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  • Interview de Rébecca Dautremer autour de son nouvel album, Le Bois dormait, aux éditions Sarbacane.

    À l'occasion de la parution du nouvel album de Rébecca Dautremer, Le Bois dormait, aux éditions Sarbacane, je me suis rendu dans son atelier... Entre quelques questions, elle m'a montré pour vous des croquis, dessins et essais qui ont participé à faire naître ce magnifique album.
    Bon visionnage !



    MA CHRONIQUE DU BOIS DORMAIT

    « Oh un nouvel album de Rébecca Dautremer ! » me suis-je dit d’abord.
    « OH MAIS COMMENT ? MAIS ? WAOUH C’EST TROP BEAU ! » (imaginer un regard ébahi et bouleversé) est ce que je me suis dit quand j’ai enfin lu l’album.

    Comme l’indique le titre, l’inspiration de l’illustratrice sort tout droit d’un des contes les plus connus, La Belle au bois dormant. Mais, elle précise bien que ce n’est pas tant une réécriture qu’elle a voulu faire, qu’imaginer un monde endormi. Pourtant, en revenant à une des plus fortes histoires de notre imaginaire commun, l’artiste nous replonge, à travers un album d’une grande beauté – peut-être l’un de ses plus beaux –, au creux des histoires qui nous forgent, de nos émotions à notre éveil au monde.

    Un monde éteint, endormi dans un seul mouvement, en page de droite, est observé et contemplé par un duo de personnages touchant qui marche et discute, en page de gauche. Les esquisses simples de personnages retranscrivent un univers distinct de celui de ce monde endormi. Le duo, qui n’est qu’une ébauche, a pourtant un trait assuré, montrant sa véracité. Un jeune et un vieux regardent ce monde endormi, pragmatiques… Pragmatiques ? Peut-être pas tant que ça. Et si le jeune, lui, croyait aux histoires ?
    Cet album presque fantasmagorique nous emmène au plus près de nos élans intimes. En fait, Rébecca Dautremer use d’un champ de représentations picturales de mouvements à l’arrêt qui fait tendrement écho à des sentiments qui sont endormis, là, au creux de nous.

    Ces sentiments, ce sont, pour moi, ceux qui sommeillent ou vibrent sans cesse en moi. Donc des désirs, tendus vers l’avenir, mais laissés là, en attente. Dans Le Bois dormait, ce sont les sentiments d’une jeunesse qui agit après s’être relevée.
    Rébecca Dautremer donne ce pouvoir à un garçon que la beauté de l’autre et de l’amour va éveiller et c’est lui qui, passant d’un monde à l’autre, va à son tour faire bouger les choses. Du moins c’est ce que j’imagine, car la fin en ellipse laisse place à une autre forme de contemplation que l’on retrouve aussi dans les blancs des illustrations de gauche : l’imagination.
    À travers ce personnage du garçon construit en demi-teintes, d’un sentiment à l’autre (ennuyé à fasciné), on touche à la beauté – une nouvelle fois – la beauté de la jeunesse qui a de fous pouvoirs de désirer, croire, voir plus loin, et peut-être nous sauver – tous.
    Les sentiments, enfouis en moi, sont aussi ceux qui s’agitent au contact des histoires. Dans cet album qui laisse songeur, on invite à croire aux histoires, aux contes de fée même, à l’imagination. Et si cette croyance peut-être trop rêveuse avait la capacité de nous redonner de l’élan, de nous faire agir ?


    Des romans, aussi, nous invitent (à merveille !) à croire aux histoires et à leur pouvoir sur le réel :

    Les illustrations de Rébecca Dautremer, d’une grande douceur, sont aussi l’écho d’un silence qu’on ressent d’une manière incroyable. Ce silence se marie d’ailleurs à merveille à ces personnages arrêtés dans leurs mouvements, endormis dans leur action. Il se marie aussi au blanc des personnages crayonnés qui semblent avoir encore tout un monde à découvrir.


    En fait, le silence qu’on ressent au contact des illustrations est le témoin le plus certain de la puissance évocatrice de l’art de Rébecca Dautremer, et l’envie vibrante d’agir et de croire aux histoires le témoin le plus fort de la puissance narrative du dialogue et des non-dits des illustrations et du texte.

    Le Bois dormait est un objet incontournable de contemplation dans lequel on plonge avec une langueur aussi apaisante que lancinante.
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    Deux personnages, dont l’un semble un prince, s’engagent sur un chemin. Ils bavardent, remarquent un papillon, une grenouille, un lièvre, un éléphant… un cavalier – tous endormis. Pénétrant dans les faubourgs d’une ville, ils découvrent cette fois un enfant sur une balançoire, tout un orchestre et plus loin un balayeur, deux boxeurs, un roi et une reine – guère plus éveillés.

    Nul doute, nous sommes dans l’univers étrange de La Belle au bois dormant, sans les codes visuels habituels. Inutile de raconter le conte, tout le monde connaît. C’est plutôt l’occasion ici de jouer avec le lecteur (et le prince du début). Tu crois qu’ils sont morts ? Allons, tu en avais entendu parler ! 100 ans, à ce qu’on dit ? Mais qu’attendent-ils pour se réveiller ? Il n’y en a pas un qui ait envie que ça change… ? Et donc, un baiser d’amour suffirait à secouer ce monde-là ? Tu y crois, toi ?


    Éditions Sarbacane
    64 pages
    18 €

    Interview | Dans l'atelier de Rébecca Dautremer | Le Bois dormait

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  • Un roman pour dire pourquoi les histoires nous font naître, nous font vivre et nous animent.

    La Langue des bêtes, de Stéphane Servant, raconte l’histoire de Petite, une fillette vivant dans un cirque abandonné, à quelques kilomètres de la ville, et juste au bord d’un village encore épargné par la folie humaine des grandeurs. Mais bientôt, le monde vient toquer à leur porte : une route doit être construite, juste sur le terrain qu’ils occupent, Petite et sa famille. Commence alors le délitement d’un monde jusqu’à alors sans failles… ou presque.

    Photos de Laura Makabresku, ayant inspiré Stéphane Servant pour l'écriture du roman.

    La Langue des bêtes est une des œuvres de littérature les plus prodigieuses qui soit. Stéphane Servant propose un conte à la fois intemporel et ô combien actuel qui raconte dans une langue étonnante des histoires aux allures sauvages, dans son sens étymologique : qui viennent de la forêt. Des histoires infiniment riches de possibilités.


    Cette forêt, c’est d’abord celle la plus évidente : la nature. La Langue des bêtes se place dans un décor merveilleux, entre réalité et onirisme, décrit avec une écriture aussi précise que le travail d’un orfèvre et aussi riche et bruissante qu’un tapis de feuilles. Loin des bruits de la ville et près de ceux des mouvements de la forêt qui se confondent avec ceux intérieurs, Petite grandit. Stéphane Servant dresse là un portrait d’une richesse étonnante, où l’humain est rendu à la nature avec une grande profondeur – dans ses émotions comme dans ses mouvements. L’auteur interroge nos origines et celles d’une famille qui n’arrive pas à faire ce basculement, à passer à une vie différente, moderne. A-t-on raison de perturber un ordre sauvage ?

    « Les renards arrivent avec la nuit.La Petite les entend avant de les voir.Leur pattes comme des marteaux d'orfèvre font sonner l'écrin brun des bois.Un minuscule tambour fouetté par les doigts têtus de l'automne naissant.(...)Elle respire. Profondément. Se remplit de vide et de nuit. Ils arrivent. Les renards arrivent.Elle les entend, bien avant de les voir. »

    Parce que cette forêt, c’est aussi celle d’une famille. Une famille aux membres aussi inséparables et indépendants que les arbres d’une forêt. Construits avec la même finesse que celle de l’écriture, les personnages laissent une marque indélébile. Ils sont des archétypes de contes, mais sont loin d’être stéréotypés. Ils disent tous, avec profondeur, des mondes et sentiments humains, cachés et sensibles.


    Ce conte, c’est celui de l’enfance qui raconte avec une violence intime et une infinie tendresse la fin de l’enfance, cette destruction progressive et invisible mais dévastatrice et inévitable. Petite grandit dans ce monde tourmenté, dans une famille tendre et attachante qui a ses failles, déchirantes, mais que chacun recoud avec des histoires qui laissent beaucoup d’illusions. Ce sont ces bulldozers et ce monde qui débarquent près de ce cirque abandonné qui va défaire les fils et déchirer la toile d’une vie. Petite, alors, se heurte aux maux du monde.

    « Cela fait bien longtemps que les hommes et les animaux ne parlent plus la même langue. Qui a en premier oublié celle de l'autre ?  »

    La forêt, ainsi, dans cette tourmente tant émotionnelle que psychique, questionne aussi l’intérieur et l’extérieur :
    • L’intérieur et l’extérieur du monde : la façon qu’on a de vivre, reclus ou non, seuls ou en communauté. Le roman parle aussi, au milieu de ces mailles textuelles riches de sens, notre envie de vivre avec ou sans l’autre.
    • L’intérieur et l’extérieur de soi : comment vit-on avec soi ? Comment se construit-on ? Cette quête initiatique onirique se place sous le regard enfantin d’une petite fille qui a du mal à distinguer le réel de l’imaginaire, baignée depuis toujours dans cet univers d’histoires. Alors qu’elle confond intérieur et extérieur d’elle-même, elle va peu à peu comprendre là où s’arrête son pouvoir d’action sur le monde et les autres.
    « Une histoire, c'est comme une couverture de laine. Elle est faite de brins tissés. Personne ne sait qui a commencé à raconter. Mais on se passe la couverture et de jour en jour la couverture s'agrandit. Tout le monde peut venir se blottir en dessous, les vivants et les morts trouvent un endroit pour se réchauffer. C'est pour cela qu'il faut continuer à croire aux histoires et à les raconter. Parce que les morts vivent encore à travers les histoires. Avec les histoires, comme les brins de laine tressés, nous nous tenons la main. Avec les histoires, rien ne disparaît jamais.  »

    Ainsi, c’est aussi la force des histoires dont Stéphane Servant traite, la manière qu’elles ont d’influer le réel et inversement. Jusqu’où peut-on croire aux histoires ? Dans ce roman sublime, c’est-à-dire beau et inquiétant, l’importance des mots se déroule comme un tapis rouge feuilles, qui se délite peu à peu. Et si les histoires, liées à la fin de l’enfance – plus inquiétante que belle – se perdaient quand on devient adulte ? comme si elles pouvaient nous empêcher de grandir. La Langue des bêtes raconte cela avec une tristesse et une étonnante puissance nostalgique. Il dit comment les histoires nous protègent, comment elles nous permettent parfois de vivre et la façon qu’elles ont de vivre en nous et en-dehors de nous.

    La Langue des bêtes dit donc, avec une immense tristesse et une touchante insouciance, le changement le plus invisible et ravageur qui soit : la fin de l'enfance couplée à celle des histoires. À travers l’histoire de Petite, il raconte, de manière bouleversante, pourquoi les histoires nous font naître, nous font vivre et nous animent. 


    Pour découvrir d’autres contes qui parlent de famille et de danses intimes et pleines d’histoires qui font des flux en nous...


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    Au fond des bois, vit une communauté d’anciens membres d’un cirque. Depuis très longtemps ils ne donnent plus de spectacle. Un jour, de grands travaux grignotent le territoire autour d’eux, et on oblige l’enfant de la famille, La Petite, à rejoindre l’école du village. Dans la continuité de son roman précédent, Le Cœur des louves, Stéphane Servant raconte une fable contemporaine, sur la perte de nos origines primitives, le rapport aux animaux et à la nature dans notre monde contemporain.


    Éditions du Rouergue Jeunesse
    448 pages
    15,90 €

    « Les gens ne croient plus depuis longtemps aux histoires. » | La Langue des bêtes, de Stéphane Servant

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  • Les Culottées : cette BD belle, cocasse et nécessaire à mettre entre toutes les mains. Pourquoi ?

    Les Culottées est un livre beau et nécessaire à mettre entre toutes les mains.
    « Comment ça toutes les mains ? me direz-vous, pourquoi ? »

    1) Ça parle de quinze femmes incroyables…

    … alors forcément, c’est passionnant.

    Avec un recueil de récits de personnages féminins qui, de l’antiquité à nos jours, ont bravé les conventions et normes sociales qui les entravaient, Pénélope Bagieu propose ici quinze portraits de femmes, initialement publiés sur son blog éponyme du Monde.fr, pour découvrir des héroïnes extraordinaires actrices de l’Histoire ou de leur histoire.
    Extrait
    C’est en choisissant le format court que Pénélope Bagieu réussit avec finesse. Juste assez long pour tout dire de chacune de ces femmes, mais jamais trop pour lasser. Les histoires nous emportent d’une seule traite dans cette série de portraits faits avec le souci du détail et une bienveillance profonde. Le rythme est donc sans accroc, et le scénario impeccable.

    2) Ça remet en cause notre système éducatif avec brio

    Pénélope Bagieu ne fait aucune leçon et décide simplement de raconter quinze histoires qui instruisent et fascinent à la fois. Mais cette manière de faire questionne : comment a-t-on pu passer, tout ce temps, à côté de personnages aussi impressionnants ?

    Encore un extrait, youhou !

    Cette BD ô combien féministe donne une claque à notre éducation et à notre connaissance d’un monde phallocratique et un coup de pied jovial et nécessaire à une société engoncé dans une connaissance unilatérale de sa propre Histoire.

    Pénélope Bagieu, queen féministe

    3) C’est beau

    Le style est celui d’une illustratrice au talent depuis longtemps confirmé, mais affirmé ici avec un trait à la fois souple, libre, mais toujours dans le réel – nécessaire à l’évocation de telles figures.

    Réunies dans un très bel objet graphique agrémenté, les histoires ont toutes droit à un bonus par rapport au blog du Monde : une double-page au style graphique très moderne. Bonus visuel indiscutable, et élargissement incontestable de la palette d’habilité de Pénélope Bagieu.

    4) ET c’est drôle

    Et l’humour, c’est pour tout le monde.


    C’est évidemment plus subtil que ça, car l’humour de Pénélope Bagieu sert ici son propos à merveille. Léger, car le livre est avant tout une compilation de portraits impressionnants, il permet néanmoins de dépasser, grâce à un peu d’ironie et un trait comique, un style de BD didactique et d’aborder l’histoire de ces personnages incontournables grâce, alors, à une œuvre de vulgarisation (c’est finement documenté) ou de fiction attachante.
    Et si les personnages sont très bien choisis pour refléter une diversité de femmes et d’actions qu’on a zappé de notre Histoire, elle les choisit aussi avec brio pour leurs capacités à faire de leur histoire un scénario adroit et captivant.


    Ces histoires narrées avec une habilité jouissive et un dessin sans accroc sont le reflet d’une société qui oublie trop souvent les femmes dans son histoire.


    Outre le plaisir de lecture évident validant, sans surprise, le talent de l’auteure renommée de Joséphine, Cadavre exquis ou du très récent (et fantastique) California Dreamin’, c’est la force du sujet qui réjouit. Portée par une démarche essentielle dans notre société actuelle et dans la littérature contemporaine, Pénélope Bagieu propose une bande-dessinée extrêmement bien documentée, construite et illustrée pour faire découvrir 15 femmes qui malgré leurs classes sociales, l'époque, et les préjugés – notamment sexistes – ont eu un parcours et une vie épatants.

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    Guerrière apache ou sirène hollywoodienne, gardienne de phare ou créatrice de trolls, gynécologue ou impératrice, les Culottées ont fait voler en éclat les préjugés.

    Quinze portraits de femmes qui ont inventé leur destin.


    Éditions Gallimard, collection Bandes-dessinées
    144 pages
    19,50 €


    Hé, ce Noël, il y a même un calendrier qui sort pour l'année 2017. Je vais l'acheter, pas vous ?!


    Les Culottées, de Pénélope Bagieu | Des femmes qui ne font que ce qu'elles veulent

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  • La question que ne veulent pas entendre les femmes dans la bande-dessinée !
    La question que ne veulent pas entendre les femmes dans la bande-dessinée

    « S’il n’y a pas d’égalité entre homme et femme, alors il ne peut y avoir d’humanité » a dit Radu Mihaileanu (réalisateur et scénariste de cinéma). Vous avez trois heures !

    Alors si faire une escapade à « Quai des Bulles », le 36e festival BD de Saint-Malo c’est le plaisir de découvrir les artistes par de magnifiques expositions, c’est aussi les rencontrer pour échanger avec eux, et pourquoi pas sur cette question difficile qu’est l’égalité hommes-femmes. Et je tiens à remercier les dix artistes qui m’ont accordé de leur temps pour des échanges très intéressants: Stéphanie Blake, Agnès Maupre, Laetitia Coryn, Dorothée de Monfreid, Annabel, Florence Cestac, Yrgan Ramon, Carole Maurel, Alexe, Maria Paz Matthey.

    Il y a moins d’un an, l’absence de femmes dans la liste des nominés pour le Grand Prix du Festival de la Bande-Dessinée d’Angoulême avait provoqué un tôlé médiatique. Une prise de conscience version grand public sur les préjugés et les stéréotypes sexistes. À maintenant trois mois de la prochaine édition de ce festival renommé, quelle est la situation des femmes dans le 9è art ?

    Vous avez compris, c'est injuste.
    Au début de la bande-dessinée moderne, le préjugé qui perdure voulait que ce genre littéraire soit surtout un univers masculin, et un loisir de garçons, puis des dizaines d’années se sont écoulées et l’évolution s’est amorcée. Dans les années 1950, entre 1 et 10% des auteur-es seulement étaient des femmes selon les sources. Aujourd’hui on constate entre 12 et 27% de femmes dans la profession (étude de l’ACBD en 2013, et des états généraux de la BD en 2016), ce qui est toujours peu. Pourtant, il y a plus de femmes dans les écoles d’art, et elles sont parfois plus nombreuses que les hommes. Pourquoi ? Parce que les préjugés persistent : c’est un métier d’hommes, adressé à des hommes. La preuve, quand des femmes comme Pénélope Bagieu ou Yrgan Ramon se lancent dans la bande-dessinée avec des héroïnes, elles font de la bande-dessinée dite « girly » ! Et pourtant, cette dernière dit bien que son premier album, Cath et son chat, qui avait été destiné aux filles, a vu arriver un public de lecteurs mixtes aimant les animaux.
    Côté prix, les œuvres des auteures sont sélectionnées, mais elles obtiennent moins de prix. Pour exemple, à Angoulême, sur 40 grand prix, seule Florence Cestac l’a jusqu’ici obtenu. Et depuis 2007, sur les 41 différents lauréats des diverses distinctions à Saint-Malo, seule 7 femmes ont été primées, et surtout depuis 2013.

    Trois BD rien que pour vous, mesdames parce que
    vous ne pouvez quand même pas lire la même chose que les hommes !

    Alors face à ces inégalités, que ressentent-elles en 2016 ?

    En général, le ressenti est plutôt positif. L’ambiance est bonne. Ce qui peut être rassurant en cette période de forte sensation de recul dans notre société sur les questions du genre.

    Plusieurs artistes affirment qu’elles n’ont pas de souci avec les éditeurs : « les collègues sont cools ». « La sous-représentation diminue et cela s’améliore ». Certaines, même, ne ressentent aucune discrimination. Une jeune auteure explique qu’elle n’a par exemple pas l’impression d’avoir à « faire sa place ».

    Si toi aussi ça t'énerve, fais un regard méchant.
    Néanmoins, cette égalité homme-femme n’est pas encore atteinte. « Nous sommes encore dans un monde masculin dominant ». Le sexisme de la société s’applique bien sûr dans le monde de la bande-dessinée et des stéréotypes sont encore bien présents.
    Lesquels sont-ils ?

    • C’est un métier d’homme

    Combien de dessinatrices n’ont pas entendu : « ah, tu as choisi un métier d’homme » ? Sans doute peu.

    • Le stéréotype du dessin féminin / du dessin masculin

    Quelques-unes des illustratrices interrogées ont pu entendre : « tu ne dessines pas comme une fille » ou « à quoi ça sert de prendre une femme pour faire un dessin d’homme ». Tiens, il y aurait du genre dans le dessin ? Pire que le dessin qu’on dit souvent « girly » ou « féminin » (posez la question à Diglee, par exemple, qui sera ravie de vous répondre), on interdit donc même aux femmes de faire un dessin « d’hommes » ?

    • Les femmes bédéistes, fournisseuses de « matériel masturbatoire »

    Face aux lecteurs, lors de séances de dédicaces, l’ambiance est là aussi, en général, très bonne. Le public est majoritairement masculin, mais de plus en plus mixte. Mais il reste des demandes sexistes surtout sur la représentation de la femme dans les dessins. Là aussi, il y a encore du chemin à faire. « Je ne veux pas faire de pouffiasses aux gros seins » ou « je ne fournis pas de matériel masturbatoire » m’affirment deux auteures.

    Enfin, il faut noter que le sexisme ne vient pas que des hommes. Des femmes tiennent aussi des propos misogynes.

    Du fait de cette prise de conscience, le Collectif des Créatrices de Bande-Dessinée contre le sexisme a été créé. Il regroupe aujourd’hui plus de 200 femmes.




    Tout le monde peut (et devrait ?) en parler. Les artistes rencontrées sont, elles, plutôt positives, rassurantes, en tout cas combattantes. « Il faut batailler plus, éviter les clichés ».

    On ne devrait même pas avoir à parler de BD féminine ou masculine, tant pour les auteur-es que pour les lecteurs-trices. Mais, tel le reflet de notre société : le sexisme existe bel et bien dans le 9è art. Et ça ne serait pas rendre service à la BD de faire comme si de rien n’était.

    C’est aujourd’hui à chacun de choisir ses lectures et les auteur-es qu’il souhaite découvrir. Mais ne passons pas à côté de l’art, et attachons-nous à regarder tout ce que font les femmes non pas comme travail de femme dans la bande-dessinée mais comme travail d’artiste.



    Écrit par 

    Alors, c'est comment d'être une femme dans la BD en 2016 ?

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