• Posté par : Tom 10 mars 2016

    Marie Chartres revient cette année avec un roman doux-amer aux personnages sensiblement substantiels.
    Vous vous souvenez ? Marie Chartres nous avait bouleversé, l’an dernier, avec Comme un feu furieux. Elle avait tiré la lumière jusqu’à nous, comme on découd un rideau trop épais. Cette année, elle revient, avec Les Petits Orages, un roman doux-amer aux personnages sensiblement substantiels.

    La vie n’a pas gâté Moses : un visage boutonneux et une jambe qui ne fonctionne pas. À vrai dire, il culpabilise plus qu’autre chose pour ce mystérieux accident qui l’a rendu éclopé. Dans sa famille, il y a comme de l’électricité, des non-dits vertigineux qui rendent la communication difficile. Son père ne lui adresse plus la parole et sa mère rigole, respire, vit… mais derrière, elle aussi, elle a quelques larmes à verser. Et si Moses, grâce à l’étrange élève indien qui vient de débarquer, arrivait à sortir de sa réserve, et à faire ainsi sortir sa famille de l’obscurité. Et si Moses avait la capacité d’aider aussi les autres, par exemple l’étonnant Ratso ?

    Ce roman trouve toute sa force dans la construction minutieuse et subtile de ses personnages. Par petites touches successives et avec un souci du détail, Marie Chartres nous offre deux héros à la fois ordinaires et hors du commun. Dans leurs blessures et leurs fragilités, on trouve leur authenticité qui nous émeut, et nous emporte. À l’intérieur d’eux-mêmes, Moses bouillonne et Ratso se défait. L’auteure dépeint avec une grande justesse deux personnages en train de grandir, et de se relever. Et ils se rendront compte que c’est toujours plus facile à deux. La fresque des personnages est ainsi réduite à eux et leur entourage mais elle est épaisse, chacun avec son étoffe singulière qui se frotte au monde. Ils se confrontent et se côtoient dans la plus belle des intimités.

    Dans cette atmosphère particulière, Marie Chartres transmet une incroyable vision de l'autre et de la difficulté de nouer des liens quand ceux qu'on a en soi se sont cassés. Plus encore, c'est un texte éloquent sur la résilience, et ce travail difficile qu'est l'acceptation du lâcher prise. C'est aussi à l'adolescence qu'elle est la plus difficile. Ce roman est soucieux des autres, de la jeunesse, du vivre ensemble. Soucieux de dire que c'est possible, qu'il faut parler et se construire avec l'autre. Et on la rêve, cette résilience, à travers eux, on la ressent... Et enfin ça remue.

    Parce qu'avec Les Petits Orages, on a un peu comme l'impression que l'émotion est plus cachée, plus ténue, un peu absente. Peut-être est-ce un ressenti réellement personnel, parce que j’accrochais pour les petits orages une barre aussi haute que le feu furieux. Et elle est difficile à atteindre. Mais dans cette l'étouffante immensité de Tiksi, on trouvait des mots velours, des mots chagrins, des mots lumières, qui y sont restés peut-être. L'écriture ici est plus simple, voire décevante. La poésie toute empreinte de vie de Marie Chartres se suffit à la simplicité des mots. Mais ici, l'écriture semble parfois fabriquée, trop détaillée. La poésie qui se veut normalement sublime dans l'évocation, était ici alourdie de phrases trop explicites, trop allongées parfois.

    Et la simplicité, on l'apprécie dans le filage de la trame. Cette histoire, c'est celle d'un road-trip qui nous embarque avec une bonne humeur communicative dans une voiture cabossée et dangereuse, un huis clos où la parole se libèrera. C'est enjoué et pétillant, intime et se veut saisissant, même si parfois ça rate. Mais toujours dans ce souci de vérité, Marie Chartres dépeint une nouvelle fois le tableau étonnant d'un peuple abandonné, en retrait, oublié. Intéressant et très bien fait, on ne comprend soudain pas, dans ce Dakota désertique, pourquoi rien n'a changé.
    Finalement, avec cette trame bâtie en un tissu fin et empreint de vérité, il n'y a pas de grand rebondissements sur les clairons d'une émotion trop fabriquée, mais simplement un fil qu'on suit, qu'on découvre humain ou drôle, triste ou amical. Parfois on tombe des nues, mais la chute n'en est qu'apaisée.

    En somme, Marie Chartres propose un roman où le ciel a sa présence qui se bataille aux orages. Ils sont là, dans la trame effilée de personnages éteints qui veulent retrouver la lumière. Marie Chartres la repeint une nouvelle fois, cette lumière qui nous hante. Elle vient à nous, et elle rassure. Après la tempête, vient toujours le beau temps.
    Les Petits Orages est donc malheureusement parfois facile (à la fin notamment) et parfois trop simple. Mais on découvre une nouvelle immensité dans sa splendeur de carte postale et son horreur humaine, grâce à un road-trip trépidant. Marie Chartres, avec une grande humanité, donne vie à des personnages uniques et tendres qui représentent très bien, même avec les imperfections de la narration, les orages qui, tous, nous hantent.
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    Depuis son accident, il y a un an, la vie de Moses Laufer Victor est différente : il garde sa colère et ses secrets enfouis en lui. Jusqu'au jour où Ratso, un Indien qui vient d'arriver au lycée, lui demande de l'accompagner voir sa sœur à Pine Ridge.

    Aux éditions l'école des loisirs, collection Médium
    277 pages
    16€50

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