• Posté par : Tom 2 août 2016

    Le feuilleton estival de La Voix du Livre : un grand cadavre exquis écrit par 17 auteurs ! Partie 1

    Pour les 6 ans du blog, j'ai vu les choses en grand ! J'ai cherché quelque chose d'original, chouette, littéraire... J'avais envie de vous surprendre, de m'amuser, de continuer à défendre la littérature que j'aime et les auteurs que j'admire. Alors une ampoule s'est allumée quelque part dans les tréfonds de mon esprit et, effrayée par la lumière, une idée folle a surgi.
    Pour le mois d'août je vous propose donc de lire, chaque semaine, en 4 chapitres, un grand cadavre exquis écrit par 17 auteurs ! 17 écrivains drôles, poétiques, touchants, sincères... Bref, 17 écrivains talentueux et incontournables !
    Le cadavre exquis, pour ceux qui ne le connaissent pas, est un exercice d'écriture surréaliste qui consiste à écrire à plusieurs un texte sans que chacun ne voit ce que tout le monde a écrit. C'est à dire, dans le cas précis de ce cadavre exquis, un auteur écrit la suite de l'histoire mais en ne voyant que le morceau écrit par l'écrivain le précédant. Ainsi, si JK Rowling écrit le début de l'histoire et qu'Antoine de Saint-Exupéry écrit la suite, Suzanne Collins, qui arrive en troisième, ne voit que ce que Antoine de Saint-Exupéry a écrit.
    Bon, et LA question essentielle dont vous attendez tous la réponse c'est : "Qui a participé à ce fabuleux écrit absurde ?" Les auteurs participants sont donc, dans l'ordre alphabétique : Pauline Alphen, Gaël Aymon, Clémentine Beauvais, Anne-Laure Bondoux, Orianne Charpentier, Florence Hinckel, Taï-Marc Le Thanh, Jean-Luc Marcastel, Carole Martinez, Pascale Maret, Bertrand Puard, Carina Rozenfeld, Thomas Scotto, Stéphane Servant, Séverine Vidal, Vincent Villeminot, Cathy Ytak.
    Chaque mardi, jusqu'au mardi 23 août,
    découvrez donc une partie de ce grand cadavre exquis écrit par 17 écrivains. 
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    Partie 1
    Les auteurs participants, dans l'ordre alphabétique, sont
    Jean-Luc Marcastel, Pascale Maret, Vincent Villeminot, Clémentine Beauvais, et Taï-Marc Le Thanh.


    L’homme entra dans la petite gare coquette en traînant derrière lui sa valise à roulettes.
    Sans regarder ni à droite ni à gauche, il se dirigea vers le guichet… pour s’arrêter d’un coup en constatant que ce dernier était fermé.
    Un peu perdu, il demeura un instant immobile, avant de se retourner pour chercher des yeux un automate…
    Mais la gare était trop minuscule pour disposer d’un automate.
    Et bien sûr, pas un chat, comme à l’extérieur d’ailleurs, à croire que la ville était déserte à cette heure-là.
    Il balaya la modeste salle du regard pour tomber sur deux silhouettes, celle d’un homme assis sur l’unique banc de bois, et, à ses pieds, un cocker aux longues oreilles et aux yeux tristes. Le genre à l’air gentil et à vous gaffer dès que vous faisiez mine de les caresser.
    L’un et l’autre étaient aussi immobiles que des statues. Les grosses lunettes noires de l’homme lui firent se demander s’il n’était pas aveugle.
    Traversant la pièce, il s’approcha de lui :
    — Excusez-moi Monsieur, vous savez à quelle heure ouvre le guichet ? Je voudrais acheter un ticket pour le prochain train…
    Il attendit… Longtemps, très longtemps… Pas de réponse.
    En plus d’être aveugle, l’autre était-il sourd comme un pot ? Ça aurait bien été sa veine !
    Il répéta, plus fort.
    — Excusez-moi de vous déranger, mais… À QUELLE HEURE OUVRE LE GUICHET ?
    Il avait vraiment poussé sa voix en se penchant pour beugler cette dernière question.
    — Oh ! Ça va, pas la peine de gueuler comme ça, je suis pas sourd.
    Les lèvres de l’homme n’avaient pas bougé.
    La voix venait de plus bas.
    Ses yeux descendirent, rencontrèrent la bonne bouille du cocker qui le fixait d’un regard réprobateur et dont la gueule s’ouvrit pour répondre :
    — Le guichet ouvre dans une demi-heure.

    Après un instant de stupéfaction, pendant lequel il se demanda s’il perdait la boule, l’homme à la valise se mit à rire :
    — Génial, votre numéro de ventriloque !
    Le cocker se releva vivement et agita la tête d’un air peu commode. Ses babines s’ouvrirent et il parut vraiment articuler :
    — Vous croyez que c’est mon humain qui parle ? Vous ne savez pas que certains canidés ont le don de la parole? J’en ai connu un, un certain Bon Zigue, qui était un fameux bavard, il habitait pas très loin de…
    Le chien tourna brusquement la tête vers la porte et le flot de paroles s’interrompit. L’homme à la valise suivit la direction de son regard mais ce n’était qu’un autre cocker qui passait par là.
    Toujours incrédule, l’homme à la valise regarda le maître du cocker :
    — Mais comment faites-vous pour dresser le chien à ouvrir la gueule au bon moment ?

    — Oh vous savez, ce qui demande le plus effort, c’est surtout de coordonner les lèvres de l’être humain!
    « Incroyable, songea l’homme à la valise. Je ne sais pas lequel, du maître ou de son chien, vient de m’adresser la parole. »
    — Pourquoi aucun de vous deux n’aboie-t-il ? demanda-t-il. Ce serait plus simple.
    Le promeneur et le cocker secouèrent en même temps la tête, d’un air qui sembla triste et doux à la fois.
    — Ma foi, dit l’un d’eux, c’est une longue histoire.
    — Longue et navrante, fit l’autre…
    — C’était il y a six ans déjà…

    — Donc quarante-deux ans en âge canin, précisa l'un des deux.
    — À l'époque, nous étions deux êtres bien distincts.
    — Toi chien, moi humain.
    — Et vice-versa. Nous étions bien dans notre peau.
    — Dans notre fourrure. Je ronflais sur mon pouf, tu rongeais mes pantoufles.
    — On était...
    — ...bien. On était tranquilles.
    — Et puis? demanda l'homme à la valise. Que s'est-il passé?
    — Et puis –  un jour – des bruits! Sur le toit.
    — Dans le toit. Quelque chose qui courait sous les tuiles.
    — Toute la nuit, des petits pas – de très légères galopades... On a fini par aller ouvrir la trappe pour aller sous les combles. On a dû pousser. Elle a beaucoup grincé.
    — Elle n’était pas contente d'être dérangée.
    — Mal réveillée, cette grincheuse de trappe.
    — Derrière, tout n'était que toiles d'araignée et poudre de poutres. Mais là, se promenant au milieu de troupeaux de moutons de poussière, on a vu...
    — Un fantôme! devina l'homme à la valise.
    Le promeneur et le chien lui jetèrent un regard dédaigneux.
    — Un fantôme! ricana l'un des deux. Mais non. Quelque chose de bien moins bête.
    — Une goule ? Un vampire ?
    — Une belette.

    L’homme à la valise manifesta son agacement d’un geste de la main.
    — De toute façon, je n’ai jamais cru aux fantômes, marmonna-t-il. Ni aux belettes d’ailleurs.
    — Et aux chiens qui parlent ? railla le promeneur.
    L’homme à la valise le toisa d’un œil sombre. Il n’aimait apparemment pas la tournure que prenait la conversation. Le chien émit un jappement plaintif en baissant ses oreilles.
    — Non plus, finit par répondre l’homme à la valise.
    Il secoua sa tête, comme s’il cherchait à se réveiller d’un mauvais rêve. Puis soudain, il s’éclaircit la gorge.
    — Tout n’est question que de croyances, déclara-t-il. Et je peux vous retourner la question : en quoi croyez-vous, vous autres ?
    — Aux croquettes parfum pastèque, répondit le chien sans marquer la moindre hésitation.
    — Aux sandwichs au pastrami, dit le promeneur d’un air songeur.
    — La bouffe, toujours la bouffe, s’emporta l’homme à la valise. Vous ne pensez donc qu’à manger !
    Une lueur de malice traversa ses yeux. Il y eut alors un bruit sourd provenant de sa valise et l’objet se déplaça de quelques centimètres.
    — Il se peut que j’ai une surprise pour vous, murmura-t-il.

    À suivre...

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    1. Réponses
      1. Oui mais ça fait toujours plaisir hé hé hé ! C'est surtout les auteurs qui sont géniaux.

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    2. J'adooore ! J'ai hâte de lire la suite !

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    3. Oh la tres jolie idée que voilà!
      Je me réjoui d'avoir découvert ton blog...(grâce à Thomas Scotto)
      Merci et bon anniverblog!

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      1. Merci merci merci ! Bienvenue sur le blog, et merci à Thomas !

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    4. Et on pourrait savoir qui a écrit quoi dans cette partie ? I'm lost !

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    5. Ah j'adore :D ! Une idée d'article géante et surtout un contenu qui m'a fait passer un excellent moment :D

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      1. Alors c'est le principal... merci :)

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    6. Au top ton idée, le début m'a beaucoup plu j'ai hâte de lire la suite :D !!

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    Alex la Belette et moi, on aime bien les commentaires ! Ça nous donne de l'audace !
    N'hésitez pas à poster votre avis, une idée, une blague, une remarque. Tout ce que vous voulez, tant qu'on peut échanger. Parce que la littérature n'est jamais plus belle que quand on la partage.

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