Nouvel article !

  • Quatre livres qui ont été importants pour trouver la fierté d'être qui je suis : gay, homo, queer, PD.
    Quentin Zuttion / Appelez-moi Nathan (écrit par Catherine Castro, publié chez Payot)

    Pour le 11 octobre, journée du coming out, je voulais te parler des livres qui m’ont aidé à trouver le courage d’être moi entièrement. Puis, à en être fier.
    Parce que je suis gay, homo, queer, PD.
    J’écris cet article car le coming out est encore important aujourd'hui. Il n’y a que dans un monde idéal que « Ça ne change rien — ça ne change rien que tu sois hétéro ou homo. »
    Alors voici les livres qui ont été importants pour être moi. À toi, ils te permettront de passer un grand moment de littérature, de me comprendre peut-être. Voire, qui sait, de te comprendre toi et d’être fier à ton tour ?

    Un livre pour être visible

    Des personnages subtils comme ceux, touchants, de D'un trait de fusain de Cathy Ytak permettent de se retrouver quelque part, de se comprendre des fois, en tout cas de se reconnaître. En fait, la représentation de personnages de tous horizons, ici d’horizons LGBTQIA+, n'est ni un caprice, ni une lubie : c'est un besoin.
    Joos, Sami et les autres sont des jeunes adultes qui donnent de la force dans le sens où eux savent déjà en grande partie qui ils sont. Marie-Ange, elle, incarne avec justesse un parcours de jeune femme qui se (re)construit en s’affranchissant des modèles familiaux et en se battant pour ceux auxquels elle croit. Ce sont des personnages auxquels s’identifier avec émotion, de manière salvatrice même.
    Le thème central de ce roman, le sida et les débuts de l’épidémie dans les années 90, rappelle l’importance des luttes des associations comme Act-Up, particulièrement dans les milieux homosexuels et lesbiens, à travers le bouillonnement d’une jeunesse prête à tout pour se battre et vivre. C’est aussi un roman sur la sexualité qui traite de celle qui fait mourir, rappelant ainsi avec une émotion brute qu'elle est censée faire vivre, sans limite et sans honte.

    Un livre pour s'explorer

    16 nuances de premières fois est un projet éditorial mené par un beau duo de littérature jeunesse (Manu Causse et Séverine Vidal) qui réunit seize grand·es auteur·rices de littérature ados. Elles et ils ont écrit une nouvelle érotique, toutes dans des genres différents, sur le thème de la première fois ; pour la dire, la magnifier, en rire, la désacraliser... Le tout forme un recueil éclectique qui laisse à voir une (presque entière) multitude de sexualités et d'identités… et ne laisse pas indifférent !
    Une parmi toutes m’a particulièrement marqué : « Sans elle », de Gilles Abier. La simplicité tranquille de cette histoire en forme tout l'érotisme : une jeune fille, par fantasmes, organise une rencontre entre son copain et un autre garçon qu’elle sait attiré par lui. Grâce à elle, les peaux des deux garçons finissent par se rencontrer et s’électrifier. Quand les évènements la dépassent et qu’elle veut les arrêter, elle n’y arrive pas : sous ses yeux, les deux garçons sont en train de tomber amoureux.
    « Sans elle » est un récit d’une grande sensibilité entre érotisme et histoire d’amour. Il m’a bouleversé, dérangé à ma première lecture. Dérangé parce qu’il disait ce que je n’avais jamais lu ailleurs, à savoir quelque chose qui me ressemblait et que je n’osais alors m’avouer.
    Gilles Abier confirme ainsi l’importance d’une littérature ados impudique, érotique, impertinente, hors normes : chambouler un·e lecteur·rice, c’est lui donner l’occasion de se trouver. Et toute la finesse littéraire de l’auteur et de ses personnages, sincères, est là : ce n’est pas une leçon, il n’y a pas de morale, c’est simplement une histoire d’une grande justesse.

    Un livre pour se dire entièrement, entre désirs et violences

    J'ai trouvé dans la BD (incontournable) de Quentin Zuttion, Chromatopsie, la violence sublimée, que je n'avais trouvée nulle part ailleurs. Chromatopsie ne représente pas seulement (avec une narration redoutablement efficace) des personnages qui te ressemblent et te proposent d'être toi, c'est aussi un livre qui dit avec une grande justesse cette souffrance d'être enfin soi sans concession.
    Cette violence incarnée par son trait et ses textes nous est jetée en pleine face, inévitable et essentielle : c'est celle d'une lutte, celle qu'on entreprend contre soi-même parce qu’on nous apprend, consciemment ou non, à être quelqu’un d’autre.


    Quentin Zuttion montre aussi les désirs et aspirations, ceux qui nous poussent à aller plus près de nous encore. Ces courtes histoires, rendues vivantes par un trait fin, expressif et une émotion à sueur de peau, racontent ces transformations du corps et de l’être qui se déforment.


    Catherine Castro, l'autrice de Appelez-moi Nathan, une autre BD vivifiante de Quentin Zuttion, expliquait dans l'émission « Quotidien » du 2 octobre 2018 que cette histoire, celle d'un jeune homme né dans un corps de fille, traite principalement d'identité. Pour elle, les transitions que doivent entreprendre les transgenres ne sont pas dans la problématique du devenir mais bien dans la problématique d'être. Et je me retrouve dans ce qu’elle dit : les livres que je vous présente ne sont pas des livres qui nous aident à devenir qui l'on veut être, ce sont ceux qui nous aident à être qui l'on est.

    Franz Kafka avait écrit une très belle phrase dans une correspondance pour dire que la littérature doit être : « la hache pour la mer gelée en nous ». Marguerite Duras, elle, pensait que « c'est lorsque ce sera dans un livre que cela ne fera plus souffrir ». Et ces deux citations expliquent parfaitement ce que j'ai trouvé de bon dans cette sélection : enfin se retrouver quelque part. Et ce doux soulagement suit / précède une grande violence : celle quand on casse la mer gelée en nous. Après, il faut simplement apprendre à (se) reconstruire.



    Alors aujourd’hui, je suis sorti du placard : je suis gay, homo, queer, PD.
    Et c'est un peu grâce à ces livres. Ces livres sont de ceux qu'on veut entendre claquer au vent comme des drapeaux qu'on brandit sans honte.
    Et même : avec fierté.


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    1992. Mary, Monelle, Julien et Sami sont lycéens dans une école d’art. En cours de dessin, leur modèle préféré s’appelle Joos. Il est jeune, libre et beau. À l’âge des premières expériences amoureuses, l’épidémie de sida s’immisce brutalement dans leurs vies. La plupart des adultes se taisent et semblent ignorer la tragédie. Mary décide de briser le silence, d’affronter le regard de ses parents, de la société, et de s’engager.

    256 pages
    16 €
    Aux éditions Talents Hauts, collection Les Héroïques

    On se dit que la première fois ça va être
    GÉNIAL.
    Et puis en fait c'est juste
    CHELOU.
    Ça fait parfois peur.
    Et puis en fait c'est...
    Flippant, beau,OMG !!!, Hott !!!, Sublime.
    Sinon on peut toujours s'y reprendre à plusieurs fois.

    192 pages
    14,90 €
    Aux éditions Eyrolles

    Des corps en transition, qui se libèrent de ce qui les oppresse. Chaque personnage est en quête d'un renouveau, d'une identité, d'amour...Ils s'affirment ou s'enferment, consciemment ou non, pour s'accepter et vivre libres. Ils muent, au sens propre comme au figuré. Ils s'observent et s'analysent sous toutes les coutures, s'imposent et se dissèquent pour se comprendre et comprendre leur monde.

    240 pages
    24 €
    Aux éditions Lapin


    Nathan est né Lila, dans un corps de fille. Un corps qui ne lui a jamais convenu, il décide alors de corriger cette erreur génétique avec le soutien indéfectible de sa famille, ses amis, ses profs et, à seize ans, des injections de testostérone de 0,8 mg par mois. Quitte à devenir quelqu'un, autant que ce soit vous-même.

    144 pages
    16,50 €
    Aux éditions Payot, collection Graphic

    (Book) Coming Out Day | Des livres pour être soi

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  • 1e étape de ce tour du monde de l'édition jeunesse au Maroc à la découverte des éditions Yanbow Al Kitab !

    Cette année, je vous avais promis un voyage autour du monde avec Noémie. Elle a parcouru le globe depuis notre rencontre en début d’année sur le blogDe l’Inde au Canada en passant par la Nouvelle-Zélande, elle m’a envoyé, comme des cartes postales du bout du monde, des albums de toutes les maisons d’édition dans lesquelles elle a travaillé. Et il est temps de vous les partager à mon tour !
    La rentrée est, je crois, le moment parfait pour se lancer dans cette aventure dépaysante… Alors si vous êtes partant·es, enfilez vos babouches et mettez un peu de crème solaire : cette semaine, nous partons au Maroc pour une aventure familiale et féline…


    Les trois chats de Myriam sont inquiets… Depuis quelques mois, le ventre de Myriam gonfle sans cesse. Ils le sentent : quelque chose arrive. Quelque chose qui ressemble à un bébé… et un peu moins d’amour pour eux trois. Myriam continuera-t-elle toujours de les cajoler comme avant ?

    Cet album au thème classique (vu et relu en littérature jeunesse) a du mal à se distinguer par sa narration. Le ton est simple, voire didactique : on tire un peu le lecteur ou la lectrice par la main… Les personnages sont attachants mais peinent à rattraper l’histoire qui manque d’épaisseur, de contenu et de subversion. Rien de plus simple que des personnages chats pour attendrir ses lecteur·rices, non ?

    Cependant, Alya et les trois chats arrive à se distinguer parmi toute la production francophone justement par sa spécificité culturelle.


    Il faut savoir qu’il est toujours difficile pour un (petit) éditeur de produire des livres dans une langue parlée plus largement dans d’autres pays / continents que dans son propre pays. (J’en reparlerai à travers ma propre expérience dans la maison d’édition irlandaise Little Island qui est pour sa part en concurrence avec tout l’immense marché anglophone.)
    Pour un album comme celui-ci, sa spécificité de présenter la culture marocaine est donc à la fois
    • un inconvénient : il est plus difficile de vendre ce livre dans d’autres cultures car la mondialisation a souvent tendance à privilégier comme support d’identification pour les lecteur·rices des histoires et des personnages d’une culture occidentale / européenne / américaine ;
    • mais aussi un avantage : cela permet ainsi de distinguer le livre de la masse et d’entrer justement, à travers une histoire simple et universelle, dans une culture plus dépaysante pour un·e lecteur·rice francophone. (Qu’il vive en France métropolitaine, dans certains DOM-TOM ou au Canada par exemple.) Le schéma d’Alya et les trois chats est classique mais l’univers dans lequel il est construit ne l’est pas.
    Le Maroc entre donc à petits pas entre les pattes des trois chats, à travers les babouches qui bousculent leurs moustaches ou sur les fonds carrelés colorés des jardins marocains qui rappellent les patios des riads.


    Le trait, à la fois expressif et décoratif, donne vie aux personnages et à ce voyage au nord du continent africain.
    Pour travailler cet univers et s’imprégner du quotidien marocain, de l’architecture et des motifs du pays, Maya Fidawi a d’ailleurs été invitée à venir vivre quelques jours à Tanger par Amina Hachimi Alaoui, l’éditrice et autrice du livre. Les premiers croquis construisaient en effet des décors qui rappelaient plutôt le Liban — où l’illustratrice habite — que le Maroc.
    Celle-ci ose aussi des plans différents, et c’est notamment ce qui a séduit Noémie dans son travail : on peut passer d’une scène large aux décors riches à un plan extrêmement rapproché, au niveau des chats qui se frottent aux jambes de leur maîtresse.


    Cette plongée dans le cœur d’une famille marocaine nous permet d’ailleurs de nous interroger sur la place des femmes dans leur société. Dans cette histoire de maternité, aucun personnage masculin n’est représenté. Sami, le père, est nommé quand le départ pour la clinique s’impose, mais seules Myriam, future maman, et la grand-mère, qui n’est même pas nommée, apparaissent.
    Amina Hachimi Alaoui a ainsi veillé, dans le deuxième volume, à donner une vraie place à ce père qu’elle trouvait trop absent elle aussi rétrospectivement dans Alya et les trois chats.

    Cette plongée chaleureuse dans la culture marocaine vous convaincra donc peut-être de choisir — plutôt qu’un Petit Ours Brun ou un énième album sur la grossesse — Alya et les trois chats. Cet album se distingue malgré son thème classique avec avec un univers dépaysant qui n’enlève rien à l’universalité de l’histoire et séduit par ses couleurs aussi douces que ses chats.

    De quoi ravir les mirettes et faire voyager un peu avant notre prochaine escale ailleurs dans le monde...


    Pour ma part, je suis curieux de découvrir la suite des aventures d’Alya et des trois chats. Noémie m’a promis une suite encore meilleure, beaucoup plus axée sur la culture marocaine, et notamment sur la Fête du Mouton. Elle pose des problématiques moins universelles mais offre ainsi un album beaucoup plus riche, notamment culturellement.
    Mais Yanbow Al Kitab publiant d’abord ses livres en arabe avant de les éditer en français (du moins les albums qui parleront à un public francophone ou international), celui-ci n’est pas encore traduit.
    Heureusement que j'ai de quoi patienter : les cartes postales livresques de Noémie ne sont pas terminées !

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    Le ventre de Myriam gonfle... puis gonfle... comme un ballon !
    Minouche, Pacha et Amir se demandent avec inquiétude : « Nos habitudes vont-elles changer avec l'arrivée de bébé Alya ? »

    32 pages
    13 €
    Aux éditions Yanbow Al Kitab (distribuées en France)

    (Ci-contre, la version arabe d'Alya et les trois chats.)

    Tour du monde de l'édition jeunesse #1 : Le Maroc | Alya et les trois chats, de Amina Hachimi Alaoui et Maya Fidawi

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  • Le nouveau Beauvais : tragi-comédie moderne et grinçante entre un Tinder franglish et un opéra prodigieux.

    Acte I, scène 1. Dans un train Eurostar filant sous la Manche. Marguerite Fiorel, jeune prodige de l’opéra français, discute avec son professeur, Pierre Kamenev, intellectuel cultivé aussi protecteur que misanthrope.
    « ‘Vous faites votre malin, mais si jamais je tombais vraiment amoureuse de lui ? (…) Je veux dire,’ dit Marguerite, ‘tomber amoureux à force de faire semblant.’ »
    Et hop, dans ce prologue-dialogue d’une justesse confondante (comme tous ceux qui suivront) est placé tout ce qui fait la réussite de ce grand roman qui n’a rien à envier à l’art total qu’est l’opéra :
    • La peinture de cette force incontrôlable que sont les sentiments ;
    • La mise en scène — inégalable en faux-semblants — de nos vies (qu’on soit rosbeef ou froggies) ;
    • La modernité absolutly lovely et prodigieuse de la plume de Clémentine Beauvais.
    « C’est très compliqué, songea-t-elle tout en sortant du four un tas de petits chaussons au pesto et au poivron qu’elle avait elle-même confectionnés en regardant une vidéo Tasty qui donnait l’impression que la recette était à la fois facile et rapide, alors qu’elle avait été épouvantablement fastidieuse et salissante. »

     Pour découvrir mes chroniques des précédents livres de Clémentine Beauvais, suivez les couvertures  !

    À travers l’histoire de cette jeune soprano qui va croiser la route de la créatrice de la start-up top secret « Brexit Romance », Clémentine Beauvais met en scène à elle toute seule une intrigue aussi large que profonde. Dans les différents décors qui se succèdent avec fluidité, les personnages (nombreux mais tous épais) montent sans le savoir une pièce qui ressemble à la vie. Leurs dialogues vivants et incarnés comme leurs actions chorégraphiées peinent à cacher derrière les mises en scène des faux mariages (de Figaro ou du Brexit) leur petit théâtre personnel. Les masques et les apparences finissent par toutes tomber.
    Tout le monde en prend peu à peu pour son grade : l’autrice dépeint avec une acidité aussi drôle que déconcertante d’authenticité les luttes sociales de notre monde moderne mais aussi celles internes à chaque individu.
    Ce roman presque social donne tout son sens au lectorat « jeunes adultes » qui s’y reconnaîtra plus que n’importe quel autre public. Clémentine Beauvais offre — jusqu’à la fin (ô combien vivante et vibrante comme la jeunesse) — un miroir de notre monde en pleine mutation — uberrisation, startupisation, jeunisation, réseaux sociausisation
    Cette peinture sublime (au sens burkien du terme, nous rappelle Clémentine Beauvais dans Songe à la douceur : aussi effrayante qu’attirante) trouve son apogée dans une scène de club de lecture qui cristallise toute la finesse et tout l’humour grinçant du roman. Nos contradictions internes, les frottements inévitables entre les milieux sociaux, les luttes sociales (et féministes) et les bulles dans lesquelles on vit éclatent une à une, entre humour et drame, pour le meilleur et pour le pire.
    « Parce qu’il était français aussi et qu’on ne disait pas, en français, de choses qui ne fussent pas un tant soit peu conflictuelles, juste par amusement. »

    Avec mon amie Julie, on est prêt·es à utiliser Brexit Romance ! Faudrait juste que l'un·e de nous soit Anglais·e pour que ça marche vraiment...

    On retrouve aussi cette multiplicité dans son écriture : l’adéquation entre fonds et forme est parfaite. Là où nos personnages s’embourbent et se dépêtrent tant bien que mal dans leurs contradictions personnelles, Clémentine Beauvais s’épanouit dans cette écriture à plusieurs niveaux, riche (et brillante !) :
    • Elle mêle avec humour les langues (du français au franglish en passant par l’anglais) ;
    • Les registres littéraires se frottent naturellement les uns aux autres, de la comédie à la tragédie, sans manquer de provoquer les étincelles que sont l’ironie ou l’absurde (quel dénouement théâtral !, presque grotesque, qui traduit l’absurdité de notre société) ;
    • Clémentine Beauvais joue (ce n’est pas sans rappeler la narratrice de Songe à la douceur) avec les registres de langue — du soutenu littéraire aux hashtags et autres messages WhatsApp — qui font miroiter le mélange socio-culturel des personnages.
    « Au petit matin, on appela toute une colonie d’Uber et de taxis, et les uns et les autres montèrent dans ceux-ci ou ceux-là selon leurs inclinations idéologiques, pour se rendre à la Cour. »
    Cette verve percutante et pertinente, usant des codes numériques modernes et d’un rythme poétique qui fait respirer la narration, est un fil brillamment tendu entre humour et drame. Clémentine Beauvais semble le faire bouger du bout du doigt sans jamais se déséquilibrer, comme elle joue des clichés pour mieux les pointer, les questionner, les détourner et en rire.


    Les personnages, proches de ceux de grands romans (un lapin blanc n’est jamais bien loin), de poésies (à la Baudelaire ou la Fauve) ou de notre terrifiant réel (quelle audace grinçante de caster ces politiques !), sont aussi archétypaux qu’originaux. Leur justesse tient de cette dualité : ils ont beau chercher à l’éviter, chacun finit (comme nous tou·tes ?) par entrer dans une case. La tension entre eux tient alors dans le combat pour l’accepter ou s’en sortir.
    Leur diversité permet d’enrichir encore le roman qu’on ne relira jamais assez pour en trouver toutes les facettes, à l’image de la relation Marguerite-Kamenev, qui incarne toute la complexité du roman : du tutorat à l’amour en passant par la famille ou l’amitié, on ne sait jamais trop, comme eux (et avec bonheur), où en sont ces deux-là. Ils sont le nœud des intrigues sentimentales de cette pièce tragi-comique et ramènent sans cesse à cette interrogation aussi moderne et générationnelle qu’universelle : et si jamais on tombait vraiment amoureux·ses ?
    Peut-on faire indéfiniment comme si ?

    Cette question, comme le reste du roman, picote, chatouille et émeut de justesse et fait résonner Brexit Romance aussi longtemps qu’un « Je veux vivre » de Gounod, chanté avec sincérité.
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    Juillet 2017 : un an que « Brexit means Brexit » !

    Ce qui n’empêche pas la rêveuse Marguerite Fiorel, 17 ans, jeune soprano française, de venir à Londres par l’Eurostar, pour chanter dans
    Les Noces de Figaro ! À ses côtés, son cher professeur, Pierre Kamenev.

    Leur chemin croise celui d’un flamboyant lord anglais, Cosmo Carraway, et de l’électrique Justine Dodgson, créatrice d’une start-up secrète, BREXIT ROMANCE. Son but ? Organiser des mariages blancs entre Français et Anglais… pour leur faire obtenir le passeport européen.


    Mais pas facile d’arranger ce genre d’alliances sans se faire des noeuds au cerveau – et au coeur !

    456 pages
    17,00 €
    Aux éditions Sarbacane, collection Exprim'

    Et si jamais on tombait vraiment amoureux ? | Brexit Romance, de Clémentine Beauvais

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  • Trois livres révolutionnaires entre mai 68 et mai 2018 pour fêter la littérature jeunesse #BBenLivre2018

    En mai 2018, on a parlé sans cesse du cinquantenaire de mai 68 : on l’a célébré, on s’est remémoré ce mois de révolution et ceux qui ont précédé / suivi, on a revécu en souvenirs cette année libératrice, on a même recréé des AG (Assemblées Générales) voire des occupations.
    Mais dans les rues, à côté, en mai 2018, il y a eu d’autres AG, d’autres occupations. Peut-être moins fortes, peut-être moins mobilisées, peut-être avec moins de pavés mais avec autant de mots, de lacrymogènes et de doutes. Et ça, tout le monde l’oubliait, jusque au théâtre de l’Odéon à Paris duquel ont été virés avec des CRS les jeunes qui voulaient venir prendre la parole pour parler des luttes qui se tiennent aujourd’hui en dehors du théâtre dans lequel on recréait fictivement une occupation datant de 50 ans.
    Il y avait comme un non-sens, non ?
    Parce que quand sont venues, au milieu des archives et documentaires qui permettaient de se souvenirs et de mieux (re)comprendre ces évènements, les revendications — les nôtres — celles contre la loi ORE ou celles contre toutes les réformes gouvernementales, de la SNCF aux hôpitaux en passant par le statut des auteur·rices ; quand sont venues les grèves, les manifestations et tout le reste, je me suis demandé ce qu’il fallait faire de toutes ces commémorations.
    Se souvenir, d’accord, mais ensuite ?

    Et ce que j’ai aimé trouver, en littérature pour adolescent·es, c’est quelque chose de différent, loin du souvenir-soupir en manque d’une vieille révolution de cinquante ans. Ce que j’ai aimé trouver, ce sont des récits pour revivre mai 68 et attiser ce début de feu propre à la jeunesse.

    On peut donc passer outre l’aspect autobiographique du roman de Paule du Bouchet (que vous connaissez peut-être déjà pour ses romans historiques comme Chante, Luna) parce que le roman n’a pas tant à vocation à raconter qui était Paule du Bouchet (et donc à se raconter soi pour simplement se souvenir) qu’à témoigner d’une époque, dépeinte avec beaucoup de réalisme. Si vous lisez 68 année zéro, vous serez plongé·es au cœur des évènements qui font éclater les pavés du quartier latin. Vous vivrez avec une énergie enflammée et un enrichissement historique et politique précis le mois de mai qui a fait se soulever des millions de français.

    Trois filles en colère complète 68 année zéro en se concentrant sur les années qui ont précédé mai 68. Le processus politique, historique et sociétal qui a mené à cette révolution est dépeint de manière brillante et vivante à travers toutes les voix de ce récit épistolaire (peut-être parfois trop nombreuses pour que chacune trouve sa singularité) et à travers les quelques articles de journaux ou photographies d’archives reproduites dans le roman qui se veut comme un coffre qu’on rouvre après quelques années passées dans le noir.

    Le héros de Christian de Montella, quant à lui, permet encore un autre regard que ceux des parisiennes révolutionnaires des deux premières autrices ou des allemande et grecque d’Isabelle Pandazopoulos. Le roman ouvre au regard d’un personnage un peu pataud, engoncé dans son éducation parisienne un peu bourgeoise, qui va s’en sortir par la simple force de son amour pour une jeune révolutionnaire. Il incarne avec justesse une figure plus immobile, plus soumise aussi de cette jeunesse de mai 68 et donne à voir un regard différent.
    Si j’étais moins convaincu par les dialogues et la brieveté de Martin perché qui empêchait de développer entièrement la profondeur des personnages et leur regard sur le monde, sonnant parfois faux ou moralisateur, ce roman, comme les deux autres, nous fait ressentir les vibrations des grèves et des révoltes qui résonnent étrangement avec ce qu’il se passe aujourd’hui.

    Parce que finalement, la force de 68 année zéro, de Trois filles en colère ou de Martin perché est d’abord d’avoir des héro·ïnes incarné·es. Chacun de ces romans est un témoin de parcours initiatiques. À travers les regards des héros et héroïnes — à travers celui qui m’a le plus touché de la jeune Paule du Bouchet qui porte le récit avec sa voix habilement travaillée, si justement et honnêtement adolescente — ils dépeignent leur ouverture au monde et leur passage à l’âge adulte. Le ton est maîtrisé et, comme les révolutions de mai 68, l’écriture est généreuse et énergique.

    Ces trois livres, dont deux sont aussi intrinsèquement féministes, permettent ainsi de se plonger au cœur de mai 68, mais aussi et surtout au cœur des sentiments d’adultes en devenir. En ce sens ils résonnent particulièrement en littérature pour adolescent·es et à une époque où on brandit de nouveau le poing bien haut car ils s’adressent à une jeunesse qui veut vivre — vivre sans limites.
    Pour aller + loin : rencontre entre Isabelle Pandazopoulos et Paule du Bouchet sur Boîtamo !

    Cet article a été écrit dans le cadre de Booktube et la blogo en livre ! Cette chaîne d'articles et de vidéos de blogueur·ses célèbre du 11 juillet au 22 juillet la littérature jeunesse en même temps que la fête du livre jeunesse Partir en livre la célèbre dans toute la France !
    Nathan explique tout ça en vidéo... Et n'hésitez pas à suivre nos réseaux sociaux (@bbenlivre) pour participer au grand concours avec plus de 100 livres à gagner et ne pas manquer le live YouTube qui aura lieu dimanche 22 juillet 2018 !

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    En ce début de 1968, Maud a seize ans, et elle est loin de se douter que sa nouvelle vie a commencé. À la fin de l'année scolaire, le bac l'attend. Si tout va bien. Mais dans les rues, la soif de changement est là. La colère des étudiants explose. Alors que le Quartier latin est à feu et à sang, que les barricades se montent sous les fenêtres, la jeune fille écoute les Beatles, voudrait se coiffer comme la chanteuse Sylvie Vartan, fantasme sur la photo d'un certain Dany le Rouge et rêve de descendre dans la rue...
    Paule Du Bouchet se souvient de "son " mai 68. Un récit autobiographique qui mêle l'intime aux événements et restitue délicieusement le parfum d'une époque et son cri de révolte.

    208 pages
    9,90 €
    Aux éditions Gallimard Jeunesse, collection Scripto

    1966, un vent de révolte commence à souffler sur le monde.
    À Paris, Suzanne l'insoumise étouffe dans une famille bourgeoise qui n'attend que de la voir bien mariée. À Berlin-Ouest, la timide Magda espère éperdument retrouver sa famille qui vit de l'autre côté du mur, à l'Est. Au même moment, dans une Grèce écrasée par la dictature, la farouche Cléomèna tente de gagner sa vie en faisant la servante alors qu'elle rêve d'université et de lecture sans fin. Dans cette Europe meurtrie, elles ont un rêve commun : tracer leur chemin, découvrir l'amour et devenir des femmes libres.

    Un roman qui s'ouvre comme une valise pleine de secrets : des photos d'archives, des cartes, les notes d'un journal intime... et des lettres. Celles que s'envoient, par-delà les frontières, trois jeunes femmes emportées par la tourmente de Mai 68. On vibre, on aime, on désobéit avec elles, comme si on y était.
    Cinquante ans après Mai 1968, le roman fait revivre la montée des événements en France, en Allemagne et en Grèce de 1966 à fin 1968.

    336 pages
    13,50 €
    Aux éditions Gallimard Jeunesse, collection Scripto

    Hier, mon père est rentré de son cabinet à l'heure du dîner, a rassemblé toute la famille dans son bureau et nous a annoncé, funèbre, que Paris était " à feu et à sang ". Des échauffourées entre étudiants et CRS avaient lieu dans le Quartier Latin. Un après-midi, j'étais monté jusqu'à la rue Soufflot et à la rue Gay-Lussac. Où avais-je le plus de chance de tomber sur elle, sinon là, au coeur des événements...

    96 pages
    11,50 €
    Aux éditions l'école des loisirs, collection Médium +


    De mai 68 à mai 2018 : une littérature pour passer le flambeau ? | Booktube et la blogo en livre 2018

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  • Une réponse à une question épineuse pour les 8 ans du blog ! Joyeux anniversaire La Voix du Livre !

    Quand je présente mes études et mon travail dans une maison d’édition de littérature pour la jeunesse et les adolescent·es, très souvent on me pose cette question :

    Mais pourquoi tu travailles en littérature jeunesse ?

    Je suis toujours ravi d’y répondre parce qu’elle me permet de déblatérer une minute/heure/journée/vie sur tout ce qu’on manque à ne pas lire de la littérature jeunesse, MAIS (il n’y aurait pas d’article sans un mais) :

    1) Si j’avais dit que je travaillais pour une maison d’édition de littérature, on ne m’aurait pas posé cette question.
    En fait c’est un peu comme un coming out, tu le feras jamais si tu es hétéro. Je crois que les professionnel·les de l’édition jeunesse sont les LGBT+ de la littérature.


    2) Cette question montre que la littérature jeunesse est encore une littéraire « minoritaire », secondaire, à laquelle il ne va pas de soi de s’y intéresser en tant qu’adulte.
    Pourtant la littérature jeunesse est bien une littérature qui a toute sa valeur et qui mérite qu’on s’y intéresse et donc qu’on y travaille sans avoir plus à se justifier.
    Il n’y a pas forcément besoin d’être :
    - Parent
    - Enfant
    - Enseignant·e
    pour y trouver un intérêt.

    Alors pour avoir un article à brandir quand on me posera désormais cette question — pourquoi tu travailles en littérature jeunesse ? —, je vous propose de répondre à cette épineuse question en trois livres !

    (Et ça me permet au passage de souffler les 8 bougies pour l’anniversaire de mon blog ! Happy Birthday La Voix du Livre !)

    Parce qu’elle est riche

    (Cet article est intitulé « Pourquoi je travaille en littérature jeunesse », alors je m’autorise à parler de manière non-objective [est-on jamais objectif ?] d’un livre sur lequel j’ai eu la chance de travailler et que j’aime d’amour… Et que vous aimerez aussi d’amour, promis !)

    Le Renard et la Couronne est le dernier roman de Yann Fastier, un auteur que je ne connaissais pas avant de l’éditer mais qui a pourtant à son actif une grande bibliographie et beaucoup de cartes à son jeu (il est aussi bibliothécaire, éditeur et blogueur — allez lire ses chroniques aussi acides qu’élogieuses sur la littérature jeunesse dans lesquelles il ose s’exprimer sans fards et avec une élégance irrésistible !)

    Cet ovni littéraire qui n’a rien à envier aux plus grand·es auteur·rices de romans populaires dont il se revendique (de Michel Zevaco à Madeleine Brent en tête de file) a tout de ce genre de roman inclassable qu’on a envie de conseiller à tou·tes :

    • Il vous plaira si vous aimez l’aventure, les péripéties, les récits qui font voyager autant que grandir.
    • Il vous plaira si vous aimez les récits initiatiques : dans celui-ci, Ana, jeune orpheline de dix ans sera enfant des rues tire-laine, érudite française, prisonnière évadée ou encore révolutionnaire (Katniss Everdeen peut se faire toute petite) et évoluera avec une justesse aussi déroutante que stimulante.
    • Il vous plaira si vous aimez les histoires d’amour, celles qui sortent des sentiers battus, celles qui bousculent, chavirent le corps et le cœur !
    • Enfin, il vous plaira si vous aimez les phrases qui trouvent toutes leurs places comme des rouages dans un mécanisme minutieux, le rythme poétique qui sert celui narratif, le mot juste, le style. Au même titre que son intrigue, Yann Fastier se saisit des codes dont il se revendique pour mieux les détourner : l’écriture a toute l’élégance et le rythme d’un roman populaire mais aussi tout l’humour et toute la profondeur qui le distinguent. La richesse de sa verve fait de ce roman non pas seulement un plaisir de lecture mais un vrai plaisir de littérature.
    Alors, qui a dit que la littérature jeunesse n’était pas de la vraie littérature ?

    Par ailleurs, si Le Renard et la Couronne est l’exemple parfait de la richesse intrinsèque d’un livre de littérature jeunesse, il suffit de regarder les rayons des albums, documentaires, livres animés ou romans pour comprendre que l’ensemble même de cette littérature est d’une richesse infinie (je pèse mes mots, il y en a pour TOUT LE MONDE).

    Atlas, pop-up, roman en vers, théâtre, BD, conte musical…

    Parce qu’on s’y reconnaît

    Marie-Aude Murail (MAM pour les intimes de la littérature jeunesse) est l’une des autrices qui réussit le mieux, avec une intrigue tout ce qu’il y a de plus romanesque ET un grand naturel, à dire l’enfance et l’adolescence.

    Prenons Oh boy !, un des plus grands succès de cette autrice… et pour cause ! Derrière une intrigue ciselée avec adresse, grand roman familial, véritable turn pages écrit aussi finement que les dialogues sonnent justes, se cache surtout une fresque de personnages irrésistibles. Un peu à côté, heurtés et malmenés par la vie, ils finissent tous par y arriver, par s’assumer et trouver comment vivre. Beaucoup se différencient par leurs particularités qui les rendent aussi singuliers qu’humains : la maladie, l’interrogation sur son identité de genre, l’homosexualité… Toutes ces personnalités donnent en plus d’une grande richesse à l’histoire et à ses protagonistes, un miroir aux lecteurs et lectrices, une main tendue, un·e ami·e avec qui ne plus se sentir seul·e. Parce que quoi de mieux qu’un personnage en qui se reconnaître pour se dire qu’on peut être gay, fille ou garçon, frère ou sœur juste en le choisissant ?
    (Par ailleurs, cette façon d’être au monde, heureuse mais non pas sans conflits, est ce qui caractérise pour moi en partie la littérature jeunesse et pour adolescent·es : il reste, malgré la noirceur et les horreurs que peut montrer cette littérature, une porte ouverte, une fenêtre qui laisse entrer la lumière.)

    Je vous vous venir ! Vous allez me dire : mais t’es pas un ado toi, pourquoi tu te reconnais dans Oh boy ! ?

    1) Et alors, on n’a pas forcément besoin de se reconnaître dans un livre pour l’apprécier... si ? On peut apprécier Oh boy ! ou tout autre livre (même de littérature générale) sans s’y reconnaître.
    La littérature pour les enfants et les adolescent·es a ça de vertueux qu’elle leur parle d’abord à eux, en se mettant à leur hauteur (et ça ne veut pas forcément dire en se baissant vers elles et eux, au contraire). Elle trace les parcours sensibles de personnages aussi épais et complexes que leurs lecteur·rices.

    2) (Je crois que je suis toujours un peu ado sur les bords.)

    3) N'a-t-on pas tous une part d’adolescence en nous ?
    Pour ce qui est de la littérature pour adolescent·es, Clémentine Beauvais explique donc dans l’interview que Camille et moi avons faite d’elle pour Boîtamo que c’est une littérature qui parle principalement et d'abord aux adolescent·es parce que c'est une littérature de l’intensité. « À tout âge les lecteurs et lectrices vont donc se reconnaître dans ces moments d’intensité si passionnés propres à l’adolescence qu’ils ne trouvent pas en littérature “vieillesse” [...] C’est une littérature qui parle beaucoup de nouveauté [et qui] est donc dans sa grande majorité empreinte de sens pour des gens qui traversent des époques où, physiologiquement et dans leurs expériences, il y a des changements et des nouveautés majeurs. »

    Donc la littérature jeunesse est une vraie littérature, oui, mais pas parce qu’elle peut être lue par tou·tes, non, une vraie littérature de valeur en soi. Les meilleurs livres de littérature pour la jeunesse ou les adolescent·es s’adressent d’abord à leur public. Prenez Harry Potter à l’école des sorciers, c’est aujourd’hui un classique parce qu’il était d’abord un coup de maître en littérature pour les enfants : un univers extrêmement riche, aussi large à explorer qu’il y a de lecteurs et lectrices, des personnages crédibles et attachants, une intrigue passionnante, le tout porté par une plume fine et surtout drôle.

    Parce qu’elle est innovante

    Mais la littérature jeunesse (consciente de sa propre histoire mais aussi de celle plus large de la littérature) sait aussi et surtout se renouveler sans cesse, se questionner. Sa plus grande richesse est donc dans le vent de liberté qui souffle à chaque nouveau (bon) livre.

    Le dernier album de Delphine Perret est de ceux-là : à travers l’histoire d’un cow-boy pas comme les autres (« Je l’ai remplacé par un singe, parce qu’on m’a dit qu’un cow-boy ça faisait trop peur avec ses dents cariées et son air mauvais. »), l’autrice-illustratrice change du registre tendre des recueils d’histoires de Björn pour proposer une histoire aventureuse et aussi passionnante qu’un vieux western en noir et blanc ! Ha, sauf que « son pistolet a été remplacé par une banane parce qu’un pistolet c’est trop dangereux », et…

    La liste continue, sans cesse, accumulant tout ce qu’on ne peut pas montrer pour ne pas choquer ou pour toute autre raison qui risquerait de faire sortir le livres des rails du politiquement correct. Cet album est une véritable pépite d'humour absurde, un jeu habile et fin entre texte et images... Mais pas trop dangereux et avec les moyens du bord. Le rapport du·e la lecteur·rice à l’auteur·rice est ainsi perturbé par les incursions hilarantes de l’autrice qui avoue ne pas savoir dessiner de cheval ou avoir peur de la censure.
    Cette intertextualité entre cet album et d’autres mais plus encore entre cet album et son contexte (sa réception, son lectorat, etc.) interroge le rapport au livre avec un délice insoupçonné et ose jouer avec l’intelligence du·de la jeune lecteur·rice.

    Et c’est là, encore une fois, que se joue toute la subtilité et la richesse de cette littérature : les meilleurs livres de littérature jeunesse (et qui, par conséquent, peuvent parler aux adultes) sont ceux qui ne prennent jamais leurs lecteur·rices pour des idiot·es et les respectent autant (si ce n’est plus) que des adultes. N’est-ce pas le politiquement correct des adultes que Delphine Perret tourne ici en dérision avec brio ?
    Comme le dit Timothée de Fombelle, quand on enlève la mention « jeunesse » d’un livre jeunesse (comme quand on édite Vango ou La Passe-Miroir en Folio), ce n’est pas parce qu’il a atteint la respectabilité de la littérature adultes, c’est surtout pour que le·a lecteur·rice adulte n’ait pas peur de le lire.



    Pénélope Bagieu © Rudy Walks
    « Alors, ce n’est même pas de l’intimidation que je ressens à l’idée de faire un livre pour enfants, j’en suis pétrifiée ! C’est vraiment au-dessus de mes forces, j’ai tellement de respect pour le genre… J’ai l’impression qu’on ne peut absolument pas berner un lecteur enfant, que le niveau de dessin est toujours au-dessus de tout. (…) J’ai eu mille idées, mais elles ne survivent jamais le crash test de rester dans ma tête plus d’un mois. Je me dis : “Non, c’est de la merde !” Je suis persuadée que les enfants liraient deux pages et me jetteraient le livre au visage en disant : “Tu te moques vraiment de nous ? C’est nul !” Et du coup je n’en fais rien. (…) Pour plein de gens qui n’y connaissent rien ça paraît super simple, justement parce que ça s’adresse à des enfants. Mais on ne se rend pas compte ! C’est le plus dur de tout ! Il n’y a rien de pire que les livres pour enfants qui les prennent pour des débiles. »


    Et toi, alors, pourquoi tu travailles / lis / partages / aimes la littérature pour la jeunesse ?

    PS : il y a un petit concours sur Facebook ou Instagram pour gagner l'un des trois livres cités !
     ____________________

    Dalmatie, fin du XIXe siècle. Ana a dix ans lorsqu’elle est jetée sur la route suite à la mort de sa grand-mère, sa seule famille. Elle rejoint Spalato, la ville la plus proche, où elle intègre une bande d’enfants des rues menée par la fascinante et mystérieuse Dunja. Sans le sou et affamés, les enfants vont vivre le plus froid des hivers, mais Ana ne perdra rien de sa détermination à vivre.
    Des tensions et des rivalités au sein du groupe poussent Ana au départ et ses pas croisent alors ceux de M. Roland, un naturaliste français qui se prend d’affection pour elle. Ana accepte sans hésiter la proposition qu’il lui fait de venir vivre et étudier avec lui, en France.
    C’est dix ans plus tard, au cœur d’une paisible campagne, que Dunja retrouve Ana pour lui révéler un secret qui transformera sa vie en une aventure qu’elle n’aurait jamais soupçonnée.

    544 pages
    16 €
    Aux éditions Talents Hauts

    Ils sont frère et soeurs. Depuis quelques heures, ils sont orphelins. Ils ont juré qu'on ne les séparerait pas. Il y a Siméon Morlevent, 14 ans. Maigrichon. Yeux marron. Signe particulier: surdoué, prépare actuellement son bac. Morgane Morlevent, 8 ans. Yeux marron. Oreilles très décollées. Première de sa classe, très proche de son frère. Signe particulier: les adultes oublient tout le temps qu'elle existe. Venise Morlevent, 5 ans. Yeux bleus, cheveux blonds, ravissante. La petite fille que tout le monde rêve d'avoir. Signe particulier: fait vivre des histoires d'amour torrides à ses Barbie. Ils n'ont aucune envie de confier leur sort à la première assistante sociale venue. Leur objectif est de quitter le foyer où on les a placés et de se trouver une famille. À cette heure, deux personnes pourraient vouloir les adopter. Pour de bonnes raisons. Mais aussi pour de mauvaises. L'une n'est pas très sympathique, l'autre est irresponsable, et... Ah, oui! ces deux personnes se détestent.

    208 pages
    6,80 €
    Aux éditions l'école des loisirs, collection Médium Poche

    C’est l’histoire d’un cow-boy. Je l’ai remplacé par un singe, parce qu’on m’a dit qu’un cow-boy ça faisait trop peur avec ses dents cariées et son air mauvais. Son pistolet a été remplacé par une banane parce qu’un pistolet c’est trop dangereux.
    Ainsi commence cette super histoire de cow-boy : page de gauche, le texte, en grandes lettres capitales, raconte les frasques d’un cow-boy pas très commode, qui mange des bébés lapins, dit des gros mots et cambriole des banques. Mais comment illustrer ces scènes d’une violence inouie… ? Delphine Perret corrige donc le texte sur la page de droite, donnant ainsi vie à un singe qui se brosse les dents et fait des séances d’aérobics. Un rapport texte-image absolument hilarant pour ce petit livre détonant, qui tourne en dérision le politiquement correct. Les deux histoires qui se font face donnent lieu à des situations complètement absurdes dont les lecteurs, petits et grands, pourront se délecter.

    32 pages
    11,90 €
    Aux éditions Les fourmis rouges

    Pourquoi tu travailles en littérature jeunesse ? | Réponse en trois livres

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