• Posté par : Tom 5 mars 2018

    Un portrait d'autrice par jour écrit par une femme durant le mois international des droits des femmes

    À l'occasion du mois international des droits des femmes, 31 femmes d'exception vous proposent de partir durant tout le mois de mars à la rencontre de 31 autres femmes, toutes autrices, aussi talentueuses et impressionnantes que les premières.

    Ainsi, chaque jour, pendant un mois, sur La Voix du Livre, découvrez un portrait d'une autrice, française ou étrangère, contemporaine ou historique, de littérature générale, jeunesse, musicale ou illustrée, écrit par une invitée, qu'elle soit autrice elle aussi ou bien illustratrice, blogueuse, chanteuse, dramaturge, comédienne, professeure, youtubeuse...

    C'est parti pour un mois d'exploration de 31, voire 62, chambres à soi, ces lieux immanquables de littérature où les femmes trouvent, enfin, leur place.


    Jour 4 : Alice Brière-Haquet présente Anne Sylvestre
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    J’ai dû la découvrir au ventre. Au sens propre. Ma mère, la vingtaine, héritière de 68 et Doltoïste de la première heure, faisait partie de ces personnes qui pensent que le monde appartient à ceux qui s’éveillent tôt. J’ai ainsi passé toute ma vie de fillette avec Anne Sylvestre : dans ma cité HLM, je chantais j’ai une maison, pleine de fenêtres et le terrain vague, avec elle, se parfumait de varech.

    Je l’ai emmenée dans ma vie de jeune fille, sur le petit lecteur CD de ma chambre universitaire. Elle faisait sans doute office de doudou (objet transitionnel dans le jargon maternel) mais pas seulement. Car tandis que j’étudiais la journée dans ma fac de Lettres l’art de la brièveté d’un La Fontaine ou du sourire selon Voltaire, j’étais surprise de les retrouver le soir au détour des Fabulettes.

    Elle m’a accompagnée dans ma vie de maman, évidemment. Mes petits au creux du lit, nous allions dans la caverne avec le loir et la marmotte, attendre que passe l’hiver, ou juste la nuit, et guetter au matin le printemps voli volant qui met les oiseaux dans le vent… Elle a rythmé ces années-là, des épopées de récrés jusqu’aux poussées lyriques quand l’amour monte en graine.

    Plus tard, je ne sais plus quand, je découvrais un autre pan de son répertoire, celui qu’on dit « pour adultes », même s’il y avait longtemps que le qualificatif « pour enfants » n’avait plus beaucoup de sens pour moi. Ce que je découvrais surtout, c’était une galerie de femmes : Cécile et son Lazare, Simone et ses hormones, Gabrielle et son élève, Rose et sa poupée cassée, Clémence aussi qui voulait se reposer, et tant et tant de ces sorcières comme les autres.

    Ou parfois, juste un mur pour pleurer.



    Au même moment, juste derrière l’artiste, je distinguais la femme : ses luttes et ses engagements… et l’invisibilité que cela lui avait coûté. Non, non, tu n’as pas de nom… Le féminisme, car c’est bien de cela qu’il s’agit, n’a pas bonne presse dans notre pays et les journalistes préfèrent ressortir depuis un demi-siècle le cliché à la testostérone d’un « Brassens en jupon », que de s’intéresser véritablement à sa singularité. J’ai ainsi pris connaissance de ses rages, de ses agacements, de tout ce travail ingrat de pionnière qui nous permet, à nous, aujourd’hui, d’exister.

    Car nous sommes nombreux à suivre ses pas, et Anne Sylvestre est régulièrement un point d’ancrage entre collègues dans les salons. Ses vinyles, comme les premiers opéras, portaient en germe tout notre art : des images (celles de PEF, et quel dommage que ses collages soient devenus si rares !), des rythmes, des mots, et, surtout, des idées.

    Et je sais d’où vient mon écriture de formes courtes un peu rimées.

    Alors oui, je lui dois beaucoup, c’est sûr, en tant qu’autrice, en tant que femme, en tant que mère… Mais c’est encore la fillette qui a le cœur qui déborde en ce moment-même, c’est elle qui reste le plus reconnaissante. Reconnaissante qu’on se soit adressé à elle d’emblée avec intelligence et humanité. Reconnaissante qu’on l’ait accueillie si tôt sur le chemin des mots.

    Merci et bravo.


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    Alice Brière-Haquet est une autrice d'albums et de romans pour la jeunesse. Elle a publié depuis son premier livre, L'épouvantail, plus d'une cinquantaine de livres.
    Vous pouvez la retrouver sur son blog où elle continue de défendre la littérature jeunesse sous toutes ses formes (par exemple avec son billet « Trêve de confiserie ! »).
    Elle a également co-créé le groupe Facebook « Les pépettes de Montreuil » en 2017 pour répondre au manque de représentations d'autrices dans les sélections des Pépites du Salon du livre et de la presse jeunesse.

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