13 avril 2021. Lettre à toi que j'aime

13 avril 2021. 

Julia, ce billet est pour toi ! (Et toutes celles et ceux qui le lisent, bien sûr, mais on va faire comme si on était rien que toi et moi, OK ?) 

Il y a deux, trois ans peut-être, ma mémoire me fait un peu défaut, tu m’as envoyé ce texte : Love, love, love. J’ai mis quelques semaines à te lire ; c’était un peu long, c’est vrai – et que le temps peut être long quand on attend la lettre d’un ami ! En fait, je crois qu’il y a deux, trois ans peut-être, je ne me rendais pas compte de l’importance qu’avait ce texte dans ma / la littérature ado de l’intime.

J’avais aimé, bien sûr, et j’en gardais ce souvenir vague, cette impression un peu douce des romans qui vous marquent on ne sait pas trop où et qui restent, en toile de fond. Avec des souvenirs un peu flous mais des sensations assez nettes pour qu’on ait l’impression de les avoir vécus. Je revoyais, comme si j’y étais, les répèts des Moonatics, chez Jobs, et ce jeu de badinages d’Yliès à Pénélope. J’avais dans les oreilles, encore, l’univers musical, ce rock un peu indé, la bande son un peu fauve, ce petit on-ne-sait-quoi arty vintage qui colore ton écriture.

Bref, mon corps était déjà sur le canapé de Jobs quand j’ai relu ton Love, love, love devenu Lettre à toi qui m’aimes. Mais j’avais oublié pourquoi : c’est que les les basses des Moonatics – en tout cas celles de Pénélope et Yliès – font un drôle de putain d’effet quand elles te traversent de la tête au pied. Et j’ai ressenti comme un truc nouveau, à cette deuxième lecture. Et c’est quelque chose, ça, non, en littérature ?

Bref, je suis de nouveau entré dans la lettre – la danse – de Pénélope qui refuse ? joue un peu ? les avances de son Roméo... Non, elle l’écrit (et qu’est-ce qu’elle – pardon tu l’écris bien !) : elle n’aime pas Yliès-Roméo, elle ne ressent pas ce qu’elle ressent pour Côme, ce truc dans le ventre et sous la peau – ce truc que tu décris si bien, avec toute la justesse du désir adolescent, et toute l’intensité qui le caractérise : ce que c’est d’aimer pour la première fois.

Elle-tu écris surtout ce trouble d’être aimé sans aimer en retour. Pénélope essaye pourtant ; elle raconte à Yliès qu’elle a aimé, au début, badiner un peu. Elle s’est posée la question, elle a trouvé chez lui ce quelque chose de tendre – c’est agréable, après tout, de plaire. Mais même si on a envie d’aimer, ça ne s’invente pas l’amour… !

Et toute ton écriture, je crois, est tendue dans ce décalage : les lignes rompues, la ponctuation comme des respirations, les vers qui viennent dire ce que l’on ressent, ce que l’on ne ressent pas, et tout ce qu’il y a entre les deux.

Depuis que je te lis (même depuis ton blog) j’aime la musicalité très riche de ta plume que tu assumes dans ce roman. Je t’imagine, dans la vie comme dans l’écriture, avec tout un bric à brac de petites trouvailles de ton invention que tu dissémines, ici et là, sans hasard, comme une Petite Poucette de l’écriture. Et à la fin, on ne se rendait pas tout de suite compte de ce que tu construisais, mais tout est là, et tient comme ça, un grand chemin de cailloux en équilibre parfaitement stable qui relie le lecteur ou la lectrice à ton roman-chez toi un peu magique. 

Mais dans ton écriture en vers de Lettre à toi qui m’aimes, (qui m’a charmé, de page cornée en page cornée – j’ai aimé une phrase sur deux, au moins), c’est ce « tout ce qu’il y a entre les deux » qui m’intéresse : tu dis quelque chose qu’on n’a jamais vraiment raconté, encore, en littérature. Et surtout (avec la voix un peu en recul, mature mais toujours écorchée de Pénélope qui pose sur cette histoire ce regard tendre et intense qu’on a quand on repense à son soi adolescent) tu dis tout ce qu’on n’ose pas dire, ado ou même adulte, à ceux avec qui on arrive pas à trouver le bon accord pour jouer ensemble. Tout tient dans cette recherche, après tout, en amour, non ? Est-ce qu’on va réussir à s’accorder à la fin ? 

Voilà : Lettre à toi qui m’aimes, pour moi, est aussi une « lettre à toi que j’aime ». Une lettre d’amour. OK, elle n’est pas amoureuse, mais est-ce que ça veut dire qu’elle ne l’aime pas ? Qu’ils ne s’aiment pas, à leur manière ? C’est ce qui m’a le plus touché deux, trois ans peut-être après avoir moi-même bien changé : tu ne racontes pas vraiment ce que c’est d’être aimé et de ne pas aimer en retour, tu racontes ce que c’est de s’aimer. Et je crois que c’est cette danse-là, que Pénélope et Yliès apprennent ensemble, parfois un peu malgré eux, et parfois parfaitement chorégraphiés.

Alors on ne mène pas la même danse tous les deux, bien sûr, mais je sais que tu le sais bien, toi, qu’on peut s’aimer de tellement de manières. Et quel bonheur, tu sais, depuis quelques années maintenant, d'être ton ami et de danser avec toi cette simple et jolie valse !,

Toi qui m’aimes

                               et toi que j’aime. 

_

Yliès et Pénélope, ça sonne comme un couple fait pour s’aimer, un duo romantique de lettrés ; c’est musical, gourmand, sucré-calé. Alors pourquoi Pénélope ne l’aime-t-elle pas, Yliès, hein ? Elle joue avec lui, en plus, sérieux : du jour où elle l’a rencontré, elle a su qu’elle lui plaisait. Elle l’a senti, compris. Alors pourquoi, pourquoi, l’a-t-elle laissé s’approcher, s’amouracher, se glisser dans son quotidien et ses amitiés, aller aussi loin, aussi près ? Pourquoi ne veut-elle pas l’aimer ?

de Julia Thévenot
Aux éditions Sarbacane
120 pages · 12,50€

 

Ce billet a été écrit et publié en toute liberté mais avec toute l'amitié des Éditions Sarbacane aux manettes du blogtour Lettre à toi qui m'aimes : merci à Aurélie, Julia et Manon pour leur confiance !
Rendez-vous demain chez La licorne à lunettes pour la suite...

Commentaires

  1. Oui!!!Un nouveau roman en vers libres!🤩🤩🤩

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  2. Je l' ai acheté et lu et il est super! J'ai écrit une petite chronique si vous voulez voir... mais en tous cas j' ai adoré! J'entreprends maintenant de lire bordeterre qui me tente beaucoup! Bye.

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