• Posté par : Tom 4 déc. 2015

    Un jour se passe-t-il sans qu’on se pose la question : où va le temps qui court ? « J’ai besoin de plus de temps »,  « j’ai perdu mon temps »… Ce sont des réflexions qui ponctuent notre rythme de vie et notre quotidien. Alors y-a-t’il une solution à ce système assommant, contraignant, déterminant, qui nous mange parfois de l’intérieur ? N’avez-vous pas parfois ce rêve, un tant soit peu utopique, de vivre paisiblement, dans un temps qui coule d’une façon simple, facile ? L’île du temps perdu répond à ce fantasme enfantin, cette envie utopique d’une autre façon de vivre, plus posée, douce. Si sa philosophie est touchante, le roman de Silvana Gandolfi a une narration parfois agaçante – nous y reviendrons – et un ton parfois condescendant. Une ode au temps, à la simplicité de vivre, mais très maladroite.
    Nos deux héroïnes se perdent au cours d’une visite dans une mine, et tombent tout droit d’un volcan, sur une île mystérieuse… mais loin d’être dangereuse, au contraire. Ici, s’échouent les gens et objets perdus. S’est construit dans cette place idyllique une communauté à la pensée divergente, différente de notre monde capitaliste trop rapide. Ici, on prend le temps de vivre, d’écouter les moustiques respirer et de capturer des fluides qui nous donnent du courage, ou encore de la confiance. Et si ce petit monde dans lequel Giulia et Ariana se sont installées avec joie était menacé ?
    Cette lecture est d’une grande fluidité, on est rapidement pris dans l’histoire, et on s’y plaît, il faut le dire ; même après, on ressent toujours cette douceur et cette paisibilité propre à l’île du temps perdu. En fait, la construction de ce monde est ingénieuse, il y a de l’idée et une imagination folle. Silvana Gandolfi bâtit un monde sur des idées sur le temps, sur le langage aussi ; elle prend au littéral des expressions comme « le temps perdu ». Elle réfléchit à cette notion et l’exploite dans une matérialité riche, sensuel, colorée et fascinante.
    C’est notamment par ce biais-là qu’elle présente sa philosophie, celle d’un monde, d’une communauté, mais aussi d’une pensée humaine qui est toujours extrêmement actuelle, alors même que le livre a une bonne dizaine d’années déjà. Cette modernité est rassurante, réjouissante, et elle interroge le lecteur. Est-on déterminé par notre vision actuelle de notre quotidien ? Doit-on continuer à vivre ainsi ? Ne peut-on pas faire bouger les choses ? Mais c’est là que Silvana Gandolfi rate une marche. L’idée est réjouissante, la pensée intéressante, mais elle se sert de son livre pour faire passer gauchement un message niais. En quelques mots, il pourrait se résumer à un carpe diem naïf : « passe du temps à ne rien faire ». C’est un beau message qu’elle assène maladroitement.
    C’est le grand point faible du livre : c’est maladroit, parfois condescendant. Il y a une belle mise en abyme qui croit nous séduire au départ (un éditeur, une auteure qui écrit des lettres à l’héroïne) ; le schéma narratif est intéressant car tend à faire croire au lecteur à la réalité du propos – ce qui est finalement le but du roman. Silvana Gandolfi, revenante de l’île, écrirait elle-même ce livre pour nous faire croire en ce temps qu’il faut laisser couleur, laisser passer, pour mieux vivre. C’est habile, mais les lettres sont mal écrites, on a parfois l’impression que l’auteure cherche à se justifier et, pire, rend ce message, plutôt intelligent, lourd. Elle justifie le livre, explique posément mais péniblement son propos. Un enfant aurait pu comprendre ce message sans cela, et dans le cas contraire, le livre en aurait été tout aussi réussi : un peu de lecture, un temps ailleurs, une idée d’un temps passé à contempler un monde. En fait, on a l’impression de lire un roman à morale, et la morale est facile : « passe du temps à ne rien faire ! » Elle va jusqu’à parler un peu de littérature jeunesse en ratant, cette fois-ci, plusieurs marches.
    L’île du temps perdu a donc une éthique intéressante, des idées un peu folles et pleines de charmes, une douceur évidente… Mais le tout agace finalement avec un style lourd, une moralisation facile et gauche, et des personnages – nous n’en avons pas parlé – tout aussi agaçants (Ariana, particulièrement). C’est dommage qu’un roman aux bases si solides, presque conte philosophique, soit traité avec une simplicité et une maladresse si fortes. On adhère à ces idées modernes et engagées, mais ce n’est en tout cas pas par ce roman qu’on va les appliquer : on aura, sinon, vraiment l’impression d’avoir perdu du temps.

    Sélectionné pour le prix La Voix des Blogueurs #3

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    Par Silvana Gandolfi
    Aux éditions Les Grandes Personnes
    304 pages
    1650

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