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  • Enfilez votre combinaison spatiale et suivez Marion Montaigne sur les pas du célèbre spationaute français !

    Quai des Bulles, le festival de BD de Saint-Malo s’est déroulé du 27 au 29 octobre 2017 pour sa 37ème édition. L’occasion, toujours avec plaisir, de découvrir de belles expositions et de rencontrer des auteurs et autrices. Cette année, 4 auteurs, autrices, dessinateurs et dessinatrices de bandes dessinées m’ont prouvé (une nouvelle fois) qu’ils n’attendaient que de rencontrer et surtout de discuter avec leurs lecteurs lectrices pour parler de leur travail, souvent en détails et toujours de façon passionnante.

    Tu mourras toujours moins bête dans la combi de Thomas Pesquet avec Marion Montaigne

    Marion Montaigne est connue pour son blog BD de vulgarisation scientifique « Tu mourras moins bête » qui a donné naissance à 4 tomes publiés chez Ankama, puis chez Delcourt, et à une série animée diffusée sur Arte.

    Dans Tu mourras moins bête, le Professeur Moustache et son assistant Nathanaël démystifient la science au quotidien. Si vous avez toujours rêvé de manier le sabre laser, de rétrécir vos gosses, ou si vous pensez que le « stade anal » est une salle de concert de 100 000 personnes, le Professeur Moustache et son équipe sont là pour vous !

    Tu mourras moins bête s’adresse à ceux qui ont séché les cours de biologie ou de physique mais qui trouvent cool la gravité, les globules blancs, ou les lasers, et qui aimeraient en savoir plus. Et si possible sans faire trop d’effort, et en se marrant, c’est le meilleur moyen de tout retenir.

    Dans la combi de Thomas Pesquet (éditions Dargaud) est la dernière œuvre de Marion Montaigne, disponible dans vos librairies préférées dès aujourd’hui !
    Le 2 juin dernier, le Français Thomas Pesquet, 38 ans, astronaute, rentrait sur Terre après avoir passé 6 mois dans la Station spatiale internationale. La réalisation d'un rêve d'enfant pour ce type hors-norme qui après avoir été sélectionné parmi 8 413 candidats, a suivi une formation intense pendant 7 ans, entre Cologne, Moscou, Houston et Baïkonour… Dans cette bande dessinée de reportage, Marion Montaigne raconte avec humour — sa marque de fabrique — le parcours de ce héros depuis sa sélection, puis sa formation jusqu'à sa mission dans l'ISS et son retour sur Terre.

    Alors passons le sas, enfilons une combinaison spatiale et allons retrouver Marion Montaigne, toute sourire et humour, pour la suivre au cœur même de cette aventure avec Thomas Pesquet.


    Interview de Marion Montaigne

    La Voix du livre : Pouvez-vous vous présenter, nous raconter votre parcours ?
    Marion Montaigne : Diplômée de l’école des Gobelins (section animation), j’ai d’abord travaillé dans ce milieu avant de me rendre compte, très vite, je me suis dit : « ouh la la, je suis nulle » (rires). J’aimais bien l’aspect créatif, les story-boards, etc., mais quand il était question de donner vie à tout ça, ça m’embêtait un peu !
    Je suis donc devenue libraire BD à Gibert Jeune, et c’est à ce moment-là, gravitant autour de bande dessinée sans l’avoir vraiment admis, que j’ai commencé à monter mon dossier d’illustrations, rencontré des éditeurs en 2003, et ai été publiée en 2003-2004.
    Marion Montaigne a été illustratrice pour la jeunesse chez Lito, Bayard, Nathan et Milan, avant de publier des BD plus personnelles : La vie des bêtes (Bayard, 2008 et 2010), et Panique organique (Sarbacane, 2007). Elle a écrit aussi des scénarios de dessins animés (Une minute au musée, Les Films de l’Arlequin et la saison 2 de Mandarine & Cow, Normal Studio). En 2013, elle publie les chroniques de son blog « Tu mourras moins bête » chez Ankama (2 tomes), ce qui lui vaut le prix du public du festival d’Angoulême. Marion Montaigne mène ensuite une enquête pleine d’humour chez les riches — Riche, pourquoi pas toi ? (Dargaud, 2013).

    LVDL : Comment est né ce projet avec le spationaute français ?
    Marion Montaigne : C’est l’histoire improbable d’une rencontre entre une autrice BD Bac+2, et un mec Bac+24 (rires). Thomas Pesquet a d’abord laissé un commentaire sur un de mes articles dans lequel j’expliquais, à partir de ma lecture d’un livre, les différents problèmes de santé que les astronautes rencontrent (désorientation, etc.). Et en plus, je représentais les mecs hyper frimeurs et j’en faisais des caisses. Il a donc commenté : « C’est super drôle, en plus, je suis astronaute ». Heureusement que je ne l’avais pas lu avant que quelqu’un du CNES (Centre National d’Études Spatiales) me parle de lui, sinon j’aurais répondu : « Oui, c’est ça, et moi, je suis la reine d’Angleterre ».
    Puisqu’il avait aimé le blog, je l’avais invité pour une avant-première de la série Tu mourras moins bête sur Arte, mais, comme il n’a pas pu venir, je lui ai proposé de passer à l’atelier. J’avais déjà en tête un projet sur l’espace et comme Thomas est quelqu’un d’assez cool, avec beaucoup d’humour, et facile d’accès, il a accepté que l’on puisse échanger, de m’aider dans mes recherches, et de me relire.

    LVDL : Comment le projet a évolué ? Que s’est-il passé pendant ces années ?
    Marion Montaigne : Quand j’ai commencé à me documenter, les gens ne connaissaient pas Thomas Pesquet. Personne ne savait qu’il était. J’ai eu la chance de le voir avant 2016. Après, ça aurait été plus compliqué.
    Au début, j’ai beaucoup tâtonné, mais Thomas était très accessible. Les astronautes sont des gens sérieux et fiables. Quand il vous dit, « je t’appelle vendredi 15 à 10h00 », il appelle le vendredi 15 à 10 h 00. Tu as intérêt à être prête.
    Même s’il a un décollage à préparer pour dans dix jours, il appelle. Il communique bien, ne tient pas de paroles en l’air.
    Les astronautes passent beaucoup de temps en salle de classe, ou seuls. Quand ils révisent seuls les déclinaisons de russe, ça, ce n’est jamais montré.
    C’est plus difficile de travailler avec une institution telle que l’ESA (Agence Spatiale Européenne) ou la NASA (National Aeronautics and Space Administration).
    Thomas m’a dit : « si tu veux faire ça bien, tu vas à Houston et en Russie ». Alors vous allez voir votre éditeur et demandez : « ben voilà, est ce que vous pouvez me faire une enveloppe ? » (Rires.)
    Avec l’ESA, je passais par Thomas et tout se passait bien. Beaucoup de gens à l’ESA rêvent de partir dans l’espace. Avec la NASA, ça a été un peu plus difficile. J’ai été greffée avec une équipe de tournage qui m’a permis d’y être, de voir des séances d’entraînement. Vous vous faites petite pour être le plus discret possible.
    Il y a eu beaucoup de prises de notes, peu de croquis. Il a fallu essayer de comprendre alors qu’ils parlent en anglais et avec beaucoup d’acronymes. J’ai surtout relevé leurs expressions, leurs sensations.
    J’ai été à Houston, en Russie, à la Cité des étoiles, à Baïkonour... En Russie, c’était vachement bien mais assez surréaliste. C’est en plein milieu du désert Kazakhe, presque figé dans les années 60. Surtout que c’est là que tu vois les familles, les enfants qui voient leur père derrière une vitre en combinaison bizarre en disant : « han, han, je vais partir sur une fusée ». C’est très étrange pour les parents des astronautes qui se soutiennent. On accompagne, on suit les astronautes sur le pas de tir. Les familles ont toutes des cernes. Mais elles sont accompagnées : il leur est expliqué tout ce qui se passe. Il est trois heures du matin, c’est hallucinant.

    LVDL : Avez-vous pu communiquer avec Thomas Pesquet quand il était dans la station spatiale ?
    Marion Montaigne : Oui, par mail et par téléphone IP. Il y a une liste de mails autorisés et Thomas y avait mis mon adresse. Je lui ai adressé des courriers avec plein de questions. Il m’a répondu et m’a dit qu’il m’appellerait tel jour, mais sans horaire cette fois, sur son temps libre. Et tout d’un coup, alors que je cuisinais mes pâtes, je reçois un coup de fil de l’espace. Je bredouillais car c’est très impressionnant. En plus, la communication était super bonne, nickel, mieux que lorsque j’appelle ma mère en Bretagne. (Rires.)

    LVDL : Et vous ne parlez pas de vous, de cette belle aventure ?
    Marion Montaigne : Je ne me suis pas représentée dedans. C’est sur les astronautes uniquement, pas sur ma petite personne, autrice de BD. C’est une autre histoire. Je n’avais pas envie de me gérer comme un personnage. Moi on s’en fiche, je fais mon job.

    LVDL : Et le travail d’après : l’atelier, l’album ?
    Marion Montaigne : Thomas a tout relu. Sa compagne aussi, elle m’a apporté toutes les informations sur la famille, les angoisses, les attentes.
    Le travail en atelier a été une prise de tête, car j’avais beaucoup d’infos. Cela représente beaucoup de travail pour éviter qu’il n’y ait que de la voix off pour expliquer chaque chose. Il faut resituer chaque anecdote dans son contexte. Pourtant, j’avais envie de tout raconter, mais il a fallu faire du tri.
    Le format de l’album est grand, avec plus de 200 pages, ce n’était pas prévu au départ.
    En atelier, on est plusieurs. Il est plus ou moins rempli. En scénario, la bulle se ferme. Il ne faut pas me parler. Je ne suis pas très agréable et on ne dirait pas que j’ai de l’humour. Mais après il n’y a pas de soucis pour le reste (dessins, mise en couleurs, etc.).

    LVDL : Écoutez-vous de la musique pendant votre travail ? Pourriez-vous conseiller une bande-son pour les lecteurs et lectrices de cet album ?
    Marion Montaigne : La bande originale du film Interstellar, c’est assez marrant. Au début, j’écoutais du Max Richter, et en fait, pas mal de musiques de film, comme Mad Max.
    Je commence mes journées en écoutant du Nicki Minaj. Parfois pour se mettre dans l’ambiance, quand je faisais une famille qui pleure, par exemple, je mettais un truc au violon.
    Ha, et pour l’album, « Opening » de Philip Glass sur du spatial, ça le fait.



    Alors, vous aussi vous rêvez maintenant d’enfiler la combinaison de Thomas Pesquet et de partir — toujours avec humour ! — à la rencontre des astronautes ?

    Propos recueillis à Saint-Malo, le 29 octobre, et article rédigé par
     

    Pour aller plus loin...


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    Le 2 juin dernier, le Français Thomas Pesquet, 38 ans, astronaute, rentrait sur Terre après avoir passé 6 mois dans la Station spatiale internationale. La réalisation d'un rêve d'enfant pour ce type hors-norme qui après avoir été sélectionné parmi 8413 candidats, suivit une formation intense pendant 7 ans, entre Cologne, Moscou, Houston et Baïkonour... Dans cette bande dessinée de reportage, Marion Montaigne raconte avec humour – sa marque de fabrique – le parcours de ce héros depuis sa sélection, puis sa formation jusqu'à sa mission dans l'ISS et son retour sur Terre.

    De Marion Montaigne
    Éditions Dargaud
    208 pages
    22 € 50


    Dans la combi de Thomas Pesquet | Interview avec Marion Montaigne

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  • Toi-aussi, tu aimes les auteur·trices ? Alors défends-les, affiche ton soutien sans failles, aide-les !


    On est (déjà !) en novembre et, comme tous les ans, deux choses importantes se passent à ce moment-là de l’année :
    • Le SLPJ (Salon du Livre et de la Presse Jeunesse en Seine-Saint-Denis) est tout proche ;
    • L’heure pour chacun·e des bilans de l’année : lectures, résolutions, vie personnelle ou professionnelle, tout y passe !

    (Vous noterez mon sens des priorités dans la vie.)

    Sauf que cette année, tous les auteurs et autrices (français·es) que vous rencontrerez (ou dont vous entendrez parler) au SLPJ auront, eux·elles, un bilan annuel bien difficile à faire.

    Vous savez sans doute la précarité des auteur·trices et leur difficulté à faire reconnaître leur travail (particulièrement en jeunesse). Cependant, à cause de tous les changements politiques et sociaux qui se sont produits en France en 2017, la reconnaissance du métier d’auteur·trice est plus que jamais fragilisée et leurs conditions de travail plus que jamais instables voire inexistantes.


    Pourquoi les auteur·trices pataugent-ils·elles particulièrement en 2017 ?

    1) À cause d'une réforme de la sécurité sociale et notamment à cause de la hausse de la CSG.
    La CSG est une cotisation sociale prélevée sur tous les revenus en France. Elle vise à financer la sécurité sociale. Le gouvernement vient de décider une augmentation de cette cotisation compensée par la baisse d’autres cotisations. Mais pour les artistes-auteurs·trices, presque aucune compensation n’est prévue, puisqu'ils ne payent pas à l'origine ces cotisations réduites.
    En bref ?

    • On augmente une cotisation pour en baisser d'autres et ainsi augmenter le pouvoir d'achat des français ;
    • Mais on baisse en compensation une cotisation que tout le monde ne paye pas ;
    • Donc, de manière discriminante, certains groupes professionnels comme les artistes-auteur·trices voient seulement la première cotisation augmenter.
    • Conséquence ? Leurs revenus en sont réduits.



    2) À cause d’une nouvelle hausse des cotisations retraite.

    Quel(s) constat(s) peut-on faire ?

    1) L’état comme une grande partie de la chaîne du livre nie l’existence du métier d’auteur·trice. En ne prêtant pas attention à cette catégorie professionnelle et en refusant un amendement proposé à l’Assemblée Nationale (voir la vidéo d’à peine deux minutes où le problème est très rapidement balayé), le message semble clair : votre situation ne nous concerne pas, votre métier n’existe pas.



    2) Il n’existe donc pas de conditions de travail stables qui permettraient aux auteurs et autrices d’exercer de manière sereine leur métier (j’insiste sur ce mot) sans avoir besoin de recourir à un job alimentaire (rémunérations minimum, chômage, protection sociale).

    3) Plus encore, il y a un vrai problème de fond : on ne reconnaît pas le travail de l’auteur·trice, on en nie la valeur. L’auteur·trice devrait être, si ce n’est en position de force (il·elle est à l’origine de toute la chaîne du livre), égal·e à l’éditeur·trice. En effet, à partir du moment où le travail de création entre dans une chaîne de production industrielle qui génère de l’argent, il prend une autre valeur que celle symbolique et intellectuelle qu’il avait au départ : il prend aussi une valeur financière. L’auteur·trice, en tant que producteur·trice de cette chaîne financière du livre, devrait donc être reconnu·e de la même manière que tous les autres acteur·trices : un statut de travailleur·se avec de vraies conditions de travail encadrées.

    Lire la tribune de Valentine Goby du 6 novembre sur Actualitté : « De toute façon, les auteurs, vous êtes des saltimbanques. » (Photo © Vinciane Lebrun-Verguethen 2017)


    D’ailleurs, souvent, quand un·e auteur·trice est publié·e, il·elle ne négocie qu’à peine son contrat et se voit obligé·e de remercier l’éditeur de le·la publier parce que c’est une grande chance d’avoir été choisi·e…
    Cela montre bien que tout cela est intégré par tous ceux et toutes celles qui prétendent entrer dans cette chaîne du livre : l’auteur·trice semble obtenir un cadeau, une faveur de l’éditeur·trice. Mais c’est l’auteur·trice qui fournit quelque chose à l’éditeur·trice avant tout. C’est un travail entre partenaires, et non un travail de subordonnant·e à subordonné·e.

    (Image de Gilles Bachelet.)
    (Attention : je reste ici dans une vision simplifiée dans l'opposition travail salarié de l'éditeur VS travail indépendant de l'auteur·trice ou illustrateur·trice. On peut la nuancer, bien entendu, avec le point de vue des travailleur·ses indépendant·es de la chaîne du livre, principalement les graphistes, fabricant·es, maquettistes, correcteur·trices, etc.).

    Et la jeunesse, dans tout ça ?

    Je parle depuis le début de cet article des auteur·trices en général, mais la question qui m’intéresse est plus particulièrement celle des auteur·trices jeunesse.
    Pourquoi ? 1) parce que c’est la littérature qui m’intéresse le plus (sans blague ?!) et 2) parce que ces auteur·trices sont plus mal considéré·es encore que leurs collègues.
    Il suffit de faire un rapide état des lieux des prix littéraires jeunesse et ados français pour le comprendre.

    (Je ne veux pas démonter chaque prix cité ci-dessous, ils ont tous plus ou moins leurs vertus, mais la question de la récompense me semble assez importante pour la soulever avec tous ces exemples.)

    1) Il y a beaucoup de prix non dotés en jeunesse. Parmi lesquels les plus importants et reconnus :

    Dont deux prix qui ne sont pas des prix de lecteurs et lectrices (ce qui veut dire que ce sont des jurys de professionnel·les accompagnés le plus souvent d'institutions normalement compétentes et capables d'offrir une dotation).



    2) Peu de prix jeunesse dotés, parmi lesquels :




    3) Il y a même des prix qui dotent leur catégorie adulte et pas ou moins celle jeunesse (oui, oui) :
    • Les Imaginales par exemple.

    Précision (12/11/2017) : ce n'est pas exactement le cas du prix des Imaginales. Le prix du jury des Imaginales dote la catégorie adulte comme jeunesse de 1 000 €. C'est le prix des lecteurs (écoliers, collégiens, lycéens) qui est moins doté (500 €).

    4) En littérature adultes, il y a beaucoup de prix dotés et bien dotés ! Par exemple :
    • Le prix Décembre à 30 000 € (!) ;
    • Le prix Jean Giono à 10 000 € ;
    • Le prix Marguerite Yourcenar à 8 000 € ;
    • Le prix Ouest France à 8 000 € ;
    • Etc.
    Par ailleurs, les prix en littérature générale qui ne sont pas dotés ont souvent une telle force médiatique que ce sont les ventes qui récompensent et mettent en avant le travail de l'auteur·trice vainqueur·e (le Goncourt par exemple, n’offre que dix euros symboliques au·à la lauréat·e mais propulse le roman dans le top 5 des meilleures ventes).

     Nos chers frères Goncourt...
    * L'erreur est humaine (je suis désolé) et ce n'est pas un mais dix euros symboliques qui sont offerts chaque année au·à la lauréate ! De quoi énerver encore plus les frères Goncourt... !

    Nota Bene : on aurait pu faire cette analyse sur les pourcentages et à-valoir versés aux auteur·trices jeunesse par les éditeurs qui sont moins importants qu’en littérature générale.

    (Un à-valoir, kézako ? C’est une somme d’argent remise par la maison d’édition avant ou au moment de la publication du livre à l’auteur·trice dudit livre. Cet argent est une avance d’argent sur les droits que l’écrivain·e percrevra sur les ventes.

    Exemple : si je publie un livre jeunesse, je peux avoir un pourcentage de 7%, c’est-à-dire que je percevrai sur chaque livre vendu 7% du prix du livre. Si mon livre coûte 10 €, je recevrai donc 70 centimes sur chaque livre vendu.
    À parution du livre, pour financer le temps que j’ai passé à écrire mon livre et pour me faire vivre un peu jusqu’au prochain [c’est là qu’on se rend compte de l’absurdité de la rémunération], mon éditeur·trice me verse une avance sur ces droits. Je peux donc recevoir 1 000 € qui seront déduits de ce que je recevrai ensuite sur chaque livre vendu. Ainsi, je commencerai à recevoir 70 centimes par livre seulement quand l’accumulation de tous les 70 centimes par livre vendu auront dépassé les 1 000 € que j’aurais reçus en avance.)
    Pour en apprendre plus sur le contrat d'édition, vous pouvez découvrir ce document proposé par la Charte aux auteur·trices et illustrateur·trices pour la négociation de leurs contrats.

    Alors en littérature jeunesse, quels constats faire ?

    1) Les créateur·trices de littérature jeunesse sont déconsidéré·es.
    La question de la rémunération n’est pas que pratique (les auteur·trices ont besoin de cet argent pour vivre et donc pratiquer sereinement leur métier d’auteur·trice) elle est aussi symbolique. Ainsi, récompenser avec une bourse moins dotée ou sans bourse un.e écrivain.e jeunesse par rapport à un écrivain adulte (qui fait donc le même travail que lui·elle) c’est dire que son travail a moins de valeur.

    Comment les gens voient les auteur·trices jeunesse :
    (Björn, de Delphine Perret)

    Comment les auteur·trices jeunesse sont en réalité (et particulièrement aujourd'hui) :
    (La Révolte des cocottes, de Céline Riffard et Adèle Tariel)
    Vous l'aurez compris, ils·elles en ont MARRE !
    (Comme la basse-cour. Ha ha.)

    2) La littérature jeunesse est donc, dans son ensemble, dépréciée.
    Récompenser avec une bourse plus maigre un.e auteur·trice jeunesse du seul fait de la catégorie éditoriale dans laquelle il·elle y exerce, c’est dire que la littérature jeunesse a moins de valeur.
    Ainsi, en gagnant moins, les auteurs et autrices jeunesse ne peuvent que plus difficilement se professionnaliser et se consacrer à l’écriture. L’État, les institutions, les éditeur·trices et toutes celles et ceux qui rémunèrent ou récompensent les auteur·trices semblent donc estimer qu’il y a un investissement moins fort à faire en jeunesse. Qui dit investissement moins fort dit que cette littérature en vaut moins la peine. Finalement, elle a moins de valeur patrimoniale, on ne la voit pas vivre sur le long terme puisqu’on n’investit actuellement que peu d’argent pour leurs créateur·trices.

    On fait quoi du coup ?

    • On se tape la tête contre le mur en espérant que les choses aient changé quand on se réveille ?
    • On envoie des lettres de menace à tous ceux qui ne payent pas les auteur·trices ? (Non, je vous assure, ce n’est pas la bonne solution.)
    • On soutient la Charte des auteurs, autrices, illustrateurs et illustratrices de littérature jeunesse


    La Charte est une association née il y a quarante-deux ans et qui réunit aujourd’hui plus de 1 400 adhérents. Cette association de terrain, en contact perpétuel des auteur·trices et de leurs fragilités, cherche au quotidien à :
    1) Défendre la littérature jeunesse ;
    2) Défendre les droits et spécificités de ses créateur·trices ;
    3) Faire réfléchir ceux-ci à leur identité, leurs pratiques et les liens professionnels qu’ils tissent tout au long de leur carrière.
    Néanmoins, le combat est difficile et dans cette période particulièrement préoccupante pour les auteurs et autrices de littérature jeunesse, la Charte comme les créateur·trices ont plus que besoin de NOTRE soutien.

    Affiches réalisées fin 2016 à l'occasion du SLPJ pour sensibiliser le grand public à la condition précaire des auteurs, autrices, illustrateurs et illustratrices jeunesse.

    Heureusement, il y a les lecteur·trices !

    Malgré toutes les évolutions du milieu de l’édition et des conditions de travail des auteur·trices, les lecteurs sont un soutien sans faille pour les auteur·trices : nous lisons, conseillons et partageons leurs livres avec toujours plus d’enthousiasme et de passion !

    Viser la lune, ça me fait pas peur ! Même à l'usure, j'y crois encore et en cœur. Des sacrifices ? S'il le faut j'en ferai, j'en ai déjà fait, mais toujours le poing levé !

    Alors, nous aussi, nous avons NOS solutions et je vous propose de me suivre dans cette route !

    1) Défendons la littérature jeunesse
    Continuons de mettre en avant et de valoriser cette littérature qui nous tient à cœur ! Parlons-en, chroniquons-la, achetons-la, vendons-la… bref, faisons ce que nous avons toujours fait avec toujours plus de conviction et de passion !




    2) Défendons ses auteur·trices
    Nous pouvons continuer à lire et vanter cette littérature avec la ferveur à laquelle nous sommes habitués, mais affichons clairement notre soutien sans failles aux auteur·trices que nous défendons ! Et invitons tous ceux qui défendent aussi cette littérature à faire de même.
    Partagez sur vos blogs, réseaux et autour de vous ce logo, collez le sur vos photos de profil ou sur vos murs (virtuels ou réels)… faites en sorte de rendre visible la précarité des auteurs et votre soutien à ceux-ci !




    Cette cagnotte est une manière de montrer que :
    • les prix devraient être dotés,
    • que la littérature jeunesse a une grande valeur,
    • que la situation des créateur·trices est précaire
    • et que NOUS, lecteur·trices, sommes un soutien infaillible !

    Si personne ne dote un prix, si personne ne fait comprendre aux publics, aux lecteur·trices, que les auteur·trices sont le maillon créateur de la chaîne du livre qui le fera sinon NOUS, LECTEUR·TRICES ?

    Alors j’ose l’affirmer haut et fort, et vous invite à ma suite :
    PLUME
    PAS
    MON
    AUTEUR·TRICE !

    PLUME PAS MON AUTEUR·TRICE !

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  • La littérature ado a enfin son Goncourt ! Mais est-ce une réussite ? Retour sur les prix littéraires ado.


    Lundi 9 octobre 2017, le premier prix Vendredi a été remis à Anne-Laure Bondoux pour son roman L’aube sera grandiose illustré par Coline Peyrony et publié chez Gallimard Jeunesse. Bravo à cette grande autrice pour ce prix !

    Mais le prix Vendredi, qu’est-ce que c’est ?
    A) Un prix qui récompense le meilleur jour de la semaine (le vendredi, cela ne fait aucun doute) ?
    B) Un prix de littérature ado ?
    C) Une réduction faite en librairie seulement le vendredi ?
    Si vous avez répondu B), bravo ! Vous gagnez un bisou de belette. Si vous avez répondu A) ou C) vous avez quand même un bisou de belette pour vous consoler de ne pas tout savoir du monde de la littérature pour adolescents.
    Mais je vous rassure : vous n’êtes pas les seuls !



    Si vous demandez autour de vous ce qu’est le prix Vendredi, seuls sauront vous répondre sans aucun doute les professionnel·les du livre pour adolescent·es… et encore, ce n’est pas gagné ! Beaucoup de libraires n’en ont jamais entendu parler. Et ce n’est pas faute d’avoir une portée nationale et de tenter, je cite, d’obtenir « une plus grande reconnaissance et une plus importante médiatisation de la littérature pour la jeunesse ».
    La mission est noble mais le but encore difficile à atteindre.

    Il y a eu déjà quelques articles de réflexion sur ce Goncourt pour la littérature ado, notamment celui de Lupiot qui met en avant la dépréciation de la chaussure à scratch EUH de littérature ado. C’est, selon elle, la raison même de la difficulté qu’a le bureau jeunesse du SNE (Syndicat National de l'Édition), l’organisateur et créateur du prix, à faire connaître ce prix et la littérature qu’il cherche à défendre. Elle soulève ainsi la dépréciation de la littérature pour adolescent·es au sein même des médias des membres du jury qui avait un potentiel médiatique incroyable (RFI, Télérama, Le Monde…) mais complètement gâché: aucun de ces médias n’en a finalement parlé (ou presque).


    Un jury très beau avec quelques personnes d'exception pour lesquelles j'ai beaucoup d'affection : Marie Desplechin (à gauche) ou Michel Abescat (au fond à droite)...

    Si son analyse me semble très juste et sa conclusion pertinente (ce n’est que la première édition, parbleu !), je ne suis pas entièrement d’accord avec elle. C’est certain que le prix va s’améliorer d’année en année (on espère par exemple que la communication sur les réseaux sociaux sera plus régulière et moderne que cette année, on espère aussi que le prix gagnera en médiatisation), mais il a été organisé avec des bases qui, à mon sens, posent questions et sont révélatrices de ce que devrait ou ne devrait pas être un prix littéraire.
    Mais alors, ça sert à quoi un prix littéraire (pour adolescents) ?

    Les prix en littérature ado : une catégorie de prix littéraires à part entière


    Comme la littérature ado, les prix qui récompensent ce secteur littéraire sont prolifiques. Et comme la littérature ado, ils sont spécifiques, mais n’ont pas pour autant une valeur plus faible que les prix en littérature générale.
    Néanmoins, là où un prix de littérature générale est très médiatisé et déclenche le plus souvent des ventes par milliers d’exemplaires, un prix en littérature ado ne déclenche pas d’émeutes en librairies.
    Pourquoi ? Quelles sont les fins d’un prix en littérature ado ? Quelles en sont, justement, ses spécificités ?

    1) Un outil de prescription

    La littérature pour adolescent·es, reniée des médias et des critiques littéraires, doit sans cesse trouver ses prescripteur·trices : parents (encore qu’un·e ado a envie de lire tout ce qu’on lui propose sauf peut-être quand ça vient de ses parents), libraires, ami·es, blogueur·ses et booktubeur·ses… Un prix littéraire est donc un autre moyen de distinguer un livre parmi d’autres, et la littérature ado en a encore plus besoin que la littérature générale.
    Finalement Béatrice de Leyssac (éditrice), Anne-Laure Bondoux (justement) et Marie Taupin mettent toutes en avant, dans une table ronde en 2013, l’importance de la sélection d'un prix littéraire : c’est ça, qui fait vendre. On distingue un certain nombre de livres parmi quelques milliers, et c’est ça qui permet, comme toute table coup de cœur ou abondance de critiques, de mettre en avant un livre. Cela a même des avantages professionnels, par exemple pour vendre les droits à l’étranger.
    Anne-Laure Bondoux explique ainsi : « j’ai compris que ce n’est pas le prix qui a de l’impact, mais le fait d’être présélectionnée, qui est en soi une forme de reconnaissance et le véritable détonateur des ventes. »

    Quand Anne-Laure Bondoux change d'avis et se dit que, quand même, gagner le prix, c'est bien.

    De cette manière, les prix déclarent souvent vouloir mettre en avant la diversité éditoriale du secteur et ainsi mettre en avant d’autres éditeurs que Gallimard ou l’école des loisirs !

    2) Une entreprise locale

    Ces prix sont souvent à vocation locale : le Prix des Imaginales, le prix de Rennes et d’Ille-et-Vilaine… ils essaient de réunir, autour de ces sélections, de ces livres et de ces auteur·trices, un grand nombre d’adolescent·es : lecteur·trices, élèves, etc. Ils sont le plus souvent organisés en concours avec des collèges ou lycées, avec des CDI.

    Vu comment ils étaient serrés à la remise du prix Vendredi, on peut presque dire que c'était une entreprise locale...

    L’idée n’est pas tant de distinguer un livre parmi d’autres que de développer la lecture à l’échelle locale pour divers buts souvent pédagogiques : faire lire, critiquer, débattre…

    3) Une médiation à la lecture et plus largement à l’ouverture au monde

    Ainsi, les prix littéraires sont souvent plus intéressants, dans ce cadre-là, dans leur processus et dans le fonctionnement du prix en lui-même que dans sa finalité. Ils veulent le plus souvent mettre en valeur l’adolescent·e dans :

    • Son rapport à la lecture, en lui montrant une littérature actuelle, divertissante et vivante ! D’où la demande de la moitié des prix que l’auteur·trice vainqueur·e puisse se déplacer pour recevoir son prix et discuter avec les adolescent·es. L’idée est de les faire lire, de leur faire comprendre que la lecture est différente de la lecture obligatoire scolaire et qu’elle peut être un hobby tout aussi divertissant et moderne que n’importe lequel des hobbys !
    Pas de doute, Anne-Laure Bondoux est bien vivante ♥
    • La lecture n’est souvent pas un hobby comme les autres pour tous les organisateur·trices de prix littéraires : elle a une vocation émancipatrice et citoyenne qui n’est jamais oubliée. L’idée est de faire débattre les élèves, de leur faire élire un livre, de leur faire travailler l’argumentation… Les prix leur apprennent la critique littéraire, la distinction dans la multitude d’objets culturels de ce qui est bon ou de ce qui est mauvais en fonction de critères définis de manière plus ou moins objective.
    « La lecture n’est pas un loisir qu’on puisse comparer au cinéma ou au jeu vidéo, c’est une nécessité de chaque jour, c’est le passeport pour l’insertion dans notre société et c’est ce qui donne accès à la liberté, liberté de parler, de penser, de circuler », écrit Marie-Aude Murail.
    • Ainsi, les prix veulent ouvrir les adolescent·es au monde. D’où le choix de cette littérature plutôt qu’une autre car elle leur ressemble (et elle est AUSSI exigeante, elle est plus que simplement divertissante). En leur ouvrant les yeux au monde, la nécessité de mettre en avant la diversité éditoriale est d’ailleurs plus grande encore : les œuvres les plus spécifiques et les moins consensuelles sont souvent publiées chez les éditeurs les plus petits.

    La distinction du prix littéraire : mettre en avant des objets littéraires innovants, singuliers ?


    C’est le principe des prix littéraires « adultes » : dénicher des pépites, des livres qui sortent du lot, qui se distinguent par leurs qualités littéraires, narratives, thématiques… 
    C’est ce que reproduisent la plupart du temps les prix de littérature ado dans leur souci 1) de mise en avant de la diversité éditoriale et 2) de médiation. Ils veulent mettre en avant, dans leurs sélections, des livres uniques, qui questionnent, bousculent et sortent des sentiers battus.

    C’est ce qui m’interrogeait en premier lieu dans la shortlist de dix titres faite par le prix Vendredi. Si les lauréats de tous les prix de littérature ado sont souvent semblables, font souvent consensus, ne sont pas inconnus, les sélections, elles (et nous disions plus haut que c'était souvent la sélection qui comptait autant que d'être lauréat), sont éclectiques et mettent en avant la diversité éditoriale du secteur.
    Or, regardez les maisons d’édition et les auteurs·trices sélectionné·es : ce n’est pas la diversité éditoriale qui est mise en avant dans la sélection du prix Vendredi.
    Attention, je ne parle pas de diversité de sujets, styles et genres, mais de diversité de maisons d'édition, d'auteurs et autrices moins prescrits et reconnus...


    Oui, c’est d’une grande qualité littéraire, oui il y a des chefs d’œuvre dans la sélection (Sirius, Rage…), oui il y a de nombreux genres représentés, mais j’ai l’impression d’avoir un pépin encore coincé dans la gorge quand je ne vois aucune petite maison d’édition et presque aucune de moyenne (si ce n'est Sarbacane) et que je ne vois dans la sélection qu’un seul premier auteur.


     Bravo, m'sieur !

    La raison ? Elle est, me semble-t-il, très simple : il n’y a pas de comité de sélection ! Les membres du jury lisent tous les livres envoyés par les éditeurs. L’absence d’un comité de sélection entraîne donc une sélection biaisée par les jurys (qui, en deux mois, ne peuvent lire 55 livres, soyons conscients de leur humanité, pardi !) : ils vont aller, sans surprise, vers ce qu’ils connaissent déjà, vers ce qu’ils ont le plus de chance d’aimer ou de trouver qualitatif, vers ce qu'ils ont déjà lu aussi. C’est-à-dire les maisons, auteurs·trices et thèmes déjà consacrés. Et les inconnus, primo-romanciers et petites maisons d’édition passent à la trappe ! Ne croyez-vous pas qu’un comité de lecteur·trices (auteur·trices, bibliothécaires, libraires, journalistes, blogueur·ses, booktubeur·ses…) permettrait de faire une sélection plus diversifiée ?

    Pour moi, un prix littéraire est l’outil qui devrait aider les livres qui ont des ventes plus faibles, moins de médiatisation et de bouche-à-oreille d’avoir leur chance. Et cela ne peut être permis par un prix où les critères de sélection sont flous, où l'on est pas sûrs que tout est lu et que le choix est fait parmi des livres déjà lus, déjà encensés... La mission d’un prix est-elle de mettre en avant des auteur·trices déjà largement consacré·es ? Malgré toute l’affection que je porte à Anne-Laure Bondoux et toute mon admiration pour son œuvre (Tant que nous sommes vivants 4ever), je reste persuadé que d’autres plumes peuvent aussi être mises en avant. C’est d’ailleurs ce qu’ils ont essayé de faire avec les mentions spéciales : le choix d’un auteur audacieux mais moins connu pour son œuvre romanesque (Antoine Dole) ou le choix d’un premier roman (Colorado Train de Thibaut Vermot). Mais même ces mentions spéciales ne sont pas expliquées, on ne parle pas de ces choix qui sont, il me semble, peu anodins.

    Si je ne suis personnellement pas enchanté par le roman lauréat (j'aurais voté Sirius ou Rage, c'est sûr), c'est aussi la sélection que je critique dans son manque de diversité: c'est une belle vitrine de la littérature pour adolescents, mais qui manque de la représenter dans son entièreté, dans ses aspérités, dans ses livres plus difficiles, moins diffusés car moins consensuels aussi.


    Le prix Vendredi, une conception différente : mettre en avant la littérature ado


    Pourtant, il faut tout de même rendre à Vendredi ce qui appartient à Vendredi.
    Le but est différent des autres prix de littérature pour adolescents, et, pour le coup, les moyens mis en place sont efficaces. (Ou le promettent, en tout cas, c'est ce que souligne Lupiot dans son article : ce n'est que la première édition donc forcément la médiatisation est moindre, mais beaucoup d’idées sont pertinentes pour que les prochaines éditions fonctionnent au mieux !)
    Le prix Vendredi veut donc mettre en avant la littérature pour ados en général pour en démontrer sa valeur, qu’elle est égale à toutes les autres littératures. Pour cela, le il reprend les codes d'un prix de littérature générale : concordance avec la rentrée littéraire, lauréat dévoilé en octobre (avant la plus grande foire internationale du livre à Francfort), jury de journalistes, lauréat dévoilé suite aux délibérations devant la presse sur les marches du restaurant...

    Vous voyez Stéphane Servant vous aussi (#fan) devant le restaurant la Maison Sauvage à Paris ?

    Cela permet de mettre en avant la littérature ado « comme les grands » et à un autre moment que le Salon du livre et de la presse jeunesse en Seine-Saint-Denis ou que Noël sans pour autant dénier le fait que cette littérature s’adresse à un public unique et qu’on ne veut pas la distinguer « parce qu’elle s’adresse aussi aux adultes » mais parce qu’elle est excellente, elle aussi, MAIS destinée aux adolescent·es.

    Le prix Vendredi a donc astucieusement contourné les caractéristiques d’un prix de littérature ado évoquées plus haut (médiation, mise en avant de la lecture plaisir) pour en couronner un auprès du grand public et mettre en avant, in fine, la qualité et l’exigence de la littérature pour adolescents. C’est donc un but extrêmement positif qui valorise la littérature dans son ensemble. Cela peut confirmer le choix d’Anne-Laure Bondoux : médiatiser une autrice de littérature jeunesse certes consacrée dans le milieu mais inconnue du grand public. C’est aussi une sorte de vitrine de l’excellence, de la richesse dans le temps et en profondeur de cette littérature.

    Mais c’est finalement en voulant se rapprocher des prix de la littérature générale que le prix Vendredi s’est aussi brûlé les ailes. Il en a récupéré les vices, et notamment le vice principal : ne pas tout lire et donc mettre en avant une littérature déjà critiquée, défendue et vendue à plusieurs milliers d’exemplaires. 
    Ainsi, dans ce processus de sélection qui consacre le consacré, il me semble que le prix Vendredi déclenche deux effets pervers :
    • la non-parité de la sélection. Les femmes étant, comme dans tout domaine (culturel), moins mises en avant et plus difficilement consacrée, la sélection ne présente que deux romans de femmes. C'est ce que souligne très intelligemment Florence Hinckel dans son article prix Vendredi ou Prix Cosette. (On se réjouira tout de même que le vainqueur du prix soit une vainqueure !)
    D'ailleurs, dans la dernière sélection des Pépites du SLPJ, on a à peine 1 femme sur 5 sélectionnée...
    • la non-prise de risque, le manque d'audace. Pour moi, le prix Vendredi se repose sur les acquis de la littérature ado pour la mettre en avant. Et si l’on salue cette initiative pour sa volonté de médiatiser cette littérature de manière pertinente avec une grande autrice à la carrière impeccable en littérature jeunesse, où est la mise en avant de l’audace entière aux acteurs multiples, de la diversité éditoriale de la littérature jeunesse qui sort souvent plus facilement des sentiers battus ?

     Et puis, bon, prix Vendredi, Lupiot le souligne bien... ça sent un peu le vieux comme nom.
    Elle est où notre littérature moderne, impertinente, singulière et audacieuse ?!

    Sur ce, je vous laisse vous faire votre propre avis et vous réjouir (ou non) de la création de ce prix littéraire qui a de bien nobles buts mais aussi du chemin à parcourir.
    Alors, et vous, c’est quoi votre jour préféré de la semaine ?


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    Post Scriptum : Je tiens à remercier Lecture Jeunesse pour l’aide apportée avec le numéro 147 de sa revue qui m’a été très utile pour cet article (c’est de cette revue que sont issues la plupart des réflexions sur les prix littéraires pour adolescents, avec le regard éclairé de Corinne Abensour, Sonia de Leusse-Le Guillou, Anne-Laure Bondoux, Marie Taupin, Béatrice de Leyssac et Fred Ricou). C’est une revue littéraire riche et fournie qui aborde, à chaque trimestre, la littérature ado avec un angle différent. Je vous la conseille vivement. 
    Si vous voulez en apprendre plus sur le prix Vendredi :
    • Article de Lupiot (Allez vous faire lire) ;
    • Interview d’une des membres du jury, Sophie Van Der Linden, pour 20 minutes.

    Prix Vendredi : un prix de littérature ado pas comme les autres

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