• Posté par : Tom 26 oct. 2014

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    Roman autobiographique mis en image par Jean-Jacques Annaud, L'amant est l'un des récits d'initiation amoureuse parmi les plus troublants qui soit. Dans une langue pure comme son sourire de jeune fille, Marguerite Duras confie sa rencontre et sa relation avec un rentier chinois de Saigon. Dans l'Indochine coloniale de l'entre deux-guerres, la relation amoureuse entre cette jeune bachelière et cet homme déjà mûr est sublimée par un environnement extraordinaire. Dès leur rencontre sur le bac qui traverse le Mékong, on ressent l'attirance physique et la relation passionnée qui s'ensuivra, à la fois rapide comme le mouvement permanent propre au sud de l'Asie et lente comme les eaux d'un fleuve de désir. Histoire d'amour aussi improbable que magnifique, L'amant est une peinture des sentiments amoureux, ces pages sont remplies d'un amour pur et entier. Ce roman vaudra un succès conséquent à Marguerite Duras. --Florent Mazzoleni


    Par Marguerite Duras
    Aux éditions de Minuit
    12 €
    148 pages 

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                    Marguerite Duras est une écrivaine réputée et classique, en France, comme ailleurs, et se place en élément fort du genre du nouveau roman. En lisant L’amant, je me suis dit qu’étant mon premier livre de cette auteure, il aurait peut-être été préférable d’en lire un autre avant celui-ci. Il est certes très intéressant mais semble finalement reprendre des éléments de sa bibliographie en même temps qu’elle reprend beaucoup d’éléments de sa vie. Finalement, cette lecture fut instructive, et littérairement forte, sans laisser au lecteur le soin de trop s’y attacher, comme une protection pudique de sa vie. Marguerite Duras écrit donc un roman talentueux, proche de sa vie… jusqu’à s’éloigner du lecteur ?


                    Peut-être peut-on dire que ce roman n’émeut pas autant qu’il le devrait, et que dans le désordre d’informations que Marguerite Duras livre sur sa vie sans trop y réfléchir on se perd un peu parfois, mais avec ce livre il semblerait qu’elle ne cherche pas à s’éloigner du lecteur. Au contraire, elle le dit et l’annonce, elle écrit ce récit, au milieu de sa carrière littéraire, elle s’arrête un moment, et en se posant s’adresse au lecteur : tu me connais bien maintenant regarde un peu plus qui je suis. Cette histoire est l’occasion de se livrer mais c’est aussi l’occasion de s’affirmer en romancière hors pair.
     

                    En fait, elle construit son récit autour d’un instant, du moins durant la première partie. Tout est suspendu dans une lenteur éternelle et maîtrisée, autour du seul instant où notre héroïne, l’auteure même, rencontrera ce chinois, cet amant, cet amoureux fou. Elle trace ses mots sur sa feuille blanche comme le fil de ses pensées et parle de sa vie, de sa famille, de ce frère et de cette mère. Elle ne cherche pas une chronologie qui viendrait à démontrer qu’est-ce qui a mené à quoi, elle essaye de comprendre comment cet instant est arrivé, et en quoi cela a-t-il changé quelque chose. L’amant. Qui, quoi, quand, comment, pourquoi ?


                    On peut voir dans ce roman comme déjà l’ont analysée une quête initiatique d’une jeune fille qui cherche à diriger sa vie, et s’opposer à ces interdits qui l’oppressent. On y trouve finalement aussi comme une seconde naissance, l’idée que l’héroïne trouve dans cette relation des choses nouvelles jamais imaginées, un tournant important dans sa vie, et la femme qu’elle devient, sa beauté qui vieillit, ses réflexions qui s’épicent de mots plus précis, plus fins, plus piquants. Marguerite Duras semble poser des yeux critiques sur sa vie, sur cette période où tout a changé. C’est une quête pour s’opposer, grandir et renaître, et si elle parle à la première personne du singulier, sa voix morose se détache parfois d’elle-même pour regarder d’un autre œil son histoire, racontant son histoire à la troisième personne, comme si ce n’était plus elle. Les années de recul lui offrent ainsi un œil nouveau sur cette période adolescente de sa vie.


                    Ainsi elle raconte sa transformation, presque, en femme. Elle raconte l’amour, et son amant. Elle raconte comment être une femme peut être beau, ou dévastateur, comment quand on vieillit la beauté devient autre, comment une femme qui vieillit peut être belle. Elle conte aussi sa famille, et finalement, s’arrête au milieu d’une vie, d’une flopée de livres qu’elle a écrits, au milieu de son œuvre qu’elle avait déjà déclaré vouloir écrire à 15 ans, ce qu’elle dit dans son roman, pour raconter cette origine. Les bribes de sa vie et de sa famille s’assemblent graciles, même si parfois trop désordonnés, ainsi pour montrer un puzzle défait, tendre et tremblant : alors qu’elle démesure l’attente autour de cet amant, se joue en arrière-plan jusqu’à en prendre plus de place, cette intrigue que Marguerite Duras tente vainement de cacher en intensifiant l’instant de sa rencontre avec son amant. Si elle veut s’opposer, peut-être est-ce dans l’optique de se défaire de sa mère. Avec talent et sagacité, elle montre ainsi dans toute la tension de son écriture un amour haineux envers sa mère, et la jalousie d’un amour que sa mère offre à son grand frère, mais auquel elle n’a pas droit, et s’avoue vaincue par la famille comme elle se bat pour un amour qu’elle n’a peut-être pas, ou qu’elle ressent sans le comprendre.


                    En conclusion, Marguerite Duras parle de sa vie dans ce roman, parle de son amour, et de cet amant qui fut le point décisif de quelque chose dans sa vie, d’un tournant qui l’a construite. Mais résonne derrière ces mots la peur d’un frère trop vil, d’une mère peu aimante et souvent psychologiquement absente. Elle parle de vie, et l’associe à un désert dans lequel on crie vainement, comme elle part de la mort, comme la mort de notre immortalité, dépeignant avec grâce et tact l’humain comme un bout d’immortalité cassé par le temps. Marguerite Duras écrit pour revivre comme elle avait alors toujours écrit pour vivre.

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    Un beau monologue pour revivre, parfois trop déroutant ou trop fragile, mais incontournable.

    "Je n'ai jamais écrit, croyant le faire, je n'ai jamais aimé, croyant aimer, je n'ai jamais rien fait que d'attendre devant la porte fermée."
    "Il pleure souvent parce qu'il ne trouve pas la force d'aimer au-delà de la peur."
    "La passion reste en suspens dans le monde, prête à traverser les gens qui veulent bien se laisser traverser par elle."
    "L'histoire de ma vie n'existe pas. ça n'existe pas. Il n'y a jamais de centre. Pas de chemin, pas de ligne. Il y a de vastes endroits où l'on fait croire qu'il y avait quelqu'un, ce n'est pas vrai, il n'y avait personne."

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