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  • Le meilleur roman lu depuis des années : l'histoire d'amour, en vers, d'Eugène et Tatiana.

    Songez à la douceur pour moi d’écrire ces mots,
    Dans un cocon douillet, où la vie n’entre pas.
    Elle s’agite au dehors et au-dedans s’étire,
    Le matin sonne encore en pas tout calfeutrés.

    Ce sont des temps printemps qui nous font adoucir,
    Sous le temps qui s’endort, qui me rappellent ce livre,
    Et il ne reste en moi que l’épaisseur du monde
    Qui s’alanguit lumière et s’enveloppe de Songe.

    C’est dans le train trop vide que j’ai lu ce roman,
    Dans l’atmosphère propice à la douceur des choses,
    Dans l’ambiance élancée vers les couleurs du monde,
    Dans l’épaisseur du temps, je les ai rencontrés.

    Eugène et Tatiana étaient bercés en bulles,
    Qui s’élançaient vers moi, elles étaient bien trop belles,
    Pour ne pas les attraper en un grisant soupir.
    Leur danse sensuelle déjouait tout chronos.

    On aurait cru dans l’air comme un tourment éteint,
    Une impression en touches, d’un temps reculé
    Cette danse sans nom s’appellerait amour
    Si ce tout petit mot pouvait dire cette valse.

    Ces deux protagonistes ont une étoffe épaisse,
    Qui murmurent l'humain et l'irrégularité
    Du devenir en doutes, et leurs élans vers l'autre
    Qui séduisent tout le corps et renversent l'esprit.

    Cette sensualité forte en nombreux plaisirs,
    De ces cœurs lancinants d'une tendre beauté,
    Sait séduire le sublime dans ses penchants de pluie,
    La douleur a sa place dans les songes des êtres.

    Sans trop en dire plus, chacun l'aura compris,
    Cette histoire d'amour est celle de ceux-là
    Qui se sont aimés là et puis se sont perdus,
    On ne les as retrouvés que bien plus tard ensemble.

    Entre temps chacun d'eux avait vécu sa vie
    Mais à leur façon tendre, ou pour Eugène brute,
    Ils pensaient l'un à l'autre, parfois sans se l'avouer.
    Et un métro un jour a rappelé chacun.

    Ce sont ces héros grisants, leurs écartements,
    Ces élans doux amer où viennent les retrouvailles,
    Qui m'ont fait chavirer et m'ont ravi le cœur
    Par cet émoi si tendre, et souvent saisissant.

    Eugène et sa voix douce, et ses désillusions,
    Rappellent sans nul doute l’insignifiance de l’être
    Qu’il pense sans tourments et dit avec sa verve,
    Qu’il crache au monde naïf d’espoirs que l’on rêve.

    Il paraît parfois brut mais est de grande splendeur,
    Et pour cette femme son admiration
    Arrive à déjouer dans la littérature
    Les personnages empreints de clichés masculins.

    Sa Tatiana douce, qu’il finalement regrette,
    A elle un pas classique, un rêve en émois lents,
    Mais se révèle aussi flamboyante de beauté.
    Elle refait toute l’histoire avec son fou franc-vivre.

    Avec ces personnages et ceux qui les entourent,
    Il y a ce narrateur qui joue de son histoire.
    Les codes du roman sont bien trop chamboulés,
    Clémentine Beauvais joue de son rôle d’auteur.

    C’est brillant, fin et drôle, on a envie de croire
    Que cette histoire contée a vraiment existé.
    Elle discute avec eux et les raconte en vie,
    Ils sont saisissants de toute authenticité.

    Et pourtant elle engage ce ton ancestral,
    Ce n’est que création, mais ça touche de plein fouet.
    Cette histoire de tout temps, universelle et douce,
    Fulgurante de beauté, elle en devient légende.

    La construction habile se joue ainsi du temps.
    L’écriture acérée aiguise, elle, l’histoire.
    Grandement littéraire, doucement elle pénètre
    L’imaginaire brûlant de nos doux songes d’écrits.

    La douce fulgurance de ce tissu de vers
    Est une réalité qui se veut poétique.
    Réinventée en rythmes et en images inouïes,
    L’ambiance est silencieusement impétueuse.

    Et l’écrivaine en parle sans en trop faire non plus.
    Sa verve en spleen ancien fait tourner les poètes
    Qui n’ont rien à donner à ce parlé en vers.
    C'est sublime et unique, acéré et tissé.

    Ce tissu en mes mains, je le veux partager,
    Crier à tout le monde l'écriture élancée
    Et les vers qui chavirent et les grincements au cœur,
    Mais j’ai aussi envie de le garder pour moi.

    Sachez que dans mes mots se cachent l'admiration
    Pour ce roman unique, cet incroyable élan.
    Cette plume vers les autres et des mots vers l'histoire
    Se frottent ici aussi à la saveur du monde.

    Et c'est anachronique, ces temps là qui s'emmêlent
    Elle souffle sur un monde et en aspire un autre
    Elle sait créer Paris, sans craindre de le perdre
    Sa réalité morne est remaniée de rythme.

    Elle lance cette ville dans l'arène des mots.
    Réminiscences éteintes d'un futur sauvage,
    Qu'on rêve en doux fantasmes et en wizz MSN,
    Savent refaire notre monde et s'asservir au sien.

    Dans cette ambiance ténue, tenue par notre époque,
    Où l’internet ambiant a su nous conquérir,
    On dépeint l’existence ouatée du grand Paris,
    Celui des grands romans d’une élégance certaine.

    Cette élégance est celle de Clémentine Beauvais,
    Qui dans ces mots en vers, a trouvé liberté.
    Là où on pourrait craindre un style fabriqué,
    L’écrivaine, elle, virtuose, s’épanouit de grâce.

    Douce déclaration d’amour à l’amour
    Et volubilité de dialogues troublants,
    C’est ce qui fait d’un songe, un songe magnifique.
    Eugène et Tatiana, ferment pourtant leur danse.

    Et de les voir partir, j’en pleurerais peut-être,
    Parce qu’ils sont maintenant, une partie de moi.
    Dans ce poème étreint d’une ardeur absolue
    J’en pleurerais peut-être, mais ce sera en vers.

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    Quand Tatiana rencontre Eugène, elle a 14 ans, il en a 17 ; c’est l’été, et il n’a rien d’autre à faire que de lui parler. Il est sûr de lui, charmant, et plein d’ennui, et elle timide, idéaliste et romantique. Inévitablement, elle tombe amoureuse de lui, et lui, semblerait-il… aussi. Alors elle lui écrit une lettre ; il la rejette, pour de mauvaises raisons peut-être. Et puis un drame les sépare pour de bon. Dix ans plus tard, ils se retrouvent par hasard. Tatiana s’est affirmée, elle est mûre et confiante ; Eugène s’aperçoit, maintenant, qu’il la lui faut absolument. Mais est-ce qu’elle veut encore de lui ? Songe à la douceur , c’est l’histoire de ces deux histoires d’un amour absolu et déphasé – l’un adolescent, l’autre jeune adulte – et de ce que dix ans à ce moment-là d’une vie peuvent changer. Une double histoire d’amour inspirée des deux Eugène Onéguine de Pouchkine et de Tchaikovsky – et donc écrite en vers, pour en garder la poésie.


    Éditions Sarbacane, collection Exprim'
    240 pages
    15€50

    Songe à la douceur, Clémentine Beauvais

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  • La fin du feuilleton estival sur une surprise de taille : 102 livres à gagner jusqu'au 14 septembre !

    Le cadavre exquis que vous avez pu lire petit à petit sur le blog ce mois d'août s'est terminé hier (pour découvrir le dernier chapitre, ainsi que les 3 premières parties, c'est par ICI) ce qui annonce par ailleurs la fin imminente de l'été...
    Pour s'en consoler et fêter la rentrée littéraire, je vous propose un concours GÉNIAL ! En effet les éditions partenaires du concours et moi-même vous offrons pas moins de 102 livres ! Ceux-ci ont tous été écrits par les 17 auteurs du cadavre exquis.
    J'en profite d'ailleurs pour remercier, en plus des maisons d'édition, les auteurs. Ils se sont merveilleusement bien prêtés au jeu et j'en suis extrêmement heureux. Ils montrent surtout, une nouvelle fois, la richesse de la littérature française (jeunesse) et leur exquise impertinence poétique.
    Maintenant, place au concours !

    Comment participer ?

    Pour participer, c'est extrêmement simple : il suffit de remplir le formulaire que vous trouverez en bas de l'article en indiquant les livres qui vous font envie.

    3 conditions

    - Suivre la page Facebook (ici), le Twitter () ou la newsletter (colonne de droite du blog) de La Voix du Livre ! Plus vous suivez le blog, plus vous avez de chances de gagner.
    - Bien entendu, vous ne pouvez gagner qu'il seul livre, et pas plusieurs ! Comme ça, belette, les éditeurs et moi faisons encore plus d'heureux !
    - (Facultatif) Partagez l'article et vous aurez une chance supplémentaire par partage de remporter le livre de vos rêves !

    Vous avez envie de jouer et d'avoir encore plus de chances de gagner ? Alors jouons !

    Les chapitres des cadavres exquis ont été redécoupés grâce à des retours à la ligne. Les différentes parties de chaque chapitre sont celles originelles écrites par chaque auteur. Je vous propose donc un jeu difficile : vous gagnez deux chances supplémentaires dès que vous arrivez à deviner quel auteur a écrit une partie du cadavre exquis (excepté pour Stéphane Servant, c'est bien trop facile !)

    Attention !

    Si vous n'habitez pas en France, vous ne pouvez malheureusement pas tenter de gagner tous les livres. À chaque lot est spécifié dans le formulaire Google la maison d'édition partenaire. Vous pouvez donc retrouver ci-dessous la liste, en fonction de votre pays, des maisons d'édition qui proposent d'envoyer un lot jusque chez vous.
    • France métropolitaine : tous
    • Belgique : Éditions des 400 coups, Le diplodocus, Éditions Jérôme Million, Collection R, Talents Hauts, Sarbacane, J'ai Lu, Didier Jeunesse, La maison est en carton, Oskar, La Pastèque, Le Rouergue
    • Suisse : Éditions des 400 coups, Le diplodocus, Éditions Jérôme Million, Collection R, Talents Hauts, Sarbacane, J'ai Lu, La maison est en carton, Oskar, La Pastèque, Le Rouergue
    • Luxembourg : Éditions des 400 coups, Le diplodocus, Éditions Jérôme Million, La maison est en carton
    • Monde entier : Le diplodocus, Éditions Jérôme Million, La maison est en carton


      Et dans ce concours vous pouvez gagner plusieurs exclusivités !

      Découvrez Vincent Villeminot avec trois de ses nouveautés : Les Pluies, chez Fleurus, un roman apocalyptique entre plusieurs flots, à paraître le 9 septembre, Le copain de la fille du tueur, dont je vous parlerai bientôt pour sa sortie le 8 septembre comme l'un des meilleurs romans de l'année, et en avant première inédite (épreuves non corrigées A4), les éditions Sarbacane offrent Samedi 14 novembre, un roman glaçant et lumineux sur les attentats du 13 novembre, à paraître chez Exprim' le 2 novembre.


      Sarbacane met aussi en jeu un recueil Exprim' 10 ans, qui réunit 10 auteurs de la collection (comme Clémentine Beauvais, Marion Brunet ou Séverine Vidal) pour proposer dix chapitres additionnels inédits. Ce recueil sera distribué en librairies !
      Gallimard Jeunesse, eux, vous font gagner le prochain roman de Gaël Aymon, l'auteur de l'incontournable Oublier Camille, qui paraîtra dans la collection Scripto le 15 septembre.


      Les éditions Scrinéo vous font gagner le nouveau roman de la géniale Carina Rozenfeld qui vous emporte cette fois-ci dans un univers de fantasy très sombre avec Zalim, qui verra le jour en librairie le 3 octobre.
      Enfin, un roman à paraître le 28 septembre : Le Jardin des épitaphes, le premier tome de la nouvelle série de Taï-Marc Le Thanh (l'auteur de Jonah), offert par Didier Jeunesse en 3 exemplaires !


      Le concours

      (Si le formulaire ne fonctionne pas, suivez ce lien : https://goo.gl/forms/rh518094GUr6IfJt1.)



      Règlement

      • Le concours dure du mercredi 25 août à 13 h 13 au mercredi 14 septembre à minuit.
      • Une seule participation par personne est autorisée.
      • Aimer la page Facebook ou suivre le compte Twitter ou la newsletter du blog.
      • En cas de perte de colis par le transporteur, les éditeurs ou moi-même ne pourrons en aucun cas être tenus pour responsables.
      • Le tirage au sort sera effectué avec le site en ligne random.org.
      • Pour toute question ou tout renseignement, merci d'envoyer un mail à contact[at]lavoixdulivre[dot]fr. 


        Les éditeurs partenaires

        http://www.editions-thierry-magnier.com/http://www.fleuruseditions.com/accueil.htmlhttp://www.didier-jeunesse.com/http://editions-sarbacane.com/http://www.actes-sud-junior.fr/http://www.lerouergue.com/http://www.editions400coups.com/http://www.bayard-jeunesse.com/http://www.millon.fr/http://www.gallimard-jeunesse.fr/http://www.lecture-academy.com/http://www.jailu.com/http://www.lapasteque.com/http://www.le-diplodocus.fr/http://enfantsrouges.com/https://www.facebook.com/oskar.editeur/http://www.laffont.fr/site/la_collection_r_&140&13&0&1&1.htmlhttp://www.talentshauts.fr/http://editionswinioux.com/home.htmlhttp://www.lamaisonestencarton.com/http://scrineo.fr/ 

        Le concours exquis | 102 livres à gagner !

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      • La fin du grand feuilleton estival de La Voix du Livre ! Rendez-vous demain pour une GRANDE surprise !

        Pour les 6 ans du blog, j'ai vu les choses en grand ! J'ai cherché quelque chose d'original, chouette, littéraire... J'avais envie de vous surprendre, de m'amuser, de continuer à défendre la littérature que j'aime et les auteurs que j'admire. Alors une ampoule s'est allumée quelque part dans les tréfonds de mon esprit et, effrayée par la lumière, une idée folle a surgi.
        Pour le mois d'août je vous ai donc proposé de lire, chaque semaine, en 4 chapitres, un grand cadavre exquis écrit par 17 auteurs ! 17 écrivains drôles, poétiques, touchants, sincères... Bref, 17 écrivains talentueux et incontournables !

        La partie 1 est ICI, la 2  et là 3 PAR ICI !
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        Partie 4 - fin
        Un dernier chapitre pour bien finir ce rendez-vous estival... Ce chapitre a été écrit par Anne-Laure Bondoux, Florence Hinckel, Bertrand Puard, Carina Rozenfeld, et Séverine Vidal.


        Il peut fermer les yeux, maintenant. Car la suite de la lettre est inscrite dans sa mémoire, aussi clairement que sur le papier.
        La première fois qu’il l’a lue, il n’y a vu que des mots d’adieu.
        « Mon cher Tom, le danger ne me laisse plus le choix, je dois partir. »
        C’est à partir de cet instant que son cœur s’est mis à battre trop fort, à tanguer, à trembler.
        Mais depuis, il a relu les mots écrits par son père dix fois, vingt fois, trente fois. Et il est à présent convaincu que cette lettre n’est qu’un au revoir. Qu’elle contient non seulement une invitation, mais une promesse de retrouvailles. La preuve ? Ces verbes conjugués au futur. Par exemple : « J’irai là où se retrouvent les baleines », « Il y aura près de moi tous ceux qui comptent », et finalement cette petite phrase : « À mes yeux, personne ne compte autant que toi, mon fils. »
        Petit à petit, Tom décode la lettre. Le message secret. Il cherche entre les lignes les coordonnées du point de rendez-vous.
        — Qaad ? Finox ? répète l’enfant.
        Tom hésite. Une pillule l’aiderait peut-être à mieux voir, à mieux lire, à découvrir le code ?
        Il sourit. Il tend sa paume ouverte vers le gosse.

        — Bon, donne-moi la bleue.
        Le petit cesse de débiter la suite de mots incompréhensibles qu'il répète en boucle depuis que Tom l'a trouvé sur son palier, deux jours plus tôt, avec dans une main la lettre de son père et dans l'autre deux pilules, une rouge et une bleue. Mais d'où sort-il, ce môme ?
        — Finox, affirme le gamin en posant la pilule bleue dans la main de Tom.

        — Finox ? Tu en es certain ?
        Le garçon regarda la pilule qui brillait à présent comme un diamant sous le soleil puis il fixa les yeux de Tom.
        — Finox, répéta-t-il Tom hocha la tête.
        Il hésitait encore à prendre la pilule.
        — Alors je dois l'avaler. Tu sais que je n'ai pas le choix. Tu le sais bien, hein ?
        Le gamin se mit alors à prononcer les mêmes sons inintelligibles que lors de son arrivée.
        Tom prit la pilule bleue au creux de sa paume et il ressentit alors comme une vive brûlure.
        — Je le dois, chuchota-t-il.
        — Finox, répéta le garçon, comme en transe.
        Alors Tom goba la pilule.

        Il se mit immédiatement à douter…
        — Rien ne ressemble plus à une pilule bleue qu’une autre pilule bleue… Finox, Soumatrix, Bizapranol, impossible d’être sûr après tout ! se dit-il, en essayant en vain de la recracher.
        Le garçon se tenait en face de lui. Les sons qui sortaient de sa bouche ne voulaient toujours rien dire. Mais il semblait plus calme.
        Tom attendit que les effets du Finox se fassent sentir.
        Il redoutait ce voyage et se demandait si les autres l’avaient attendu, de l’autre côté.

        Finalement, les sons commencèrent à prendre forme et des couleurs apparurent autour du garçon. Le Finox devait faire effet ! Quel monde allait-il découvrir grâce à ce passage étrange ? Enfin, la voix qui ressemblait à du yaourt devint un mot :
        — Bienvenue Tom, on t'attendait…

        Mais referme derrière toi. Nous détestons les courants d’air.
        Le parfum des étés de son enfance l’assaillirent. Du jasmin. Le jardin de sa grand-mère. Et ces formes assises autour de la table en fer forgé. Ces visages chéris, perdus depuis si longtemps et soudain retrouvés. Des rires merveilleux et fragiles, des yeux d'un bleu trop tendre, trop clair. Son cœur lui faisait mal.
        Tom n’avait pas vu de porte. Un coup de vent balaya le paysage au moment même où il était parvenu à l’identifier.
        Les voix, les silhouettes, les souvenirs tout se défit, le parfum lui-même s'évanouit et il entendit la porte invisible claquer derrière lui. Comme un point final.

        Le cadavre exquis est terminé mais ne soyez pas tristes, rendez-vous dès demain pour une grande, très grande, IMMENSE surprise !

        Le feuilleton de l'été #4 | 17 auteurs + 1 belette = 1 grand cadavre exquis

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      • Un nouveau défi en vidéo : Mime ton livre !, avec Nathan et Théo. Tu viens mimer tes livres avec nous ?

        Une nouvelle vidéo avec mon cousin Théo du blog Le cinéma des livres et Nathan du blog et de la chaîne YouTube Le cahier de lecture de Nathan. On s'est amusés à mimer des titres de livre... Allez, on ne sera pas les seuls à le faire ? Si ? Bon... Au moins j'espère que vous rirez bien, nous on a ri !



        Vidéo | Mime ton livre !

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      • Le feuilleton estival de La Voix du Livre : un grand cadavre exquis écrit par 17 auteurs ! Partie 3

        Pour les 6 ans du blog, j'ai vu les choses en grand ! J'ai cherché quelque chose d'original, chouette, littéraire... J'avais envie de vous surprendre, de m'amuser, de continuer à défendre la littérature que j'aime et les auteurs que j'admire. Alors une ampoule s'est allumée quelque part dans les tréfonds de mon esprit et, effrayée par la lumière, une idée folle a surgi.
        Pour le mois d'août je vous propose donc de lire, chaque semaine, en 4 chapitres, un grand cadavre exquis écrit par 17 auteurs ! 17 écrivains drôles, poétiques, touchants, sincères... Bref, 17 écrivains talentueux et incontournables !
        Le cadavre exquis, pour ceux qui ne le connaissent pas, est un exercice d'écriture surréaliste qui consiste à écrire à plusieurs un texte sans que chacun ne voit ce que tout le monde a écrit. C'est à dire, dans le cas précis de ce cadavre exquis, un auteur écrit la suite de l'histoire mais en ne voyant que le morceau écrit par l'écrivain le précédant. Ainsi, si JK Rowling écrit le début de l'histoire et qu'Antoine de Saint-Exupéry écrit la suite, Suzanne Collins, qui arrive en troisième, ne voit que ce que Antoine de Saint-Exupéry a écrit.
        Bon, et LA question essentielle dont vous attendez tous la réponse c'est : "Qui a participé à ce fabuleux écrit absurde ?" Les auteurs participants sont donc, dans l'ordre alphabétique : Pauline Alphen, Gaël Aymon, Clémentine Beauvais, Anne-Laure Bondoux, Orianne Charpentier, Florence Hinckel, Taï-Marc Le Thanh, Jean-Luc Marcastel, Carole Martinez, Pascale Maret, Bertrand Puard, Carina Rozenfeld, Thomas Scotto, Stéphane Servant, Séverine Vidal, Vincent Villeminot, Cathy Ytak.

        Chaque mardi, jusqu'au mardi 23 août,
        découvrez donc une partie de ce grand cadavre exquis écrit par 17 écrivains. 

        La partie 1 est ICI, et la 2  !
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        Partie 3
        Ce chapitre a été écrit entièrement par Stéphane Servant.


        Son cœur.
        Il bat.
        Il tape.
        Tangue et tremble.
        Au bord de la nausée.
        Peut-être à cause du goût âcre des vers de vase qui se tordaient entre ses baguettes.
        Peut-être à cause des souvenirs. Du goût des souvenirs. De toute cette mélancolie.
        Dehors, la nuit coule violemment sur la ville, diluant façades et visages.
        Il remonte le col de son manteau et se fraie un passage dans la foule des ouvriers mal réveillés. Les néons des échoppes ruissellent, sanglants, dans le caniveau.
        Fumées des braseros, parfums écœurants des silures grillés et des corps humides qui se pressent sous les auvents percés.
        Au coin de la rue, une vieille femme agenouillée tend sa main vers lui, l'invite à se pencher sur le fatras d'objets brisés qui s'amoncelle entre ses pieds.
        Il fouille dans ses poches. Lui abandonne une pièce de cuivre et un morceau d'anguille séchée.
        Elle insiste pour lui donner un gâteau-surprise rabougri, certainement rance. Il n'en veut pas mais elle le lui fourre d'office dans le poing avec un rire de sorcière.
        Il glisse maintenant du côté du port.
        Là, le parfum entêtant du mercure et de la vase après l'averse. Le quai de béton désert. En-dessous, au-delà, la boue. Des dunes molles, noires, faiblement irisées, qui se confondent avec la nuit. Un souvenir d'océan.
        Au large, très loin vers l'est, l’œuf blafard de la lune qui pulse doucement.
        Qui pourrait croire qu'un jour elle était accrochée là-haut ?
        — Hé, mister, tu veux voir les aurores ? lui demande une voix ébréchée.
        C'est un gamin. Dix ans pas plus. Maigre, dépenaillé, détrempé. Un sourire comme un coup de rasoir, une clope au bord des lèvres noircies.
        Les poings dans les poches, il se souvient. Quand il avait dix ans. Quand au petit matin, lui et son père partaient en mer. Quand il y avait encore une mer. Ce n'était pas si ancien. Une éternité.
        Comme il ne répond pas, le gamin vient planter sa grimace sous son nez.
        — Toi, mister, tu veux Qaad ? Non ? Syntax ? Pyralène ? Finoxédril ? insiste le gamin en faisant sauter dans sa paume les pilules, puces savantes et multicolores. J'ai tout. Toutes les aurores. Tout ce qu'y faut relax pour toi, mister.
        Il ne répond pas. Il regarde la nuit, la lune échouée tout là-bas, la boue irisée, toute cette boue, ce souvenir d'océan, et dans sa mémoire et dans son cœur tangue le bateau de son père. En ce temps-là, la lune était fichée là-haut, tout là-haut. La mer était pleine. Les aurores étaient au ciel. Le père le réveillait tôt. Dans les rues désertes, ils filaient jusqu'au port. Sans bruit, le bateau glissait vers le large, vers le soleil à naître, vers les baleines. Au lever du jour, le père sortait le thermos. Au milieu de l'immensité, ils partageaient un café, du vrai café, et ils mangeaient des petits pains au lait, encore chauds. Rien à voir avec les vers de vase, les anguilles géantes ou les silures phosphorescents. Ces petits pains, ils avaient un goût particulier. Le goût de l'enfance.
        — Les baleines, il dit rêveusement. Les baleines, je veux voir les baleines.
        Les lèvres noires du gamin tracent une demi-lune rieuse et édentée.
        — Mister, les baleines, c'est ma spécialité. Je sais. Je sais où trouver baleines.
        Le gamin le tire par la manche, lui montre l'attelage plus loin, englué dans la vase. Deux vieux strapontins de cinéma enchâssés dans un caddie aux roues tordues. Devant, un troupeau de mouettes aux yeux rouges, prisonnières d'un écheveau de câbles électriques.
        Il se souvient alors de ce livre que lui lisait son père autrefois. Un enfant s'envolait dans le ciel porté par une nuée d'oiseaux sauvages. Il allait de planètes en planètes. L'histoire ne lui avait jamais vraiment plu. Et pourtant, aujourd'hui, sur ce quai écrasé par la nuit, l'histoire a la saveur des petits pains au lait.
        Après avoir filé une pièce de trop au gamin, il patauge dans la vase, s'installe sur le siège défoncé. Devant lui, les mouettes énormes paillent, font claquer leur bec dans la boue, se disputant la carcasse grisâtre d'un silure. L'enfant s'assied à côté de lui.
        — Relax, mister. Tu vas voir baleines. Et si tu veux Qaad ou Finox, tu demandes, j'ai tout pour toi, mister. Relax. Relax.
        L'enfant fait claquer un fouet de cuir et les mouettes terrorisées fouettent la nuit de leurs ailes folles.
        Comme l'attelage s'ébranle, il tire de sa poche le papier.
        La lettre que le père a laissée avant de disparaître.
        Il lit, indifférent aux remugles de vases et de mercure soulevés par les roues du chariot.
        Il lit :
        « Mon cher Tom »

        À suivre...

        Le feuilleton de l'été #3 | 17 auteurs + 1 belette = 1 grand cadavre exquis

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      • Le feuilleton estival de La Voix du Livre : un grand cadavre exquis écrit par 17 auteurs ! Partie 2

        Pour les 6 ans du blog, j'ai vu les choses en grand ! J'ai cherché quelque chose d'original, chouette, littéraire... J'avais envie de vous surprendre, de m'amuser, de continuer à défendre la littérature que j'aime et les auteurs que j'admire. Alors une ampoule s'est allumée quelque part dans les tréfonds de mon esprit et, effrayée par la lumière, une idée folle a surgi.
        Pour le mois d'août je vous propose donc de lire, chaque semaine, en 4 chapitres, un grand cadavre exquis écrit par 17 auteurs ! 17 écrivains drôles, poétiques, touchants, sincères... Bref, 17 écrivains talentueux et incontournables !
        Le cadavre exquis, pour ceux qui ne le connaissent pas, est un exercice d'écriture surréaliste qui consiste à écrire à plusieurs un texte sans que chacun ne voit ce que tout le monde a écrit. C'est à dire, dans le cas précis de ce cadavre exquis, un auteur écrit la suite de l'histoire mais en ne voyant que le morceau écrit par l'écrivain le précédant. Ainsi, si JK Rowling écrit le début de l'histoire et qu'Antoine de Saint-Exupéry écrit la suite, Suzanne Collins, qui arrive en troisième, ne voit que ce que Antoine de Saint-Exupéry a écrit.
        Bon, et LA question essentielle dont vous attendez tous la réponse c'est : "Qui a participé à ce fabuleux écrit absurde ?" Les auteurs participants sont donc, dans l'ordre alphabétique : Pauline Alphen, Gaël Aymon, Clémentine Beauvais, Anne-Laure Bondoux, Orianne Charpentier, Florence Hinckel, Taï-Marc Le Thanh, Jean-Luc Marcastel, Carole Martinez, Pascale Maret, Bertrand Puard, Carina Rozenfeld, Thomas Scotto, Stéphane Servant, Séverine Vidal, Vincent Villeminot, Cathy Ytak.
        Chaque mardi, jusqu'au mardi 23 août,
        découvrez donc une partie de ce grand cadavre exquis écrit par 17 écrivains. 

        La partie 1 est ICI !
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        Partie 2
        Les auteurs participants, dans l'ordre alphabétique, sont
        Pauline Alphen, Gaël Aymon, Orianne Charpentier, Thomas Scotto, Cathy Ytak.


        Le promeneur sembla se décomposer. Il recula d'un pas. Mais le chien, lui, se lécha les babines.
        — Qu'est-ce que c'est ?, demanda-t-il – et sa grande queue touffue giflait ses flancs avec enthousiasme.
        — Au pied !, cria le promeneur. Il y a probablement un piège !
        — Mais non, pas du tout, protesta l'homme à la valise en la secouant légèrement (l'objet s'immobilisa aussitôt, comme rappelé à l'ordre ; il y eut un épais silence, à peine troublé par un staccato ténu – le promeneur s'était mis à claquer des dents).
        — Tiens, reprit l'homme à la valise avec un sourire sarcastique, on dirait qu'on fait moins le malin, maintenant.
        Sa lassitude s'était évanouie.
        — Franchement, les amis, je me fiche de l'existence des fantômes comme de ma première valise, mais ce que contient celle-ci, je peux vous dire que c'est tout ce qu'il y a de plus réel.
        Et tout en disant cela, il écartait du pied le chien, qui s'était approché à pas prudents pour renifler la valise.
        — Nom d'une belette !, aboya soudain l'animal, comme s'il avait flairé quelque chose.
        Il ouvrit une large gueule, dévoilant ses crocs, et personne n'aurait su dire si c'était un sourire ou une menace.

        — Sors de cette valise, chienne ! aboya le chien – ce qui dans sa gueule était sinon un compliment du moins la reconnaissance d'un autre soi-même. Sors de cette valise et viens enfin à moi !
        La valise s'immobilisa. Aucune chienne – au sens propre ou au figuré – n'aime être interpellée de la sorte. Le chien gémit, aboya. Rien n'y fit. De guerre lasse, il leva la patte. L'homme à la valise n'eut que le temps de faire un bond en arrière.

        C’était bien sa veine… Tomber sur un chien idiot à l’odorat dévoyé… Sinon, comment expliquer que ce corniaud à poils longs aboie aussi fort et s’excite sur sa valise au point de vouloir pisser dessus ?
        L’homme le savait depuis le départ, pourtant. Cette idée de transporter, clandestinement, six belettes empaillées, volées la nuit précédente dans le cabinet de curiosités de l’Hermione, ne pouvait être que mauvaise. Il tenta de repousser le chien une dernière fois, en vain.
        Trop de gyrophares, trop de sirènes au loin…
        Tout ça à cause d’un marin rencontré à Rochefort, à La voix du livre, une de ces librairies interlopes qui bordent les quais et où les matelots viennent échouer, immanquablement, ivres de mots, poèmes au bord des lèvres… une écume de jours consumés…
        Cet homme, la démarche chaloupée de ceux qui passent plus de temps en mer qu’à terre, était venu à sa rencontre et lui avait dit :
        — Six belettes assassinées pour six cents euros… Risque minime, presque un voyage d’agrément. Es-tu d'accord ?

        Non.
        Il n'était pas d'accord.
        Au début il n'était pas d'accord.
        Peut-être parce que dans le mot « belette » il avait deviné autre chose qu'un petit animal au pelage brun et blanc. Quelque chose de plus grand. Quelque chose de plus humain.
        « Je suis la belette de personne », elle disait ça l'actrice de son film préféré. Avec une petite moue si triste qu'il en retombait amoureux à chaque visionnage. Alors si c'était bien l'horrible marché du marin, tuer six vivantes aussi belettes qu'une actrice et pour six cents euros... autant dire rien, il y avait franchement de quoi frissonner d'un monde à la dérive.
        Non.
        C'était ce qu'il avait trouvé de mieux à dire. Ça, et tourner les talons.
        — Bon...deux minutes de plus et je commençais les sushis sans toi ! Qu'est ce t'as foutu tout ce temps sur le port ? T'as sauvé des baleines....?

        Les baleines ! Oui, cela faisait si longtemps qu’il n’avait pas été voir les baleines ! Il lui aurait pourtant suffit de sortir, là, maintenant. De planter sushis et belettes pour affronter la pluie battante. Sentir l’eau fouetter son visage et imprégner peu à peu ses vêtements était presque une idée réconfortante. Bien sûr, les navettes ne fonctionnaient plus à cette heure mais, en partant tout de suite, il arriverait sans doute à temps pour les aurores boréales. Il longerait les docks jusqu’à l’embarcadère et il n’aurait plus qu’à attendre le premier départ. Une immense mélancolie s’empara de lui en même temps qu’il s’imaginait effleurer de sa main le dos des superbes cétacés. Les touristes ne seraient pas nombreux, à cette heure matinale. D’ailleurs les touristes ne venaient plus. Qui s’intéressait encore aux baleines, à part lui ?
        S’abandonnant à son impulsion première, il saisit son manteau et s’engouffra dans l’escalier sans même allumer la lumière. Le bruit de ses pas s’unifiant aux battements précipités de son cœur.

        À suivre...

        Le feuilleton de l'été #2 | 17 auteurs + 1 belette = 1 grand cadavre exquis

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      • Ma deuxième chronique radio sur France Info sur le magnifique roman Comme un feu furieux de Marie Chartes.
        Je participe, grâce au Labo des histoires Paris (dont je vous reparlerai), à l'émission des Enfants des livres, animée par le journaliste Emmanuel Davidenkoff. Cette émission invite des jeunes laborantins à venir présenter un de leurs coups de cœur à la radio dans une courte chronique d'environ deux minutes et quinze secondes. Ma chronique est passée à 9 h 27, 14 h 55 et 20 h 25 le 24 juillet !
        J'y parle du chef d'œuvre unique d'Alain Damasio, La Horde du contrevent. Ma chronique écrite est ici.
        N'hésitez pas à écouter la chronique radio (ICI) et à suivre l'émission des Enfants des livres qui est vraiment très chouette. C'est aujourd'hui l'une des seules qui parle uniquement de littérature jeunesse, et même si elle est très courte, on a l'occasion d'entendre des jeunes parler littérature et, ça, c'est bien ! >>>

        MA CHRONIQUE RADIO

        Chronique Radio | La Horde du contrevent, Alain Damasio

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      • Le feuilleton estival de La Voix du Livre : un grand cadavre exquis écrit par 17 auteurs ! Partie 1

        Pour les 6 ans du blog, j'ai vu les choses en grand ! J'ai cherché quelque chose d'original, chouette, littéraire... J'avais envie de vous surprendre, de m'amuser, de continuer à défendre la littérature que j'aime et les auteurs que j'admire. Alors une ampoule s'est allumée quelque part dans les tréfonds de mon esprit et, effrayée par la lumière, une idée folle a surgi.
        Pour le mois d'août je vous propose donc de lire, chaque semaine, en 4 chapitres, un grand cadavre exquis écrit par 17 auteurs ! 17 écrivains drôles, poétiques, touchants, sincères... Bref, 17 écrivains talentueux et incontournables !
        Le cadavre exquis, pour ceux qui ne le connaissent pas, est un exercice d'écriture surréaliste qui consiste à écrire à plusieurs un texte sans que chacun ne voit ce que tout le monde a écrit. C'est à dire, dans le cas précis de ce cadavre exquis, un auteur écrit la suite de l'histoire mais en ne voyant que le morceau écrit par l'écrivain le précédant. Ainsi, si JK Rowling écrit le début de l'histoire et qu'Antoine de Saint-Exupéry écrit la suite, Suzanne Collins, qui arrive en troisième, ne voit que ce que Antoine de Saint-Exupéry a écrit.
        Bon, et LA question essentielle dont vous attendez tous la réponse c'est : "Qui a participé à ce fabuleux écrit absurde ?" Les auteurs participants sont donc, dans l'ordre alphabétique : Pauline Alphen, Gaël Aymon, Clémentine Beauvais, Anne-Laure Bondoux, Orianne Charpentier, Florence Hinckel, Taï-Marc Le Thanh, Jean-Luc Marcastel, Carole Martinez, Pascale Maret, Bertrand Puard, Carina Rozenfeld, Thomas Scotto, Stéphane Servant, Séverine Vidal, Vincent Villeminot, Cathy Ytak.
        Chaque mardi, jusqu'au mardi 23 août,
        découvrez donc une partie de ce grand cadavre exquis écrit par 17 écrivains. 
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        Partie 1
        Les auteurs participants, dans l'ordre alphabétique, sont
        Clémentine Beauvais, Taï-Marc Le Thanh, Jean-Luc Marcastel, Pascale Maret, Vincent Villeminot.


        L’homme entra dans la petite gare coquette en traînant derrière lui sa valise à roulettes.
        Sans regarder ni à droite ni à gauche, il se dirigea vers le guichet… pour s’arrêter d’un coup en constatant que ce dernier était fermé.
        Un peu perdu, il demeura un instant immobile, avant de se retourner pour chercher des yeux un automate…
        Mais la gare était trop minuscule pour disposer d’un automate.
        Et bien sûr, pas un chat, comme à l’extérieur d’ailleurs, à croire que la ville était déserte à cette heure-là.
        Il balaya la modeste salle du regard pour tomber sur deux silhouettes, celle d’un homme assis sur l’unique banc de bois, et, à ses pieds, un cocker aux longues oreilles et aux yeux tristes. Le genre à l’air gentil et à vous gaffer dès que vous faisiez mine de les caresser.
        L’un et l’autre étaient aussi immobiles que des statues. Les grosses lunettes noires de l’homme lui firent se demander s’il n’était pas aveugle.
        Traversant la pièce, il s’approcha de lui :
        — Excusez-moi Monsieur, vous savez à quelle heure ouvre le guichet ? Je voudrais acheter un ticket pour le prochain train…
        Il attendit… Longtemps, très longtemps… Pas de réponse.
        En plus d’être aveugle, l’autre était-il sourd comme un pot ? Ça aurait bien été sa veine !
        Il répéta, plus fort.
        — Excusez-moi de vous déranger, mais… À QUELLE HEURE OUVRE LE GUICHET ?
        Il avait vraiment poussé sa voix en se penchant pour beugler cette dernière question.
        — Oh ! Ça va, pas la peine de gueuler comme ça, je suis pas sourd.
        Les lèvres de l’homme n’avaient pas bougé.
        La voix venait de plus bas.
        Ses yeux descendirent, rencontrèrent la bonne bouille du cocker qui le fixait d’un regard réprobateur et dont la gueule s’ouvrit pour répondre :
        — Le guichet ouvre dans une demi-heure.

        Après un instant de stupéfaction, pendant lequel il se demanda s’il perdait la boule, l’homme à la valise se mit à rire :
        — Génial, votre numéro de ventriloque !
        Le cocker se releva vivement et agita la tête d’un air peu commode. Ses babines s’ouvrirent et il parut vraiment articuler :
        — Vous croyez que c’est mon humain qui parle ? Vous ne savez pas que certains canidés ont le don de la parole? J’en ai connu un, un certain Bon Zigue, qui était un fameux bavard, il habitait pas très loin de…
        Le chien tourna brusquement la tête vers la porte et le flot de paroles s’interrompit. L’homme à la valise suivit la direction de son regard mais ce n’était qu’un autre cocker qui passait par là.
        Toujours incrédule, l’homme à la valise regarda le maître du cocker :
        — Mais comment faites-vous pour dresser le chien à ouvrir la gueule au bon moment ?

        — Oh vous savez, ce qui demande le plus effort, c’est surtout de coordonner les lèvres de l’être humain!
        « Incroyable, songea l’homme à la valise. Je ne sais pas lequel, du maître ou de son chien, vient de m’adresser la parole. »
        — Pourquoi aucun de vous deux n’aboie-t-il ? demanda-t-il. Ce serait plus simple.
        Le promeneur et le cocker secouèrent en même temps la tête, d’un air qui sembla triste et doux à la fois.
        — Ma foi, dit l’un d’eux, c’est une longue histoire.
        — Longue et navrante, fit l’autre…
        — C’était il y a six ans déjà…

        — Donc quarante-deux ans en âge canin, précisa l'un des deux.
        — À l'époque, nous étions deux êtres bien distincts.
        — Toi chien, moi humain.
        — Et vice-versa. Nous étions bien dans notre peau.
        — Dans notre fourrure. Je ronflais sur mon pouf, tu rongeais mes pantoufles.
        — On était...
        — ...bien. On était tranquilles.
        — Et puis? demanda l'homme à la valise. Que s'est-il passé?
        — Et puis –  un jour – des bruits! Sur le toit.
        — Dans le toit. Quelque chose qui courait sous les tuiles.
        — Toute la nuit, des petits pas – de très légères galopades... On a fini par aller ouvrir la trappe pour aller sous les combles. On a dû pousser. Elle a beaucoup grincé.
        — Elle n’était pas contente d'être dérangée.
        — Mal réveillée, cette grincheuse de trappe.
        — Derrière, tout n'était que toiles d'araignée et poudre de poutres. Mais là, se promenant au milieu de troupeaux de moutons de poussière, on a vu...
        — Un fantôme! devina l'homme à la valise.
        Le promeneur et le chien lui jetèrent un regard dédaigneux.
        — Un fantôme! ricana l'un des deux. Mais non. Quelque chose de bien moins bête.
        — Une goule ? Un vampire ?
        — Une belette.

        L’homme à la valise manifesta son agacement d’un geste de la main.
        — De toute façon, je n’ai jamais cru aux fantômes, marmonna-t-il. Ni aux belettes d’ailleurs.
        — Et aux chiens qui parlent ? railla le promeneur.
        L’homme à la valise le toisa d’un œil sombre. Il n’aimait apparemment pas la tournure que prenait la conversation. Le chien émit un jappement plaintif en baissant ses oreilles.
        — Non plus, finit par répondre l’homme à la valise.
        Il secoua sa tête, comme s’il cherchait à se réveiller d’un mauvais rêve. Puis soudain, il s’éclaircit la gorge.
        — Tout n’est question que de croyances, déclara-t-il. Et je peux vous retourner la question : en quoi croyez-vous, vous autres ?
        — Aux croquettes parfum pastèque, répondit le chien sans marquer la moindre hésitation.
        — Aux sandwichs au pastrami, dit le promeneur d’un air songeur.
        — La bouffe, toujours la bouffe, s’emporta l’homme à la valise. Vous ne pensez donc qu’à manger !
        Une lueur de malice traversa ses yeux. Il y eut alors un bruit sourd provenant de sa valise et l’objet se déplaça de quelques centimètres.
        — Il se peut que j’ai une surprise pour vous, murmura-t-il.

        À suivre...

        Le feuilleton de l'été #1 | 17 auteurs + 1 belette = 1 grand cadavre exquis

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