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  • Trois livres révolutionnaires entre mai 68 et mai 2018 pour fêter la littérature jeunesse #BBenLivre2018

    En mai 2018, on a parlé sans cesse du cinquantenaire de mai 68 : on l’a célébré, on s’est remémoré ce mois de révolution et ceux qui ont précédé / suivi, on a revécu en souvenirs cette année libératrice, on a même recréé des AG (Assemblées Générales) voire des occupations.
    Mais dans les rues, à côté, en mai 2018, il y a eu d’autres AG, d’autres occupations. Peut-être moins fortes, peut-être moins mobilisées, peut-être avec moins de pavés mais avec autant de mots, de lacrymogènes et de doutes. Et ça, tout le monde l’oubliait, jusque au théâtre de l’Odéon à Paris duquel ont été virés avec des CRS les jeunes qui voulaient venir prendre la parole pour parler des luttes qui se tiennent aujourd’hui en dehors du théâtre dans lequel on recréait fictivement une occupation datant de 50 ans.
    Il y avait comme un non-sens, non ?
    Parce que quand sont venues, au milieu des archives et documentaires qui permettaient de se souvenirs et de mieux (re)comprendre ces évènements, les revendications — les nôtres — celles contre la loi ORE ou celles contre toutes les réformes gouvernementales, de la SNCF aux hôpitaux en passant par le statut des auteur·rices ; quand sont venues les grèves, les manifestations et tout le reste, je me suis demandé ce qu’il fallait faire de toutes ces commémorations.
    Se souvenir, d’accord, mais ensuite ?

    Et ce que j’ai aimé trouver, en littérature pour adolescent·es, c’est quelque chose de différent, loin du souvenir-soupir en manque d’une vieille révolution de cinquante ans. Ce que j’ai aimé trouver, ce sont des récits pour revivre mai 68 et attiser ce début de feu propre à la jeunesse.

    On peut donc passer outre l’aspect autobiographique du roman de Paule du Bouchet (que vous connaissez peut-être déjà pour ses romans historiques comme Chante, Luna) parce que le roman n’a pas tant à vocation à raconter qui était Paule du Bouchet (et donc à se raconter soi pour simplement se souvenir) qu’à témoigner d’une époque, dépeinte avec beaucoup de réalisme. Si vous lisez 68 année zéro, vous serez plongé·es au cœur des évènements qui font éclater les pavés du quartier latin. Vous vivrez avec une énergie enflammée et un enrichissement historique et politique précis le mois de mai qui a fait se soulever des millions de français.

    Trois filles en colère complète 68 année zéro en se concentrant sur les années qui ont précédé mai 68. Le processus politique, historique et sociétal qui a mené à cette révolution est dépeint de manière brillante et vivante à travers toutes les voix de ce récit épistolaire (peut-être parfois trop nombreuses pour que chacune trouve sa singularité) et à travers les quelques articles de journaux ou photographies d’archives reproduites dans le roman qui se veut comme un coffre qu’on rouvre après quelques années passées dans le noir.

    Le héros de Christian de Montella, quant à lui, permet encore un autre regard que ceux des parisiennes révolutionnaires des deux premières autrices ou des allemande et grecque d’Isabelle Pandazopoulos. Le roman ouvre au regard d’un personnage un peu pataud, engoncé dans son éducation parisienne un peu bourgeoise, qui va s’en sortir par la simple force de son amour pour une jeune révolutionnaire. Il incarne avec justesse une figure plus immobile, plus soumise aussi de cette jeunesse de mai 68 et donne à voir un regard différent.
    Si j’étais moins convaincu par les dialogues et la brieveté de Martin perché qui empêchait de développer entièrement la profondeur des personnages et leur regard sur le monde, sonnant parfois faux ou moralisateur, ce roman, comme les deux autres, nous fait ressentir les vibrations des grèves et des révoltes qui résonnent étrangement avec ce qu’il se passe aujourd’hui.

    Parce que finalement, la force de 68 année zéro, de Trois filles en colère ou de Martin perché est d’abord d’avoir des héro·ïnes incarné·es. Chacun de ces romans est un témoin de parcours initiatiques. À travers les regards des héros et héroïnes — à travers celui qui m’a le plus touché de la jeune Paule du Bouchet qui porte le récit avec sa voix habilement travaillée, si justement et honnêtement adolescente — ils dépeignent leur ouverture au monde et leur passage à l’âge adulte. Le ton est maîtrisé et, comme les révolutions de mai 68, l’écriture est généreuse et énergique.

    Ces trois livres, dont deux sont aussi intrinsèquement féministes, permettent ainsi de se plonger au cœur de mai 68, mais aussi et surtout au cœur des sentiments d’adultes en devenir. En ce sens ils résonnent particulièrement en littérature pour adolescent·es et à une époque où on brandit de nouveau le poing bien haut car ils s’adressent à une jeunesse qui veut vivre — vivre sans limites.
    Pour aller + loin : rencontre entre Isabelle Pandazopoulos et Paule du Bouchet sur Boîtamo !

    Cet article a été écrit dans le cadre de Booktube et la blogo en livre ! Cette chaîne d'articles et de vidéos de blogueur·ses célèbre du 11 juillet au 22 juillet la littérature jeunesse en même temps que la fête du livre jeunesse Partir en livre la célèbre dans toute la France !
    Nathan explique tout ça en vidéo... Et n'hésitez pas à suivre nos réseaux sociaux (@bbenlivre) pour participer au grand concours avec plus de 100 livres à gagner et ne pas manquer le live YouTube qui aura lieu dimanche 22 juillet 2018 !

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    En ce début de 1968, Maud a seize ans, et elle est loin de se douter que sa nouvelle vie a commencé. À la fin de l'année scolaire, le bac l'attend. Si tout va bien. Mais dans les rues, la soif de changement est là. La colère des étudiants explose. Alors que le Quartier latin est à feu et à sang, que les barricades se montent sous les fenêtres, la jeune fille écoute les Beatles, voudrait se coiffer comme la chanteuse Sylvie Vartan, fantasme sur la photo d'un certain Dany le Rouge et rêve de descendre dans la rue...
    Paule Du Bouchet se souvient de "son " mai 68. Un récit autobiographique qui mêle l'intime aux événements et restitue délicieusement le parfum d'une époque et son cri de révolte.

    208 pages
    9,90 €
    Aux éditions Gallimard Jeunesse, collection Scripto

    1966, un vent de révolte commence à souffler sur le monde.
    À Paris, Suzanne l'insoumise étouffe dans une famille bourgeoise qui n'attend que de la voir bien mariée. À Berlin-Ouest, la timide Magda espère éperdument retrouver sa famille qui vit de l'autre côté du mur, à l'Est. Au même moment, dans une Grèce écrasée par la dictature, la farouche Cléomèna tente de gagner sa vie en faisant la servante alors qu'elle rêve d'université et de lecture sans fin. Dans cette Europe meurtrie, elles ont un rêve commun : tracer leur chemin, découvrir l'amour et devenir des femmes libres.

    Un roman qui s'ouvre comme une valise pleine de secrets : des photos d'archives, des cartes, les notes d'un journal intime... et des lettres. Celles que s'envoient, par-delà les frontières, trois jeunes femmes emportées par la tourmente de Mai 68. On vibre, on aime, on désobéit avec elles, comme si on y était.
    Cinquante ans après Mai 1968, le roman fait revivre la montée des événements en France, en Allemagne et en Grèce de 1966 à fin 1968.

    336 pages
    13,50 €
    Aux éditions Gallimard Jeunesse, collection Scripto

    Hier, mon père est rentré de son cabinet à l'heure du dîner, a rassemblé toute la famille dans son bureau et nous a annoncé, funèbre, que Paris était " à feu et à sang ". Des échauffourées entre étudiants et CRS avaient lieu dans le Quartier Latin. Un après-midi, j'étais monté jusqu'à la rue Soufflot et à la rue Gay-Lussac. Où avais-je le plus de chance de tomber sur elle, sinon là, au coeur des événements...

    96 pages
    11,50 €
    Aux éditions l'école des loisirs, collection Médium +


    De mai 68 à mai 2018 : une littérature pour passer le flambeau ? | Booktube et la blogo en livre 2018

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  • Une réponse à une question épineuse pour les 8 ans du blog ! Joyeux anniversaire La Voix du Livre !

    Quand je présente mes études et mon travail dans une maison d’édition de littérature pour la jeunesse et les adolescent·es, très souvent on me pose cette question :

    Mais pourquoi tu travailles en littérature jeunesse ?

    Je suis toujours ravi d’y répondre parce qu’elle me permet de déblatérer une minute/heure/journée/vie sur tout ce qu’on manque à ne pas lire de la littérature jeunesse, MAIS (il n’y aurait pas d’article sans un mais) :

    1) Si j’avais dit que je travaillais pour une maison d’édition de littérature, on ne m’aurait pas posé cette question.
    En fait c’est un peu comme un coming out, tu le feras jamais si tu es hétéro. Je crois que les professionnel·les de l’édition jeunesse sont les LGBT+ de la littérature.


    2) Cette question montre que la littérature jeunesse est encore une littéraire « minoritaire », secondaire, à laquelle il ne va pas de soi de s’y intéresser en tant qu’adulte.
    Pourtant la littérature jeunesse est bien une littérature qui a toute sa valeur et qui mérite qu’on s’y intéresse et donc qu’on y travaille sans avoir plus à se justifier.
    Il n’y a pas forcément besoin d’être :
    - Parent
    - Enfant
    - Enseignant·e
    pour y trouver un intérêt.

    Alors pour avoir un article à brandir quand on me posera désormais cette question — pourquoi tu travailles en littérature jeunesse ? —, je vous propose de répondre à cette épineuse question en trois livres !

    (Et ça me permet au passage de souffler les 8 bougies pour l’anniversaire de mon blog ! Happy Birthday La Voix du Livre !)

    Parce qu’elle est riche

    (Cet article est intitulé « Pourquoi je travaille en littérature jeunesse », alors je m’autorise à parler de manière non-objective [est-on jamais objectif ?] d’un livre sur lequel j’ai eu la chance de travailler et que j’aime d’amour… Et que vous aimerez aussi d’amour, promis !)

    Le Renard et la Couronne est le dernier roman de Yann Fastier, un auteur que je ne connaissais pas avant de l’éditer mais qui a pourtant à son actif une grande bibliographie et beaucoup de cartes à son jeu (il est aussi bibliothécaire, éditeur et blogueur — allez lire ses chroniques aussi acides qu’élogieuses sur la littérature jeunesse dans lesquelles il ose s’exprimer sans fards et avec une élégance irrésistible !)

    Cet ovni littéraire qui n’a rien à envier aux plus grand·es auteur·rices de romans populaires dont il se revendique (de Michel Zevaco à Madeleine Brent en tête de file) a tout de ce genre de roman inclassable qu’on a envie de conseiller à tou·tes :

    • Il vous plaira si vous aimez l’aventure, les péripéties, les récits qui font voyager autant que grandir.
    • Il vous plaira si vous aimez les récits initiatiques : dans celui-ci, Ana, jeune orpheline de dix ans sera enfant des rues tire-laine, érudite française, prisonnière évadée ou encore révolutionnaire (Katniss Everdeen peut se faire toute petite) et évoluera avec une justesse aussi déroutante que stimulante.
    • Il vous plaira si vous aimez les histoires d’amour, celles qui sortent des sentiers battus, celles qui bousculent, chavirent le corps et le cœur !
    • Enfin, il vous plaira si vous aimez les phrases qui trouvent toutes leurs places comme des rouages dans un mécanisme minutieux, le rythme poétique qui sert celui narratif, le mot juste, le style. Au même titre que son intrigue, Yann Fastier se saisit des codes dont il se revendique pour mieux les détourner : l’écriture a toute l’élégance et le rythme d’un roman populaire mais aussi tout l’humour et toute la profondeur qui le distinguent. La richesse de sa verve fait de ce roman non pas seulement un plaisir de lecture mais un vrai plaisir de littérature.
    Alors, qui a dit que la littérature jeunesse n’était pas de la vraie littérature ?

    Par ailleurs, si Le Renard et la Couronne est l’exemple parfait de la richesse intrinsèque d’un livre de littérature jeunesse, il suffit de regarder les rayons des albums, documentaires, livres animés ou romans pour comprendre que l’ensemble même de cette littérature est d’une richesse infinie (je pèse mes mots, il y en a pour TOUT LE MONDE).

    Atlas, pop-up, roman en vers, théâtre, BD, conte musical…

    Parce qu’on s’y reconnaît

    Marie-Aude Murail (MAM pour les intimes de la littérature jeunesse) est l’une des autrices qui réussit le mieux, avec une intrigue tout ce qu’il y a de plus romanesque ET un grand naturel, à dire l’enfance et l’adolescence.

    Prenons Oh boy !, un des plus grands succès de cette autrice… et pour cause ! Derrière une intrigue ciselée avec adresse, grand roman familial, véritable turn pages écrit aussi finement que les dialogues sonnent justes, se cache surtout une fresque de personnages irrésistibles. Un peu à côté, heurtés et malmenés par la vie, ils finissent tous par y arriver, par s’assumer et trouver comment vivre. Beaucoup se différencient par leurs particularités qui les rendent aussi singuliers qu’humains : la maladie, l’interrogation sur son identité de genre, l’homosexualité… Toutes ces personnalités donnent en plus d’une grande richesse à l’histoire et à ses protagonistes, un miroir aux lecteurs et lectrices, une main tendue, un·e ami·e avec qui ne plus se sentir seul·e. Parce que quoi de mieux qu’un personnage en qui se reconnaître pour se dire qu’on peut être gay, fille ou garçon, frère ou sœur juste en le choisissant ?
    (Par ailleurs, cette façon d’être au monde, heureuse mais non pas sans conflits, est ce qui caractérise pour moi en partie la littérature jeunesse et pour adolescent·es : il reste, malgré la noirceur et les horreurs que peut montrer cette littérature, une porte ouverte, une fenêtre qui laisse entrer la lumière.)

    Je vous vous venir ! Vous allez me dire : mais t’es pas un ado toi, pourquoi tu te reconnais dans Oh boy ! ?

    1) Et alors, on n’a pas forcément besoin de se reconnaître dans un livre pour l’apprécier... si ? On peut apprécier Oh boy ! ou tout autre livre (même de littérature générale) sans s’y reconnaître.
    La littérature pour les enfants et les adolescent·es a ça de vertueux qu’elle leur parle d’abord à eux, en se mettant à leur hauteur (et ça ne veut pas forcément dire en se baissant vers elles et eux, au contraire). Elle trace les parcours sensibles de personnages aussi épais et complexes que leurs lecteur·rices.

    2) (Je crois que je suis toujours un peu ado sur les bords.)

    3) N'a-t-on pas tous une part d’adolescence en nous ?
    Pour ce qui est de la littérature pour adolescent·es, Clémentine Beauvais explique donc dans l’interview que Camille et moi avons faite d’elle pour Boîtamo que c’est une littérature qui parle principalement et d'abord aux adolescent·es parce que c'est une littérature de l’intensité. « À tout âge les lecteurs et lectrices vont donc se reconnaître dans ces moments d’intensité si passionnés propres à l’adolescence qu’ils ne trouvent pas en littérature “vieillesse” [...] C’est une littérature qui parle beaucoup de nouveauté [et qui] est donc dans sa grande majorité empreinte de sens pour des gens qui traversent des époques où, physiologiquement et dans leurs expériences, il y a des changements et des nouveautés majeurs. »

    Donc la littérature jeunesse est une vraie littérature, oui, mais pas parce qu’elle peut être lue par tou·tes, non, une vraie littérature de valeur en soi. Les meilleurs livres de littérature pour la jeunesse ou les adolescent·es s’adressent d’abord à leur public. Prenez Harry Potter à l’école des sorciers, c’est aujourd’hui un classique parce qu’il était d’abord un coup de maître en littérature pour les enfants : un univers extrêmement riche, aussi large à explorer qu’il y a de lecteurs et lectrices, des personnages crédibles et attachants, une intrigue passionnante, le tout porté par une plume fine et surtout drôle.

    Parce qu’elle est innovante

    Mais la littérature jeunesse (consciente de sa propre histoire mais aussi de celle plus large de la littérature) sait aussi et surtout se renouveler sans cesse, se questionner. Sa plus grande richesse est donc dans le vent de liberté qui souffle à chaque nouveau (bon) livre.

    Le dernier album de Delphine Perret est de ceux-là : à travers l’histoire d’un cow-boy pas comme les autres (« Je l’ai remplacé par un singe, parce qu’on m’a dit qu’un cow-boy ça faisait trop peur avec ses dents cariées et son air mauvais. »), l’autrice-illustratrice change du registre tendre des recueils d’histoires de Björn pour proposer une histoire aventureuse et aussi passionnante qu’un vieux western en noir et blanc ! Ha, sauf que « son pistolet a été remplacé par une banane parce qu’un pistolet c’est trop dangereux », et…

    La liste continue, sans cesse, accumulant tout ce qu’on ne peut pas montrer pour ne pas choquer ou pour toute autre raison qui risquerait de faire sortir le livres des rails du politiquement correct. Cet album est une véritable pépite d'humour absurde, un jeu habile et fin entre texte et images... Mais pas trop dangereux et avec les moyens du bord. Le rapport du·e la lecteur·rice à l’auteur·rice est ainsi perturbé par les incursions hilarantes de l’autrice qui avoue ne pas savoir dessiner de cheval ou avoir peur de la censure.
    Cette intertextualité entre cet album et d’autres mais plus encore entre cet album et son contexte (sa réception, son lectorat, etc.) interroge le rapport au livre avec un délice insoupçonné et ose jouer avec l’intelligence du·de la jeune lecteur·rice.

    Et c’est là, encore une fois, que se joue toute la subtilité et la richesse de cette littérature : les meilleurs livres de littérature jeunesse (et qui, par conséquent, peuvent parler aux adultes) sont ceux qui ne prennent jamais leurs lecteur·rices pour des idiot·es et les respectent autant (si ce n’est plus) que des adultes. N’est-ce pas le politiquement correct des adultes que Delphine Perret tourne ici en dérision avec brio ?
    Comme le dit Timothée de Fombelle, quand on enlève la mention « jeunesse » d’un livre jeunesse (comme quand on édite Vango ou La Passe-Miroir en Folio), ce n’est pas parce qu’il a atteint la respectabilité de la littérature adultes, c’est surtout pour que le·a lecteur·rice adulte n’ait pas peur de le lire.



    Pénélope Bagieu © Rudy Walks
    « Alors, ce n’est même pas de l’intimidation que je ressens à l’idée de faire un livre pour enfants, j’en suis pétrifiée ! C’est vraiment au-dessus de mes forces, j’ai tellement de respect pour le genre… J’ai l’impression qu’on ne peut absolument pas berner un lecteur enfant, que le niveau de dessin est toujours au-dessus de tout. (…) J’ai eu mille idées, mais elles ne survivent jamais le crash test de rester dans ma tête plus d’un mois. Je me dis : “Non, c’est de la merde !” Je suis persuadée que les enfants liraient deux pages et me jetteraient le livre au visage en disant : “Tu te moques vraiment de nous ? C’est nul !” Et du coup je n’en fais rien. (…) Pour plein de gens qui n’y connaissent rien ça paraît super simple, justement parce que ça s’adresse à des enfants. Mais on ne se rend pas compte ! C’est le plus dur de tout ! Il n’y a rien de pire que les livres pour enfants qui les prennent pour des débiles. »


    Et toi, alors, pourquoi tu travailles / lis / partages / aimes la littérature pour la jeunesse ?

    PS : il y a un petit concours sur Facebook ou Instagram pour gagner l'un des trois livres cités !
     ____________________

    Dalmatie, fin du XIXe siècle. Ana a dix ans lorsqu’elle est jetée sur la route suite à la mort de sa grand-mère, sa seule famille. Elle rejoint Spalato, la ville la plus proche, où elle intègre une bande d’enfants des rues menée par la fascinante et mystérieuse Dunja. Sans le sou et affamés, les enfants vont vivre le plus froid des hivers, mais Ana ne perdra rien de sa détermination à vivre.
    Des tensions et des rivalités au sein du groupe poussent Ana au départ et ses pas croisent alors ceux de M. Roland, un naturaliste français qui se prend d’affection pour elle. Ana accepte sans hésiter la proposition qu’il lui fait de venir vivre et étudier avec lui, en France.
    C’est dix ans plus tard, au cœur d’une paisible campagne, que Dunja retrouve Ana pour lui révéler un secret qui transformera sa vie en une aventure qu’elle n’aurait jamais soupçonnée.

    544 pages
    16 €
    Aux éditions Talents Hauts

    Ils sont frère et soeurs. Depuis quelques heures, ils sont orphelins. Ils ont juré qu'on ne les séparerait pas. Il y a Siméon Morlevent, 14 ans. Maigrichon. Yeux marron. Signe particulier: surdoué, prépare actuellement son bac. Morgane Morlevent, 8 ans. Yeux marron. Oreilles très décollées. Première de sa classe, très proche de son frère. Signe particulier: les adultes oublient tout le temps qu'elle existe. Venise Morlevent, 5 ans. Yeux bleus, cheveux blonds, ravissante. La petite fille que tout le monde rêve d'avoir. Signe particulier: fait vivre des histoires d'amour torrides à ses Barbie. Ils n'ont aucune envie de confier leur sort à la première assistante sociale venue. Leur objectif est de quitter le foyer où on les a placés et de se trouver une famille. À cette heure, deux personnes pourraient vouloir les adopter. Pour de bonnes raisons. Mais aussi pour de mauvaises. L'une n'est pas très sympathique, l'autre est irresponsable, et... Ah, oui! ces deux personnes se détestent.

    208 pages
    6,80 €
    Aux éditions l'école des loisirs, collection Médium Poche

    C’est l’histoire d’un cow-boy. Je l’ai remplacé par un singe, parce qu’on m’a dit qu’un cow-boy ça faisait trop peur avec ses dents cariées et son air mauvais. Son pistolet a été remplacé par une banane parce qu’un pistolet c’est trop dangereux.
    Ainsi commence cette super histoire de cow-boy : page de gauche, le texte, en grandes lettres capitales, raconte les frasques d’un cow-boy pas très commode, qui mange des bébés lapins, dit des gros mots et cambriole des banques. Mais comment illustrer ces scènes d’une violence inouie… ? Delphine Perret corrige donc le texte sur la page de droite, donnant ainsi vie à un singe qui se brosse les dents et fait des séances d’aérobics. Un rapport texte-image absolument hilarant pour ce petit livre détonant, qui tourne en dérision le politiquement correct. Les deux histoires qui se font face donnent lieu à des situations complètement absurdes dont les lecteurs, petits et grands, pourront se délecter.

    32 pages
    11,90 €
    Aux éditions Les fourmis rouges

    Pourquoi tu travailles en littérature jeunesse ? | Réponse en trois livres

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  • Une lettre en vers, pour parler d'un roman coup de cœur, enfin traduit en français par Clémentine Beauvais !

    Chère Cassandra,

    J’espère que tu vas bien et que l’année défile
    en douceurs pas trop lourdes.
    Moi je n’ai plus le temps de répondre à tout ça,
    de faire à la fois le blog et de tourner en rond,
    parce que mes travaux universitaires doivent bien primer sur tout.
    Le temps file et coule sans qu'on puisse l’arrêter !
    Il n’en fait qu’à sa tête et pleure de satiété,
    tandis qu’on gémit de manque.

    J’ai un peu de retard pour ces mots enveloppés,
    dans cette enveloppe bonbons et ces mots de belette.
    J’espère que tu me pardonneras, tandis que mes mots se rythment
    dans la poésie d’un temps et celle d’un roman.

    (Et je m’étais promis de ne pas écrire en vers
    pour réserver ces vers à un autre roman.
    Mais mon esprit tordu et mes mots de velours
    s’ordonnent un peu tout seul ; ils en font qu’à leurs vers.)

    Je commence un peu fort ces lettres 2.0 :
    un livre en anglais et d’autant plus en vers,
    mais tu verras, LBB, c’est si facile à lire.
    C’est ce qui est agréable dans ce roman si doux,
    c’est qu’on lit sans le voir, on plonge dans un monde.
    (Pour commencer l’anglais, c’est le meilleur roman.)

    Ce roman dont je parle, c’est The Weight of Water.
    C'est l'histoire d’une jeune fille qui migre en Angleterre.
    Elle s’appelle Kasienka et elle n’a que douze ans,
    elle est une immigrée, et ce n’est pas facile.
    Avec sa mère perdue qui recherche son père,
    c’est vrai, ça gâche (un peu) la vie des autres.
    Elle, à l’école du coin, ce n’est pas du tout simple.
    On la harcèle et, seule, elle ne peut rien y faire.
    Mais heureusement certains, et son envie de vivre,
    la sortiront peut-être doucement du cauchemar.

    Ce roman tout en vers, qui me tourmentent l’esprit,
    m’a charmé en douceur, m’a séduit de beauté.
    En cadence, lentement, les mots s’ordonnent et dansent,
    ils ont ce ton si fin de la nuit qui balance.
    Parce que ça séduit bien, et ça fait plus de bien,
    ce rythme si joli qui ordonne les mots et ralentit le temps,
    la lecture,
    l’esprit,
    la vie.

    De cette écriture si douce, sort pourtant brutalement
    ce que Kasienka subit et mentionne en filigrane.
    C’est très fort ce roman qui dans une ambiance si tendre
    fait sortir l’émotion d’évènements qui font mal.
    Mais ce rythme si pur permet de s’arrêter,
    il demande au lecteur de regarder le monde.
    Les chapitres en poèmes traitent de choses différentes
    et les personnages qui marchent, sur ce pas de velours,
    nous séduisent eux aussi.

    Ils ont ce si beau teint qui s’adapte à l’histoire,
    on s’adoucit en pleurs, on a envie de danser avec eux.
    Il y a cette Kasienka, si mature et si forte,
    elle fait des maux au cœur de la voir si perdue.
    Il y a la mère encore, qui perturbe son monde,
    perturbée elle aussi par les chavirements du sien.
    Il y a les amis, là, qui veulent les aider,
    et on commence à croire, même si c'est notre force
    qui nous fera
                          émerger
    que la vie ne se fait pas
                                          sans les autres.

    Tu l’auras bien compris, ma chère LBB,
    que dans ce roman doux, on se chavire les sens.
    Une histoire très belle, menée comme un recueil
    qui lentement séduit et incarne le monde.
    L’intrigue est elle aussi délicate et posée,
    elle est comme la vie, sans artifice ni suspens,
    juste elle
                   et les mots.
    Ce bonheur en quelques pages te séduira aussi,
    je l’espère du moins,
    et cette envie de l’autre, du monde et d’être chez soi,
    te prendra à ton tour.
    Tu t’adouciras, tu regarderas l’eau,
    qui, épaisse et en vie, sait refléter le monde,
    en mirages embellis.

    « There is honour in all things. »

    Bonne lecture, et à bientôt,
    Tom


    (Lettre originellement publiée le 27 mars 2016 sur ma lecture en anglais de The Weight of Water, Swimming pool en français, dans le cadre de « Une belette et de bonbons », un rendez-vous épistolaire avec la booktubeuse Les Livresqueries du Bonbon.)
    « Une belette et des bonbons », c’est quoi ? Une correspondance blog (La Voix du Livre) / chaîne YouTube (Les Livresqueries du Bonbon) inédite pour parler de livre et échanger sur plein de choses. L’envie d’écrire à un·e ami·e, de lui conseiller des bouquins, tout en faisant en sorte de relier deux façons de parler des livres sur internet éminemment différentes et rapprochées à la fois. Et bien entendu, comme toujours, vous donner envie de lire des pépites littéraires !




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    Kasienka vient d’arriver en Angleterre avec sa mère. Elle qui n’a jamais connu que la Pologne fait sa rentrée dans un pays qui n’est pas le sien, avec des gens qu’elle ne connaît pas, dans une langue qu’elle maîtrise mal. Et le soir venu, de quartier en quartier, elle cherche son père, qui a quitté le domicile familial sans laisser d’adresse. Bref, ce pays est gris, humide, et parfois assez inhospitalier. Heureusement, il y a la piscine, il y a l’eau. Et dans l’équipe de natation, il y a William…

    256 pages
    14,90 €
    Aux éditions Rageot

    Armed with a suitcase and an old laundry bag filled with clothes, Kasienka and her mother head for England. Life is lonely for Kasienka. At home her mother's heart is breaking and at school friends are scarce. But when someone special swims into her life, Kasienka learns that there might be more than one way for her to stay afloat.
    The Weight of Water is a startlingly original piece of fiction; most simply a brilliant coming of age story, it also tackles the alienation experienced by many young immigrants. Moving, unsentimental and utterly page-turning, we meet and share the experiences of a remarkable girl who shows us how quiet courage prevails.

    240 pages
    Aux éditions Bloomsbury

    Swimming pool, de Sarah Crossan, traduit par Clémentine Beauvais

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  • Un portrait d'autrice par jour écrit par une femme durant le mois international des droits des femmes

    À l'occasion du mois international des droits des femmes, 31 femmes d'exception vous proposent de partir durant tout le mois de mars à la rencontre de 31 autres femmes, toutes autrices, aussi talentueuses et impressionnantes que les premières.

    Ainsi, chaque jour, pendant un mois, sur La Voix du Livre, découvrez un portrait d'une autrice, française ou étrangère, contemporaine ou historique, de littérature générale, jeunesse, musicale ou illustrée, écrit par une invitée, qu'elle soit autrice elle aussi ou bien illustratrice, blogueuse, chanteuse, dramaturge, comédienne, professeure, youtubeuse...

    C'est parti pour un mois d'exploration de 31, voire 62, chambres à soi, ces lieux immanquables de littérature où les femmes trouvent, enfin, leur place.

    Jour 31 : Anne-Fleur Multon présente Alix Cléo Roubaud
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    Alix Cléo Roubaud, à bout de souffle


    Déjà, il y a ce prénom, Alix Cléo. C’est mal fichu, Alix Cléo, ça ne compose pas. On aurait dû dire à la maternité, que c’était trop long, que c’était trop dur, avec ces consonnes qui claquent, ce x qui attaque et ce c qui protège, un nom en forme de bouclier. Mais il n’y a pas eu de maternité pour Alix Cléo, il y a eu cette chambre sombre et chuchotante, cette moiteur collante des fins de journées mexicaines. Il aura fallu qu’Alix Cléo naisse dans la sueur et dans le sang sur le lit en teck noir de son père diplomate, des mains brunes d’une sage-femme qui ne comprenait pas son nom, des grandes mains comme des battoirs sur les draps blancs. Il aura fallu que sa naissance ne ressemble à personne d’autre, déjà.

    C’est un prénom pectoral, Alix Cléo, ça lui va bien. Comme si on savait déjà qu’il lui faudrait au moins ça, un prénom-bouclier à poser sur la poitrine.

    Quand je pense à sa naissance, je me dis qu’elle n’a pas dû crier.

    Alix Cléo est malade. Elle a un nénuphar qui grandit dans les poumons. Les médecins disent :

    asthmatique.

    Elle      respire             mal      difficilement      elle      suffoque             étouffe                   crache
    Les nuits sont                        blanches
    noires.

    À quinze ans, elle rentre à l'université d'Ottawa pour étudier psychologie, littérature et architecture. De son enfance nomade, Mexique, Grèce, Egypte, Espagne, France, il restera des photographies prises par sa mère, sur l’appareil argentique familial, qui seront pour Alix Cléo un matériau essentiel de son travail artistique. Plus tard, elle dira : « Mais de toute façon, les seules vraies photographies sont les photographies d’enfance. »

    Et elle n’est jamais loin, l’enfance, quand on meurt à trente ans.


    Je l’imagine quinze ans sur les bancs de la fac, très jeune sur les bancs de la fac, un peu à côté des autres. C’est à cette époque qu’elle commence son Journal, qu’elle continuera jusqu’à sa mort. Elle dit certainement : « Moi je veux apprendre tout, tout de suite ». Elle a le regard farouche, elle est exigeante, pas très jolie peut-être, c’est une petite brune, tu vois, elle veut tout, tout de suite – et que ce soit entier – ou alors elle refuse ! Elle ne veut pas être modeste, elle, et se contenter d’un petit morceau si elle a été bien sage. Elle veut être sûre de tout aujourd’hui et que cela soit aussi beau que quand elle était petite – ou mourir.

    Elle abandonnera psychologie, littérature et architecture pour la philosophie, évidemment. Des études qu'elle poursuit à Aix-en-Provence – la mer toujours, puis à Paris.

    Elle veut vivre vite, Alix Cléo, tout faire vite, tu vois, elle sait qu’elle n’a
    pas le temps.

    Il lui faut des amants des amantes, beaucoup, il lui faut de l’alcool il lui faut de la drogue il lui faut être triste mélancolique tu vois, il faut être nue dans des lits inconnus, il faut voyager aller à Londres pour le shopping de Noël aller en Corse – la mer toujours, on respire mieux prêt de la mer quand on est asthmatique.

    Et puis San Francisco et puis la drogue la cigarette, Alix Cléo nue sur un lit Alix Cléo en sanatorium Alix Cléo amoureuse Alix Cléo qui découvre Vertigo, Pollock, Alix Cléo qui sait qu’elle qu’il ne lui reste pas dix ans alors adieu la thèse adieu la recherche adieu Wittgenstein, la quête du sens sera pratique tu vois, elle sera dans le corps, le corps qui baise le corps qui se montre le corps insolent, encore vivant ; Alix Cléo, c’est les années 70, elle dira d’outre-tombe à propos de l’amour qu’on fait à deux :
    « De la vue, à la voix. de la voix, au souffle, parfum, odeurs.
    De l'odeur au goût : mordre, enfoncer, salives.
    Fonds du puits, intérieur ultime est le toucher.
    Le toucher absolu du corps. la jouissance et la décomposition.
    Le toucher des mains, de la chair, la coexistence en un même lieu mental, en un même corps des corps, le dire dans la bouche, le goût, le souffle, l'entrelacement qui respire pénètre.
    Pour la méditation des cinq sens, là où était la recollection de mortalité
    Si la distance évanouissante des deux corps, brûlant de leur infiniment présente brûlure : paradis veillant sur son envers. »


    Alix Cléo c’est le corps, le sien et le corps de son amant de son mari, maintenant elle est mariée tu vois comme elle va vite, le corps de son mari transformée par elle, elle le regarde elle le modèle elle fait du mari « un éminent victorien dans un lit hollywoodien » par son regard, elle sait faire ça, Alix Cléo, c’est une magicienne, maintenant elle est
    photographe.

    Quatre ans avant sa mort, Alix Cléo commence donc sa carrière éclair d’artiste photographe. C’est une fulgurance. Comme tout ce qu’elle a entrepris, sa photographie sera foisonnante torturée corporelle inventive intime contrastée créatrice brillante intellectuelle ; expérimentale.


    Il y aura six cent photographies, Autoportraits d’Alix Cléo très nue, seule ou avec son mari dans des chambres d'hôtel Photo de vacances Chambres d’été à l’heure de la sieste Superpositions de clichés, grattés, dédoublés, coloriés parfois à la main.

    Alix Cléo se sert des négatifs comme un peintre de sa palette – elle les détruit tous, avec la nonchalance de l’écrivain qui froisse le brouillon, elle veut la photographie en acte Alix Cléo, la photographie vivante, elle veut l’instant et pas la preuve qu’il a existé tu vois. Elle invente la technique du pinceau lumineux, elle travaille dans son labo parfois jusqu'à dix heures sur une même épreuve, elle plonge ses images dans un abîme de noir ou les anéantit dans un linceul de blanc, elle transforme la matière invisible de l’instant.

    Elle dira : « Une photographie digne de ce nom ne vous donne pas une vue du monde mais vous le fait toucher ». Quand elle y parvient – souvent – c'est un éblouissement.

    Sa photographie est une expérience. Expérience, donc, de sa mort imminente désormais.


    L’air est plus lourd pour Alix Cléo, cet été 1980, à Saint Félix.

    Une nuit, Alix Cléo sort dehors le nénuphar a grandi;respiration              heurtée cassée sifflante                  j’étouffe

    Crise d’asthme.

    Elle pose l’appareil photographique sur sa poitrine nue. C’est la nuit à Saint Félix, mais Alix Cléo n’arrive pas à dormir ; elle s’étend sur le sol dans l’allée de cyprès qui mène à la maison temps de pause de quinze minutes Quinze minutes la nuit au rythme de sa respiration un autoportrait par le souffle, un cauchemar doux, prémonitoire, halluciné presque, inventé presque.

    Quinze minutes la nuit au rythme de la respiration

    Il y en aura d’autres, des crises d’asthme, chaque fois plus souvent, chaque fois plus fortes. Alors évidemment elle se demandera sans cesse à quoi ressemblera la mort, tu vois, la sienne devra être grandiose, absolue, son agonie sera photographique et rien d’autre, ça la fascine tout ce noir qui sera autour d’elle, son corps sans sensation, son corps qui flottera, elle se demandera Si quelque chose noir. C’est décidé, elle mettra en scène sa mort mieux que la mort elle-même, l’« esthétique de la ruine » toujours, il ne faudrait pas louper cette dernière expérience.

    Si quelque chose noir : Dix photographies-poésie en forme de signature qui seront les traces ultimes d’Alix Cléo, personnage inclassable, fantasque, fantomatique, obsédant, et parfois je me dis

    Alix Cléo n’a pas existé.

    Son travail n’est connu que grâce à son mari, Jacques Roubaud. Trois ans après la mort de sa femme, il a écrit un poème qui reprend ses fulgurances poétiques à elle, un poème hommage dans lequel il raconte l’expérience à son tour, l’expérience de la mort vécue cette fois, de la mort arrivée, l’expérience du deuil – il l’appelle Quelque chose noir.

    À son tour il transforme Alix Cléo, en personnage de fiction cette fois,
    Alix Cléo Roubaud.

    C’est lui qui a gagné, Alix Cléo a disparu.
    Il est temps de la voir revenir pour elle, éblouissante par elle, lumineuse par elle

    et non pas au travers de son mari.

    Alix Cléo, artiste : je m’en souviens désormais.
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    Anne-Fleur Multon a passé son enfance à l'étranger et en France des DOM-TOM. Elle étudié les héroïnes invincibles et érotisées de la littérature jeunesse des années 2000 à la Sorbonne avant de se consacrer à l'écriture. Elle a publié en 2017 son premier roman, Viser la lune, premier tome de la série « Allô Sorcières », publié chez Poulpe Fictions et illustré par Diglee, dont le deuxième tome, Sous le soleil exactement, est paru en 2018.
    Sur le blog, découvrez ma chronique de Viser la lune et une interview d'Anne-Fleur Multon sur Boîtamo.

    31 chambres à soi #31 | Alix Cléo Roubaud par Anne-Fleur Multon

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  • Un portrait d'autrice par jour écrit par une femme durant le mois international des droits des femmes 
    Photographie Iris Oriol © Mélanie Morice

    À l'occasion du mois international des droits des femmes, 31 femmes d'exception vous proposent de partir durant tout le mois de mars à la rencontre de 31 autres femmes, toutes autrices, aussi talentueuses et impressionnantes que les premières.

    Ainsi, chaque jour, pendant un mois, sur La Voix du Livre, découvrez un portrait d'une autrice, française ou étrangère, contemporaine ou historique, de littérature générale, jeunesse, musicale ou illustrée, écrit par une invitée, qu'elle soit autrice elle aussi ou bien illustratrice, blogueuse, chanteuse, dramaturge, comédienne, professeure, youtubeuse...

    C'est parti pour un mois d'exploration de 31, voire 62, chambres à soi, ces lieux immanquables de littérature où les femmes trouvent, enfin, leur place.

    Jour 30 : Iris Oriol présente Pauline Bureau
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    Grande lectrice pendant mon adolescence, grande spectatrice aujourd’hui, il semblait important de vous présenter une femme de théâtre, une autrice qui couche des mots sur le papier pour ensuite faire naître ses récits sur la scène. Cette femme, c’est Pauline Bureau, une autrice fabuleuse et une metteuse en scène talentueuse.

    Après une formation au Conservatoire national supérieur d’art dramatique, elle a fondé en 2007 sa compagnie La part des anges. Elle a d’abord monté quelques classiques puis créé Modèles, naît d’une écriture collective, avant d’écrire ses propres textes.


    Je me rappelle de ma première rencontre avec le travail de Pauline Bureau comme si c’était hier. J’ai quinze ans et je découvre La meilleure part des hommes, d’après le roman de Tristan Garcia. Et je me dis avec fascination « waouh, c’est ça aussi le théâtre » : je réalise que le théâtre, ce n’est pas seulement Molière et des livres lus par contrainte en cours de français. C’est elle la première qui me montre que c’est aussi l’émerveillement, la vie en plus vraie et plus fausse à la fois. Elle me fait découvrir le pouvoir des images en plus du pouvoir des mots.


    Par la suite, je vais voir toutes ses pièces. Et outre son immense talent de metteuse en scène, c’est son écriture qui me touche à chaque fois profondément. Sans jamais nous prendre de haut et sans jamais juger, elle met des mots sur de nombreuses choses que je ressens. C’est quoi être une femme aujourd’hui ? C’est quoi grandir ? C’est quoi se construire avec l’héritage des générations précédentes ? Ses mots résonnent, ses mots font réfléchir, ses mots font grandir. Pauline Bureau ne parle pas seulement de l’intime, elle s’attaque également à des grands maux de notre société avec Mon Cœur où les victimes du médiator prennent le visage de Claire Tabard, une femme qui se bat pour faire reconnaître son statut de victime. Et encore une fois, les mots de Pauline Bureau sonnent justes et vont droit au cœur.


    Si je devais ne vous conseiller qu’une seule de ses pièces, ce serait Dormir cent ans. Parce qu’elle cristallise ce passage si mystérieux, ce passage indicible et un peu terrifiant de l’enfance à l’adolescence. Pauline Bureau évoque le vertige que l’on ressent face à ces grands changements, elle évoque les questionnements, les transformations et tous les compagnon·nes de route qu’on peut croiser sur son chemin. Et quand on est une grande personne, on oublie vite ce que ça fait de, justement, se transformer pour devenir une grande personne. Alors ça ne fait pas de mal de s’en souvenir de temps en temps.

    Pauline Bureau fait donc partie de ces personnes de théâtre qui contribuent sans le savoir à façonner ma vie de spectatrice et plus généralement ma vie de femme, avec ses mots qui bousculent et qui secouent le cœur.
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    Iris Oriol est étudiante en médiation culturelle à la Sorbonne Nouvelle à Paris. Passionnée de théâtre, elle travaille à la Maison des Métallos et, avec son association Les femmes derrière le rideau, a créé l'exposition Femmes en scène qui met en lumière des professionnelles travaillant dans le milieu du théâtre.

    31 chambres à soi #30 | Pauline Bureau par Iris Oriol

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