• Posté par : Tom 26 août 2014


                    Il y a des histoires, des romans, des récits, qui existent pour raconter aussi bien que pour écrire. Il y a des mots pour dire les mots, des mots pour les vanter ou les inventer. Voici deux petits livres, aussi courts qu’un souffle, écrits d’une traite aussi bien que lus d’une gorgée d’air. Et qui représentent bien les mots : leurs forces, leurs faiblesses et dans toute leur splendeur leur pouvoir. Des mots pour dire les mots…

                    Lu à voix haute sur la plage, face à la mer, Cheval Océan sait emporter son lecteur. Stéphane Servant par ce petit récit très court, mais aguerri, nous montre encore son talent à raconter, et à écrire. Ici, une histoire forte, qui met en scène une jeune fille amoureuse, mais bientôt mise face à une épreuve qui va tout changer. Au milieu de l’océan, qui commence à devenir plus épais, plus énergique, et qui laisse voir peu à peu sa force, sa puissance, on se prend à le redouter, alors qu’il a dans sa splendeur toujours évoqué le bonheur. Tout cela se sent dans les mots de l’auteur qui écrit avec une force décuplé pour nous montrer cette vision de l’océan, tel un cheval trop trempé, trop trapu, qui pourrait détruire beaucoup de choses : le paysage, la vie, les rêves. Avec une héroïne désenchantée, affaiblie, sans plus de rêve que l’Après, Stéphane Servant nous montre la force des mots. Si on la voit dès le début dans son récit gracieux, dans ses personnages sensibles et graves, dans son style dramatique au ton caverneux, une voix sortie de loin, d’un cri retenu, on le remarque après dans les citations de cette amie aimante des mots qui en trouvent des déjà écrits pour un jour inventer les siens. Enfin, on le ressent pleinement dans ce récit qui prend son sérieux, son ton tragique, cet appel à l’aide qui monte, cette voix, ce dialogue à un être encore inconnu, lointain, et on a un peu l’impression que cette femme est notre mère qui nous accouche pour nous faire renaître, par les mots, avec les mots… Voir le monde d’une autre façon si sérieuse qu’on en lâcherait notre larme, qu’on en lâcherait nos mots. C’est un récit court, sensible, affuté, aiguisé, pour nous montrer toute la force des mots quand ils sont dits avec  une franchise vigoureuse, et habile.

                    Antoine Dole, lui, réussit avec talent cette franchise ferme, et directe, sans hésitation. Il écrit sur un adolescent, très jeune, qui doit s’accepter et se faire accepter, de part son homosexualité. Au milieu d’un contexte marqué, ce texte prend son écho, cette voix s’amplifie et marque par son honnêteté et son envie de délivrer un message par des mots droits, abrupts. Mais Antoine Dole veut plutôt montrer cette acceptation, cet apprentissage de soi et des autres, de pouvoir dire les choses, de pouvoir les montrer, de pouvoir user des mots pour se battre. S’il réussit très bien son envie de faire passer ce message, cet apprentissage de la vie et de soi, de sa singularité qui a tout autant sa force que chacun,  on a envie d’y voir un récit court, qui dira les mots plus qu’il s’en servira. Il n’y a pas que cette histoire et ce message d’acceptation, il y a peut-être cette force des mots montrée avec brio, qui sert à dire les choses, à les mettre sur la table, sans équivoque. Des mots pour dire les mots, parce qu’ils montrent aussi leurs faiblesses quand ils sont mal dits, mal compris, mal formulés ou qu’ils ont du mal à sortir. Avec un récit simple, avec un message franc, Antoine Dole nous convainc que les mots sont beaucoup, qu’ils ne font pas tout, mais qu’ils en font déjà bien assez. Un texte honnête, sensible, et singulier.

                    En fait, ces deux textes se servent des phrases, des lettres, de l’outil de l’écrivain pour raconter avec force une histoire, une pensée, qui se réunissent autour du moi, autour d’un monde parfois trop dur et incontrôlable qui nous abîme, mais qu’on doit accepter et forger à notre image pour avancer sans pour autant en sortir d’une façon définitive. Mais s’ils se réunissent c’est parce qu’ils montrent chacun à leur façon les aptitudes des mots, comme ce qu’ils ne peuvent pas faire, pour leur donner tout ce qu’ils méritent : la force d’un récit qui les manie avec talent, pour en montrer leurs pouvoir. Des mots pour avancer, pour grandir, pour s’élancer, en un envol.


    Cheval Océan



    Par Stéphane Servant
    Aux éditions Actes Sud Junior - Collection D'une seule voix
    72 pages
    9 €

    A copier 100 fois


    Par Antoine Dole
    Aux éditions Sarbacane - Collection Scripto
    64 pages
    6 €

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