• Posté par : Tom 29 janv. 2015

    Les mots, comme cette course haletante, crient ce que nous sommes. Antoine Dole dit la peur, le vide, l'espoir et la vie, dans ce texte profondément humain.

    « Car ce soir, oui, je vais le faire. » Le mantra ouvre le texte et va le traverser tout le long. Comme une phrase qu’on se répète pour se convaincre. Mais de quoi ? Pourquoi ? Le mystère ne se révèlera pas tout de suite et on aura que, dans la buée de l’hiver, le regard des deux amoureux, qui se cherchent et se fouillent, se trouvent et s’entraînent dans cette folle aventure, cette course vers… vers quoi au juste ? Cette voix qui s’essouffle, qui éjecte les mots, qui nous les crache devant nous et nous remue dans tous les sens, elle raconte la mort, la vie, l’amour ou la perte. Elle raconte comment on peut se tromper, comment on peut aimer l’idée de l’amour, et comment on peut vouloir mourir pour quelque chose qu’on croit sans vivre. C’est le discours perdu dans la nuit noire et profonde d’une adolescente qui avant de se lancer dans la vie risque de s’écraser sans vivre. C’est le récit sincère et bouleversant d’une ode à la vie, et d’une ode aux promesses qu’on ne tiendra pas parce qu’on fait les mauvaises, et parce qu’une vie est faite de promesses non tenues qui se heurtent à celles qu’on tiendra… avec toute la délicatesse du monde. C’est les mots aiguisés, forts, tendres et mortels d’un auteur qui pousse un cri vivant.

    « Parce que toutes ces choses qu’on dit qu’on fera et qu’on ne fait jamais, elles commencent toujours par un léger tremblement, dans les gestes, dans la voix, et puis très vite, ça craquelle et s’affaisse partout à l’intérieur de soi. » p11
    « Il me sourit. Depuis que je l’ai rencontré, le froid ne cesse de reculer au-dedans, comme si des siècles de saisons mortes avaient vu naître le soleil. » p12
    « J’irai où il faut aller, tant qu’il faut marcher je me tiendrai debout, derrière lui. » p26
    « Se foutre en l’air.
    Tout foutre en l’air.
    En moi, comme un sentiment à rebours, cherchant sans cesse à revenir sur son point de départ. Comme si aucun début à toute cette peine n’avait jamais existé. Elle était là, un matin. Comme un virus. Comme une grippe. Je n’ai pas pu réagir, elle était déjà partout en moi, dans chaque molécule de mon corps, comme un poison. Et tout a changé, doucement, sans que personne ne s’en rende compte. J’ai cessé de faire partie des miens à ce moment précis. Un décalage, millimétrique, entre leurs vies et la mienne, imperceptible, mais là, comme un fossé entre nous. » p28
    « Les cœurs comme les nôtres, quand ils se brisent c’est pour toujours. »
    « La nuit n’est plus la nuit, elle est juste une masse noire, sombre et compacte, comme la fin de quelque chose. » p47
    « Ca ne fait pas de bruit, une vie, quand ça s’arrête, on part comme ça, sans que personne ne remarque rien. » p50-51

    Tout foutre en l'air



    Par Antoine Dole
    Aux éditions Actes Sud Junior - Collection D'une seule voix
    72 pages
    9 €


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