• Posté par : Tom 19 oct. 2016

    Chronique de la trilogie et entretien avec l'auteur dans le cadre du blog tour organisé par Hachette Romans !


    Bleu Blanc Sang a de quoi surprendre. Dès les couvertures du livre on comprend trois choses :

    • C’est un projet ambitieux avec trois tomes à la parution simultanée ;
    • C’est une trilogie extrêmement actuelle, avec toute la force émotionnelle et narrative que cela suppose ;
    • C’est le retour de Bertrand Puard, un auteur incontournable au style vif et excitant.


    Bleu Blanc Sang commence sur l’enterrement, en 2018, du président de la République. En même temps qu’on assiste, tendus, à ces tragiques funérailles, des tableaux d’une artiste révolutionnaire jusque-là inconnue sont détruits ou vendus aux enchères à une somme exorbitante. Tout cela est bien entendu lié… mais jusqu’où ? C’est ce qu’Eva Brunnante, fille du seul spécialiste disparu de l’artiste en question, Justine Latour-Maupaz, va malgré elle devoir tenter de démêler. Projetée au cœur d’un monde de pouvoir impitoyable, elle va se retrouver, comme beaucoup d’autres personnages ou le lecteur, prise dans une machination digne d’une grande partie d’échecs dont nul ne sait qui est le meneur…

    « Le président Tourre, lui, pouvait compter sur la force d’un état, d’une nation, de la République. La République… bleu, blanc, sang.»

    Bleu Blanc Sang est en effet un projet ambitieux et cela est concomitant avec le deuxième point. Outre l’impressionnante capacité de travail de Bertrand Puard, dont il parle dans l’interview vidéo ci-dessous, c’est-à-dire la capacité de pouvoir produire en un laps de temps resserré une trilogie brillante dont les trois tomes paraissent en même temps, c’est l’histoire qu’il construit et les thèmes qu’il aborde qui impressionnent, fascinent et séduisent.

    « Une passion n’est pas un bonheur. »

    Cette intrigue considérablement bien construite illustre en fait avec une grande finesse la complexité d’une politique corrompue jusqu’au cou mais plus encore les rapports de pouvoirs qui s’y jouent. Au milieu d’échanges colossaux d’argents, d’informations et de stratégies, la société décrite par Bertrand Puard se corrompt, s’affronte en son sein, se brûle. C’est avec son style vif et extrêmement dynamique que l’auteur retranscrit très justement cet univers, reflet effrayant du monde dans lequel nous vivons.

    Plus encore, tout au long de sa trilogie dont le rythme grimpe de plus en plus – notamment jusqu’à la fin du deuxième volet empreint d’une intensité qui en fait le meilleur volet de la saga – l’auteur fait une vertigineuse comparaison entre la Révolution française et celle qui semble prête à se dérouler dans ce futur proche. Il pose ainsi aux jeunes lecteurs les jalons de questionnements nécessaires à l’état actuel de notre monde : doit-on se révolter ? se battre ? renverser le système ?

    « - La vie, la vraie, n’est pas une partie d’échecs.C’est parce que tu n’as jamais cru à cela, justement, que tu perdras la grande partie à venir. »

    Enfin, ce récit politique, sociétal et interindividuel vertigineux a pour décor le passionnant monde de l’art. Dépeint avec précision, il est utilisé avec justesse par Bertrand Puard comme toile de fond du roman jusqu’à ce que celle-ci prenne toute la place. Frénésie du marché de l’art, batailles bourgeoises de ce petit monde, art libre et révolutionnaire soudain sujet d’argents, de complots et de vols toujours plus ridicules… L'auteur s’autorise ici, avec une grande habilité, une critique acerbe de notre société cristallisée ici dans ce monde de l'art bien loin de son aspect romantique, et une réflexion vibrante sur la création.

    « Un artiste ne cherche pas la vérité, mais sa vérité. »

    Bleu Blanc Sang n’est reste pas moins, avant tout, un thriller extrêmement bien construit, addictif, aux personnages attachants et fouillés. Si ce spectacle dynamique est peut-être un peu trop fabriqué par moments, si l’art semble avoir parfois une conception un peu divine (néanmoins cohérente avec les représentations qu’on en a aujourd’hui), et si le tome 3 se détache des deux premiers avec des personnages moins forts, moins fouillés et une intrigue moins trépidante, Bleu Blanc Sang fascine tout de même jusqu’au bout. Les enjeux s’imbriquent, s’amplifient, explosent et captivent.
    Dans ce récit où l’intelligence de la narration se bat à l’intensité émotionnelle et réflexive du fond, Bertrand Puard trouve sa place d’écrivain du siècle : à la fois raconteur d’histoires fascinantes et éveilleur de consciences.

    ____________________________________________________________


    Suite de l'interview : 
    Et ensuite le travail d’écriture, beaucoup plus resserré. Pour te donner un ordre d’idée, le premier tome je l’avais travaillé sur 3/4 mois et je l’ai écrit en 10 jours. En 10/15 jours, le premier jet peut être terminé, parce que quand je m’y mets, je l’ai véritablement en tête. J’ai tout le déroulé et il n’y a plus qu’à mettre les mots. Enfin, c’est le plus important dans un livre (rires) mais il y a une très grosse partie du travail qui est faite.
    Et La Liste Philidor ça va être encore différent puisqu’on part sur 6 tomes, il faut donc faire très attention comme chaque personnage va être une pièce sur l’échiquier, il faut que dès le départ, avant même d’entamer l’écriture du premier tome, je définisse chaque pièce. Parce ce que si je me trompe avant, ça peut être une erreur qui va se répercuter jusqu’au 6e. Il y a là, vraiment, un gros, gros travail de préparation avant l’écriture.

    Est-ce que tu penses qu’aujourd’hui, comme dans Bleu Blanc Sang, il y a une révolution qui est nécessaire, en France ou ailleurs ?
    Je ne sais pas si une révolution est nécessaire car c’est souvent sanglant et violent. Donc je ne sais pas si aujourd’hui on doit appeler à la révolution, il y a certainement d’autres manières de faire évoluer ça. Ce que je vois surtout c’est qu’après avoir lu énormément de documentation sur la Révolution française, il y a une ressemblance terrible entre la France d’avant 1789 et la France d’aujourd’hui : on peut lister 10 / 15 points de ressemblance ! Un monarque faible, une économie qui se détériore, une sorte de guerre des religions qui ne cohabitent pas réellement les unes avec les autres. Il y a vraiment un terreau semblable. Alors je ne sais pas comment on a appris du passé, mais en tout cas je pense que, oui, aujourd’hui il y a besoin d’un changement. Quand on voit aujourd’hui les jeunes, on sent quand même qu’il y a un petit peu de révolte. Oui, il y a en tout cas des points de convergence. Et moi en tant qu’auteur je suis là pour les pointer, et là pour proposer, pourquoi pas, ma solution romanesque qu’on ne pourrait pas appliquer dans la réalité… Enfin, je ne pense pas, pourquoi pas, je ne sais pas. Et faire lire cette solution.

    Maintenant tu te diriges vers La Liste Philidor, tu peux en parler ?
    Alors ça sera une hexalogie – 6 tomes. Ce sera une partie d’échecs qui va se jouer entre les blancs et les noirs. Les noirs étant l’empire Philidor qu’on a déjà entrevu dans Bleu Blanc Sang, et les blancs étant ceux de la Liste Philidor, c’est-à-dire les personnes de la famille Philidor mais qui sont renégats, pas féodés à l’empire Philidor. Et Romain Philidor (qu’on découvre tout au long des trois tomes de Bleu Blanc Sang mais surtout dans le tome 3) qui est complètement déphasé, on sent qu’il y a beaucoup de folie en lui qui apparaît dans Sang et qui n’a rien à voir avec la folie qui va apparaître dès le premier tome de Bleu Blanc Sang, est quelqu’un qui veut conquérir tous les pouvoirs. C’est quelqu’un qui l’obsession de développer son empire économique au détriment de tout le reste. Il ne va pouvoir le faire que parce qu’il va posséder tous les pouvoirs, dont politiques. La Liste Philidor, ces pions blancs, vont l’en empêcher, contrecarrer ses plans. Ils vont être beaucoup moins nombreux que les noirs et avec beaucoup moins de pouvoirs car les autres ont l’argent, le pouvoir, etc. Eux n’auront que leur intelligence. Mais c’est pour cela que La Liste Philidor sera en 6 tomes et sera bâti sur la forme d’une partie d’échecs qui a eu lieu au XIXe siècle à Londres, qui s’appelle L’Immortelle, et a la particularité d’avoir une partie où, tout du long, les noirs dominent les blancs sans perdre une pièce, les blancs, eux, vont jusqu’à sacrifier leur Reine et, à la fin, les noirs se retrouvent mat sur l’échiquier, alors qu’ils pensaient, jusqu’au bout, gagner la partie haut la main. Et c’est un petit peu ça Bleu Blanc Sang, La Liste Philidor et même Les Effacés avant : il ne suffit pas d’être nombreux et puissant mais intelligent et modeste pour triompher.

    Rendez-vous le 21 octobre chez Le cahier de lecture de Nathan pour la fin du blog tour Bleu Blanc Sang avec une autre interview !

    Concours pour gagner le tome 1 dédicacé sur Facebook et Twitter. Vous pouvez aussi suivre Bertrand Puard et la trilogie #BleuBlancSang : Facebook & Twitter. 
    ____________________________________________________________

    Le tome 1 : 5 juin 2018. Un convoi transportant une toile d'une artiste méconnue du XVIIIe siècle, Justine Latour-Maupaz, est attaqué au lance-roquettes sur une autoroute française. Au même moment, une de ses oeuvres est adjugée pour 53 millions de dollars lors d'une vente aux enchères. Eva Brunante, dont le père, seul exégète de l'artiste, a disparu, mène l'enquête.

    Éditions Hachette Romans
    300 pages
    16€90

    Laissez un commentaire

    Alex la Belette et moi, on aime bien les commentaires ! Ça nous donne de l'audace !
    N'hésitez pas à poster votre avis, une idée, une blague, une remarque. Tout ce que vous voulez, tant qu'on peut échanger. Parce que la littérature n'est jamais plus belle que quand on la partage.

    S'abonner à l'article | S'abonner aux commentaires

  • - Copyright © 2016 La Voix du Livre - K-ON!! - Powered by Blogger - Designed by Johanes Djogan -