• Posté par : Tom 12 avr. 2015

    Une luciole, c’est un point de lumière dans la nuit. Alors quand la chanteuse Luciole rajoute un « o » à son prénom -Lucile, on pense, pour ce « o », à « ombres », le nom de son premier album, et elle en rajoute juste assez pour se mettre à briller. Elle a commencé comme ça, avec un doute plein de force, ce genre de doute qui résonne en nous, dans ses textes, un peu de nuit dans sa voix… C’est le chagrin d’amour ou la peur de tomber. Puis Luciole a grandi, a continué de briller et a pris son envol, sur son bateau de papier. Une chanteuse talentueuse, qui a commencé par slamer, puis a ajouté, au fur et à mesure, de nouvelles teintes toujours plus riches à sa voix et sa musique. Elle arrive aujourd’hui à quai, avec son nouvel album : Une.
    « J’attends l’air que je respire et le printemps, j’attends mes éclats de rire et mes vingt ans. »
    Cette phrase issue d’un teaser de son EP Et en attendant résume très bien ce qu’on a ressenti, ces quelques mois d’attentes, depuis que le financement participatif lancé sur My Major Company  a abouti à une petite dizaine de milliers d’euros qui lui ont permis de faire son album. Une est donc sorti, à la toute fin du mois de mars ; pour autant dire, il annonçait le printemps. Avec une musicalité toute empreinte de délicatesse et de nuances électriques, Luciole a élargi son univers, pour donner une toile, un fond très profond à ses mots, qui viennent peindre son monde. Son monde unique, coloré et rêveur.
    « Je ne suis pas plusieurs, je suis une. »
    L’univers de Luciole est doux et mystérieux, élancé et dynamique, envolé et crépitant ; en un mot élégant. D’une façon bien différente des chanteurs habituels, dans une singularité étonnante, elle construit son petit monde de la même façon qu’on grandit. Sa voix s’élève, elle se frotte aux notes, puis elle s’affirme, et cet album est son départ : un bateau de papier lâché à la mer. Tantôt Luciole explose, tantôt elle fait danser ses mots, simples, calmes, comme l’océan après la tempête. C’est là qu’elle réussit le plus : dans la douceur de son album, la délicatesse de ses mots, la tendresse de sa voix, qui se livre, s’ouvre au monde, se laisse voir une ou nue. « Voilà comme aujourd’hui / Je commence ici. » On sait qu’elle débute, et pourtant l’envol est plus que réussi.

     
    « Tiens tu n’as qu’à voir j’ai le cœur tout gonflé / Si j’avais su que c’était si vif de t’aimer / Tu es là près de moi quand mes yeux sont fermés / Mais / J’ai beau puiser en moi pourtant je suis glacée. »
    Luciole, sans forcément le vouloir, parle souvent d’amour. C’est souvent lent, souvent doux, parfois tonitruant. C’est l’amour dans sa simplicité, dans son invisible substance qui coule en chacun de nous : la chaleur de cette sève qui nous emplit, mais aussi et surtout la modestie du quotidien, où ce sentiment grandit avec modestie, mais aussi spontanéité, et apaisement. Pourtant, elle parle aussi de la peur, de l’abandon, de la brume qui peut troubler nos chemins. Elle parle de la vie dans sa réalité, ses hauts et ses bas, ses beaux moments et ses déboires. « J’ai le mal des transports amoureux / Si tu es cassée je recolle le nous. »
    « Il y a du vent par chez toi / Ca souffle fort / Tu es debout / Tu peux tenir encore / Je le sais, je te connais / Et je t’envoie des signaux / De fumée. »
    En fait, elle ne parle pas que d’amour, mais aussi de l’autre. Et comment ce dernier nous aide, nous épaule, nous recolle. Elle continue d’éclairer par ses mots doux et justes, nous montre un monde qui vaut le coup. Une vie qui vaut le coup. Sa chanson Naître, mourir s’ose à n’utiliser que des verbes à l’infinitif et arrive, dans son texte, comme dans la simplicité de sa musique, à nous émouvoir. On s’y retrouve, on s’y voit, on s’y imagine, on s’y espère. Luciole aborde la vie avec cette candeur, et cette puissance esthétique : des textes saisissants et une musique qui s’y accorde avec justesse, douceur, duplicité. 
    « Autour dansent les pensées / En aller-retour. »
    Si Luciole arrive à briller, c’est finalement et surtout par ses mots. Elle a commencé par n’utiliser surtout qu’eux, puis y ajouté de la musique quand ceux-ci se sont retrouvés assez forts pour s’y allier, rythmée ou plus lente, mais toujours élégante - on l’a déjà dit. Ses textes retranscrivent ses émotions, les nôtres, un monde d’espoir et de douceur, là où, quand la pluie et le vent coulent (« il pleut dans ta maison »), on peut toujours tenir, s’épauler, renaître, se poser, s’apaiser, repartir. « La tempête va passer / Reste sur tes deux pieds / Tu verras. »
    Finalement, Luciole nous a montré ses ombres, nous a fait attendre, nous a slamé puis chanté ses émotions qui tournent, montent, s’envolent, voguent… Puis elle est repartie, elle a été plus loin, elle a osé des choses, a osé écrire, se dévoiler, chanter. Luciole a pris son envol, toute habillée de ses mots sensibles et délicieux, touchants et justes, et toute habillée d’une musique tendre et puissante, indéfectiblement remuante, et tout habillée de ce passé singulier. Ses ombres, elle s’en pare toujours, ses bateaux qui voguent sur ses ongles océans, ils sont toujours là, et ça fait du bien d’y voir du nouveau.

    « Je prends mon temps / Je prends l’air / Je prends le vent / La poussière / Je prends part / Je prends peur / Je prends garde / Je prends à cœur / Je prends le large / Je prends l’eau / Je prends la porte / Prends d’assaut / Je prends / Mon courage à deux mains / J’prends la bonne route / Je prends des trains. »
    Ca y est, Luciole est lancée et « prend tout », jusqu’à nous prendre nous-mêmes dans cette danse jubilatoire, entre émotion et justesse.
    Montage (c) lavoixdulivre - Photos (c) luciolesenvole.com 
    Interview
    "Pourquoi as-tu commencé à chanter, et qu'est-ce qui t'a amené à en faire ta voie (sans mauvais jeu de mots !) ?

    Je crois que chanter a toujours été une évidence pour moi ! Je chante depuis aussi longtemps que je m'en souvienne, je crois ! Dans la voiture, je voulais toujours que mon père mette des K7 de chansons françaises pour pouvoir chanter moi aussi... Alors il faut croire qu'au fond j'ai toujours su que c'est ce que je ferai. Même si ça a pu me faire peur, même si ce n'était pas forcément un choix de métier raisonnable au départ... 
     Comment décrirais-tu ta voix ?

    Je la veux forte et fragile, fluette comme un fil et solide comme un roc. Je la travaille pour qu'elle soit changeante, capable d'aller plus loin, plus haut, plus grave. C'est un chantier permanent !

    De quelles conditions ou moments as-tu besoin pour écrire tes chansons ?

    J'ai besoin de silence et de calme. J'ai beaucoup de mal à écrire dans les lieux publics par exemple car je suis toujours happée par ce qui se passe autour, les conversations... Je préfère emmagasiner dehors puis sortir carnet et stylo dans mon nid. Et puis j'écris à voix haute, prononce les mots au fur et à mesure qu'ils apparaissent, écoute comme ils sonnent et modifie si leur mélodie de me convient pas. Du coup, je préfère être seule, à l’abri des regards?

    Les mots sont aussi importants que le chant dans ta musique. Pourquoi ?

    Ils sont ma matière première, mon point de départ. J'aime chanter mes propres mots, trouver la justesse... c'est d'eux que tout part, ce sont eux qui provoquent mon chant, et c'est de mon chant que découle la musique.

    Tu parles souvent d'amour, penses tu que la chanson est le format idéal pour en parler ?

    Je pense que l'art en général est un moyen idéal de parler d'amour. Pas seulement la chanson, mais la poésie, la littérature, le cinéma, la peinture... Quand l'artiste aime ou a aimé, il lui sert de muse. Pour ma part, je n'en fais pas vraiment exprès à vrai dire. Je peux commencer à écrire un texte sur un tout autre thème, 1 fois sur 2, l'amour va me rattraper. Je suis incorrigible !


    Ton style est doux, très délicat... Tes mots s'y calquent très bien. Comment travailles-tu ton style ? Et écris tu avant de composer, ou inversement ?

    Je ne suis pas vraiment dans le travail d'un style. J'essaie de rester spontanée et sincère, de ne pas trop me poser de questions car ça a tendance à me bloquer. J'écris toujours avant de composer. Des mots découle la mélodie de voix, presque en simultané, ils se nourrissent. Puis une fois que j'ai cette base, je la soumets aux musiciens avec qui je travaille pour y ajouter le son, les instruments...
    Tu sembles essayer de nouvelles choses avec cet album : chanter à plusieurs, un rythme parfois plus saccadé... Que représente cet album pour toi ?
    Une vraie traversée, une aventure épique portée à bout de bras ! Cet album, c'est un peu mon bébé. Je l'ai imaginé en gardant en tête qu'il fallait que je me fasse plaisir, passer du temps sur chaque chanson... Prendre les envies comme elles venaient, prendre des risques s'il le fallait mais surtout n'avoir aucun regret.

    Tes textes sont aussi très vibrants... On dirait que tu t'y mets un peu à nue (d'ailleurs c'est l'anagramme de une). Le ressens tu comme ça ?

    Je pense qu'il doit y avoir un peu de ça ! J'écris sur ce qui me touche, sur des sensations, des émotions... Je ne sais pas faire autrement. Alors, sûrement, je me dévoile un peu, beaucoup, passionnément mais toujours en laissant une ouverture, pour que chacun puisse se raconter sa propre histoire, y trouver son propre sens.

    Que ressens-tu a quelques jours de la sortie du nouvel album ?

    Il y a quelques jours, c'était l'impatience, l'anxiété aussi, la peur de décevoir, de ne pas plaire... maintenant que l'album est sorti, je ne réalise pas vraiment tant la route est encore longue pour le faire vivre, le faire entendre. Mais les 1ers retours, les témoignages des gens qui l'ont écouté me touchent, m'encouragent à continuer. C'est du baume, du carburant pour poursuivre l'avancée.

    Et pour parler qu'aimes tu lire ? Y a-t-il un livre un auteur qui t'inspire pour écrire ?

    J'aime lire tout court : des romans, des bandes dessinées, de la poésie au réveil, des grandes sagas, des albums pour enfants... Dans mes auteurs préférés, il y a Kundera (j'aime particulièrement ses 1ers romans). J'aime aussi beaucoup les livres de Mathias Malzieu. Je ne sais pas si ils m'inspirent mais ils me touchent, c'est certain.

    D'autres projets ?

    Une tournée ! Partir sur les routes pour faire vivre les chansons sur scène. J'aimerais aussi écrire pour d'autres, mettre ma plume au service d'autres univers.

    Un dernier mot pour la fin ?

    Soyez entier, un, une et n'ayez pas peur de chercher ;-)










    m'aimer. Tu me manques, je t'aime.

    { 4 commentaires... lisez les commentaires ou Commentez }

    1. Bel article et interview :) Je vais vite aller découvrir cette chanteuse!
      Et j'aime beaucoup ta façon de décrire ses chansons, son style, cela me fait penser au "Pop and Co" de Rebecca Manzoni sur France Inter ^^

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      1. Merci beaucoup pour ce que tu me dis c'est très gentil ! Et merci de suivre mon conseil ! :)

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    2. Je ne connaissais pas cette chanteuse, et ton article donne très envie de la découvrir ! :)
      Je vais de suite aller écouter ses chansons... Merci pour la découverte^^

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    3. Merci de ta confiance n'hésite pas à me dire ton avis !

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    Alex la Belette et moi, on aime bien les commentaires ! Ça nous donne de l'audace !
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