• Posté par : Tom 19 nov. 2016

    La question que ne veulent pas entendre les femmes dans la bande-dessinée !
    La question que ne veulent pas entendre les femmes dans la bande-dessinée

    « S’il n’y a pas d’égalité entre homme et femme, alors il ne peut y avoir d’humanité » a dit Radu Mihaileanu (réalisateur et scénariste de cinéma). Vous avez trois heures !

    Alors si faire une escapade à « Quai des Bulles », le 36e festival BD de Saint-Malo c’est le plaisir de découvrir les artistes par de magnifiques expositions, c’est aussi les rencontrer pour échanger avec eux, et pourquoi pas sur cette question difficile qu’est l’égalité hommes-femmes. Et je tiens à remercier les dix artistes qui m’ont accordé de leur temps pour des échanges très intéressants: Stéphanie Blake, Agnès Maupre, Laetitia Coryn, Dorothée de Monfreid, Annabel, Florence Cestac, Yrgan Ramon, Carole Maurel, Alexe, Maria Paz Matthey.

    Il y a moins d’un an, l’absence de femmes dans la liste des nominés pour le Grand Prix du Festival de la Bande-Dessinée d’Angoulême avait provoqué un tôlé médiatique. Une prise de conscience version grand public sur les préjugés et les stéréotypes sexistes. À maintenant trois mois de la prochaine édition de ce festival renommé, quelle est la situation des femmes dans le 9è art ?

    Vous avez compris, c'est injuste.
    Au début de la bande-dessinée moderne, le préjugé qui perdure voulait que ce genre littéraire soit surtout un univers masculin, et un loisir de garçons, puis des dizaines d’années se sont écoulées et l’évolution s’est amorcée. Dans les années 1950, entre 1 et 10% des auteur-es seulement étaient des femmes selon les sources. Aujourd’hui on constate entre 12 et 27% de femmes dans la profession (étude de l’ACBD en 2013, et des états généraux de la BD en 2016), ce qui est toujours peu. Pourtant, il y a plus de femmes dans les écoles d’art, et elles sont parfois plus nombreuses que les hommes. Pourquoi ? Parce que les préjugés persistent : c’est un métier d’hommes, adressé à des hommes. La preuve, quand des femmes comme Pénélope Bagieu ou Yrgan Ramon se lancent dans la bande-dessinée avec des héroïnes, elles font de la bande-dessinée dite « girly » ! Et pourtant, cette dernière dit bien que son premier album, Cath et son chat, qui avait été destiné aux filles, a vu arriver un public de lecteurs mixtes aimant les animaux.
    Côté prix, les œuvres des auteures sont sélectionnées, mais elles obtiennent moins de prix. Pour exemple, à Angoulême, sur 40 grand prix, seule Florence Cestac l’a jusqu’ici obtenu. Et depuis 2007, sur les 41 différents lauréats des diverses distinctions à Saint-Malo, seule 7 femmes ont été primées, et surtout depuis 2013.

    Trois BD rien que pour vous, mesdames parce que
    vous ne pouvez quand même pas lire la même chose que les hommes !

    Alors face à ces inégalités, que ressentent-elles en 2016 ?

    En général, le ressenti est plutôt positif. L’ambiance est bonne. Ce qui peut être rassurant en cette période de forte sensation de recul dans notre société sur les questions du genre.

    Plusieurs artistes affirment qu’elles n’ont pas de souci avec les éditeurs : « les collègues sont cools ». « La sous-représentation diminue et cela s’améliore ». Certaines, même, ne ressentent aucune discrimination. Une jeune auteure explique qu’elle n’a par exemple pas l’impression d’avoir à « faire sa place ».

    Si toi aussi ça t'énerve, fais un regard méchant.
    Néanmoins, cette égalité homme-femme n’est pas encore atteinte. « Nous sommes encore dans un monde masculin dominant ». Le sexisme de la société s’applique bien sûr dans le monde de la bande-dessinée et des stéréotypes sont encore bien présents.
    Lesquels sont-ils ?

    • C’est un métier d’homme

    Combien de dessinatrices n’ont pas entendu : « ah, tu as choisi un métier d’homme » ? Sans doute peu.

    • Le stéréotype du dessin féminin / du dessin masculin

    Quelques-unes des illustratrices interrogées ont pu entendre : « tu ne dessines pas comme une fille » ou « à quoi ça sert de prendre une femme pour faire un dessin d’homme ». Tiens, il y aurait du genre dans le dessin ? Pire que le dessin qu’on dit souvent « girly » ou « féminin » (posez la question à Diglee, par exemple, qui sera ravie de vous répondre), on interdit donc même aux femmes de faire un dessin « d’hommes » ?

    • Les femmes bédéistes, fournisseuses de « matériel masturbatoire »

    Face aux lecteurs, lors de séances de dédicaces, l’ambiance est là aussi, en général, très bonne. Le public est majoritairement masculin, mais de plus en plus mixte. Mais il reste des demandes sexistes surtout sur la représentation de la femme dans les dessins. Là aussi, il y a encore du chemin à faire. « Je ne veux pas faire de pouffiasses aux gros seins » ou « je ne fournis pas de matériel masturbatoire » m’affirment deux auteures.

    Enfin, il faut noter que le sexisme ne vient pas que des hommes. Des femmes tiennent aussi des propos misogynes.

    Du fait de cette prise de conscience, le Collectif des Créatrices de Bande-Dessinée contre le sexisme a été créé. Il regroupe aujourd’hui plus de 200 femmes.




    Tout le monde peut (et devrait ?) en parler. Les artistes rencontrées sont, elles, plutôt positives, rassurantes, en tout cas combattantes. « Il faut batailler plus, éviter les clichés ».

    On ne devrait même pas avoir à parler de BD féminine ou masculine, tant pour les auteur-es que pour les lecteurs-trices. Mais, tel le reflet de notre société : le sexisme existe bel et bien dans le 9è art. Et ça ne serait pas rendre service à la BD de faire comme si de rien n’était.

    C’est aujourd’hui à chacun de choisir ses lectures et les auteur-es qu’il souhaite découvrir. Mais ne passons pas à côté de l’art, et attachons-nous à regarder tout ce que font les femmes non pas comme travail de femme dans la bande-dessinée mais comme travail d’artiste.



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