• Posté par : Tom 29 nov. 2016

    Interview de Rébecca Dautremer autour de son nouvel album, Le Bois dormait, aux éditions Sarbacane.

    À l'occasion de la parution du nouvel album de Rébecca Dautremer, Le Bois dormait, aux éditions Sarbacane, je me suis rendu dans son atelier... Entre quelques questions, elle m'a montré pour vous des croquis, dessins et essais qui ont participé à faire naître ce magnifique album.
    Bon visionnage !



    MA CHRONIQUE DU BOIS DORMAIT

    « Oh un nouvel album de Rébecca Dautremer ! » me suis-je dit d’abord.
    « OH MAIS COMMENT ? MAIS ? WAOUH C’EST TROP BEAU ! » (imaginer un regard ébahi et bouleversé) est ce que je me suis dit quand j’ai enfin lu l’album.

    Comme l’indique le titre, l’inspiration de l’illustratrice sort tout droit d’un des contes les plus connus, La Belle au bois dormant. Mais, elle précise bien que ce n’est pas tant une réécriture qu’elle a voulu faire, qu’imaginer un monde endormi. Pourtant, en revenant à une des plus fortes histoires de notre imaginaire commun, l’artiste nous replonge, à travers un album d’une grande beauté – peut-être l’un de ses plus beaux –, au creux des histoires qui nous forgent, de nos émotions à notre éveil au monde.

    Un monde éteint, endormi dans un seul mouvement, en page de droite, est observé et contemplé par un duo de personnages touchant qui marche et discute, en page de gauche. Les esquisses simples de personnages retranscrivent un univers distinct de celui de ce monde endormi. Le duo, qui n’est qu’une ébauche, a pourtant un trait assuré, montrant sa véracité. Un jeune et un vieux regardent ce monde endormi, pragmatiques… Pragmatiques ? Peut-être pas tant que ça. Et si le jeune, lui, croyait aux histoires ?
    Cet album presque fantasmagorique nous emmène au plus près de nos élans intimes. En fait, Rébecca Dautremer use d’un champ de représentations picturales de mouvements à l’arrêt qui fait tendrement écho à des sentiments qui sont endormis, là, au creux de nous.

    Ces sentiments, ce sont, pour moi, ceux qui sommeillent ou vibrent sans cesse en moi. Donc des désirs, tendus vers l’avenir, mais laissés là, en attente. Dans Le Bois dormait, ce sont les sentiments d’une jeunesse qui agit après s’être relevée.
    Rébecca Dautremer donne ce pouvoir à un garçon que la beauté de l’autre et de l’amour va éveiller et c’est lui qui, passant d’un monde à l’autre, va à son tour faire bouger les choses. Du moins c’est ce que j’imagine, car la fin en ellipse laisse place à une autre forme de contemplation que l’on retrouve aussi dans les blancs des illustrations de gauche : l’imagination.
    À travers ce personnage du garçon construit en demi-teintes, d’un sentiment à l’autre (ennuyé à fasciné), on touche à la beauté – une nouvelle fois – la beauté de la jeunesse qui a de fous pouvoirs de désirer, croire, voir plus loin, et peut-être nous sauver – tous.
    Les sentiments, enfouis en moi, sont aussi ceux qui s’agitent au contact des histoires. Dans cet album qui laisse songeur, on invite à croire aux histoires, aux contes de fée même, à l’imagination. Et si cette croyance peut-être trop rêveuse avait la capacité de nous redonner de l’élan, de nous faire agir ?


    Des romans, aussi, nous invitent (à merveille !) à croire aux histoires et à leur pouvoir sur le réel :

    Les illustrations de Rébecca Dautremer, d’une grande douceur, sont aussi l’écho d’un silence qu’on ressent d’une manière incroyable. Ce silence se marie d’ailleurs à merveille à ces personnages arrêtés dans leurs mouvements, endormis dans leur action. Il se marie aussi au blanc des personnages crayonnés qui semblent avoir encore tout un monde à découvrir.


    En fait, le silence qu’on ressent au contact des illustrations est le témoin le plus certain de la puissance évocatrice de l’art de Rébecca Dautremer, et l’envie vibrante d’agir et de croire aux histoires le témoin le plus fort de la puissance narrative du dialogue et des non-dits des illustrations et du texte.

    Le Bois dormait est un objet incontournable de contemplation dans lequel on plonge avec une langueur aussi apaisante que lancinante.
    ____________________

    Deux personnages, dont l’un semble un prince, s’engagent sur un chemin. Ils bavardent, remarquent un papillon, une grenouille, un lièvre, un éléphant… un cavalier – tous endormis. Pénétrant dans les faubourgs d’une ville, ils découvrent cette fois un enfant sur une balançoire, tout un orchestre et plus loin un balayeur, deux boxeurs, un roi et une reine – guère plus éveillés.

    Nul doute, nous sommes dans l’univers étrange de La Belle au bois dormant, sans les codes visuels habituels. Inutile de raconter le conte, tout le monde connaît. C’est plutôt l’occasion ici de jouer avec le lecteur (et le prince du début). Tu crois qu’ils sont morts ? Allons, tu en avais entendu parler ! 100 ans, à ce qu’on dit ? Mais qu’attendent-ils pour se réveiller ? Il n’y en a pas un qui ait envie que ça change… ? Et donc, un baiser d’amour suffirait à secouer ce monde-là ? Tu y crois, toi ?


    Éditions Sarbacane
    64 pages
    18 €

    { 4 commentaires... lisez les commentaires ou Commentez }

    1. J'ai également adoré cet album : aucun doute, je vais le conseiller à plein de parents et de grands-parents pour Noël dans la librairie où je travaille !
      Et comme quoi les grands esprits se rencontrent on dirait : moi aussi j'ai immédiatement pensé au Livre de Perle ! Bon, l'autre roman j'avoue que je ne l'ai pas lu... Mais du coup ça me donne envie !

      RépondreSupprimer
      Réponses
      1. Génial !!! Merci de ton retour :)
        Oui, lis La Langue des bêtes qui est un roman absolument merveilleux !

        Supprimer
    2. Tataaaaaaaaa je reviens !
      Alors figure-toi que j'ai toujours beaucoup aimé les illustrations de Rebecca Dautremer mais je ne m'étais jamais offert d'album (il faut dire que c'est encore récent pour moi, de m'offrir ce genre de livre). Mais alors quand j'ai vu la chronique de Lupiot et quand j'ai vu la couverture tout court, j'ai vraiment eu un coup de foudre.
      J'aime cet aspect figé, ce moment de tension (les deux boxeurs), d'attente (le balayeur) et j'ai été frappé par l'androgynie des personnages (le balayeur, le prince), avec cette légère liberté d'interprétation...
      Et en lisant tes analyses sur le monde en marche, je me dis que le monde est aussi à colorer, puisqu'au début, j'étais déçue de ne pas retrouver tout le monde dans une superbe illustration couleur et puis finalement, c'est à nous de les faire, ces couleurs...
      Bref, je vais aller le relire d'ailleurs et j'ai promis à mes élèves de le mettre au fond de la classe (à force de les avoir poussé à rôder autour de Sarbac', ils ont flashé aussi ^^)
      (Et puisque tu veux des coms, tu auras ma vie en prime hi hi : je viens de suivre une formation qui m'a montré comment construire des séquences autour d'album, et je pense que Le Bois Dormait est ma prochaine cible :D)
      Bon repos post-salon :)

      RépondreSupprimer
      Réponses
      1. Super que tu aies enfin succombé ! Figure toi que pour moi c'est exactement pareil. C'est drôle ça...
        Tu le décris très bien, merci pour ton avis :)
        Tu me diras les retours que tu auras de tes élèves ?
        (Génial ça a l'air passionnant, j'espère qu'on pourra en discuter ensemble !)
        Merci, bonne semaine !

        Supprimer

    Alex la Belette et moi, on aime bien les commentaires ! Ça nous donne de l'audace !
    N'hésitez pas à poster votre avis, une idée, une blague, une remarque. Tout ce que vous voulez, tant qu'on peut échanger. Parce que la littérature n'est jamais plus belle que quand on la partage.

  • - Copyright © 2016 La Voix du Livre - K-ON!! - Powered by Blogger - Designed by Johanes Djogan -