• Posté par : Tom 27 oct. 2016

    Un incontournable de la littérature, en poche dans la collection Folio : Vango, de Timothée de Fombelle
    Vango Romano est de ceux entre ciel et terre qu’on n’attrape jamais. Ce jeune homme venu des îles Éoliennes, au sud de l’Italie, mais né on ne sait où, est poursuivi par des mystères bien trop grands pour lui. Malgré ce poids qu’il porte et qui ne cesse de projeter sur sa route des hommes à sa recherche, Vango tente de rester debout. Y arrive-t-il ? Comprendra-t-il enfin qui il est vraiment ?
    « Vango poussa sur la pente de ce volcan éteint. Il y trouva tout ce dont il avait besoin. Il grandit avec trois nourrices : la liberté, la solitude et Mademoiselle. » 
    À l’image de son héros en fuite, ce diptyque a en lui l’élan des grands romans et des grandes aventures. C’est au cœur des années sombres de l’entre-deux guerres que Timothée de Fombelle place la course effrénée de Vango. Donnée par une narration et des dialogues finement ciselés, sa fuite se poursuit sur ces deux tomes où l’auteur fait l’étalage pudique mais remarquable de son art. C’est un travail d’orfèvre qu’il y accomplit, en disant avec si peu de mots le monde éclaté de Vango.
    « Mais il faut bien vivre de quelque chose. » 
    Timothée de Fombelle maîtrise en effet l’art d’un récit dénudé qui se suffit à lui-même mais qui raconte avec vivacité et justesse ce héros sautant d’île en île, en quête de la vérité sur lui et ses ennemis qui, seule, pourrait le sauver. Cette narration sied de façon évidente à Vango qu’on contourne et cerne sans jamais vraiment connaître.
    « Et déjà, il sentait une petite lucarne s'ouvrir en lui. » 
    Elle est encore loin, pourtant, cette vérité : jusqu’à un dénouement qui frôle avec finesse nos palpitations intérieures, les fils des histoires s’entremêlent. C’est aussi là tout l’art de Timothée de Fombelle, qui fait croiser les lignes pour mieux les séparer. Ces personnages font faire le tour jamais complet de ce jeune homme en quête de soi et dévoilent peu à peu leur(s) visage(s). Ce sont eux, la vérité de Vango, ce genre de vérité qui remue les tripes et construit une vie : Mademoiselle, franchement divine, La Taupe, sans doute la plus aérienne de tous, Zefiro, gonflé d’audace, Ethel, un des plus beaux personnages féminins de la littérature, ou encore Eckener, perdu entre deux flots… Se tisse ainsi une toile de personnages incarnés qui se croisent sans cesse et se rencontrent peu.
    « Puis elle se rappela que les rêves avaient une fin. » 
    Quand ils se rencontrent, pourtant, ça explose en action, en émotions ou en suspens. L’auteur a l’habilité des romanciers populaires, celle d’enchanter l’action et de tenir en haleine, et la virtuosité des littéraires, celle de dire le monde comme on le ressent, et ce jusque dans ces dialogues qu’on pourrait, eux seuls, lire comme on savourerait la paix après les guerres mondiales.
    « Est qu'on rentre le sable des rivières quand il pleut ? » 
    C’est en effet dans un contexte noir que s’ancre cette histoire. On ressent pleinement la montée du nazisme dans cet entre-deux guerres : la terre qui tremble sous le pas des militaires, les déchirures du ciel causées par des essais de bombes et les reflets brûlants de villages à l’agonie. Timothée de Fombelle construit avec adresse son récit dans cette ambiance pesante et lourde. C’est notamment grâce à un registre épique, hyperboles et envolées lyriques en premières lignes, que l’auteur propose alors, directement et sans escale, un monde entier en l’étalant peu à peu sous nos yeux, comme on étend un tapis venu d’ailleurs.
    « Mais il faut bien vivre de quelque chose. » 
    Le romancier écrit donc avec la solennité des grands moments et la douceur de la plus intime des histoires, sans pour autant oublier l’humour nécessaire et la douceur évidente. Il a surtout le sens infime du détail, en plaçant ses décors avec les plus petits cailloux et par petits morceaux explore notre monde. C’est à l’image de cette façon habile de contourner Vango pour mieux le raconter.

    « Même dans un roman ça ne tiendrait pas.» Et pourtant, Timothée de Fombelle signe ici l'histoire fidèle au passé et panachée de personnages qu'on cerne en quelques mots et auxquels on croit jusqu'au bout. Pourtant, cela paraît encore plus difficile encore dans un roman d'aventure où le mécanisme des actions est intense et n'a droit à aucun temps mort.
    Si Timothée de Fombelle est, sans conteste, l’un des plus grands romanciers contemporains, Vango, son troisième roman, est pour sa part un des plus grands romans du siècle. Avec une maîtrise implacable de l’aventure et de l’écriture, il signe ici un chef d’œuvre littéraire qui semble nous raconter tous autant que nous sommes. C'est sans aucun doute l’élégance du récit et la justesse des émotions qui font de Vango un roman qui vous habite longtemps, voire toujours.
    «  Combien de royaumes nous ignorent ? » 
    ____________________

    Au début du siècle dernier, Vango grandit à l'écart du monde, dans les îles Éoliennes, au large de la Sicile. À dix ans, il découvre un monastère secret dont les moines deviennent sa famille. Il traverse l'Atlantique sur le Graf Zeppelin. Il entre au séminaire à Paris. Mais Vango s'est toujours senti traqué par des puissances mystérieuses. Alors qu'il doit être ordonné prêtre, une course-poursuite s'engage avec la police sur le parvis de Notre-Dame. De quel crime l'accuse-t-on? Tandis qu'enfle le bruit de la guerre, Vango cherche sa vérité, et son histoire contient toutes les aventures.

    Éditions Gallimard, collection Folio
    448 pages
    7,90 €


    { 4 commentaires... lisez les commentaires ou Commentez }

    1. Réponses
      1. Il existait déjà en Folio junior ;)

        Supprimer
    2. Voilà qui va permettre d'élargir le public de ce petit bijou jusqu'au esprit les plus fermés à la vue d'un livre estampillé jeunesse... (>.<)

      RépondreSupprimer

    Alex la Belette et moi, on aime bien les commentaires ! Ça nous donne de l'audace !
    N'hésitez pas à poster votre avis, une idée, une blague, une remarque. Tout ce que vous voulez, tant qu'on peut échanger. Parce que la littérature n'est jamais plus belle que quand on la partage.

  • - Copyright © 2016 La Voix du Livre - K-ON!! - Powered by Blogger - Designed by Johanes Djogan -