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  • Ma deuxième chronique radio sur France Info sur le magnifique roman Comme un feu furieux de Marie Chartes.
    J'ai pu participer, grâce au Labo des histoires Paris (dont je vous reparlerai), à l'émission des Enfants des livres, animée par le journaliste Emmanuel Davidenkoff. Cette émission invite des jeunes laborantins à venir présenter un de leurs coups de cœur à la radio dans une courte chronique d'environ deux minutes et quinze secondes. Ma chronique est passée à 9 h 27, 14 h 55 et 20 h 25 le 19 juin !
    J'y parle du très touchant roman de Marie Chartres, Comme un feu furieux, à la fois extrêmement intime et tout à fait universel. Ma chronique écrite est ici.
    N'hésitez pas à écouter la chronique radio (ICI) et à suivre l'émission des Enfants des livres qui est vraiment très chouette. C'est aujourd'hui l'une des seules qui parle uniquement de littérature jeunesse, et même si elle est très courte, on a l'occasion d'entendre des jeunes parler littérature et, ça, c'est bien ! >>>

    MA CHRONIQUE RADIO

    Chronique Radio | Comme un feu furieux, Marie Chartres

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  • Un roman très bien écrit, moderne et addictif qui parle avec justesse de l'importance du regard de l'autre.
    Miss Dumplin est un gros roman qui traite avec une grande finesse du thème de la rotondité (hé oui). Willowdean et son histoire (surtout son histoire) réussissent à surprendre là où on croit qu’elles vont échouer. On a souvent peur de ces romans de réalisme contemporain un peu faciles (et souvent américains) qui se tentent au traitement d’un sujet dit « difficile » à l’aide une histoire tendre et caustique à la fois (à la John Green en fait). Et… c’est tendre et caustique. Mais même si on s’y attendait un peu, ça surprend. De manière absurde, on est surpris parce qu’on s’attendait à ne pas l’être, mais aussi – et surtout – on est surpris par la finesse du roman. Et j’utilise ce mot en dehors du jeu de mot : le roman est réellement empreint de ce caractère de finesse, c’est à dire extrêmement intelligent et jamais facile qui permet à l’auteure d’aborder cette histoire.

    Note : Miss Dumplin se nomme en français « Miss Boulette ». En effet, dumplin signifie en français boulette, mais par un souci, me semble-t-il, d’un titre peut-être plus auditivement agréable (et pour rester dans la tendance du titre anglais), les éditeurs français n’ont pas osé appeler ce roman « Miss Boulette ». Il aurait pourtant tant gagné à se nommer ainsi. Certes, on aurait pu y voir peut-être – seulement peut-être – plus de maladresses que de kilos, une miss catastrophe plutôt qu’une miss grosse. Néanmoins ces deux mots auraient pu résumer avec superbe et à eux seuls (seulement deux mots ! moins que « s’il te plaît » ou « je t’aime ») le roman. L’élégance de la miss mise à côté du côté dérangeant et maladroit (finalement) mal taillé de la grosse. Un très bel antonyme selon notre société actuelle qui tique et pique, antonyme que cherchent finalement Willow et ses amies dans le livre.

    Vous avez remarqué ? J’ai appelé Willowdean alias Boulette « Willow ». Parce que Willowdean, étrangement, c’est pour les intimes. Les intimes comme Bo. Bo, c’est le beau gosse attentionné qui travaille au fast-food avec Willow. Et très vite, le beau Bo (hé oui bis, miss) se rapproche de Willow. Ils s’embrassent, et alors qu’il s’apprête à toucher ses hanches, voire ses seins, Willow prend peur, se braque, est gênée. Elle n’arrive pas à se faire à l’idée qu’il touche ses bourrelets, elle se sent soudain vraiment… grosse.

    C’est dans tout ce moment que réside la grande question du roman qui m’a personnellement vraiment interrogé. Est-ce que c’est vraiment ce qu’on ressent ? Est-ce que, si tu es grosse, moche, petit, grand ou boiteux, tu ne peux pas aimer une personne mince, belle, grande, petite, ou pas boiteuse ? Ou plutôt, te montrer aux autres à ses côtés ?

    En effet, Willow a une assurance certaine, elle se sent heureuse dans ce corps un peu disproportionné. Elle a ce ton direct et en même temps un peu décalé qui lui sied à merveille et qui nous donne cette impression fugace et délicieuse qu’on est aussi à notre place. Là où on est avec ce qu’on est. En fait, ce ton direct coule de source. La narration en devient très fluide mais toujours subtile. L’héroïne raconte avec une voix simple et moderne, mais jamais simpliste : elle va toujours dans le détail. Elle dit toujours la particularité d’un personnage ou le détail d’une émotion. C’est pour ça que ça touche, parce qu’on est près, vraiment près. Immergés avec délice.

    Ainsi, cette assurance à la Willow(dean) est remise en question à partir du moment où elle se confronte, sans s’y attendre, au fait d’être et de se montrer en couple. La très forte et impressionnante Willow tombe, s’effrite : elle passe de la force à la faiblesse. Si le schéma est classique, il en est intéressant, parce que le roman interroge alors vraiment sur le regard de l’autre. Comment on peut rester soi malgré la société ? Peut-on s’accepter quand les autres ne t’acceptent pas forcément ?

    Et au fur et à mesure que Willow s’effrite, il ne reste plus qu’une solution : faire ce que personne n’attend d’elle, voire ce que tout le monde ne veut pas qu’elle fasse. Cet antonyme dont je parlais, Willow, avec ses amies soi-disant brinquebalantes aussi (grosses, boiteuses, dentues), va le mettre au grand jour en s’inscrivant au concours de beauté de sa ville, présidé depuis des années par sa mère, créature filiforme épatante et adulée pendant quelques semaines tous les ans.

    Néanmoins, Willow déçoit un peu. Si c'est intéressant qu'elle se fendille du fait du regard de l'autre, c'est beaucoup plus dérangeant que ce soit face à un regard éminemment masculin, quasi caricature du beau jeune homme américain tout à fait gentil (mais pas sexiste pour un sou, avec une vraie épaisseur, ce qui nuance et rattrape la perfection fade des bases de sa construction). Ce dévouement au regard de lui donne une autre ambiance au roman qui devient parfois un discours quotidien de problèmes sentimentaux où elle vit pour et par le garçon. Et elle agace, Willow, avec ses problèmes dont elle se plaint sans jamais bouger sonagir, alors qu’elle échappait aux clichés avec finesse, elle s’émancipait des autres et des diktats de la société. Mais si Boulette agace (vraiment), on se demande néanmoins si notre réaction en tant que lecteur est légitime. Comment se mettre dans la peau de ce personnage ? Comment comprendre sa réaction ? Mais n’est-ce pas elle qui, au lieu de se morfondre, devrait passer outre le regard des autres ? En tant que lecteur, Willow nous prend donc entre deux feux : l’interrogation profonde sur le regard de l’autre et le fait d’être gros dans notre société, face à cette irritation liée au fait de voir un personnage si fort et sûr de lui-même prendre des décisions tant immatures.

    Il y a un personnage, néanmoins, qui, toujours fidèle à lui-même, échappe aux clichés, aux diktats, et peut se vanter de rester soi. Le personnage de Mitch, (petit) ami de Willow, est un vrai beau personnage comme on en croise rarement en littérature. Il est juste, amical, parfois un peu maladroit et brusque, parfois un peu collant, mais toujours simple, tendre et fidèle à ce qu’il croit. Et il a le mérite de pouvoir afficher sa liberté d’être en se battant contre les stéréotypes du genre masculin qu’il dénonce pour notre plus grand plaisir.

    Avec lui comme avec d’autres personnages, de vraies relations se tissent. Nous parlions de finesse et c’est aussi ici qu’elle se loge, dans les fils tendus entre les différents personnages qui se confrontent les uns aux regards des autres. Et même les caricatures et discours sentimentaux dérangeants servent ici au récit avec habilité.

    Finalement, ce livre révèle avec talent la difficulté qu’on peut avoir à s’autoriser de vivre comme on l’entend ou le voudrait face au regard de l’autre. Le roman le fait parfois maladroitement ou tombe dans des tares narratives à bannir de la littérature (à bas la plainte sentimentale et le regard dictateur du masculin !) mais il a aussi cette force pleine de finesse (on est plus à une répétition près) qui donne envie d’y retourner. Avec ses personnages attachants et son intrigue très intelligente (l’enjeu est dans le concours de beauté qui ordonne tout le roman sans qu’il ne soit vraiment joué) Miss Dumplin est un vrai grand roman… ambitieux et réussi.

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    Willowdean est ronde, et alors ? Pas besoin d’être super slim pour s’assumer. Jusqu’au jour où elle rencontre Bo, qui porte un peu trop bien son nom, et ne tarde pas à lui voler un baiser. Mais peut-il vraiment l’aimer ? On lui a tellement dit que les filles comme elle ne sont que des seconds rôles.
    Un seul moyen de retrouver confiance en elle : faire la chose la plus inimaginable qui soit… s’inscrire au concours de beauté local présidé par sa propre mère, ex-miss au corps filiforme. Entraînant dans son sillage tout un groupe de candidates hors normes, Will va prouver au monde, et surtout à elle-même, qu’elle aussi a sa place sous les projecteurs.


    Éditions Michel Lafon
    378 pages
    15€95

    Miss Dumplin, Julie Murphy | Un grand roman tout en finesse

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  • 3 albums beaux et intelligents pour vivre mieux ensemble : à deux, à plusieurs, en amitié, en société...
    Aujourd’hui, la question du vivre-ensemble est sur toutes les lèvres. Dans une société sans cesse remise en question, que ce soit en politique, dans le social, dans nos rapports de tous les jours, ou avec les attentats qui ont récemment remué le monde, on s’interroge sur notre (in)capacité à fonder quelque chose ensemble. Peu à peu, cette question perce donc de plus en plus dans les catalogues des éditeurs. En documentaires, par exemple, les éditions Nathan ont publié un « Questions / Réponses » en avril 2016 sur ce thème tandis que Milan en publiera un en août.
    Je vous propose 3 albums pour mieux vivre ensemble qui m’ont touché, séduit, fait rire et qui, j’en suis presque sûr, vous plairont aussi !

    Bleue & Bertille est un album attachant et acidulé qui raconte la rencontre de deux girafes. Celles-ci ne sont pas nées avec la même couleur de poil et ne vivent pas de la même façon… Alors quand Bertille, girafe jaune habituée à sa routine incessante, rencontre Bleue, girafe bleue – vous l’aurez deviné – un peu plus libérée des habitudes, c’est la confusion… mais il y a aussi un peu d’amour dans l’air.
    Cet album aux couleurs pétillantes et aux dessins foisonnants a une belle force narrative. Les deux girafes, en plus d’être loin des clichés et bien incarnées, gagnent un peu en épaisseur à chaque page et s’entraînent mutuellement dans une séduisante balade qui les rend plus réelles et attachantes. Cette balade à travers la jungle leur permettra à la fois de découvrir d’autres façons de voir le monde et à la fois de se connaître mutuellement. Très bel album sur la tolérance et la différence, Bleue & Bertille apprend à vivre à deux ou à plusieurs… avec le sourire.

    Le Putois qui m’aimait est une fable absurde qui raconte l’histoire d’un homme qui, un beau jour, sans rien demander, commence à être suivi par un drôle de putois. Notre héros au nœud papillon rouge pétant essaie de le semer… en vain. Il use de tous les stratagèmes pour le perdre mais le putois, avec sa démarche délicieusement nonchalante, est toujours là. De fil en aiguille, à force d’essayer, notre bonhomme y arrive enfin. Mais il y a tout d’un coup comme un vide dans sa vie. Alors pour le remplir, il retrouve son putois préféré et se met à le suivre… au cas-où celui-ci s’amuserait à recommencer sa filature nonchalante.
    Avec ses personnages uniques et ô combien comiques, entre ce héros apeuré et ce putois léthargique et attachant, on rit à chaque page. Empruntant les codes burlesques du cartoon et du dessin-animé, les auteurs réussissent à merveille leur album : ça donne une histoire d’amitié absurde et touchante, qui fait rire et touche en même temps.

    S’unir c’est se mélanger ! Derrière ce titre un peu facile, se cache son sous-titre Une histoire de poules. Et là résonne toute la dimension dramatico-pathétique de l’album. Le titre ô combien sérieux (ne vous y arrêtez pas) est cassé par les caquètements drôles et épuisants des poules qui se chamaillent. Chez les poules blanches, l’agitation est à son comble le matin où Marcel, le coq blanc, est déclaré disparu. Les poules marrons et noire vont s’allier aux poules blanches pour le retrouver. Mais ce n’est pas si facile qu’on le croit, d’allier trois communautés différentes dans un même but.
    Avec leurs personnages délirants, les auteurs racontent la difficulté de s’unir quand on est différent et la difficile lutte des droits des uns et des autres. Les poules abordent donc tour à tour les questions de couleur de plumes, de représentation des genres, des différentes cultures… Toutes les revendications de tolérance et de mixité (ou presque) y passent sous le regard aiguisé mais aussi divinement loufoque des poules. Plus encore, l’album traite avec grand humour de la politique et de ce blabla inutile qui n’agit pas et n’aboutit qu’à une stagnation impuissante des troupes. Et les poules finiront finalement par agir… pour rien. Les auteurs parodient ainsi de manière très intelligente notre société actuelle avec drôlerie et extravagance.

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    Bertille est une belle girafe jaune. Elle répète chaque jour inlassablement les mêmes gestes. Elle adore sa petite routine. Jusqu’au jour où elle rencontre une girafe qui lui ressemble comme deux gouttes d’eau, sauf qu’elle est… BLEUE. Une très belle histoire sur la différence sublimée par les illustrations de Kristyna Litten.

    Éditions Little Urban
    32 pages
    10€50


    Un homme découvre un putois devant sa porte. Il n’est tout d’abord pas effrayé par l’animal, avant de découvrir que celui-ci est décidé à le suivre. Malgré ses tentatives pour lui échapper, l’homme ne parvient pas à distancer la bête. Taxi, opéra, cimetière, carnaval… rien n’y fait. Ce n’est qu’au bout de plusieurs tentatives qu’il parvient à le semer. Il achète une nouvelle maison et commence une vie nouvelle. Mais l’homme s’interroge : que fait le putois en ce moment même ? A-t-il commencé à suivre quelqu’un d’autre ? L’homme part donc à sa recherche et, quand il le retrouve, décide de garder un œil sur lui, afin de s’assurer qu’il ne le suive pas à nouveau…

    Éditions Milan
    56 pages
    13€50


    C’est la panique au poulailler. Marcel, le coq blanc, a disparu. Un sale coup du renard, les poules en sont persuadées. C’en est trop, les attaques incessantes du renard sont devenues insupportables. Les volatiles décident de riposter. Toutes les poules, les noires, les rousses et les blanches se rassemblent pour passer à l’action. Mais comment s’organiser ? En bataillons ? Par couleur ? Par taille ? Qui se postera aux premiers rangs de la nouvelle armée des gallinacés ? Les noires peut-être, puisque leur coq s’exprime avec tant de charisme ? Hors de question pour les poules blanches, qui veulent venger la disparition de leur bienaimé. Elles veulent passer en premier. Et d’abord, pourquoi le commandement reviendrait-il à un mâle ?
    Une histoire drôle et intelligente sur le pouvoir, la démocratie et la place de l’individu dans la société. Qui se referme sur une chute délicieusement amusante.

    Éditions du Père Fouettard
    52 pages
    16€

    3 albums pour mieux vivre ensemble

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  • http://www.franceinfo.fr/player/resource/786983-1723743#
    J'ai pu participer, grâce au Labo des histoires Paris (dont je vous reparlerai), à l'émission des Enfants des livres, animée par le journaliste Emmanuel Davidenkoff. Cette émission invite des jeunes laborantins à venir présenter un de leurs coups de cœur à la radio dans une courte chronique d'environ deux minutes et quinze secondes. Ma chronique est passée à 9 h 27, 14 h 55 et 20 h 25 ce dimanche 15 mai !
    J'y parle du magnifique roman d'Antoine Dole, Laisse brûler, dont je vous ai déjà parlé sur le blog plusieurs fois du fait de sa puissance narrative et de son style littéraire incomparable. Ma chronique écrite est ici.
    N'hésitez pas à écouter la chronique radio (ICI) et à suivre l'émission des Enfants des livres qui est vraiment très chouette. C'est aujourd'hui l'une des seules qui parle uniquement de littérature jeunesse, et même si elle est très courte, on a l'occasion d'entendre des jeunes parler littérature et, ça, c'est bien ! >>>

    MA CHRONIQUE RADIO

    Chronique radio | Laisse brûler, de Antoine Dole

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  • Après Les Petites Reines, Clémentine Beauvais propose un nouveau roman royal venu tout droit du Royaume-Uni !
    Vous avez envie de rire un peu ? Bonne nouvelle, j’ai ce qu’il vous faut, avec de l’humour à chaque page et une bonne humeur communicative : Les royales baby-sitters de la géniale Clémentine Beauvais.
     
    Ici, on retrouve Anna et Holly Brillante, en vacances d’été, qui n’ont rien à faire. Elles ont pourtant trouvé le programme de leurs rêves : des vacances tous frais payés avec au programme des bébés éléphants, une plongée dans la lave d’un volcan, des limonades, des chamallows géants et des cocktails martiens. Mais le prix exorbitant leur fait tout de suite oublier ce rêve… À moins que le roi et la reine de Brittonie ne partent en voyage en République indépendante de Bouillasse et qu’ils recherchent deux baby-sitters pour garder leurs 6 enfants. Seulement une journée de baby-sitting et leur voyage sera payé ! Mais elles étaient loin d’imaginer ce qu’il se passerait durant cette folle journée…
     
    Cette comédie s’inscrit très bien dans la bibliographie de Clémentine Beauvais. Vous le savez, cette auteure a un humour qui est sans pareil. Avec une grande fraîcheur et beaucoup d’empathie, elle a le don de proposer des histoires qui sortent du lot. Après ses petites reines en or, voici ses royales baby-sitters. En bref, beaucoup de royauté pour une auteure couronnée de succès.
     
    Mais si Les Petites Reines abordait des thèmes difficiles derrière cet humour caustique, elle propose ici un style burlesque où farces et catastrophes s’enchaînent à l’infini. Ce récit n’offre donc aucun répit et comprend :
    • Un guide de survie au babysitting royal ;
    • Un guide de conversation avec un Prince infantile et misanthrope ;
    • Un guide de survie en cas d’invasion ridicule féroce et affreuse.
     
    Cet enthousiasme condensé en peu de pages est dument mené par la plumée enjouée et délirante de Clémentine Beauvais, jouant avec adresse avec la langue française (on salue donc au passage la traduction faite par Amélie Sarn).
    Elle construit alors un univers décalé et malicieux avec l’aide d’une illustratrice au trait vif et dépeignant le déséquilibre burlesque du royaume : des noms farfelus à des inventions irréelles en passant par des personnages hauts en couleurs.
     
    L’intrigue manque peut-être parfois de dynamisme, l’histoire de rebondissements plus punchies. On regrette que ça aille parfois trop vite et que les ficelles soient si facilement maniées. Mais il vous faut quand même lire ce roman drôle et frais qui vous apprendra deux choses :
    • Oubliez les vacances de rêve, c’est plus tranquille à la maison.
    • Il vaut mieux ne pas travailler pendant les vacances, c’est trop dangereux. Plutôt profiter de la plage, non ?

    Deux petits + pour la route :
    1. Allez lire son blog, intelligent et toujours drôle (bien sûr !), où vous retrouverez notamment un article sur cette traduction de l’anglais au français de ses bébés royaux qui ont traversé la manche, par ICI.
    2. Cette chronique complète à merveille l’interview de Clémentine Beauvais que j’ai publiée il y a deux mois (ICI), et qui traite, par le biais des cours d’écriture créative, de la différence entre l’édition jeunesse en France et en Angleterre. Elle y explique notamment que ses romans français, contrairement à ceux qu’elle a écrit en anglais (comme ses Royales Baby-Sitters), sont très difficilement publiables en Angleterre du fait de leurs thèmes sensibles ou de leur écriture inhabituelle. Les Petites Reines a été acheté pour être publié en Angleterre mais par une petite maison d’édition qui fait surtout de la traduction, autrement dit, c’est peu courant.
      En plus, c’est un nouvel exemple (royal !) du bilinguisme fascinant et enrichissant de Clémentine Beauvais. En effet, si vous lisez Les Royales Baby-Sitters, vous lisez là une traduction d’une auteure française depuis l’anglais. Moi, je trouve ça plutôt drôle.
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    Anna et Holly Brillante ont trouvé LE programme pour des vacances de RÊVE ! Plongée dans la lave d’un volcan, cocktails martiens, polo à dos de bébés éléphants… Tout est possible ! Seulement, ce petit séjour avec chocolat chaud/limonade/bouillon de poule/chamallows géants à volonté n’est pas gratuit. Et donc, pour se les payer, il faut qu’elles se trouvent un petit boulot. Heureusement, le roi et la reine de Brittonie partent justement pour leur voyage annuel en République indépendante de Bouillasse, et il leur faut des baby-sitters pour garder leur progéniture. Une seule journée de baby-sitting suffirait à couvrir tous les frais des vacances de Anna et Holly… Facile !! … ou pas. Anna et Holly découvrent bien vite que ce n’est pas un, mais six petits (monstres) princes qu’elles vont devoir garder. Pire, le royaume de Brittonie est envahi par l’infâme Oroméoroméo, roi des Danniens, ennemi juré du roi Steve et de la reine Sheila… Cette journée de travail pourrait bien être la plus longue de leur vie !

    Éditions Hachette Romans
    154 pages
    11€90

    Et vous savez quoi ? Le tome 2 est déjà disponible !

    Il était une fois, en Brittonie, deux sœurs, Anna et Holly, qui rêvaient de VACANCES DE RÊVE.
    Il était une fois, en Francie, Mlle Malypense qui avait justement besoin d’aide pour organiser le mariage de la princesse Violette.
    En avant pour une nouvelle mission royale ! Mais les préparatifs virent rapidement au cauchemar : gâteau à l’ail, asticots ravageurs de bouquets… Voici Anna et Holly transformées en « demoiselles d’horreur » !


    Éditions Hachette Romans
    160 pages
    11€90

    Les Royales Baby-Sitters | Clémentine Beauvais

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  • Un nouveau défi en vidéo : le Book Whisper Challenge, avec Nathan, mon jumeau, blogueur et booktubeur.

    Nathan et moi avons tourné une nouvelle vidéo pour sa très belle chaîne YouTube Le cahier de lecture de Nathan. On a l'air bêtes, mais qu'est-ce qu'on a pu rigoler ! J'espère qu'elle vous plaira malgré la longueur de celle-ci.
    Nous assurons une nouvelle fois n'avoir consommé aucune substance illicite avant de tourner cette vidéo.
    Bon visionnage !

    Book Whisper Challenge en vidéo !

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  • Deux albums de Benoît Charlat pour montrer le problème des stéréotypes de genre des les albums jeunesse.
    Papa et Maman sont deux albums parus aux éditions Sarbacane.


    Vous connaissez mon amour pour cette maison d’édition indépendante qui propose des livres créatifs et inventifs aux enfants, adolescents, et adultes. Les romans se font peu à peu une place de choix dans mes étagères (comprendre : des coups de cœur à la vie à la mort – de préférence la vie, c’est plus chouette) avec en première ligne Clémentine Beauvais (songez à la douceur de petites reines heureuses). Mais les albums de Sarbacane, eux, me charment tout autant (je me permet de re-citer Clémentine Beauvais avec son indispensable Hélicoptêtre, à qui j’ajoute Audrey Spiry et Sandrine Bonini pour leur Tempête narrative et colorée).

    http://www.lavoixdulivre.fr/2015/05/peut-etre-que-la-mochete-ca-fait-murir.html
     (Cliquez sur les romans pour lire les chroniques !)

    Sarbacane, c’est une maison innovante et créatrice avec :
    • des romans à la forte exigence littéraire parcourus de thèmes sociaux important et / ou d’un humour à part entière, absurde et jouissif ;
    • des albums éclectiques pour répondre à tous les horizons des enfants, animés par la croisée de deux arts : celui de l’illustration et celui du texte.
    C’est donc d’autant plus étonnant de découvrir dans leur catalogue ces deux albums : Papa et Maman, de Benoît Charlat.

    Ce qui m’intéresse ce n’est non pas de les démonter mais de démontrer (matez la figure de style) qu’ils sont l’exemple concret des problèmes de représentation et des stéréotypes du genre dans notre littérature jeunesse, encore aujourd’hui (en 2016 mes amis). D’autant plus que Sarbacane est une maison d’édition jeunesse indépendante qui ne cherche pas l’argent pour l’argent, mais l’argent pour continuer à faire des livres et de plus en plus si possible (parce que les livres c’est comme les gâteaux, plus y en a, mieux c’est).

    Cela sous-entend donc que Sarbacane ne cherche pas à :
    • vendre des livres destinés au plus grand nombre, donc représentatifs des majorités souvent stéréotypes de la société, par un souci d’identification de la masse (un livre sur les chats se vendra par exemple beaucoup mieux qu’un livre sur le pin des landes au XIXè siècle) ;
    • vendre des livres ciblés sur des publics spécifiques en se basant généralement sur des stéréotypes pour séduire et mieux vendre (prenons l’exemple des vélos (comme ça je fais toujours allusion à Mme Beauvais en filigrane – allez j’avoue, j’en suis raide dingue), vous vendrez plus de vélos si vous en vendez un rose et un bleu parce que vous séparez le marché et multipliez vos ventes par deux ; bah oui, le petit frère ne va pas récupérer le vélo rose de sa sœur).

    Pour commencer, on peut donc mettre en avant les points positifs indiscutables de cet album (parce que Benoît Charlat, il me plaît bien quand même) :
    • les personnages sont drôlement attachants, tout comme dans les autres albums de l’auteur (prenons, chez l’école des loisirs, le superbe Ticho l’artichaut, ou encore Chonchon le cornichon dans Didive l’endive – même si ce dernier véhicule aussi selon moi d’autres problèmes de représentations du genre en littérature jeunesse) ;
     
    • on a donc une certaine douceur, tant dans l’album Maman que Papa (et je le précise car l’homme, dans ses clichés sexistes, est souvent associé à la dureté, à la force) et une histoire touchante, où l’enfant trouve chez ses parents un équilibre apaisant ;
    • une atmosphère aussi joviale et propice à l’humour, avec des situations presque poétiques devant lesquelles on s’attendrit et qui déclenchent le rire ;
    • des couleurs douces et du bleu pour tout le monde ! Quoique là encore, on peut pointer du doigt ce choix, même si c’est bien un problème sociétal plus grand qu’il est difficilement possible de gommer en littérature jeunesse : le bleu, généralement associé aux garçons, est pris comme valeur neutre pour les deux personnages – pour que tout le monde s’y retrouve – le masculin prend, encore une fois, figure de neutre (comme dans notre grammaire par exemple) ;
    • si on oublie l’aspect « produit » (proposer deux livres peut permettre de vendre plus), le fait de faire deux albums permet de s’échapper des modèles de familles hétéronormées et de proposer des schémas différents (monoparentales, homoparentales, etc.) ;
    • de plus, les personnages sont des animaux (des cochons), on peut donc éviter d’autres variables comme la couleur de peau (et ce serait peut-être aller trop loin de préciser que les cochons ont quand même la peau rose) ;
    • la femme bricole (« hé, trop cool ! ») …une machine à laver (« ah, archi-zut, presque… »).

     
    Entrons donc dans le cœur du sujet : les stéréotypes de genre. Je veux là pointer du doigt quelque chose d’à la fois inconscient et réprimandable dans notre littérature jeunesse d’aujourd’hui. Inconscient parce que ce sont bien des modèles existants qui sont ici présentés (si on parle d’humains et pas de cochons, certes) mais réprimandable car tout de même ces stéréotypes auraient pu être évités / retravaillés / corrigés par l’auteur et l’éditeur d’un commun accord. 
    Comment sont donc représentés papa et maman dans ces deux albums ?
    • Papa porte un costar cravate, est heureux devant le foot, paresse sur le canapé, a une boîte de bricolage, joue au ballon avec son enfant, lit le journal, joue aux petites voitures de son enfant ;
    • Maman porte une robe avec des talons hauts, fait un câlin à son enfant, se maquille, a un sac à main en bazar, s’occupe de son régime, fait la cuisine, est trop occupée par le ménage, et bricole sa machine à laver.

    Pourquoi ces stéréotypes sexistes posent-ils problème dans la littérature jeunesse ?
    Premier problème
    On peut voir que la mère est au ménage, le père à la paresse, la mère se préoccupe de son apparence, le père de son journal et du foot, etc. Ce sont de vieux modèles qui sont issus de représentations du siècle dernier. Elles sont pourtant combattues depuis plusieurs dizaines d’années et on essaie toujours de les bannir de notre panel de représentation contemporain.

    En fait, on a affaire à ces modèles féminin / masculin stéréotypés dès la première de couverture : la mère materne, elle est de l’ordre de l’intime (le câlin) et donc du domestique (elle est assignée aux tâches que sont d’élever les enfants et pour ce faire de tenir le foyer), ainsi opposée à l’image du père qui, en costar-cravate, incarne le travailleur, le masculin qui est de l’ordre de l’espace public et ainsi d’une sphère sociale moins intime (il tient seulement son enfant par la main). Selon les mécanismes sociaux étudiés par les gender studies, cette sphère traditionnellement attribuée au masculin est induite par deux choses :
    • selon des préjugés basés sur des arguments biologiques (la femme enfante physiquement) le père ne s’occupe pas des enfants (d’ailleurs aucun mot comme « paterner » n’existe) ;
    • l’homme doit se construire une identité dure, protectrice de sa famille. Le père devrait donc encaisser les coups, ce qui induit la construction d’une carapace émotive abnéguant un tant soit peu l’ordre des sentiments (il ne fait pas de câlin à son enfant qui semble beaucoup plus proche de sa mère).
    En bref, une construction identitaire dont on pourra bientôt fêter le... millier d'années ? milliard ?
    Deuxième problème
    La normalisation de ces représentations. C’est bien sûr un modèle qui continue d’exister mais s’évertuer à représenter ce modèle usé ajoute une nouvelle pierre à l’édifice bâti pour ces types de modèles masculins et féminins. La publication en livre pour enfant leur donne une valeur normative.
    Le travail sur ces représentations en particulier peut participer à une construction faussée et sexiste des différents modes de représentation des enfants. Parce que le sexisme est là :
    • père = voiture, bricolage, ballon, travail,
    • mère = régime, coquetterie, courses et ménage.
    Ces représentations participent aussi à une construction de stéréotypes durables qui ne se renouvelleront pas et ne feront pas évoluer les relations entre hommes et femmes dans les couples, les familles et la société en générale.

    Elles sont où les Madame ?

    Cette normalisation se fait notamment par la neutralité donnée par les mots « maman » et « papa » et non avec des personnages nommés, par exemple, (ce qui aurait pu mettre une distance entre le lecteur et le modèle proposé). Cette neutralité est aussi celle donnée par les personnages animaux – non humains.
    Troisième problème
    Le travail de genre se fait au quotidien, notamment par les stimuli culturels qui contribuent à une véritable imprégnation de l’enfant.
    La littérature jeunesse participe donc à l’assignation des stéréotypes de genre qui sont répétés, voire omniprésents. En fait, c’est un soft-power socioculturel (pas du tout soft) qui transforme le petit lecteur… en éponge.
    Les modèles qu’on lui propose sont d’autant plus importants que l’enfant se construit sur une reproduction des comportements et tempéraments proposés dans son éducation. L’enfant qui construit son regard selon ces stimuli culturels va donc perpétuer les stéréotypes représentés, par exemple ici pour être un père ou une mère, ou plus largement être un homme ou une femme.
    En effet, la famille est un berceau conservateur des identités de genre. Or si l’enfant a affaire à de telles représentations (dans la réalité, ou dans ses albums), il va comprendre la virilité comme celle d’un père travailleur, pas trop câlin, paresseux, et la féminité comme un travail domestique important et prenant, qui laisse quand même la place à l’intime et au câlin – et à la coquetterie, et donc la séduction (et nous n’irons pas plus loin pour ne pas trop extrapoler autour de cette Maman cochonne – euuuuh truie !).
    C'est d'autant plus important que l’enfant se construit en se séparant, à la puberté, du sexe opposé. Explication ? Selon des mécanismes étudiés par les sociologues des gender studies, les enfants grandissent théoriquement auprès de leur mère qui les materne, mais à la puberté, pour se construire notamment sexuellement, s’éloignent du sexe opposé : les filles de leurs pères et les garçons de leurs mères (si on reste là, bien entendu, sur un modèle plutôt classique de parentalité). Ainsi, en se basant sur des représentations comme celles des albums de Charlat, la fille se rapproche de la coquetterie et du ménage – parce qu’elle reste auprès de la mère – tandis que le garçon s’en éloigne, pour se rapprocher d’une virilité désirée et désirable, et va donc chercher à s’éloigner des objets ou comportements qu’il va penser comme féminins.

    Évidemment, mon raisonnement à ses limites, notamment parce que les parents représentés dans ce livre ne sont pas forcément le même modèle que ceux du lecteur. Il reste néanmoins évident qu’on peut remettre en cause les deux albums de Benoît Charlat qui sont typiques des stéréotypes de genre aujourd’hui perpétués en littérature jeunesse.

    Mais pourquoi pointer ce livre là, alors que d’autres existent, bien pires (chez Fleurus par exemple) – me direz-vous ?
    • Parce que c’est l’exemple que j’ai sous la main et que c’est un très bon échantillon du problème des représentations sexistes dans la littérature jeunesse ;
    • Parce que j’adore Sarbacane et que ça me fait mal aux yeux qu’une maison aussi intelligente se fourvoie dans de telles publications (pardi, reprenez-vous !) ;
    • Et surtout parce qu’il faut changer nos représentations du féminin et du masculin jusque dans les recoins les plus anodins de la culture, et pas uniquement quand le sujet est le féminisme. C’est en normalisant des modèles plus inhabituels qu’on leur donnera une valeur et qu’on peut espérer, un jour (qui sait ?), palier aux stéréotypes de genre existants.

    Le problème des stéréotypes de genre dans les albums pour la jeunesse

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