• Posté par : Tom 24 déc. 2014


                    Il a fallu du temps pour trouver ces mots… Il a fallu deux lectures, même. Le Livre de Perle, il était attendu, de pleins de façons… mais surtout avec entrain, espoir, force, amour. On s’en fait une idée préconçue de ce genre de livres, on SAIT qu’on va l’aimer. Et bien là, il y a eu comme un dérapage. Un raté. Un inattendu. Au début c’est déroutant, ça prend mal, ça fait bizarre. On se demande ce qu’on a mal fait… Puis on relit, on reprend la danse, on s’envole, on comprend. Ca fait du bien. Le Livre de Perle commence sur un premier chapitre envoûtant, longtemps attendu, et réussi avec grâce. Il nous transporte dès les premiers mots dans son imaginaire. C’est comme une libération, en quelques mots incroyablement sensibles. Puis on se prend un arbre, et là on comprend que ce livre n’est pas le nôtre. C’est le sien, celui de Timothée de Fombelle. Le Livre de Perle, c’est plus qu’un livre offert à ses lecteurs, c’est un peu d’égoïsme, avec une partie gardée pour soi. Avec force, douceur, et un peu d’hermétisme, il écrit un roman qui décrit avec soin le personnage de l’écrivain, et se présente au grand jour aussi nu que possible.

                L’envie de raconter, l’envie de partir


                    Le Livre de Perle, c’est avant tout le plaisir de se remettre à écrire, allié à celui, pour le lecteur, de lire enfin un nouveau roman du talentueux auteur pour la jeunesse. C’est l’envie de raconter, de s’évader, d’écrire autre chose. « Il y a des récits qui aident à partir », finit-il par avouer dans le roman. Est-ce pour partir que ce roman est fait ? Sans aucun doute… C’est, pour le lecteur, le voyage, vers un monde de contes, le voyage vers un passé lointain, le voyage vers la guimauve, l’enfance, la découverte d’un monde vaste et la découverte des autres. En fait, Timothée de Fombelle, à travers cette histoire déroutante qui mêle plusieurs niveaux de lectures, veut raconter l’imaginaire, veut raconter les contes, et veut se raconter lui. Quand Perle tient pour la première fois un livre entre ses mains, on sent l’amour du lecteur, l’amour d’un homme face à un livre. On ne peut s’empêcher de déceler, en ce Perle tombé d’une histoire, un Timothée tombé d’un conte, ou un bout de lui-même tombé dans son livre. Si c’est avant tout l’envie de raconter, c’est aussi l’envie de créer en y mettant tout son corps.

    De manière plus concrète, Le Livre de Perle raconte trois histoires. Celle du conte, où l’Amour se met à danser, et de laquelle on s’éprend dans cette délicatesse ambrée ; celle de la réalité, sur plusieurs décennies, où le vieillissement prend un fou désespoir entre guerres et engagements, entre retrait et pensées, où l’émotion est plus dure, où le coeur y est moins, où on sent la guerre partout ; et celle d’un écrivain qui tente de rassembler les preuves, la plus délicatement écrite, la plus sensible. La première est racontée avec beauté, et on se prend d’émotion pour ce jeune couple naufragé de la vie. C’est un conte sur l’amour, c’est une déclaration d’amour à l’amour en lui-même. La seconde est plus froide, plus dure, plus inaccessible… et c’est là que naît la tension du lecteur qui ne s’y retrouve plus. On se demande si on lit bien, si on ne doit pas rire ou pleurer là… et c’est là que Perle n’émeut plus. Il est là, mais comme absent,  dépossédé. Pourtant on y croit, de toutes nos forces, mais rien n’y fait, il n’a plus d’âme. Alors on fait comment ?

    Restituer notre imaginaire vivant


                    Finalement, Perle prend un air un peu sauvage, un peu bravache, un peu ailleurs. Il est là sans vraiment l’être, on le voit, on assiste à tout, on s’émeut autour de lui. Mais il nous reste inaccessible… d’une grande pudicité, Timothée de Fombelle cache ce héros. Nous en reparlerons.

    En fait, ce qu’il cherche avant tout, c’est restituer notre imaginaire, le remettre sur pied, le rendre plus vivant… Il veut qu’on y croie, à tout ça. La Fée, dans tout ça, déchue, tombée, perdue dans notre monde, et qui, par un simple regard, peut disparaître à tout moment, et se dérobe ainsi à nos regards, c’est l’imaginaire qui retombe dans notre monde comme une mouche un peu fatiguée, alors que ça a toujours été notre raison de vivre. Qui, enfant, n’a pas cru aux fées ? N’a pas voulu les voir ? Timothée de Fombelle nous replace tout ça devant nous et nous parle d’un autre monde, parallèle, dans lequel on croit à tout ça. Il nous rappelle combien nous manquons cruellement de croire aux fées, comment notre imaginaire s’est déchu, s’est perdu… tangiblement, on a l’impression qu’il cherche à se justifier, à justifier son écriture.

    Plus que cela, il raconte comment les contes et les histoires réunissent le monde et les hommes, et c’est ce qu’il y a de plus touchant au fond. Il veut nous sensibiliser à ses mots et nous faire simplement voir la vérité en face : il n’est qu’un passeur d’une histoire trop grande pour lui. « C’est une histoire que je n’aurais jamais osé inventer », écrit-il. En fait, il veut restituer les contes et les histoires, avec une incroyable déclaration d’amour à celle-ci, et peut-être même désacraliser son propre rôle. Trop timide pour l’assumer ?

    L’Inaccessible


    En fait, il y a une pudeur dans tout le roman qui fait qu’on est éloignés émotionnellement de Perle. Une mémoire qui nous fuit, nous laisse parfois en retrait. Perle est comme la partie inaccessible de Timothée, le personnage qu’il ne laissera pas partir, et, on le sent bien, qu’il laisse avec difficulté à la fin. Finalement, Timothée essaie aussi d’apprendre à travers ce roman que l’écriture c’est perdre une part de soi, c’est en donner une au lecteur. Et il le fait avec difficulté, mais aussi puissance et sagesse. C’est doux, quand soudain, entre les mots, on le sait, cet écrivain, on saisit le personnage et on s’y accroche parce que ça chavire et on lâche. Là enfin on sent l’émotion. Il se raconte, se montre, vit une aventure et pourtant il reste aussi inaccessible. Car, il le dit avec une incroyable délicatesse, on a beau se mettre à nu quand on écrit, c’est difficile, et on garde toujours une part pour soi, qui, ici, prend la place du héros principal, et c’est peut-être ce qui gène. Timothée de Fombelle écrit la fragilité de l’écriture, alliée à celle de la vie, celle de l’amour. Timothée de Fombelle se réapprend, se cherche, se trouve, et écrit un roman sur l’écriture, comme s’il devait soudain réapprendre à marcher. C’est touchant, délicat, et éternel.



    Si Le Livre de Perle nous touche, ce n’est ainsi pas comme on l’aurait cru. On est déroutés, sceptiques… l’histoire est forte, elle est puissante, elle révèle des vérités sur l’écriture qui touchent en plein cœur. Mais l’émotion manque, on est comme anesthésiés. Ce Perle qui traverse les mondes a tout pour nous plaire, seulement il reste inaccessible. En fait, Timothée de Fombelle se montre de manière plus tangible et plus intriguante que Perle dans ce livre, et nous laisse à voir une aventure plus forte encore que celle de l’histoire : celle de l’invention. A la fin, les deux se mêlent dans une danse délicate et fortuite, qui nous laisse à voir le travail de la création. Timothée de Fombelle, timide et pudique, garde toute une partie de soi pour lui en se dévoilant pourtant avec puissance. Il a presque peur d’écrire, presque peur d’en dire trop… il se veut passeur d’une histoire existante qu’il a pourtant inventé. Mais alors, l’écrivain est plus qu’un inventeur, il est un créateur, qui nous fait croire à son monde. Et là, tout d’un coup, on comprend toute la fragilité et la puissance de la littérature.


    ◄►◄►◄ Présentation du livre ►◄►◄►


    Il vient d'un monde lointain auquel le nôtre ne croit plus. Son grand amour l'attend là-bas, il en est sûr. Pris au piège de notre histoire, Joshua Perle aura-t-il assez de toute une vie pour trouver le chemin du retour?
    Un grand roman d'aventure entre réel et féerie, une éblouissante ode à l'amour et aux pouvoirs de l'imaginaire.


    Par Timothée de Fombelle
    Aux éditions Gallimard
    16€
    304 pages
    Allez lire la Chronique de Nathan

    Iris, le plus beau des mondes est celui où nous sommes réunis.

    { 9 commentaires... lisez les commentaires ou Commentez }

    1. Ca ne t'as pas plut au point que t'ai repris la chronique de Nathan??
      Alors là, j'avoue que tu me sidère ...

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      1. Tu parles du titre de la chronique j'imagine, qui est le même. Mais il me semble, si on a bien lu les mêmes articles (et si tu as pris le temps de les lire d'ailleurs) que les avis sont assez différents quand même!...
        Bref, en ce qui me concerne, je rejoins plutôt Tom, parce que j'ai trouvé ce livre très bien écrit, les eprsonnages et les univers forts, mais l'émotion n'a pas réussi à traverser les pages pour me toucher au coeur comme le font d'habitude les livres de Timothée de Fombelle...

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      2. Merci Juliah ! Mais c'était juste un malentendu sur le fait que j'ai mis le lien de celle de mon jumeau je pense :) Juliette est très gentille, ne t'en fais pas!
        Merci de ton commentaire, il me fait chaud au coeur, d'une part car tu as pris le temps de me lire, et d'autre part car je me sens moins seul... moi qui croyais être insensible !

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      3. Oui c'est juste ça.
        Un terrible malentendu qui m'a bien fait passé pour une idiote ...
        Merci beaucoup de me défendre Tom. ;)

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      4. Ne t'en fais pas, et je ne défends personne, je mets "les choses au clair" ! Merci à vous de m'avoir lu :)

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    2. Vous avez trouvé les mots justes ;) Bluffée par Tobie Lolness j'aimerais donner une chance à celui-ci car à chaque âge sa sensibilité ! Belles prochaines lectures.

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      1. Merci beaucoup... bonne lecture alors !

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    3. Déçue déçue !
      Je crois que j'en attendais trop mais tu as tout dit : l'histoire est racontée par touches trop légères pour que je me sente embarquée, les personnages trop dans la fuite (ce qui colle très bien avec l'intrigue) mais je pense qu'on se sent comme le narrateur qui dit "je" : rencontre brève, marquante, mais si lui reste émotionnellement marqué, moi je me suis sentie laissée de côté, tout au long de l'histoire.
      Sinon il y avait un petit côté "Chagrin du roi mort" de Mourlevat que j'ai aimé !

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