Songe à la douceur, Clémentine Beauvais

Le meilleur roman lu depuis des années : l'histoire d'amour, en vers, d'Eugène et Tatiana.

Songez à la douceur pour moi d’écrire ces mots,
Dans un cocon douillet, où la vie n’entre pas.
Elle s’agite au dehors et au-dedans s’étire,
Le matin sonne encore en pas tout calfeutrés.

Ce sont des temps printemps qui nous font adoucir,
Sous le temps qui s’endort, qui me rappellent ce livre,
Et il ne reste en moi que l’épaisseur du monde
Qui s’alanguit lumière et s’enveloppe de Songe.

C’est dans le train trop vide que j’ai lu ce roman,
Dans l’atmosphère propice à la douceur des choses,
Dans l’ambiance élancée vers les couleurs du monde,
Dans l’épaisseur du temps, je les ai rencontrés.

Eugène et Tatiana étaient bercés en bulles,
Qui s’élançaient vers moi, elles étaient bien trop belles,
Pour ne pas les attraper en un grisant soupir.
Leur danse sensuelle déjouait tout chronos.

On aurait cru dans l’air comme un tourment éteint,
Une impression en touches, d’un temps reculé
Cette danse sans nom s’appellerait amour
Si ce tout petit mot pouvait dire cette valse.

Ces deux protagonistes ont une étoffe épaisse,
Qui murmurent l'humain et l'irrégularité
Du devenir en doutes, et leurs élans vers l'autre
Qui séduisent tout le corps et renversent l'esprit.

Cette sensualité forte en nombreux plaisirs,
De ces cœurs lancinants d'une tendre beauté,
Sait séduire le sublime dans ses penchants de pluie,
La douleur a sa place dans les songes des êtres.

Sans trop en dire plus, chacun l'aura compris,
Cette histoire d'amour est celle de ceux-là
Qui se sont aimés là et puis se sont perdus,
On ne les as retrouvés que bien plus tard ensemble.

Entre temps chacun d'eux avait vécu sa vie
Mais à leur façon tendre, ou pour Eugène brute,
Ils pensaient l'un à l'autre, parfois sans se l'avouer.
Et un métro un jour a rappelé chacun.

Ce sont ces héros grisants, leurs écartements,
Ces élans doux amer où viennent les retrouvailles,
Qui m'ont fait chavirer et m'ont ravi le cœur
Par cet émoi si tendre, et souvent saisissant.

Eugène et sa voix douce, et ses désillusions,
Rappellent sans nul doute l’insignifiance de l’être
Qu’il pense sans tourments et dit avec sa verve,
Qu’il crache au monde naïf d’espoirs que l’on rêve.

Il paraît parfois brut mais est de grande splendeur,
Et pour cette femme son admiration
Arrive à déjouer dans la littérature
Les personnages empreints de clichés masculins.

Sa Tatiana douce, qu’il finalement regrette,
A elle un pas classique, un rêve en émois lents,
Mais se révèle aussi flamboyante de beauté.
Elle refait toute l’histoire avec son fou franc-vivre.

Avec ces personnages et ceux qui les entourent,
Il y a ce narrateur qui joue de son histoire.
Les codes du roman sont bien trop chamboulés,
Clémentine Beauvais joue de son rôle d'autrice.

C’est brillant, fin et drôle, on a envie de croire
Que cette histoire contée a vraiment existé.
Elle discute avec eux et les raconte en vie,
Ils sont saisissants de toute authenticité.

Et pourtant elle engage ce ton ancestral,
Ce n’est que création, mais ça touche de plein fouet.
Cette histoire de tout temps, universelle et douce,
Fulgurante de beauté, elle en devient légende.

La construction habile se joue ainsi du temps.
L’écriture acérée aiguise, elle, l’histoire.
Grandement littéraire, doucement elle pénètre
L’imaginaire brûlant de nos doux songes d’écrits.

La douce fulgurance de ce tissu de vers
Est une réalité qui se veut poétique.
Réinventée en rythmes et en images inouïes,
L’ambiance est silencieusement impétueuse.

Et l’écrivaine en parle sans en trop faire non plus.
Sa verve en spleen ancien fait tourner les poètes
Qui n’ont rien à donner à ce parlé en vers.
C'est sublime et unique, acéré et tissé.

Ce tissu en mes mains, je le veux partager,
Crier à tout le monde l'écriture élancée
Et les vers qui chavirent et les grincements au cœur,
Mais j’ai aussi envie de le garder pour moi.

Sachez que dans mes mots se cachent l'admiration
Pour ce roman unique, cet incroyable élan.
Cette plume vers les autres et des mots vers l'histoire
Se frottent ici aussi à la saveur du monde.

Et c'est anachronique, ces temps là qui s'emmêlent
Elle souffle sur un monde et en aspire un autre
Elle sait créer Paris, sans craindre de le perdre
Sa réalité morne est remaniée de rythme.

Elle lance cette ville dans l'arène des mots.
Réminiscences éteintes d'un futur sauvage,
Qu'on rêve en doux fantasmes et en wizz MSN,
Savent refaire notre monde et s'asservir au sien.

Dans cette ambiance ténue, tenue par notre époque,
Où l’internet ambiant a su nous conquérir,
On dépeint l’existence ouatée du grand Paris,
Celui des grands romans d’une élégance certaine.

Cette élégance est celle de Clémentine Beauvais,
Qui dans ces mots en vers, a trouvé liberté.
Là où on pourrait craindre un style fabriqué,
L’écrivaine, elle, virtuose, s’épanouit de grâce.

Douce déclaration d’amour à l’amour
Et volubilité de dialogues troublants,
C’est ce qui fait d’un songe, un songe magnifique.
Eugène et Tatiana, ferment pourtant leur danse.

Et de les voir partir, j’en pleurerais peut-être,
Parce qu’ils sont maintenant, une partie de moi.
Dans ce poème étreint d’une ardeur absolue
J’en pleurerais peut-être,
                                         mais ce sera en vers.

_____________________





_____________________

Quand Tatiana rencontre Eugène, elle a 14 ans, il en a 17 ; c’est l’été, et il n’a rien d’autre à faire que de lui parler. Il est sûr de lui, charmant, et plein d’ennui, et elle timide, idéaliste et romantique. Inévitablement, elle tombe amoureuse de lui, et lui, semblerait-il… aussi. Alors elle lui écrit une lettre ; il la rejette, pour de mauvaises raisons peut-être. Et puis un drame les sépare pour de bon. Dix ans plus tard, ils se retrouvent par hasard. Tatiana s’est affirmée, elle est mûre et confiante ; Eugène s’aperçoit, maintenant, qu’il la lui faut absolument. Mais est-ce qu’elle veut encore de lui ? Songe à la douceur , c’est l’histoire de ces deux histoires d’un amour absolu et déphasé – l’un adolescent, l’autre jeune adulte – et de ce que dix ans à ce moment-là d’une vie peuvent changer. Une double histoire d’amour inspirée des deux Eugène Onéguine de Pouchkine et de Tchaikovsky – et donc écrite en vers, pour en garder la poésie.


Éditions Sarbacane, collection Exprim'
240 pages
15€50

Commentaires

  1. Impressionnant. Waaaah. J'en perds mes mots.
    Tu n'avais pas déjà fait une chronique en vers une fois?
    Bref, ce roman me tente énormément ❤ Je vais finir par craquer...

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Merci merci merci. Si j'avais déjà écrit en vers plus libres sur The Weight of water, un roman jeunesse anglais en poèmes. Un très très beau livre conseillé par Clémentine Beauvais !
      Bien sûr que tu vas craquer !!!

      Supprimer
  2. En toute honnêteté Tom, je vous le dit
    Vous êtes un épatant doublé d'un érudit
    Et Clémentine Beauvais, grâce à vous aujourd'hui,
    A une nouvelle lectrice que ce roman réjoui...
    Merci chère Voix du Livre pour toutes vos bonnes pistes
    qui viennent chaque fois rallonger ma liste ...

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Un lecteur ne m'a jamais écrit un commentaire aussi beau et touchant, merci.

      Supprimer
  3. Je suis fascinée par le roman en vers c'est une première pour moi
    pourrais tu me donner d'autres titres car j'ai recherché d'autres romans en vers partout et je n'ai rien trouvé.
    Merci

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Moi aussi, je suis bien d'accord !
      Lis-tu l'anglais ?
      Lis-tu les romans plus "adultes" ?

      Supprimer
    2. coucou
      merci pour ta rapide réponse
      je suis adulte et je trouve que ce livre est plutôt dans la catg "young adult" que litt de jeunesse mais bon la beauté est là
      je ne lis pas vraiment l'anglais mai je devrais m'y mettre car çà permet de progresser y paraît
      en tout k cela fait plaisir d'échanger lecture c un bon blog merci

      Supprimer
    3. De rien !
      Tu peux donc lire :
      - Charlotte, au style très beau, même si le personnage de l'auteur m'a agacé, je serais ravi de lire ton avis.
      - Si tu veux commencer l'anglais ET lire du roman en vers je te conseille mille fois The weight of water. Très bon pour commencer et tu en savoureras d'autant plus ta lecture que c'est du novel in verse prodigieux ! ♥
      - Sinon un autre roman en vers de la même auteure, Sarah Crossan, va être traduit chez Rageot l'an prochain... par Clémentine Beauvais ! Tout est lié.
      Merci à toi !
      Bonnes lectures :)

      Supprimer
  4. Salut
    merci pour ta newsletter meilleurs voeux
    en parlant de livre en anglais dans nos post
    sais tu si il existe des cercles de lecture franco anglais ?
    çà permettrait d'apprendre la langue

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. De rien ! Merci beaucoup :)
      Des cercles de lecture, c'est à dire ? Des collections ?
      Pour quel âge ? Tu as DUAL (ados), Mini-Dual (junior), Filou & Pixie (enfants + de 4 ans) et Oops & Ohlala (0-3 ans) chez Talents Hauts ! Tu as aussi les romans TipTongue chez Syros !

      Supprimer
  5. Merci de m'avoir répondu. En ce moment je lis 13 à table un recueil de nouvelles qui sort chaque année et dont les recettes servent à aider les restos du cœur.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Je n'ai jamais lu (mais je connais), c'est bien ?

      Supprimer

Publier un commentaire

J'aime les commentaires : ça me donne de l'audace !
N'hésite pas à poster ton avis, une idée, une blague, une remarque. Tout ce que tu veux, tant que c'est bienveillant !

Les articles les plus lus ce mois-ci