• Posté par : Tom 9 mars 2018

    Un portrait d'autrice par jour écrit par une femme durant le mois international des droits des femmes

    À l'occasion du mois international des droits des femmes, 31 femmes d'exception vous proposent de partir durant tout le mois de mars à la rencontre de 31 autres femmes, toutes autrices, aussi talentueuses et impressionnantes que les premières.

    Ainsi, chaque jour, pendant un mois, sur La Voix du Livre, découvrez un portrait d'une autrice, française ou étrangère, contemporaine ou historique, de littérature générale, jeunesse, musicale ou illustrée, écrit par une invitée, qu'elle soit autrice elle aussi ou bien illustratrice, blogueuse, chanteuse, dramaturge, comédienne, professeure, youtubeuse...

    C'est parti pour un mois d'exploration de 31, voire 62, chambres à soi, ces lieux immanquables de littérature où les femmes trouvent, enfin, leur place.

    Jour 9 : Susie Morgenstern présente Rose Lagercrantz
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    Une rose est une rose est une rose : Rose Lagercrantz

    La bien nommée Rose est une rose suédoise que j’ai eu la chance de rencontrer il y a au moins un quart de siècle. Je suis fière de dire qu’elle est mon amie. Un des privilèges d’être un écrivain de jeunesse est que nous rencontrons d’autres écrivains de jeunesse. Les écrivains de jeunesse restent jeunes.


    Le malheur est que Rose écrit en suédois, langue que je ne sais pas lire. Il a fallu que j’attende qu’elle soit traduite en français et en anglais pour connaître cette joie. J’ai pu alors lire six parmi ses 60 livres (dont sept pour la vieillesse). D’abord il y a eu Des baisers pour plus tard (2007) chez La Martinière Jeunesse et puis la série à l’école des loisirs Ma vie heureuse (2013), Mon cœur ravi (2014), Finalement, c’était moi la plus heureuse (2016) et Tout pour toi (2017).

    Pour compenser les 54 titres qui me manquent, je lis et relis les 6 en boucle. Si je suis triste, si je suis heureuse, je me plonge dans la vie de Dunne et chaque nouvelle lecture m’apaise et me donne de l’énergie. Dunne, orpheline de sa mère, est venue à Rose quand sa mère est morte. Son chagrin l’a poussée à créer un personnage qui ne boude pas quand la vie est dure, une fille avec une philosophie qui lui permet de jouir de la vie quoiqu’il arrive. Rose dit que cette façon de faire face lui correspond car « comment survivre autrement quand tu es l’enfant des survivants de la shoah ? »

    Dunne affirme qu’elle est toujours heureuse. Dans le premier volume de la série, elle est vraiment contente parce qu’elle a trouvé une amie, Ella Frida, en C.P. Un mariage parfait ! Ella Frida est exubérante et un peu folle, alors que Dunne est plutôt timide. Le bonheur selon Dunne est d’être conscient que l’on est heureux. Elle l’est ! Jusqu’au drame du déménagement de sa meilleure amie. Les deux filles tombent alors en miettes. Les six livres de la série (dont deux pas encore traduits en français) racontent comment les deux filles essaient de se rencontrer. C’est une longue histoire de fidélité de deux amies qui savent que l’amour n’est pas échangeable. Malgré les changements dans leurs familles, l’amitié profonde est une constante, même si elles ne se rencontrent plus beaucoup.

    Il faut mentionner aussi les illustrations d’Eva Eriksson. Comme l’amitié entre Dunne et Ella Frida, Rose et Eva forme un couple parfait. Chaque sentiment dans le texte de Rose reçoit l’expression émouvante d’Eva. Elles tirent toutes les fibres de nos cœurs.

    La série commence par : « Il est tard, pourtant Dunne n’arrive pas à dormir. Certains comptent les moutons, mais pas elle. Dunne compte toutes les fois où elle a été heureuse ». Suivent les exemples insolites. Les écrivains de jeunesse savent que le plus difficile au monde c’est d’être simple. Les écrivains de jeunesse les plus chanceux sont ceux qui ont gardé très fort en eux l’enfant qu’ils étaient. Rose a ce don à l’extrême. Et elle est uniquement douée. Elle n’avait pas besoin de tous les prix et les distinctions qu’on lui a attribués, mais elle les mérite ! J’aimerais citer les livres en entier et laisser Rose parler par elle-même. Juste encore un : « C’est le dernier jour de CP de Dunne. Dunne qui est si heureuse qu’elle pourrait écrire un livre entier sur le bonheur ». J’ai demandé à Rose quelle était sa relation avec Astrid Lindgren et Selma Lagerlof : « Elles font partie de mon enfance. Qu’est-ce qu’elle aurait été sans elles ? Elles m’ont ouvert des portes sur la vie. Les livres pour enfants peuvent faire ça. J’étais une enfant unique et nous étions des étrangers. Elles sont le meilleur de l’esprit suédois. Après, j’ai fait la connaissance d’Astrid. J’ai écrit mon deuxième livre et elle m’a donné un prix. »
    J’aime furieusement Dunne et son entourage. J’attends avec impatience le 5ème et sixième. Et par délit d’initiés, je sais que Rose écrit le 7ème et dernier de la série.



    L’autre livre de Rose que je connais grâce à un éditeur intelligent qui a eu la bonne idée de le publier en 2007 (Béatrice Decroix quand elle était à La Martinière Jeunesse) est Des baisers pour plus tard. Le livre est dédié à la mémoire de la jeune femme qui a sauvé son père, et en même temps à l’histoire de ce père, plus grand que la vie.
    « Il était une fois dans la ville dorée de Prague une petite fille qui ne voulait embrasser personne. « Je garde mes baisers pour quelque chose de plus important » avait-elle dit une fois, quand elle avait cinq ans, et elle avait raison car un jour viendrait celui qui serait digne de chacun de ses baisers. »
    Rose a écrit ce livre, qui a eu le prix prestigieux Augustpriset, à partir des 29 cassettes de 90 minutes chacune que son père a commencé à enregistrer à 90 ans. Ce sont les heures les plus sombres de l’histoire européenne mais chez Rose, il n’y a pas de pathos, comme Roberto Benigni. Son père, Orges pour Georges, est un super héro musclé d’une bande dessinée.
    Le livre se lit comme une fiction palpitante, une histoire d’aventure, mais tout (tout ?) est vrai. Le drame de cette période surgit de pages sans hystérie, dans la simplicité et même avec humour comme pour dire « C’est la vie ! »

    Je ne sais pas dans quelle école d’écriture Rose a appris son art, mais je m’inscris ! Et quand tous les livres de Rose seront traduits, je n’écrirai pas un simple article mais une thèse.

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    Susie Morgenstern est née en 1945 dans le New Jersey aux États-Unis. Elle a commencé ses études là-bas, puis en Israël, avant de les achever en France autour d'une thèse en littérature comparée : Les fantasmes chez l'écrivain juif contemporain. Alors, Susie Morgenstern, ni tentée par le milieu professionnel de la musique (qu'elle avait déjà intégré en tant que contrebassiste), ni attirée par la critique littéraire, se met à l'écriture et à l'illustration... ce qu'elle n'arrêtera jamais.
    Elle est aujourd'hui une écrivaine incontournable de la littérature jeunesse française contemporaine (La sixième, Lettres d'amour de 0 à 10, et bien d'autres).
    Elle a été nommée, en 2016, Chevalière de la Légion d'Honneur.

    { 2 commentaires... lisez les commentaires ou Commentez }

    1. Ma vie heureuse, un tellement gros coup de coeur à sa sortie... Et ça ne m'étonne pas que Susie l'aime, il y a comme ça des évidences artistiques, émotionnelles ! Très belle présentation en tout cas, une fois encore :)

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      1. Oui, encore un très beau portrait d'une autrice qu'il FAUT que je découvre :)

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    Alex la Belette et moi, on aime bien les commentaires ! Ça nous donne de l'audace !
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