• Posté par : Tom 1 oct. 2014



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    George Milton et Lennie Small, deux amis, errent sur les routes de Californie. George protège et canalise Lennie, une âme d’enfant dans un corps de géant. Lennie est en effet un colosse tiraillé entre sa passion - caresser les choses douces – et sa force incontrôlable. Animés par le rêve de posséder leur propre exploitation, ils travaillent comme journaliers, de ranch en ranch. L’amitié qui les lie est pure et solide, mais ne suffit pas à les protéger de la maladresse de Lennie. Une maladresse presque poétique, qui les conduit à changer sans cesse de travail, et qui laisse poindre à l’horizon un drame sans égal.


    Par John Steinbeck
    1937
    Environ 200 pages
                   
     ◄►◄►◄ Chronique ►◄►◄►

                    Des souris et des hommes commence dans une atmosphère mordorée, ternie par un soleil trop fort, mais pourtant décrite avec soin comme une scène presque bucolique, autour de deux amis qui chevauchent la route pour trouver du travail. Cette première scène résume en quelques souffles l’histoire, et sa beauté : un couple étrange, de deux amis qui s’aident et se complètent, pour offrir au lecteur la promesse que l’amitié existe, mais pour lui montrer aussi qu’on ne fait parfois pas ce qui nous fait du bien pour faire au mieux que l’on peut. Dans la simplicité de la langue, il rend la relation complexe de deux paysans qui se parlent et se construisent ensemble.

                    Ainsi, le roman met en scène nos deux personnages dans un chemin dès le début poussiéreux mais réussi avec soin. Il les installe dans la poussière des chemins, dans la poussière de la vie qui se dépose sur les personnages qui cherchent en cette époque trouble, et dans ces tempêtes de sables, du travail, de quoi subvenir et arriver avec soin à vivre comme il se doit.

                    Si on se concentre plus fortement sur ces personnages, on peut discerner leurs différences, et leur complémentarité qui s’allie face aux affres de la vie, et aux affres de Lennie. Ils se dirigent tous deux vers une ferme qui les engagera peut-être, et où ils devront surtout réussir à s’engager sans faire trop de bruit. Le problème c’est Lennie, et on comprend la fragilité de leur vie dans ce premier chapitre quand George balance crument mais avec le réalisme du dialogue sa pensée à Lennie, un peu trop bête, encombrant, et dont George doit s’occuper sans cesse, toujours occupé, toujours responsable. Avec son écriture, et on s’en rend compte très vite, Steinbeck rend avec précision des paysages réalistes, mais lorgne avec plus de nonchalance et pourtant encore plus de réussite du côté du duo qui se profile au loin sur la route. Il est observateur lointain qui rend pourtant la justesse de cette amitié avec force, et place ainsi dans les dialogues toute son importance. Dans la simplicité de leur langage, on n’a pas besoin de dire leurs origines sociales, leurs vies ou leur éducation, et dans leurs mots utilisés, on comprend les émotions sans avoir à dire leurs expressions, leurs tics ou leurs sentiments. John Steinbeck place dans le dialogue, omniprésent, toute la force de l’humanité qui communique et se lance, balance, rejoint, confronte. Ainsi, on comprend la part que Lennie pose dans la balance dans ce couple particulier auquel on ne s’attend pas, quand il déclare vouloir partir, le laisser, vivre seul, et il aura de la sauce à la tomate et de quoi vivre dans une grotte : il apporte un peu de magie, un peu d’innocence, et surtout beaucoup d’émotion et le partenaire idéal : un ami.

    Ce couple fort, attachant, unique, présente donc dans cette histoire courte mais intense, jusqu’à une fin inattendue mais qui résonne de justesse et de leçons de vie - doit-on toujours faire le bon si on veut faire le bien ?, ou plus encore le sacrifice d’un ami pour un autre, dans l’émotion - l’idée que l’amitié va plus loin que tout et que la différence apporte toujours beaucoup. Un duo se base sur ce que chacun apporte à l’autre, et Steinbeck le montre avec justesse. Néanmoins s’ils se trouvent réunis sur les routes, en compagnons, et en amis, ce n’est pas que par la promesse de George faite à Tante Clara, c’est aussi pour le rêve qu’ils partagent et que Steinbeck met en valeur dans ce court roman. Le rêve américain : avoir une terre à soi, élever des lapins et s’occuper de soi-même, avoir ses légumes, ses récoltes, et sa maison. Bref, ils se dirigent à deux, tendus vers cet avenir prometteur, que George espère de tout cœur, mais que Lennie, tout aussi désirant, semble parfois oublier dans la force de ses sens trop présents pour oser voir trop loin : enfant insouciant, perdu sans son ami.

    En conclusion, John Steinbeck propose le tableau d’une époque errante dans la poussière et dans sa vie, à travers le portrait touchant et plein d’amour de deux amis qui suivent le même rêve. Fort, profond, et même si parfois simple dans l’écriture, on y reconnaît alors le talent de John Steinbeck à écrire le moins pour montrer le plus.

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    - Un couple sincèrement attachant
    - Un récit humain et juste
    - Un style épuré mais réussi
    - Un tableau juste d'une époque

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    - Parfois simple, mais on y reconnaît alors le talent de John Steinbeck à écrire le moins pour montrer le plus

    ◄►◄ EN BREF ►◄►
    Fort, profond, et même si parfois simple dans l’écriture, on y reconnaît alors le talent de John Steinbeck à écrire le moins pour montrer le plus.

    "Ce qui compte, c'est parler, C'est être avec un autre. Voilà tout. "
    "Imagine un type ici, tout seul, la nuit, à lire des livres peut-être bien, ou à penser, ou quelque chose comme ça. Des fois, il se met à penser et il n'a personne pour lui dire si c'est comme ça ou si c'est pas comme ça. Peut-être que s'il voit quelque chose, il n'sait pas si c'est vrai ou non. Il ne peut pas se tourner vers un autre pour lui demander s'il le voit aussi. Il n'peut pas savoir. Il a rien pour mesurer. J'ai vu des choses ici. J'étais pas soûl. J'sais pas si je dormais. Si j'avais eu quelqu'un avec moi, il aurait pu me dire si je dormais, et alors je n'y penserais plus. Mais j'sais pas."
    "J'aime caresser les jolies choses. Un jour, à la foire, j'ai vu de ces lapins à longs poils. Et ils étaient jolis, pour sûr. Des fois même, j'caresse des souris, mais c'est quand j'peux rien trouver de mieux. "
    "George continua :
    - Pour nous, c'est pas comme ça. Nous, on a un futur. On a quelqu'un à qui parler, qui s'intéresse à nous. On a pas besoin de s'asseoir dans un bar pour dépenser son pèze, parce qu'on n'a pas d'autre endroit où aller. Si les autres types vont en prison, ils peuvent bien y crever, tout le monde s'en fout. Mais pas nous.
    Lennie intervint.
    - Mais pas nous ! Et pourquoi ? Parce que... parce que moi, j'ai toi pour t'occuper de moi, et toi, t'as moi pour m'occuper de toi, et c'est pour ça.
    Il éclata d'un rire heureux. "
    "- Maintenant , tu comprendras peut-être . Toi t'as George. Tu sais qu'il va revenir . Suppose que tu n' puisse pas aller dans une autre chambre jouer aux cartes parce que t'es un nègre ? Suppose que tu sois obligé de rester assis ici , à lire des livres .Bien sûr , tu pourrais jouer avec des fers à cheval jusqu'à la nuit , mais après , faudrait que tu rentres lire tes livres . Les livres , c'est bon a rien . Ce qu'il faut à un homme , c'est quelqu'un ...... quelqu'un près de lui. "
    "Vous avez tous peur les uns des autres, c’est pas autre chose. Vous avez tous peur que les autres aient quelque chose à raconter sur votre compte."
    "- Les types comme nous, qui travaillent dans les ranches, y a pas plus seul au monde. Ils ont pas de famille. Ils ont pas de chez-soi. [...] Ils ont pas de futur devant eux."
    "Mourir ne nous est pas aussi étranger qu'on le croit, nous mourons tous les jours dans les profondeurs sans rêves du sommeil."
     "Ya pas besoin d'avoir de la cervelle pour être un brave type. Des fois, il me semble que c'est même le contraire. Prends un type qu'est vraiment malin, c'est bien rare qu'il soit un bon gars."
     "Dis-moi tout ce qu'on aura dans le jardin, et les lapins dans les cages, et la pluie en hiver, et le poêle, et la crème sur le lait qui sera si épaisse qu'on pourra à peine la couper. Raconte-moi tout ça, George."

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    1. Oh .... Là tu m'as trop donné envie de le relire !
      Je l'ai lu en 6ème et je n'en ai aucun souvenir =)

      Et non, tu ne rêves pas, I'm back

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    2. WOH super et merci pour touut !!

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    3. Un roman que tu me donnes envie de découvrir :D

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      1. Alors lis le, merci ! C'est un classique !!

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    Alex la Belette et moi, on aime bien les commentaires ! Ça nous donne de l'audace !
    N'hésitez pas à poster votre avis, une idée, une blague, une remarque. Tout ce que vous voulez, tant qu'on peut échanger. Parce que la littérature n'est jamais plus belle que quand on la partage.

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