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  • Un des meilleurs albums de la littérature jeunesse au texte et à l'illustration singulières. Immanquable!
    Comme tout le monde est sans aucun doute depuis que je l’ai lu (et je le re-confirme à chacune de mes lectures) un des albums que je place dans mon petit panthéon de la littérature, dans ces albums à ne jamais donner, dans ces pépites tendres, drôles, touchantes et fortes qui m’ont ému, fasciné et séduit à la fois. Grand coup de cœur pour ce texte saisissant et cette illustration osée, tout dans le symbole, cet album est pour moi l’un des meilleurs albums de la littérature jeunesse française contemporaine. Et même, de la littérature jeunesse tout court.
    Et là évidemment, votre est question c’est : POURQUOI ?
    Avant tout, laissez-moi vous raconter l’histoire de Comme tout le monde

    Cette petite roulotte bariolée et un peu boulotte sillonne donc le vaste monde et finit par arriver « à l’orée d’un joli bourg fleuri ». Mais là-bas, sous les chuchotements assourdissants des « qu’en dira-t-on » de tout le monde, et les remarques quotidiennes contre ses roues, ses couleurs ou son embonpoint, la roulotte est bien obligée de devenir, peu à peu, autre chose qu’une roulotte, un peu plus une maison : bref, elle devient comme tout le monde.

    Jusqu’au moment où elle a autre chose à faire qu’à écouter ces vipères…


    Un texte puissant et tendre, jouant sur les mots comme une chanson

    Comme tout le monde est d’abord un texte saisissant, attachant et poétique. Véritable joueuse et magicienne des mots, Charlotte Erlih en use avec adresse et construit un album tout en rimes internes, riches et étonnantes. Le texte est un vrai plaisir à lire, à sentir sur sa langue : il clignote, brinquebale tout un tas de sonorités amusantes ou cahotantes.
    « Une petite roulotte, bariolée et un peu boulotte, sillonne le vaste monde. Qu'il vente ou qu'il mouille, qu'il crachote ou qu'il bouille, elle trotte, cahote, engloutit du pays. »
    Cet univers presque enfantin, en tout cas acidulé, grandement maîtrisé participe à rendre cette petite roulotte attachante et expressive. Le texte la fait vivre, à travers un vocabulaire qui rappelle avec finesse sa silhouette engoncée et remplie d’imaginaire et son univers à elle, riche et chaotique, qu’elle transporte avec tendresse.

    Une illustration unique et originale

    C’est extrêmement intéressant de noter dans Comme tout le monde comment le texte et l’illustration se complètent. Ils racontent la même chose tout en disant chacun l’histoire à leur manière. Alors que la petite roulotte devient comme tout le monde, l’illustration de plus en plus grise semble faire vivre cet élan vers la banalité et ce triste caquetage ambiant qui muselle l’originalité. Elle suit le texte, l'illustre vraiment, avec le style reconnaissable entre tous de Marjolaine Leray.
    Par ailleurs, l’illustration va plus loin et met en scène le texte : écrit à la main, il tonne quand le tonnerre gronde ou s’anime entièrement, accompagné de symboles au tampon, quand les maisons ou les roulottes discutent, parlent et crachent et caquettent.
    Enfin, l’illustration s’affranchit aussi du texte, elle n’illustre pas seulement, elle dit plus, elle raconte, elle interprète. Si elle est parfois dans le symbole (le bariolé n’est par exemple fait que de deux couleurs), elle fait vivre aussi la petite roulotte avec la simplicité de ce symbolisme. En quelques coups de crayons — trois carrés, deux ronds et deux traits maîtrisés — Marjolaine Leray donne vie à un personnage tendre, drôle, attachant et ultra expressif.

    Un message fort mais raconté

    Derrière cette histoire attachante, narrée et illustrée de manière singulière, Charlotte Erlih et Marjolaine Leray racontent une histoire forte, avec une grande finesse, qui résonne particulièrement dans le contexte mondial actuel. Le personnage est influencé et lassé par ce tout le monde clivant, qui finit par vivre à sa manière, là où elle est, et pourtant différente. Comme tout le monde propose ainsi en filigrane, sans lourdeur, et toujours en mots et histoires, un fin regard de tolérance, une douce idée de vivre ensemble. Et ce, sans jamais le dire. Le texte limpide et l’illustration particulièrement unique le suggèrent avec habileté et subtilité.
    La petite roulotte de Charlotte Erlih et Marjolaine Leray est donc le parfait exemple de ce que j’aime en littérature jeunesse. Plus qu’un exemple, Comme tout le monde est un livre essentiel, un sans-faute à mettre dans toutes les librairies et entre toutes les mains. Ce texte saisissant qui maîtrise la langue avec une perfection surprenante s'allie à une illustration unique, entre symbole, émotion et expressivité pour dire l’histoire attachante d’une drôle de roulotte… et parler de tout un tas de thèmes importants et abordés avec une grande et rare justesse.
    C'est (je le répète) l'un des meilleurs albums qu'il m'ait été donné de lire.

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    Une petite roulotte, bariolée et un peu boulotte, sillonne le vaste monde. Une fin de journée, elle fait halte à l’orée d’un joli bourg fleuri. Mais aussitôt, au village, les commentaires font rage. Ses roues, ses couleurs de fleurs et son toit sans cheminée : tout est prétexte à cancaner… La petite roulotte fait pourtant de gros efforts pour être comme tout le monde. Pour mettre fin aux vilains potins, elle abandonne ses roues et ses couleurs et se fait construire une cheminée. Jusqu’à ce que ses amies les roulottes passent par là. Les suivra-t-elle ?

    Un livre soutenu par Amnesty International

    De Charlotte Erlih et Marjolaine Leray
    Éditions Talents Hauts
    40 pages
    13 €

    Comme tout le monde est le premier album de Charlotte Erlih, une auteure de plusieurs romans adolescents dont le saisissant Highline.


    Marjolaine Leray, elle, a déjà publié deux albums aux éditions Actes Sud Junior : les très remarqués Avril le poisson rouge et Un Petit Chaperon rouge que je vous conseille très fortement si vous ne les connaissez pas encore.

    Comme tout le monde, Charlotte Erlih et Marjolaine Leray

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  • Un album essentiel, touchant et coloré : véritable fable poétique sur la résilience et le bonheur ♥
    Inaugurons ce week-end un nouveau rendez-vous du blog qui s'intitule, comme le renseigne mon titre si bien choisi, « L'heure de l'album » ! L'idée est simple : je parlerai le plus souvent possible d'un album (coup de cœur ou non) avec une ou plusieurs personnes.
    Cette semaine, j'ai demandé à Sarah (qui apparaît en première dans l'article) du blog La Mare aux Mots et Madeline Roth, autrice et libraire à L'Eau Vive (Avignon) de parler avec moi de l'album Le Vide.



    Il y a de ces albums qu’on n’oublie pas, des albums essentiels parce qu’ils parlent tout simplement de la vie, de ses gros tracas comme de ses petits soucis. Le Vide fait partie de ces albums.


    C’est l’histoire d’une petite fille, Julia. Elle vit avec sa famille, au cœur d’un joli village. Mais un jour, « son bonheur tranquille disparaît » et le vide commence. Sur l’image, un trou à l’intérieur d’elle, au milieu du ventre. « Un vide par lequel passait le froid. Un vide d’où naissaient les monstres ». La petite fille tente d’abord de le remplir, de le boucher, de l’effacer. Mais le vide gonfle et grossit encore. Elle cherche des bouchons, en trouve des bons, d’autres qui ne le sont pas. Mais le vide est toujours là. Jusqu’à ce que la petite fille cesse de chercher, tombe, crie, pleure. Une voix se fait alors entendre : « Arrête de chercher partout et cherche à l’intérieur de toi ». S’ouvre alors la deuxième partie de l’album, plus lumineuse. Julia découvre des paroles, des couleurs, des mélodies. Des « mondes merveilleux » qui lui ouvrent aussi la porte d’autres personnes. Et c’est ainsi que le vide, lentement, rapetisse, rapetisse, « mais heureusement sans jamais disparaître complètement ».



    Le Vide est donc un album essentiel parce qu’il raconte avec une grande tendresse, beaucoup de couleurs et à hauteur d’enfant un sujet des plus difficiles : le vide qu’on peut ressentir en soi.

    La force de cet album repose sur plusieurs choses, la première étant de ne jamais nommer l’évènement responsable du vide. Cela peut-être un deuil, mais pas nécessairement. Une souffrance, qui n’est pas désignée.



    Ce vide peut avoir tout un tas de raisons d’exister : la perte de quelqu’un, de quelque chose, ou comme le dit l’autrice « d’un rêve, de la santé ». Ce vide peut même être une déprime, un sentiment de vide, un poids sur la poitrine.

    Ensuite, Anna Llenas (l’illustratrice du livre animé La couleur des émotions) a choisi de représenter ce vide intérieur par quelque chose de très concret et de très visible à l’image : tout l’album tourne autour de ce trou dans le ventre. Le texte est court, très simple, quelques mots par page uniquement. L’image, entre dessins et collages, couleurs et carton découpé, vient compléter le texte, l’appuyer avec des exemples forts.


    Ce texte simple, donc, mais loin d’être simpliste, résonne d’une profondeur vertigineuse, là où le vide dont il traite laisse place aux cartons, papiers, peintures et couleurs dont use l’autrice avec habileté. Et ce n’est pas si facile que d’imiter l’enfance en arts… c’est ici réussi avec brio : c’est tendre et émouvant.

    En fait, incontournable et universel, il parle aux plus petits de la quête de bonheur.
    Le Vide est une ode métaphorique et onirique à la puissance de la vie, à la combativité pour atteindre le bonheur – car, Julia apprendra que cette recherche n’est pas si facile, il y a les « mauvaises choses » qui peuvent nous faire croire que l’on a atteint l’objectif rêvé : les objets matériels, la consommation…. Et puis les « bonnes choses » : les amis, la musique, les couleurs…


    L’album, qui fait parfois penser à La petite casserole d’Anatole, ou Marie est partie (tous deux écrits et illustrés par Isabelle Carrier, et publiés chez Bilboquet) nous montre les étapes d’une résilience, de la nécessité de passer par la tristesse pour pouvoir s’écouter et trouver en nous les réponses aux vides qui nous creusent tous, à différents moments de nos vies.

    Fable poétique faite de cartons, de papiers et de peintures, l’album d’Anna Llenas a un style bricolé ainsi incomparable et extrêmement pertinent, où l’artiste compose brillamment ses images et des personnages vifs et expressifs. Il dit avec beaucoup de joie et de mélancolie que, parfois, la résilience est là, en nous, au fond de ce vide.

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    C’est l’histoire de Julia, une fillette heureuse et tout à fait comme les autres, qui vivait sans souci jusqu’au jour où elle ressent un vide. Un énoooOooorme vide qui laisse le froid passer, les monstres entrer et qui aspire tout. Julia enchaîne les tentatives pour combler ce vide, pour trouver le bon bouchon qui règlera ce problème et lui rendra son insouciance.
    Un beau récit sur la compréhension de soi, la maturité et la joie de vivre.

    D'Anna Llenas
    Éditions des 400 coups
    96 pages
    18 €

    L'heure de l'album | Le Vide, Anna Llenas

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  • Chronique du nouveau roman, unique et émouvant, de Caroline Solé, une auteure plein de promesses !

    Clique pour lire ma chronique !
    Vous connaissez peut-être La pyramide des besoins humains dont j’avais parlé à sa sortie sur le blog ? C’était le premier roman de Caroline Solé dans lequel l’histoire de Christopher Scott, un héros marginal extrêmement attachant, nous happait dans une critique sociale pointue mais touchante.

    Ici, on part à la rencontre de trois personnages qui témoignent autour d’une triste affaire : un enfant a été retrouvé mort, avec dans sa poche la photo d’une actrice. Cette jeune actrice d’à peine vingt ans est devenue une super star et enchaîne tournages et promotions loin de chez elle et de la France. Sa maison, justement, est située juste en bas de l’immeuble de Cheyenne, une jeune adolescente dépressive qui ouvre le bal des interrogatoires. Elle va raconter sa vie et notamment ses vacances qu’elle passe seule à Paris. Pourquoi n’est-elle pas partie en vacances au bord de la mer avec le reste de sa famille ? Ça, on va l’apprendre très vite : elle veut se suicider. Mais alors qu’elle écrit son carnet testamentaire et qu’elle s’apprête à passer à l’acte, elle voit un jeune homme enterrer un enfant dans le jardin de la star… Et si c’était lui, l’assassin ?



    Ce roman chamboule à sa manière la littérature et notamment le genre policier. Avec son prologue court et percutant, sous forme de rapport de police, l’auteure fait une promesse au lecteur : ce sera un roman policier. Et pourtant, cette promesse n’est pas tenue. Très vite, alors que les personnages sont censés raconter les faits et ce qu’ils ont faits cette dernière semaine, semaine durant laquelle on a découvert le gamin mort dans le fleuve, ils tirent le fil et racontent en même temps leurs vies, leurs pensées, leurs difficultés et leurs tourments.

    Caroline Solé joue donc de manière très pertinente de ce contrat auteur / lecteur tacite à toute lecture. En effet, comme le dit si bien Augustus Waters dans Nos étoiles contraires, l'auteur n’a-t-il pas l’obligation de respecter ce que le lecteur lui demande (dans le cas du roman de John Green, une fin à Une impériale affliction) tant qu’il va jusqu’au bout du livre ?

    Caroline Solé renverse ainsi entièrement ce contrat. Non, elle ne tient pas ses promesses, non elle ne fait finalement pas de roman policier. On peut donc être perdus et se sentir floués (et c’est le premier sentiment que j’ai eu — « non mais, c’est pas un roman policier, ça se fait CARRÉMENT PAS, je me suis fait ARNAQUER ! »). Mais finalement, j'ai trouvé ça particulièrement génial.

    En fait, elle use d’un genre très codé, soutenu par la démarche de l’éditeur qui produit un résumé et une illustration de couverture assez codés aussi, pour le détourner et le ramener… à l’humain. En effet, j’en reparlerai juste après, les personnages sont alors détaillés, comme un pied de nez aux romans policiers aux personnages parfois caricaturaux, et prennent le temps de s’exprimer et même de se dire eux. Chacun montre par ailleurs de lourdes mécaniques sociales qui les enferment, les aliènent et dont chacun va devoir se défaire pour avancer.

    Preuve des codes du polar utilisés, la couverture a failli être jaune et noire :

    Peut-on donc vraiment dire que le contrat auteur / lecteur n’est pas respecté ? J’aurais tendance à dire que non : elle produit une œuvre unique, addictive, rythmée et sensible. Son contrat d’auteur n’était-il pas, tout simplement, de nous embarquer ? de nous faire ressentir quelque chose ? peut-être même de nous faire réfléchir ?

    À travers une intrigue qui tient en effet en haleine, on tisse le portrait de personnages qui vont devenir le centre névralgique de l’histoire : on ne veut plus savoir qui a tué l’enfant et pourquoi, mais qui sont, avec toutes leurs aspérités, ces personnages chamboulés par la vie. La jeune fille suicidaire reste, sauf peut-être dans la seconde moitié du roman, dans une grande caricature loin d’être nuancée de l’adolescence tourmentée: elle en devient rapidement peu attachante et surtout très difficile à lire. Mais les autres personnages qui prennent ensuite le relais sont, eux, très touchants, du fait de leurs nuances et d’une certaine justesse. Le garçon est notamment un personnage simple et presque naïf, mais très beau du fait de sa grande sensibilité (notamment par son œil cinématographique). Il pose d’ailleurs un regard très doux sur la première ce qui finit par nous la rendre sympathique (enfin). En fait, chaque personnage a sa voix propre, et c’est ce changement dans chacune des parties qui fait la grande réussite du roman. On écoute / lit réellement trois personnages différents et on s’y attache grâce à cette écrire qui sait donner des voix avec une grande pertinence.
    Et, en un sens, Caroline Solé n’a-t-elle pas tenu sa promesse ? Ce n’est du fait que des personnages d’avoir raconté ce qu’ils avaient à raconter. L’auteure ne fait que restituer ces trois témoignages livrés à la police où chacun d’entre eux se met, plutôt que de seulement se défendre d’avoir tué cet enfant, à raconter sa vie. Triple exercice de style intéressant qui signe décidément une belle promesse de Caroline Solé, autre que celle trahie dans ce roman : elle tracera, sans aucun doute, une superbe carrière littéraire. Une auteure à suivre, décidément.
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    Deux interviews de l'autrice à découvrir chez Lupiot et moi :
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    Cheyenne, quinze ans, passe ses journées enfermée dans sa chambre à épier sa célèbre voisine : une jeune star de cinéma. Sa vie bascule lorsqu’un enfant disparaît et que la police mène l’enquête…

    La petite romancière, la star et l’assassin est le récit de trois interrogatoires. Trois destins croisés : une adolescente farouche qui s’interroge sur le sens de l’existence, un marginal au comportement suspect et une actrice précoce qui révèle les coulisses de sa célébrité.

    Éditions Albin Michel Jeunesse, collection Litt'
    176 pages
    12 €

    ATTENTION THRILLER... ? | La petite romancière, la star et l'assassin, Caroline Solé

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  • Je vous parlais hier du livre I like Europe de Caroline Gillet et Amélie Fontaine (l’illustratrice) et des Radio Live à la Maison des Métallos, proposés par ces deux auteures et la comparse journalistique de Caroline : Aurélie Charon.
    Pour conclure cette traversée d'un projet qui est à continuer, et pas encore à finir, continuons les conversations à distance proposées par Caroline et Amélie à la fin de I like Europe. Elles y font dialoguer, à l’aide de questions identiques, les jeunes européens dont elles ont réalisé le portrait. C’était, en quelques sortes, les prémices des Radio Live, l’idée étant de « créer du dialogue fictionnel » mais aussi, comme le projet dans son ensemble, de « faire circuler des images, des paroles, des idées ».
    Pour poursuivre ces conversations, Caroline Gillet, Aurélie Charon et moi-même nous sommes à notre tour prêté-es à l’exercice.

    Un détail de votre dernier amour

    Caroline  : Elle m’offrait des chaussettes.
    Aurélie  : Il me rapporte toujours d’autres choses du bout du monde.
    Tom  : Elle adore Isabelle Huppert.

    Un endroit pour regarder la vue

    Caroline  : Le parc de Belleville où il y a un café où l’on voit tout Paris.
    Aurélie  : À Alger, dans un endroit qui s’appelle La Pointe. Tu es face à la mer et tu vois la côte en mangeant des sardines.
    Tom  : Un belvédère entre Malfa et Pollara sur l’île de Salina, où l’on voit la mer à perte de vue, Pollara évidemment et les îles de Filicudi et d’Alicudi.

    Un moment de bonheur

    Caroline  : Un déjeuner, le week-end dernier avec des copains.
    Aurélie  : Deux mariages en Israël et à Sarajevo. C’étaient ceux de deux filles qui font partie des Radio Live mais qui sont avant tout des amies. C’était un moment très fort de se retrouver pour ça, tout en se disant qu’on partage plein de choses alors qu’on n’a pas vécu au même endroit  : Tel-Aviv, Sarajevo…
    Tom  : Un lever de soleil à Oléron avec mes meilleurs amis.

    Un-e auteur-e 

    Aurélie  : Édouard Louis, un jeune auteur que j’aime beaucoup. Sa façon de rapporter la violence sociale et les rapports de classe est à la fois nouvelle, incarnée et universelle.
    Caroline  : Emmanuel Guibert, l’auteur du Photographe. Il s’intéresse beaucoup aux trajectoires de vie et retrace des itinéraires de personnes anonymes qui a priori n’ont rien à raconter mais en racontant leur vie Emmanuel Guibert y mêle à la fois l’intime, le quotidien et la Grande Histoire. Il donne de l’importance à des gens qui n’en auraient pas eu et rappelle cette idée qu’on a avec Aurélie  que chacun a quelque chose à raconter et que c’est intéressant et important de donner la parole. On fait beaucoup ça avec les jeunes, dans les classes : on leur dit d’aller interviewer leurs parents et grands-parents. Toutes ces histoires ont une place et une importance. Ça nous permet aussi de grandir. Emmanuel Guibert raconte que cela fait beaucoup d’années qu’il raconte le récit d’un monsieur âgé. Ce récit-là, même s’il n’est pas de sa famille, en le racontant et l’intégrant ça le fait avancer, lui.
    Tom  : Clémentine Beauvais qui écrit pour la jeunesse des livres drôles, romantiques parfois, féministes et toujours étonnants.

    C’est quoi l’U.E. pour toi  ?

    Aurélie  : Le contraire de la guerre. Et c’est déjà énorme !
    Caroline  : Une grande idée, inédite. C’est fou d’aller dans les institutions européennes et d’entendre parler 25 langues dans l’ascenseur et de se dire que c’est une démocratie qui s’est inventée et qui tente de créer du dialogue entre des dizaines de cultures, de pays… C’est imparfait, mais l’idée est très belle. C’est à nous maintenant de réfléchir à comment on s’approprie le projet et qu’est-ce qu’on en fait.
    Tom  : Une identité commune… du moins ce serait bien.

    Une anecdote liée à votre naissance 

    Caroline  : C’était la première fois qu’ils utilisaient un outil pour faire des nœuds de nombrils. J’avais donc vingt médecins autour de moi qui regardaient comment l’utiliser !
    Tom  : Mon frère mangeait plus que moi dans le ventre de notre mère et est donc né avec 500 grammes de plus que moi !

    Quelles sont tes frontières  ?

    Caroline  : J’aimerais ne pas avoir de frontières car c’est toujours intéressant de rester ouvert. C’est un travail de tous les jours de ne pas s’en fixer soi-même
    Tom  : Ma peur du regard des autres.

    Tu as peur de quoi  ?

    Tom  : De l’incompréhension et du manque d’écoute des autres.
    Caroline  : Du repli.
    Aurélie  : Du retour en arrière. C’est super angoissant quand tu as l’impression que les choses régressent au lieu d’avancer. Par exemple les élections de Trump aux USA même s’il y a plein d’exemples plus subtils que celui-ci. Celui-là est tellement énorme… C’est concrètement la sensation de revenir en arrière, de vol de culture aussi.
    aroline  : Oui, alors que beaucoup de gens se sont donnés beaucoup de mal pour obtenir des choses, on les piétine en quelques heures. C’est plus facile à défaire qu’à faire.

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    Voici l’Europe d’aujourd’hui, à travers les témoignages de dix jeunes de différents horizons. Un reportage documentaire novateur.
    À partir d’une dizaine de témoignages de jeunes Européens diffusés sur France Inter en 2014, Caroline Gillet et Amélie Fontaine dressent un portrait illustré, vivant et émouvant de l’Europe, loin de l’image bureaucratique de l’Union européenne. Au-delà des problèmes de la vie quotidienne, ces témoins abordent des questions qui, du sud au nord de l’Europe, touchent la plupart d’entre nous : le féminisme, l’amour, la sexualité, la politique… À la manière d’un roman graphique, les illustrations viennent enrichir le propos avec sagacité.

    En partenariat avec France Inter


    Éditions Actes Sud Junior
    72 pages
    14,50 €

    Conversations à distance | I like Europe

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  • I like Europe est un projet protéiforme. D’abord documentaire radiophonique depuis 2012, c’est finalement devenu une série d’épisodes radios vivants à la Maison des Métallos (Paris 11e)  : Radio Live et un livre chez Actes Sud Junior (2015).
    C’est dans ce lieu culturel qui fait croiser arts du spectacle et théâtre social que j’ai découvert le travail riche et engagé de Aurélie Charon et Caroline Gillet. Avant de parler de ces expériences radio inédites à la Maison des Métallos, mais aussi du livre qui m’a motivé à écrire cet article et à partir à la rencontre des deux journalistes, revenons aux origines du projet.


    De la radio au radio liv(r)e

    Aurélie et Caroline se sont d’abord rencontrées en école de journalisme et ne se sont plus vraiment quittées depuis. Elles sont parties ensemble dès leurs années étudiantes, puis pour France Inter dans le cadre de reportages in situ.
    «  En 2011, on a réalisé une série documentaire en neuf épisodes. C’était pendant l’été, juste après les Printemps Arabes, et on se demandait pourquoi il n’y avait pas eu de révolution, pourquoi on n’avait pas fait tomber le dictateur là-bas.
    L’été suivant on a été en Europe. La crise avait 4 ans et on commençait à sentir des remous assez forts et beaucoup de menaces sur l’Euro. On partait toujours voir au-delà de nos frontières, alors on s’est demandées s’il ne fallait pas d’abord chercher à comprendre notre identité commune en Europe. Profiter de ces frontières ouvertes, justement, pour comprendre ce qui nous rassemble et ce qui nous divise… En bref, qu’est-ce que ce visage de l’Europe  ?  »

    La radio en livre
    À la rentrée, après l’été des documentaires radiophoniques, Aurélie avait quitté France Inter pour France Culture, mais Caroline a continué les émissions sur la jeunesse européenne. «  J’ai demandé à une amie si elle avait des idées d’illustrateurs pour m’accompagner sur la route. » Le projet  ?
    • Un témoin dessin moins intrusif que la photographie ;
    • Un témoin dessin qui laisse place, comme le fait la radio, à l’imaginaire ;
    • Dans le but d’agrémenter les podcasts radios, notamment sur les réseaux, de les faire vivre  ;
    • Mais aussi avec pour idée finale… un livre.


    «  Ce n’était pas évident au moment de choisir car on allait devoir cohabiter dans des chambres d'hôtel, être toujours ensemble… et ce n’est pas quelque chose qu’on fait avec tout le monde. Par exemple avec Aurélie on l’a fait très vite en école de journalisme, et plusieurs fois. Mais là je devais partir avec quelqu’un que je ne connaissais pas… et finalement ça s’est extrêmement bien passé.  »
    «  Puis c’est nous qui avons démarché des maisons d’édition. Elle était auteure jeunesse et avait des contacts là-bas… et je ne suis pas sûre que ça aurait collé en livre adulte. Une partie a d’ailleurs été reprise dans un manuel scolaire, et je pense qu’en effet c’est un contenu intéressant pour les profs pour essayer de donner un visage à l’Europe au-delà de ses institutions un peu imposantes.  »
    C’est sans doute à partir de là qu’est réellement né l'idée du Radio Live. Cette série de spectacle aujourd’hui encore inachevée est en effet la convergence de diverses envies  :
    • Celle de faire dialoguer les jeunes qui, jusqu’à présent, ne s’étaient jamais rencontrés, sinon écoutés via les podcasts radios ;
    • Celle de continuer à faire vivre ce projet…
    • … et dans «  faire vivre  », il y a déjà l’idée du live, presque du spectacle vivant, en bref de respecter l’essence de la jeunesse qui s’agite.

    La radio en live  : «  un saut dans le vide qui fonctionne  »
    «  On avait envie de prolonger les rencontres et ce qu’on avait fait à la radio, on avait envie de continuer à partager avec eux  » et avec un public. Tous les ans, à la Maison des Métallos, des Radio Live sont donc organisés. Cette expérience radio en 3D a d'abord été pensée et proposée ailleurs en France, par exemple en 2013 à Marseille. Le projet s’étend aujourd'hui au reste de la France et même du monde. Les deux journalistes se rendront bientôt à Casablanca ou à Athènes.



    L’idée est simple  : entre 3 et 4 jeunes montent sur scène pour se raconter, l’entretien étant menée par les deux journalistes, et leurs récits croisent autour d’une thématique ceux des autres jeunes présents.

    L’improvisation est au centre du processus. «  C’est beaucoup de travail, et à chaque fois une grosse mise en danger  », mais ça fonctionne toujours. Et c’est aussi ça, la beauté du projet. Rien n’est préparé, «  un Radio Live n’est jamais pareil qu’un autre  (c’est «  on going  », on se renouvelle toujours)  », mais pas un seul ne m’a laissé neutre, étranger aux récits, sans émotion. J’ai toujours vécu le moment, vécu les histoires de jeunes venus se raconter. Il y a une richesse émotionnelle à la fois tendre et bouleversante qui agit sur scène juste devant le spectateur totalement inclus dans ce processus vivant qu’est le Radio Live.

    «  À chaque fois on les trouve impressionnant  : on dirait qu’ils se connaissent, ils sont à l’aise. On ne sait pas si on aurait cette capacité-là à se raconter. On ne se rend pas trop compte mais dérouler sa vie comme ça sur une scène alors que tu n’as ni l’habitude de raconter ta vie ni de parler devant 300 personnes… c’est difficile  ! On les choisit évidemment aussi car on sait qu’ils ont une certaine force de caractère ; ce sont tous des gens forts et un peu engagés... mais quand même, à chaque fois, on se dit que  c’est un saut dans le vide et que ça marche quand même.  »



    Ces entretiens sont rendus vivants, outre par la présence des jeunes qui augmentent la tension émotionnelle du récit, par une graphiste qui retouche des photos, dessine les participants, leurs lieux de vie… Elle glisse parfois une ou deux vidéos comme le clip d’une chanson d’adolescence d’un des jeunes participants  : «  on a tous écouté de la musique naze quand on avait 14 ans  ! Personnellement j’ai passé des heures dans mon lit à en écouter et à faire la gueule, raconte Caroline Gillet. C’est universel. Et on se dit  : qu’est-ce que ça raconte de cette personne  ? est-ce qu’on a envie de la rencontrer, d’en apprendre plus  ? Même si on n’a pas tous les outils pour comprendre des contextes géopolitiques parfois complexes, on va se sentir plus proche ; ça incite au dialogue.  »

    S’ajoutent à cette recette en or une musicienne, parfois quelques friandises venues d’ailleurs ou encore une invitation à monter sur scène pour danser. C’est la force évidente de ce concept  : la rencontre avec l’autre y est centrale, vivante, étonnamment touchante.

    Amélie Fontaine, Aurélie Charon et Caroline Gillet

    «  On veut ouvrir un peu les horizons  »

    Aurélie Charon et Caroline Gillet proposent ainsi avec leur œuvre radiophonique, théâtrale et littéraire plusieurs voyages. D’abord un voyage en dehors de nos frontières physiques, celles de la France, pour aller jusqu’en Europe et autour de la Méditerranée. Elles-mêmes sont parties rencontrer les jeunes, et cette démarche crédibilise et fait vivre leur projet de manière très inclusive. Dans le livre comme dans les lives, on découvre leur quotidien, des photos de leurs villages, un plan de leur maison…



    «  On n’avait pas envie juste d’aller interviewer des gens. On avait vraiment envie de rentrer dans leur vie quotidienne  : de quelle couleur est leur chambre  ? que font-ils le soir  ? avec qui sortent-ils  ? c’est qui leurs parents  ? vont-ils en vacances, et où  ? À travers des petites choses qui paraissent anecdotiques, forcément elles ne le sont jamais. Tout a une raison  ! Du coup ça enclenche une discussion.  »

    Ce voyage, on le ressent beaucoup dans le livre qui a le mérite de réunir plus de pays, plus de jeunes, d’installer aussi une relation plus distante. L’émotion est moins présente, mais la documentation, la réflexion et la découverte peut-être plus riche. Le livre propose aussi des illustrations fines et précises d’Amélie Fontaine, partie avec Caroline Gillet en Europe, et laisse entrevoir d’autres coutumes, des lieux étrangers étonnants ou familiers. Le dessin, comme l’expliquait Caroline Gillet, laisse place à l’imaginaire tout en représentant bien les choses.



    Mais l’autre voyage qu’elles proposent à travers cette exploration de pays européens, c’est une expérience humaine, une ouverture des possibles. «  On montre qu’on est capables d’inventer des choses, de réfléchir. On veut ouvrir un peu les horizons et rendre d’autres choses possibles par des exemples d'histoires concrètes.  »

    Plus que dans le livre, donc, à chaque Radio Live, il y a quelque chose qui se passe qui est fort, bouleversant. Je suis toujours impressionné par ces jeunes européens, par ces parcours souvent difficiles, par ces engagements parfois très forts. Et en même temps je suis complètement stimulé par ces femmes et ces hommes qui n’ont pas vraiment quelque chose en plus que tout un chacun, qui n’ont pas à impressionner justement parce qu’ils sont comme nous… «  C’est vrai que c’est stimulant mais on ne veut pas non plus que ce soit trop impressionnant car ce sont aussi des gens comme tout le monde. On veut essayer de transmettre ça, l’idée que ça ne part de pas grand-chose. Ils ne se réveillent pas un matin en se disant «  je vais sauver la planète  ». Finalement, l’idée est de montrer que ça peut être simple de mettre en place des projets pour notre génération. Par exemple, Georgio a créé une application pour sauver le patrimoine de Beyrouth. Dès qu’il y a des destructions du patrimoine pour les remplacer souvent frauduleusement par des grands buildings, on peut aller sur l’application et le signaler. Puis tout le monde se retrouve devant et fait barrage avec son corps. Ou il y a Inès qui a refusé que le musée national soit fermé (pour plein de raisons  politiques et identitaires) et a décidé de rassembler des citoyens, de le rouvrir, de le faire visiter.
    C’est une génération assez créative pour inventer des nouveaux modes d’actions car le mode traditionnel de politique ne fonctionne pas dans ces endroits — et même chez nous. Ils ont besoin de ces nouveaux modes et c’est ça qui est particulièrement intéressant  : qu’est-ce qu’on invente comme alternative  ? C’est à la portée de n’importe qui ayant des idées, étant créatif, ayant envie d'agir.  »

    «  Une jeunesse qui doit oser pour exister  »

    Le flambeau plein de bonnes vibrations que font vivre Caroline Gillet et Aurélie Charon sur scène et dans leur livre est donc stimulant et entraînant. S’il fascine par sa richesse culturelle et citoyenne, il est aussi touchant dans la rencontre qu’il produit entre ces européens et le public. Dans tous les cas, c’est un flambeau vivant et crépitant que les deux journalistes finissent par passer  : de la jeunesse à la jeunesse.



    «  Je pense que toutes les générations et toutes les jeunesses doivent oser pour exister, explique Caroline Gillet. C’est le propre de la jeunesse d’imaginer que tout est possible. C’est donc bien dans notre société de faire de la place à cette fragilité-là et à ces initiatives pas toujours très ordonnées et abouties… mais en tout cas avec de l’impulsion.  »

    «  Mais c’est aussi un peu une responsabilité, ajoute Aurélie Charon. Tu ne peux pas que rester dans ton coin, sans être concerné parce qu’il se passe dans ton pays. C’est une responsabilité individuelle à son échelle de faire quelque chose, en tout cas de réfléchir au monde dans lequel on vit. Et notre idée était un peu de faire une place à cette génération.  »

    Ce propos qu’on ressent de manière étourdissante dans le projet est transmis à des classes de lycéens qui travaillent à chaque Radio Live avec elles. «  On échange avec des classes de milieux différents. C’est un âge où chacun doit décider quoi faire et chacun a l’impression que rien n’est possible et que, de toute façon, tout le monde sera au chômage. On leur dit qu’il y a aussi des choses possibles.  » Comme elles font ensuite avec le public, Aurélie et Caroline essayent de les secouer un peu, ou du moins de les forcer à s’interroger, à se poser des questions. «  C’est ça le début de l’engagement : est-ce que j’accepte tout  ? Qu’est-ce que je remets en cause  ? Les jeunes de Radio Live ne sont pas toujours des gens qui diraient qu’ils sont engagés (pas comme Georgio qui a formé un collectif ou d’autres qui ont créé des associations et des ONG). Là c’est notre travail à nous de les trouver et de leur dire que ce qu’ils ont à dire est important. Ce sont aussi souvent des gens qui ne se trouvent pas intéressants alors que c’est hyper important d’écouter ce qu’ils ont à dire. Dans leur quotidien, dans leurs choix de vie, ils sont engagés ou, en tout cas, ils sont dans un mouvement qui fait qu’ils font avancer les choses, qu’ils remettent en question ce qui existe.  » Pourtant, les jeunes ne comprennent pas toujours tout, ils peuvent parfois être durs avec les récits exposés. Mais finalement, «  ils captent la fragilité du truc, que c’est quelqu’un assez proche d’eux, ce n’est pas un acteur : c’est juste quelqu’un qu’est lui-même et qui te parle. Ça les ouvre, ça apporte un autre regard que l’école et les parents. On te parle différemment  : on n’est pas dans un reportage télé, dans la télé réalité, ni sur les réseaux… C’est un vrai mec, en face de toi, tu ne peux rien tweeter ou répondre. Il y a une certaine générosité et il y a un respect immédiat de ça et de cette fragilité. Et c’est ce dont on a tous besoin aujourd’hui et qui est de plus en plus rare  : de se parler, ou juste d’écouter un inconnu qui ne pense pas comme toi. »



    Là réside, au-delà de cette vibrante jeunesse, l’âme de Radio Live et du projet «  I like Europe  » qui donne à lire un autre monde, et ce de façon tolérante, juste, sensible. «  Il y a un niveau de tolérance et d’écoute en ce moment les uns envers les autres qui est en baisse. Donc c’est vrai qu’on avait envie de faire ce contre-pied à l’hystérie des débats, la tension, la non-écoute. On se dit juste que ça fera du bien de s’écouter tranquillement, notamment les 18 et 19 avril à Paris. On ne veut pas être d’accord sur tout, ce sont des points de vue différents, mais on veut juste s’écouter et rencontrer des gens qu’on n’aurait pas rencontré si on ne l’avait pas proposé.  »

    Les Radio Live et le livre I like Europe sont donc des OVNIs dans le paysage culturel français actuel. Ce sont des projets inédits, touchants et vivants qui proposent à voir autre chose, à vivre autre chose. Et avec humanité et une mise en scène ou une écriture brillantes, on se «  demande (enfin ?) concrètement comment on vit ensemble et réinvente des façons de cohabiter même si on ne se ressemble pas et on n’est pas toujours d’accord  ? comment ne pas tomber dans le repli  ? comment faire résonner ces expériences d’ailleurs  ? pourquoi il y a de plus en plus de frontières et symboliques et entre les gens et de méfiance et d’intolérance  ?  »

    Les prochaines dates Radio Live :

    • PARIS 18 et 19 avril, Maison des Métallos
    • MONTPELLIER 21 avril, CCN C Rizzo
    • TOULOUSE 28 avril, AFEV
    • CASABLANCA 5 mai, Institut Français
    • ATHÈNES 19 mai, Nuit de l'esthétique
    • LYON 25 mai, European Lab Forum, Nuits sonores


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    Voici l’Europe d’aujourd’hui, à travers les témoignages de dix jeunes de différents horizons. Un reportage documentaire novateur.
    À partir d’une dizaine de témoignages de jeunes Européens diffusés sur France Inter en 2014, Caroline Gillet et Amélie Fontaine dressent un portrait illustré, vivant et émouvant de l’Europe, loin de l’image bureaucratique de l’Union européenne. Au-delà des problèmes de la vie quotidienne, ces témoins abordent des questions qui, du sud au nord de l’Europe, touchent la plupart d’entre nous : le féminisme, l’amour, la sexualité, la politique… À la manière d’un roman graphique, les illustrations viennent enrichir le propos avec sagacité.

    En partenariat avec France Inter

    Éditions Actes Sud Junior
    72 pages
    14,50 €

    I like Europe, et toi ? | Interview avec Caroline Gillet et Aurélie Charon

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