• Posté par : Tom 28 sept. 2014

    Le fantastique est un genre connu, reconnu et usé par tous ses bouts à force d’écriture. On peut l’associer, du moins dans ma chronique, au merveilleux, à la fantasy ou à l’héroic fantasy, tout cela avec nuances. On y trouve des romans exceptionnels, des récits foisonnants de trouvailles, des classiques incontournables qui l’usinent avec soin et toute la douceur d’un écrivain amoureux de son histoire (on peut parler de Pierre Bottero, par exemple). Néanmoins certains récits, car ce genre est peut-être aujourd’hui trop vu, trop utilisé pour pouvoir y trouver quelque chose d’original, savent y creuser avec un angle d’attaque différent, et proposer des histoires fortes, étonnantes et admirables. Retour sur 3 ou 4 romans incontournables qui vous emmènent plus loin que notre propre réalité.


                    Tout d’abord, on peut se pencher sur la question du merveilleux qui est un genre différent mais que l’on peut rapprocher du fantastique, si ce n’est que le merveilleux est un surnaturel accepté de soi par tous. Les éléments surnaturels apparaissant ne surprennent donc pas les protagonistes, et le lecteur « se doit » de l’accepter comme tel. Dans Le plus petit baiser jamais recensé, dernier roman de Mathias Malzieu, le surnaturel qui apparaît par petites touches oniriques, comme dans chacun de ses romans, ne surprendra donc pas et posera des questions plus essentielles aux lecteurs : non comment et pourquoi se passe-t-il ça, mais peut-être pourquoi une telle métaphore ? Si ce nouveau livre de Mathias Malzieu déçoit dans sa simplicité et son recul qui manque cruellement d’émotion ou d’emphase avec l’histoire, il propose néanmoins une jolie métaphore pleine de merveilleux sur l’amour, la timidité, et la douceur de ses gestes, remèdes, maux et mots au quotidien. Le merveilleux donne ainsi à l’histoire une allure de conte qui donnera au lecteur un apprentissage doux et fantastiques d’une part de l’humain, cette part qui vous donne des frissons et vous donne parfois envie… de disparaître.

                    Du domaine des murmures, second roman de la célèbre et talentueuse romancière Carole Martinez, propose une sorte de merveilleux que l’on peut qualifier de merveilleux religieux. En effet, dans ce roman bouleversant, Carole Martinez crée un personnage attachant et touchant : une jeune fille violée par son propre père qui, quand elle se retrouvera enfermée, va devenir sainte tant on la croira responsable de la prospérité des contrées et du pays. Ce merveilleux apparaît donc comme accepté par le récit car il est dû à la croyance en dieu qui amènerait la prospérité à ses fidèles. Dans ce récit touchant se mêle l’amour d’une mère à son enfant, l’amour parental, l’amour tout court, mais aussi plus loin des réflexions profondes et recherchées sur la croyance, la religion ou la réclusion. Finalement Carole Martinez propose un récit tourné  vers la religion sans qu’elle ne s’embourbe dans ce thème, et crée un tissage ambitieux mais réussi, de la vie d’une récluse différente, qui accouche, et se retrouve toute puissante dans une cellule qui va peu à peu devenir son tombeau. C’est fort, et bouleversant.

                    Nous pouvons aussi nous tourner vers la saga Miss Peregrine et les Enfants Particuliers dont j’ai déjà parlé sur le blog. Ce roman, écrit d’une main de maître par Ransom Riggs, marque en quelques sortes la frontière entre merveilleux et fantastique. Accepté de soi par les enfants aux pouvoirs étranges et spéciaux, ce merveilleux prend racine dans des origines ancestrales du monde qui vont se retrouver faites et redécouvertes, puis même torturées. Caché et reclus, puis mis à sac, cette mythologie prend part en fantastique car les hommes n’en connaissent pas l’existence et trouvent dans ces enfants peut-être leurs peurs les plus profondes, alors qu’ils ne sont qu’êtres comme nous, différents, mais bien réels. Par cette amène marquante du fantastique, Ransom Riggs propose un récit touchant et trépidant de la différence quand elle n’est pas acceptée mais repoussée avec force, et ça fait mal.

                    Enfin, Les enfants d’Erebus, nouvelle saga de Jean-Luc Marcastel, soigne avec précision et rythme un fantastique plus juste, plus « ancestral ». Il écrit ici un récit réellement fantastique, parce que les personnages se retrouvent bientôt confrontés à des aberrations de la nature, que ce soit dans le passé ou dans cette époque bien sombre d’une histoire tourmentée entre deux guerres, qui nous renvoient à nos peurs les plus sombres. On est pris dans ce récit comme par la force d’une tornade : par le rythme trépidant, incessant, aventureux ; l’écriture mouvementée, impétueuse et précise, artistique ; mais aussi et surtout l’univers qui nous charme au début avec force, puis nous effraie avec horreur. Les monstres sont universels et résonnent dans l’ère du temps comme quelque chose de sans âge, qui vient de la nuit des temps et revient pour vous hanter dans une catastrophe sans nom. Ca fait trembler les mots, le livre, vos doigts, vos sens et vos nuits. C’est un fantastique désenchanté, noir, profondément apeurant qui vous fait oublier vos plus viles peurs pour les rendre à l’état de monstres dans un placard.

    Le fantastique ou merveilleux est donc repris et réécrit avec force, talent et trouvailles, dans des récits qui désenchantent, enchantent, ou émerveillent avec talent.


    Le plus petit baiser jamais recensé



    Par Mathias Malzieu
    Aux éditions Flammarion
    157 pages
    17,50 €

    Du domaine des murmures


    Par Carole Martinez
    Aux éditions Gallimard - Collection Folio
    240 pages
    6,80 €

    Miss Peregrine et les enfants particuliers tome 1



    Par Ransom Riggs
    Aux éditions Bayard Jeunesse
    438 pages
    14,50 €

    Miss Peregrine et les enfants particuliers tome 2

    Jacob et les enfants particuliers sont désemparés : Miss Peregrine, changée en Oiseau, est prisonnière de son état, suite à l'attaque des Estres, des âmes damnés, sur l'île de Cainholm. Les voilà donc livrés à eux-mêmes ! Après avoir essuyé une tempête entre Cainholm et le continent, Jacob et ses amis s’échouent sur une rive de Grande-Bretagne, en 1940, alors que la Seconde Guerre mondiale fait rage. Ils sont aussitôt pris en chasse par des Estres déguisés en soldats, qui veulent à tout prix capturer l’Oiseau. Les enfants fuient à travers la forêt, et se réfugient dans une boucle temporelle abandonnée par une certaine Miss Wren. Là vit une curieuse ménagerie d’animaux singuliers. Parmi eux, Addison, un chien parlant, un ému-rafe – croisement improbable entre une girafe et un âne –, des poules qui pondent des œufs explosifs, et un chimpanzé fantasque. Addison leur explique que Miss Wren est partie à Londres pour tenter de libérer ses sœurs Ombrunes, capturées par les Estres. Et il leur apprend que c'est la dernière Ombrune en liberté. Jacob, Emma, Enoch, Olive, Bronwyn, Millard, Horace, Hugh décident de la rejoindre au plus vite, car elle est la seule personne capable de redonner à la directrice de l'orphelinat sa forme humaine...


    Par Ransom Riggs
    Aux éditions Bayard Jeunesse
    512 pages
    16,90 €

    Les enfants d'Erebus

    Paris, 1935. Un soir, un inconnu débarque chez l'explorateur Armand de Carsac dans l'intention de voir l'obélisque d'Erebus. Jade, sa fille âgée de 16 ans, comprend que cet objet fut ramené de son expédition en Antarctique et que des personnes bien mal intentionnées cherchent à s'en emparer.


    Par Jean-Luc Marcastel
    Aux éditions J'ai Lu
    316 pages
    12,00 €

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