• Posté par : Tom 10 mai 2015

                    Le Salon du livre de Paris a fêté le Brésil cette année, pour une 35ème édition haute en couleurs… et en débats. Le temps a passé depuis, mais cette expérience excitante et alarmante a fait ressortir beaucoup d’éléments sur l’état de l’édition française aujourd’hui. Retour, alors, sur un salon du livre toujours aussi riche, mais témoin d’un monde éditorial qui bouge et fait des étincelles.

                Du monde, et des allées vides

                    Comme tous les ans, le salon du livre enregistre un record de fréquentation. Cette année 180 000 personnes sont venues arpenter les stands de 1 200 éditeurs qui accueillaient 35 000 auteurs. Du monde, donc, qui se bouscule et s’étouffe entre les stands déjà remplis, pour voir des auteurs, des écrivains et surtout du beau monde. On croise des grosses têtes, des gens connus, mais qui n’ont pas trop à faire avec le monde du livre si ce n’est pour continuer à s’afficher dans les médias : les frères Bogdanov, Julien Lepers, et j’en passe. Puis vous croisez François Hollande, et vous vous retrouvez, vous, pauvre provincial de la plèbe, plaqué contre des tables et des personnes pour laisser passer notre grand et ô combien aimé président. Sous ces airs cinglants que prennent ces mots, se cache un regret : salon du livre, ou salon mondain ? Comme tous les ans, la question traverse les esprits. Si au départ le salon du livre permettait aux éditeurs d’afficher leurs fonds, leurs nouveautés, en bref de montrer leurs catalogues et leur créativité éditoriale, le salon a basculé vers un espace médiatique mondain, où on affiche les célébrités pour faire venir du monde, et surtout pour vendre.

                    Mais derrière tout ça, les allées sont moins remplies (une baisse de 10% de la fréquentation a été enregistrée) et si on passe les cloisons, au fond du salon, on découvre soudain un désert de lino et de murs de béton. L’espace utile pour manger ou s’asseoir loin de la foule a au moins triplé depuis l’an dernier. Que s’est-il passé au salon du livre ? La réponse est simple : le prix des stands empêche les éditeurs d’enregistrer une rentabilité commerciale et de trouver les moyens d’acheter un stand. Hachette, la « pieuvre » de l’édition française a même outrepassé à cet évènement, cette année, questionnant soudain l’édition et le monde du livre. Si le géant même de l’édition française boycotte le salon, que va-t-il se passer les prochaines années ?

                    Quand les allées se remplissent

                Quand les allées se remplissent, c’est quand l’ambiance devient plus tendue. Nous en parlions, le salon est mondain, et le monde vient en foule pour avoir une photo d’une célébrité ou une signature pour tatie Claudine sur le dernier livre non-écrit par tel politique qui n’a plus que ses livres pour pleurer. Avec moins de cynisme, le monde qui est là est plus constitué de personnes qui se baladent le week-end que d’amoureux du livre. Beaucoup boycottent le salon qui devient de plus en plus cher. Comment, en tant qu’étudiant en métiers du livre, futur professionnel du livre, on peut nous refuser toute accréditation ou invitation ? Comment un salon qui devient en plus un peu plus professionnel peut nous fermer ses portes ?

                En effet, si le salon devient plus mondain, il devient aussi plus professionnel. Les stands aux prix exorbitants sont aussi achetés parce que le lieu est éminemment important dans l’édition française et internationale. Et quand les allées se remplissent, c’est aussi pour manifester. L’ambiance est plus tendue. Cette année là, les auteurs se sont réunis, avec tambourins et maracas, au nombre de 200, pour manifester contre leurs droits d’auteurs : « Pas d’auteurs, pas de livres ! » mais aussi contre d’autres inquiétudes qui reviennent toutes à la même question : pourquoi l’auteur, au commencement de la chaîne du livre, est le maillon le plus souvent déprécié ? Quand les auteurs sont passés en criant, c’est des frissons qui passent de corps en corps, de cette alarme qui résonne entre les rires des enfants et les discussions des plus vieux. Quel dommage d’entendre un dialogue entre deux personnes âgées, qui rigolent en déclarant : si maintenant les auteurs mettent le souk au salon ! Ce n’est pourtant pas à prendre à la légère, c’est bien un cri de secours qui est lancé. Parce que la manifestation est bien là pour mettre au grand jour, devant les yeux du public, ce qu’on ne voit pas, et qui se trame pourtant dans les bureaux des professionnels.

    Quand les allées sont vivantes

                Et le salon a aussi sa part de richesse, d’exubérance, et de joie caractéristiques de la création littéraire et de ses rencontres. On ne peut s’empêcher de citer tous les amis qu’on peut y croiser, ces blogueurs ou amis (Vavi, Clémentine, Audrey, Gabriel, Kévin (MisterKev), Pascaline et Alice, Laure, Ipiu, Lucile, un petit coucou à vous tous !) et parfois auteurs. Le lieu est un lieu de rencontres incroyable et on est parfois plus détendus, parfois émerveillés. Les auteurs jeunesse sont aussi là, et ils sont plus accessibles dans cette foule trop concentrée ailleurs. On peut discuter, se reposer, rire un peu. C’est comme une bouffée d’air frais dans un salon qui va trop vite. Les conférences, quant à elles, se font de la bonne humeur, et dans une ambiance studieuse très intéressante.

                Le bonus du salon, c’était les 50 ans de L’école des loisirs, fêtés avec richesse et bonheur, et dont nous reparlerons bientôt dans un autre article. L’exposition est belle, et nous rappelle tous ces albums qu’on a lu et aimés étant enfant, et on s’amuse à voir les auteurs se battre en dessins, ou dédicacer avec le sourire.
    C’est l’occasion, alors, de réfléchir à l’importance de L’école des loisirs à l’étranger. On se souviendra du plaidoyer de Marie-Aude Murail qui se bat pour que la littérature jeunesse soit reconnue et qui doit être prise comme un appât indispensable des jeunes à la lecture. Elle discutera également de l’importance de celle-ci pour diffuser la culture française à l’étranger, et du soutien qu’on doit apporter à ce maillage pour que la France soit exportée, et que tout enfant se souvienne de ces livres qu’ils découvriront et n’oublieront pas. Les auteures (Marie-Aude Murail, Stéphanie Blake et Susie Morgenstern) nous feront aussi beaucoup rire en nous rappelant sur « l’outil qu’on a tous, c’est l’imagination » (Stéphanie Blake), et que « notre littérature jeunesse, c’est l’impertinence » (Susie Morgenstern). Finalement, la dernière invitée, une librairie de Prague, raconte que préparer une rencontre c’est avant tout se poser cette question : qu’est-ce qu’un auteur apportera à un public ? En tout cas, ici, les auteurs nous ont offert une réflexion riche et passionnante, alliée à la conviction que la littérature jeunesse a son avenir, parce que comme dirait Blake, « la vie est trop courte pour se marrer ».

    Vous l’aurez compris, comme tout salon, on vit et on rigole au fil des rencontres, des conférences et des dédicaces. Mais derrière tout ça se cachent des réalités éditoriales alarmantes, entre les auteurs qui crient un appel à l’aide, un appel de colère, et entre la réalité du salon du livre, qui se transforme, et montre une édition en crise, et toujours plus tournée vers des préoccupations économiques. Il ne reste plus qu’à espérer que le salon du livre évolue autrement, dans les années qui suivent… mais rien n’est sûr.
    Pour aller plus loin >>> et >>>, sur Le Figaro.

    Album photo : les auteurs que Belette et moi avons vus...

    Avec Christophe Mauri, Myra Eljundir, Angélique Barbérat, Gaël Aymon, Jean-Luc Marcastel, Timothée de Fombelle, Cat Clarke, Anne-Laure Bondoux, Sylvie Serprix, Anne-Laure Bondoux et Jean-Claude Mourlevat. 

    { 8 commentaires... lisez les commentaires ou Commentez }

    1. J'adore tes photos avec ta belette !!! Si tu me permets, je ferai peut-être comme toi un jour mais avec une grenouille... De beaux souvenirs c'est certain!

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      1. Je t'avais déjà répondu sur le bilan de mars ;)

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    2. Je confirme ALLONS TOUS A MONTREUIL.

      Et tu as l'air d'avoir passé un super salon!! J'y irais peut-être un jour ... J'ai un faible pour Montreuil et pour celui de chez moi quand même ...

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      1. Graaaave tu as raison j'espère qu'un jour tu auras l'occasion d'y aller !
        Mais comme tu as vu il y a aussi des points négatifs...

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    3. Super article :) Tes photos avec Belette sont trop marrantes :D

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      1. Merci et merci (je trouve aussi pour les photos haha !)

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    Alex la Belette et moi, on aime bien les commentaires ! Ça nous donne de l'audace !
    N'hésitez pas à poster votre avis, une idée, une blague, une remarque. Tout ce que vous voulez, tant qu'on peut échanger. Parce que la littérature n'est jamais plus belle que quand on la partage.

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