• Posté par : Tom 16 sept. 2014

            Les livres qu’ils racontent le plus souvent une histoire. Les mots content, c’est un récit avec des personnages, une trame, une intrigue. Il y a le plus souvent une situation initiale, un dénouement et entre les deux un élément déclencheur, ou plusieurs, et des péripéties et rebondissements. Mais ce qu’on ne trouve pas toujours, et ce qui, peut-être, n’est pas toujours vrai, c’est quand les mots ont une histoire.

            Dans 14 de Jean Echenoz, c’est la guerre de 14-18 qui lance l’histoire. C’est le récit de plusieurs hommes dont un seul va revenir de la guerre et en un sens tout aussi blessé de cette guerre, de la vie, de la mort. Si le récit est présenté avec allure, avec les rebondissements de la guerre, l’écriture est extrêmement sobre, très ascétique. En fait, chaque élément est dépeint avec un calme froid, avec une description tout à fait documentaire et étrange. Ainsi un ton nonchalant et indifférent est adopté sur un sujet très dur, si bien qu’on en devient presque indifférent. Et pourtant la description minutieuse, mais peut-être trop, jusqu’à l’inutilité, donne un tableau large et profond de la guerre, sur plusieurs points de vue : le soldat de terrain, le malade, le renvoyé, l’homme trop vieux ou trop jeune, les femmes, l’aviation… au final, ce tableau presque froid tant le ton est indifférent touche parfois. Par exemple, dans sa paix printanière du début qui annonce un roman plus gai que ce retournement de situation inévitable qui détruit, et c’est ce qu’il s’est passé dans la vie au final, et touche ainsi dans le détail de cette guerre. Jean Echenoz dresse alors un tableau fort de la guerre, et rend peut-être encore plus forte la scène en laissant le spectateur plaquer ses propres émotions sur ce récit qui se contente d’énoncer les faits, et laisse au lecteur cette recherche du sentiment qu’il trouve par lui-même dans une guerre déjà maintes fois racontées. Peut-être interroge-t-il notre capacité à nous soucier d’évènements si lointains qu’ils ne nous apparaissent parfois plus que comme des évènements dans un livre d’histoire, tout en traçant peut-être par ses mots un devoir de mémoire qu’il rend avec justesse d’un monde au printemps détruit par la guerre.

            Dans un ton plus délicat, plus émotionnel, Après la vague émeut dans toute sa splendeur. Partant des faits du tsunami de 2004, immense catastrophe qui a marqué la planète, Orianne Charpentier avoue dans une interview pour On lit plus fort être elle-même étonnée d’avoir choisi ce sujet là. « C'était une tragédie si écrasante qu'elle semblait échapper aux mots » Et pourtant il est là sous nos yeux ce roman, et il échappe aux mots lui aussi. Dans une douceur infinie et un tragique incroyable, Orianne Charpentier dose son ton avec justesse pour raconter comme il se doit l’histoire d’un jeune adolescent marqué de plein fouet par cette tragédie en voyant sa sœur mourir, avalée par les flots. Elle raconte le deuil d’un adolescent, qui doit faire face à cette mort. Voyage initiatique dans tous les sens du termes, Orianne Charpentier écrit un récit juste où l’intrigue abordée avec plusieurs personnages toujours passionnants mais surtout toujours fouillés dans leur psychologie la plus forte émeut aux larmes. Elle m’a personnellement touché avec force en me confrontant à la mer, que j’ai toujours vue simple, source de bonheur, mais ici meurtrière, terrifiante. Elle nous questionne sur la valeur de la vie quand elle est confrontée à la mort, et comment on fait son deuil de la personne qu’on a le plus aimé. C’est le récit touchant et sincère, réaliste, d’un adolescent qui se meurt, touché de trop près par la mort.

                    Mais si les mots ont ici une origine Historique, que ce soit la guerre, ou une catastrophe qui confronte à la mort, certains le sont plus personnellement. Dans L’Arbre à l’envers de Pauline Alphen, l’auteur écrit sur un petit garçon, dont la mort fait trembler sa famille en même temps qu’une naissance. Dans ce fil tendu entre la vie et la mort, touchant, et vu avec la douceur et l’innocence de l’enfance, résonne aussi le ton juste d’une famille qui se vit, qui se danse ensemble. En lisant ces mots, on ressent quelque chose de plus grand : à travers les mots on sent le souffle Pauline Alphen qui les écrit, les chuchote sur la page pour qu’elle les absorbe : ils sont sincères, ils palpitent et résonnent du monde, de brume enchanteresse de la vie de l’auteure qui vibre sur la page. Entre poésie et innocence, il y a cet arbre, métaphore de la famille, renversé par l’amour, la vie, la mort, et qui touche par son réalisme, sa justesse, tant que par sa sincérité. « J’ai écrit ce texte pour que tout cela continue à vivre. Parce que je suis reconnaissante de tant de bonheur. Parce que le bonheur passé n’est jamais passé… » voilà ce qu’écrit Pauline Alphen sur son blog, et c’est vrai. On la sent cette sincérité, on la vit cette famille, et elle touche. Ainsi, dans toute la force de ses mots et de son récit qu’elle déploie, Pauline Alphen écrit sur elle, et ça en rend l’étoffe du récit encore plus épaisse dans sa fragilité tendre.

                    Enfin, de façon plus douce, nous pouvons parler de la saga Reckless de Cornelia Funke, qui compte pour l’instant deux tomes. L’histoire naît de contes, réunis dans le monde du miroir en un seul univers, où Jacob part à la recherche d’objets magiques en chasseur de trésors pour les gens de ce monde parallèle. Mais qui est Jacob à l’origine ? Un jeune homme venu de la Terre, à la recherche de son père… mais qui se frotte à ce monde y est lié à jamais. Ainsi, Cornelia Funke bâtit un univers incroyablement profond, merveilleux et magique autour d’histoires connues de tous qu’elle manie à sa façon. Dans cet univers unique, elle construit son personnage, son identité, et le lance dans des aventures à la fois trépidantes, et lancinantes, à la fois noires et attachantes. Ainsi, on ne peut que tomber amoureux de cette saga merveilleuse écrite d’une plume élancée, sûre d’elle, qui, si elle nous plonge dans une aventure passionnante, nous entraîne aussi au coeur de contes sombres, d’un univers si profondément noir qu’on en revient à se questionner sur ces histoires qui ont fait notre enfance. Cornelia Funke les recrée avec délicatesse, et nous interroge sur la signification des contes, issues de nos peurs les plus lointaines, et les plus ancestrales, avec finesse, et élégance.

    14



    Par Jean Echenoz
    Aux éditions de Minuit
    128 pages
    12,80 €

    Après la vague


    Par Orianne Charpentier
    Aux éditions Gallimard Jeunesse - Collection Scripto
    176 pages
    8,90 €

    L'arbre à l'envers



    Par Pauline Alphen
    Aux éditions Hachette Jeunesse
    160 pages
    10 €

    Reckless tome 1


    Par Cornelia Funke
    Aux éditions Gallimard Jeunesse
    350 pages
    15,25 €

    Reckless tome 2


    Par Cornelia Funke
    Aux éditions Gallimard Jeunesse
    448 pages
    16,50 €

    { 4 commentaires... lisez les commentaires ou Commentez }

    1. Un super article, j'ai adoré l'idée !

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    2. Votre attention à tous et à toutes, j'ai une annonce à faire !
      Tom tu as un don ! Un don pour nous donner envie de lire les livres que tu décris avec des mots toujours si bien tournés. Plus d'une fois j'ai été touchée par tes chroniques et me suis ruée en librairie pour acheter les bouquins dont tu parlais le. Je ne sais pas comment expliquer tes mots avec des mots mais juste te dire que tes chroniques sont toujours agréables à lire et toujours constructives.
      Bon ça y est c'est dit, mais je crois qu'une fois que j'aurais appuyé sur publier je crois que je vais mourir de honte et regretter ! Mais il fallait que je te félicite tout de même et te dire que j'espère une longue vie à ton blog et à tes écrits !

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      1. C'est ADORABLE merci vraiment beaucoup ♥

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    Alex la Belette et moi, on aime bien les commentaires ! Ça nous donne de l'audace !
    N'hésitez pas à poster votre avis, une idée, une blague, une remarque. Tout ce que vous voulez, tant qu'on peut échanger. Parce que la littérature n'est jamais plus belle que quand on la partage.

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