « La meilleure œuvre d’un artiste », ce roman réunissant à mon sens toutes les qualités de forme et de sens des livres de John Green ;
    • « Une œuvre majeure parfaite en son genre » en littérature pour adolescents, l’auteur dépeignant, avec une grande justesse, des adolescents qui se confrontent de plein fouet à leur envie de Grand Peut-Être et à leur invincibilité, dans toutes leurs failles et leur intelligence.

    Kaya Scodelario, figurant sur cette très belle affiche fan made, a longtemps fait l'objet de rumeurs : elle aurait été pressentie (mais peut-être n'est-ce que par les fans) pour jouer Alaska dans une adaptation cinématographique.
    Cette adaptation devrait avoir lieu, produite par la Paramount, qui a acheté définitivement les droits il y a plus de dix ans, mais rien n'est encore sûr.
    Pour l'instant, une réalisatrice a été annoncée (Rebecca Thomas) mais également les scénaristes et les producteurs ayant participé à la création des films Nos étoiles contraires et La face cachée de Margo
    Plus d'informations sur le site John Green France, ICI et ICI.

    Un petit mot sur l’édition collector

    Parue, en 2015, aux éditions Gallimard, la version collector de Qui es-tu Alaska ? apporte de nombreux contenus exclusifs. Outre sa fabrication luxueuse (édition cartonnée avec jaquette, à l’image des hardbacks anglophones), le roman est enrichi de commentaires de John Green et de son éditrice, Julie Strauss-Gabel, autour du roman, de la chronologie et de scènes réécrites.

    Ce sont des contenus passionnants qui permettent de retracer l’histoire du manuscrit (de façon souvent émouvante) et qui m’ont aussi particulièrement intéressé en tant que futur éditeur. On comprend le rôle primordial qu’ont joué des figures éditoriales dans ce roman et le travail qui a pu être effectué sur le manuscrit, différent de la première à la seconde partie.

    La grosse vingtaine de pages finale propose un ensemble de questions-réponses issues d’internet (Tumblr, mails, etc.) qui permettent de cerner avec plus de profondeur l’œuvre de John Green et de comprendre l’importante part autobiographique de l’histoire.

    Cette édition n’est pas très coûteuse (tout juste 20€) pour un objet éditorial incroyablement riche et instructif.

    Qui es-tu Alaska ?, le chef d'œuvre de John Green

    7

  • À tous les passionnés de littérature jeunesse,
    Qui se reconnaîtront en ces pages et auront envie, si ce n’est de garder le livre, de l’offrir largement aux enfants autour d’eux.
    Carnet de lecteur.trice à destination des enfants qui découvrent le plaisir de la lecture, cet objet littéraire est bien pensé et indispensable pour tout bon lecteur qui se respecte (hé oui, il va falloir investir Monsieur / Madame).
    Pourquoi ?


    Pour tenir un journal de lectures

    J’écrirais bien aussi quelque chose pour vous vanter tous les mérites d’un journal de lectures, mais Lupiot, que vous connaissez bien maintenant, l’a déjà fait sur son blog. Ce qu’elle y dit, principalement, c’est que c’est un très bon moyen de :
    1. Se connaître soi-même et comprendre un peu mieux ce que l’on préfère ;
    2. Se souvenir de ses lectures (la base) ;
    3. Pouvoir accéder plus rapidement à des coups de cœur et bonnes lectures, pour les conseiller par exemple ;
    4. Attiser sa passion : c’est stimulant, et j’en reparle plus bas.

     

    Parce que les LISTES

    Je suis sûr qu’il y en a beaucoup parmi vous qui aiment les listes : les listes de courses et de ménage à faire, peut-être pas, mais même dans ce cas-là, c’est très agréable de faire la liste en elle-même et de cocher au fur et à mesure. Comme le dit Lupiot dans son article sur le journal de lectures, c’est auto-congratulant de voir ses propres avancées et de pouvoir quantifier ce qu’on a produit.
    Alors des listes de livres, c’est dix fois plus jouissif. Élisabeth Brami propose à son jeune lecteur plein de listes très chouettes que j’ai grandement envie de faire à mon tour :

    • des collections de mots,
    • des collections de personnages,
    • des collections de livres préférés,
    • des livres que tu veux lire,
    • des livres à lire plus grand,
    • des titres de livres qu’on veut écrire (voir la fin de mon article)…

    Pour garder le feu de sa passion

    Quand vous êtes un lecteur passionné (je suis sûr que vous en êtes un) vous ne vivez parfois plus que pour votre passion. Petit preuve de mon côté :

    • Je lis dans le métro,
    • Je travaille la journée dans une maison d’édition,
    • Je rentre et travaille le soir sur mes études d’édition / ce que je veux écrire / mon blog.
    Vous aurez compris, je ne vis (presque) que pour les livres !
    Alors un carnet de lectures, ça permet de condenser un peu tout ça, de s’exprimer avec passion pour parler de ses lectures, des émotions ressenties, de nos rencontres littéraires… Un journal de lectures comme celui-ci, c’est de l’or de lecteur : un espace rien qu’à soi pour s’exprimer sur sa passion !
    Le fait de s’exprimer sur cette passion, de lister les livres qu’on a lu et aimé, cela donne encore plus envie de lire : on veut goûter à ce plaisir de parler des livres, goûter à ce plaisir de remplir ce carnet


    Parce que c’est une très belle transmission

    C’est Élisabeth Brami, autrice lue, reconnue et vétérante de l’édition jeunesse, qui propose aux lecteurs ce carnet de lecteur. Et elle le fait avec son âme d’enfant lecteur : elle le dit au début du livre, elle aurait aimé écrire les livres qu’elle avait lu pour le simple plaisir de les redécouvrir aujourd’hui. Un carnet comme celui-ci ne pouvait être proposé que par un.e auteur.trice passionné de lecture et avec une âme d’enfant encore en lui.
    Les commentaires d’Élisabeth Brami parcourent tout le carnet : elle donne des secrets, des conseils, elle nous révèle la première phrase du premier roman qu’elle a écrit étant petite… Une vraie relation privilégiée s’installe entre écrivaine et enfant, et ça, c’est vraiment chouette.

    Parce que, nom d’un T’slich, c’est beau !

    Le carnet est mis en page, en images et en couleurs dans un très chouette graphisme, moderne et enfantin. Il est réalisé par Marlène Normand, et est vraiment drôle, chouette et dynamique !
    Le livre est aussi un bel objet, avec un bon format et très sympa à manipuler.
    Si le papier est très bien pour écrire, le livre n’est peut-être pas très pratique à ouvrir pour écrire dedans : il se referme seul, et s’ouvre peu.


    (Un regret ?)

    On regrettera peut-être deux choses :
    1. Qu’on nous vende un carnet dit « secret » sans moyen de le sceller aux yeux de tout parent / copain ou copine / extraterrestre / Björn tendre et drôle (vous avez vu, j’en profite pour vous rappeler que le tome 2 de Björn sort à la rentrée !) : moi j’aurais défini ce carnet comme celui d’un super-lecteur.trice peut-être, ou carnet de drôle d’enfant plongé entre deux livres…
    2. J’aurais personnellement ADORÉ ce livre étant petit. J’aurais passé mon temps à le remplir. Mais je crois malheureusement que 8 sections pour 8 livres qu’on a aimé, c’est très peu. Il aurait fallu faire un plus gros livre… ou alors il faut tout simplement se faire violence en tant que jeune lecteur pour ne choisir que 8 livres, pourquoi pas ses préférés… Et ça, je l’ai vu avec les 7 livres qui ont marqué ma vie, c’est très, très, très difficile.

    Parce qu’on y parle lecture ET écriture

    Le livre se termine sur une partie pour les jeunes auteur.trices. En effet, quel.les écrivain.es ne relient pas l’écriture à la lecture ? Élisabeth Brami propose donc des pages d’écriture libre, des listes d’idées de romans, des premières phrases de livres à écrire...


    Et pour prolonger ce carnet du super-lecteur.trice, je vous conseille, pour tout jeune écrivain en herbe :


    ÇA.
    Ce livre de génie est proposé également par une écrivaine de génie.

    Le jour où mon frère Nathan et moi avons rencontré Susie Morgenstern qui venait d’apprendre que nous voulions devenir écrivains (devant la tête de ma mère qui se disait : oh la la la, ils vont vivre dans un carton), elle a dit, avec son très bel accent américain : « mais c’est un très beau métier, écrivain ! ». Je crois que je m’en souviendrai toujours.

    C’est avec ce livre que j’ai fait de nombreux exercices d’écriture et que j’ai compris :
    • Le plaisir du jeu avec les mots,
    • Le fait qu’il fallait travailler tous les jours ou du moins le plus souvent possible l’écriture, même en y travaillant peu, même en ne posant que trois phrases les unes à côté des autres,
    • Le plaisir de poser le regard autour de soi pour trouver l’inspiration.
    C’est un très chouette carnet d’écriture pour tous les passionnés et je vous le conseille vivement.



    Cet article de passionné a été écrit dans le cadre de Booktube et la Blogo en Livre ! C’est une très belle initiative lancée par Nathan dans le cadre de la grande fête nationale de la littérature jeunesse, Partir en Livre. Tous les jours, jusqu’à la fin du mois, Booktubeurs et blogueurs se relaient pour parler d’un livre de littérature jeunesse. Hier, c’était la très chouette Mathilde sur sa chaîne YouTube Ma Malle aux Livres, demain ce sera la géniale Lucille, sur son blog La Ronde des Livres (le blog d’un ours en peluche nommé Teddy dont vous vous souvenez peut-être ?)
    Alors portez-vous bien, amis passionnés de littérature jeunesse, et comme le dirait mon tout nouveau t-shirt que j’aime d’amour : souriez, vous lisez !

    À tous les passionnés de littérature jeunesse | Mon carnet de lecteur et lectrice

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  • La blogosphère est-elle morte ? Booktube va-t-il devenir l'unique média littéraire sur internet ?
    J’avais depuis un moment envie d’écrire sur la blogosphère et sur Booktube et de répondre à quelques questions et remarques que je vois parfois fleurir autour de moi :


    En effet, aujourd’hui, sur internet, deux communautés se côtoient en prescription littéraire : les blogueurs et les Booktubeurs.
    Les premiers, les pionniers, vous les connaissez depuis plus longtemps : certains blogs ont déjà maintenant quelques années, par exemple Sophie Hérisson a créé son blog Délivrer des Livres il y a maintenant 13 ans. La Voix du Livre est, pour sa part, né il y a 7 ans.
    Booktube est plus récent, et a surtout pris son ampleur récemment, relayé par de nombreux articles de presse et quelques reportages télévisuels (par exemple, le récent C’est au programme).
    Chacun y va donc de sa préférence : blog ou Booktube ? On parle parfois de la fin des blogs alors que de nombreux blogueurs se redirigent peu à peu vers Booktube, plus en vogue, au public plus développé, plus large… pourtant, les blogs tiennent bon.

    On va quand même pas se laisser faire.

    Ainsi, l’audience a peut-être un peu réduit mais elle n’a pas déserté. En fait, si les blogueurs ont encore de l’avenir devant eux, c’est parce que les deux médias sont parfaitement complémentaires.
    Et j’ai envie de vous expliquer pourquoi.

    ATTENTION : cet article est une analyse comparative personnelle des blogs et de Booktube. Si vous n’êtes pas d’accord, ce sera avec un grand plaisir que nous pourrons en discuter en commentaires ! Parce que les débats, c’est cool.


    Deux modes d’expression différents

    S’exprimer à l’écrit ou en vidéo, c’est extrêmement différent. Comme le dit Bulledop dans le reportage France 2 sur les Booktubeurs, il y a une plus grande spontanéité dans Booktube. On ne lit pas seulement quelqu’un, on le voit, on l’écoute… Et, comme quand vous parlez à quelqu’un, vous apprenez autant de choses si ce n’est plus dans le langage non-parlé que dans le langage parlé. Les gestes, les mimiques, les expressions, le ton utilisé… Tout cela est un langage à part entière qui en dit beaucoup sur ce que vous dites.
    Par exemple, si j’écris : « c’était gé-nial », vous ne pouvez le comprendre que d’une seule manière. Mais si vous le dites, vous pouvez faire comprendre en disant la même phrase que vous avez adoré ou que, avec un ton ironique, non, vous n’avez pas adoré du tout.
    Outre ce que vous communiquez avec la voix et les gestes sans le dire, il y a un rapport plus direct, plus émotif en vidéos qu’à l’écrit. Comme le disait Bulledop, c’est aussi ça, cette spontanéité : il est plus difficile de cacher son émotion à l’oral qu’à l’écrit. C’est comme si ce qu’on ressentait débordait de notre discours pour s’exprimer pleinement.

    Niveau contrôle des émotions, vous êtes plutôt à gauche ou à droite ?

    De ce fait, les contenus des vidéos sont beaucoup plus liés à l’émotion du/de la Booktubeur-se qu’à l’analyse proprement dite du livre. Il est alors beaucoup plus facile de dire « je » dans une vidéo, de parler de soi et de son rapport intime à sa lecture. Par exemple, écoutez cette très belle vidéo de Lemon June qui parle de Martin Éden.



    Sur les blogs, du moins pour certains, on est plus dans une recherche d’analyse des livres chroniqués. On peut choisir de retranscrire l’émotion ressentie à la lecture (j’essaie également de le faire un maximum), mais il est plus facile et plus répandu d’analyser un livre à l’écrit qu’à l’oral. Ainsi, même si je rends au maximum l’émotion que j’ai ressentie durant ma lecture, je cherche aussi à comprendre pourquoi j’ai ressenti ça, d’aller au fond des choses. Qu’est-ce qui fait qu’un livre est bien ou mauvais selon nos propres critères d’analyse ?

    Des publics différents

    Du fait de l’émotion que les Booktubeurs font passer, il y a un rapport plus intime qui lient leur communauté et le Booktubeur. Comme le dit l’éditrice interviewée dans l’émission « C’est au programme », au contraire des journalistes (et blogueurs), les Booktubeurs, comme les Youtubeurs, se posent plus comme animateurs de communautés. C’est sans doute pour cela aussi qu’on trouve beaucoup plus de vidéos différentes des critiques de livres : les Book Haul, les Tags, etc. La personnalité de la personne compte encore plus que sur les blogs.

    Par ailleurs, comme cette personnalité compte plus que sur les blogs, et donc parfois plus que les livres, beaucoup de monde regarde une vidéo Booktube en tombant dessus par hasard. Des Booktubeurs-euses comme Audrey racontent donc que certains de leurs abonnés sont d’anciens non-lecteurs qui ont commencé à lire grâce à eux… et n’est-ce pas l’un des plus beaux compliments qu’un lecteur puisse recevoir ?


    Le public des blogs est beaucoup plus un public « entre soi » : ce sont les lecteurs ou professionnels du livre qui lisent d’autres lecteurs et professionnels du livre. C’est aussi l’une des raisons, outre l’écrit plus long et parfois plus ordonné, qui permet d’analyser des livres. On touche un public plus connaisseur, donc qui a plus de notions permettant de comprendre un certain nombre de concepts, de points d’analyse du livre. On parle à quelqu’un qui s’y connaît déjà.
    Et c'est personnellement ce que je cherche quand je lis des chroniques de livres : j’ai besoin que l’analyse aille loin. C’est pour ça que j’aime les blogs comme celui de Lupiot (Allez vous faire lire) ou L’oiseau lit.

    Des choses nouvelles à créer sur chaque média

    Mais les deux médias ont des frontières poreuses, parce que :

    1. Beaucoup pratiquent les deux ;
    2. Beaucoup sont passés de l’un à l’autre ;
    3. Les formats ne sont pas si binaires que ceux que j’ai exposés.

    Par exemple, Lemon June est une Booktubeuse qui fait transparaître avec beaucoup de force son émotion, mais qui réussit ce tour de force d’aller très loin dans l’analyse de chacun des livres qu’elle lit. Lemon June arrive finalement à concilier l'analytique et l'animation de communauté avec TA-LENT.
    C’est, pour ma part, le Booktube que je préfère (au même titre que les blogs).


    En fait, les vidéos de Lemon June m'ont fait comprendre ce que je trouvais de meilleur dans Booktube et YouTube en général (lié justement au fait qu'on touche un autre type de lectorat) : la vulgarisation. C'est l’une des choses que j'aime beaucoup sur internet, qu’on retrouve aussi sur des blogs comme celui de Lupiot : vulgariser, c'est expliquer de manière la plus claire possible pour le plus grand nombre possible des notions et concepts souvent scientifiques ou artistiques complexes.

    L'accessibilité de tous à Internet ne réduit donc pas la profondeur et le sens du contenu, mais elle la force à s'exprimer autrement. De manière plus simple, certes, mais l'idée est surtout d’inventer quelque chose de nouveau sur chacune des plateformes.

    Et il en existe, de belles et nouvelles choses, à en rester bouche bée !


    Alors, pour partir guillerets, je vous propose de finir là-dessus :
    CÔTÉ BLOG


    CÔTÉ BOOKTUBE

    Blogosphère VS Booktube : le fight ?

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