• Posté par : Tom 25 janv. 2012


    _______ Susan Hoper _______

    Je suis totalement charmé par l'illustration mais surtout évidemment par le prologue posté aujourd'hui via facebook. Vous devez connaître Oksa Pollock ? Et bien les deux auteurs écrivent une nouvelle série à deux ! Je vous laisse découvrir le premier chapitre (prologue) ! Le livre sera publié chez XO éditions.


    Écosse. Une nuit d’hiver.
    Les flammes léchaient les murs avec délectation. Elles flottaient et gonflaient comme des drapeaux agités par le vent, s’étiraient jusqu’au plafond, s’étalaient sur le papier peint. Assise dans son lit, la petite fille regardait le feu engloutir peu à peu l’obscurité de sa chambre. Le bruit du verre qui explose lui parvint, bientôt suivi d’une forte odeur de parfums mélangés.
    La petite fille respira à fond. Ça sentait bon.
    Susan. Susan…
    Quelqu’un l’appelait, loin, très loin au-delà du mur enflammé. Elle ne reconnaissait pas la voix à mi-chemin entre le gémissement et le sanglot. Elle haussa les épaules, serra son doudou contre elle – une longue étoffe bleue − et continua d’admirer les ombres et les lumières qui dansaient autour d’elle en crépitant. C’était si joli.
    Les éclats bleutés des gyrophares des camions de pompiers dont les sirènes hurlaient dehors se joignirent aux flammes. Susan les voyait jaillir à travers la fenêtre embrasée, tels des éclairs de glace au milieu du feu ardent.
    Soudain, la porte de sa chambre s’ouvrit et une immense fournaise apparut. Deux silhouettes s’en dégagèrent. Deux êtres de feu gesticulant vers le petit lit aux draps fleuris qui trônait intact dans la pièce comme un miracle au milieu du chaos. Susan s’agenouilla, les poings enfoncés dans la couette. Elle était terriblement tentée d’enlever le cache qui protégeait l’un de ses yeux pour pouvoir mieux profiter du spectacle. Mais elle avait promis au docteur et à sa maman de ne pas le retirer. Alors, telle une pirate, elle écarquilla son œil valide dans lequel se reflétaient les deux êtres aux membres tordus et la toute puissance du feu.


    Puis une poutre s’abattit sur eux et les disloqua, tout en entraînant une partie du toit. On pouvait maintenant voir le ciel aspirer la fumée et les flammes. Et entendre, derrière les craquements et les sifflements du brasier, les cris des hommes à l’extérieur.
    − C’est trop tard ! résonna une voix. La maison va s’écrouler !
    − J’essaie quand même par le toit ! fit quelqu’un d’autre.
    − Non ! C’est trop dangereux, tu vois bien qu’on ne peut plus rien faire pour ces pauvres gens ! répliqua la voix. Ils sont morts.
    C’est ainsi, alors qu’elle essayait d’apercevoir les étoiles par le trou béant du plafond, que la petite fille vit apparaître un homme au casque rutilant. Perché sur son échelle, il la regardait comme si elle était un mirage.
    − Il y a quelqu’un ici ! hurla-t-il vers ses compagnons.
    − Quoi ? C’est impossible, voyons ! Reviens !
    Mais la prudence de ces paroles ne pouvait parvenir jusqu’à l’esprit de l’homme totalement hypnotisé par la vision irréelle de cette petite fille en pyjama sur son lit fleuri.
    Un ange au milieu de l’enfer.
    Il descendit de l’échelle, posa les pieds sur le toit et s’avança vers le trou incandescent formé par la chute de la poutre.
    La petite fille sursauta un peu quand un mugissement ébranla la maison. De la cave au grenier, du sol au plafond, il parcourut toutes les pièces comme un gigantesque cri de victoire. Avec une fascination horrifiée, le pompier se laissa happer par le tourbillon de feu et s’effondra près du petit lit immaculé en faisant voltiger un million d’étincelles.
    Son unique œil grand ouvert, la petite fille se redressa.
    Elle regarda autour d’elle.
    Lentement.
    Elle joignit ses deux mains.
    Un sourire se dessina sur son menu visage.
    Et puis, elle applaudit.


    Quand Susan entra, tous les regards se tournèrent vers elle. L’église était froide et sombre, mais la main de la grosse dame marchant à ses côtés dégageait une douce tiédeur. Alors la petite fille la serra encore plus fort pour se réchauffer. Et aussi pour se rassurer car toutes ces tableaux de gens qui avaient l’air de souffrir terriblement l’impressionnaient un peu.
    La grosse dame s’avança dans l’allée en l’entraînant avec elle.
    − Pauvre enfant… murmura un homme. La seule survivante…
    − Les pompiers ont dit que seul son lit avait été épargné des flammes, chuchota un autre homme. C’est incompréhensible…
    − Quelle tragédie… soupira sa voisine.
    Tragédie ? « Voilà un drôle de mot », se dit la petite fille alors que la grosse dame l’emmenait devant, sur le premier banc. Un homme vêtu d’une longue robe vint les saluer toutes les deux.
    − Bonjour Susan, bienvenue dans la maison de Dieu.
    Il posa la main sur sa tête et elle recula. La grosse dame avait réussi à lui faire deux mignonnes tresses ce matin, pas question que cet homme bizarrement habillé la décoiffe !


    Perché sur son estrade, l’homme parla longtemps, si longtemps que Susan crut qu’elle allait s’endormir. De temps en temps, il montrait les deux grandes boîtes posées sur des tréteaux devant lui et la main de la grosse dame se resserrait. Un autre homme en robe n’arrêtait pas de passer avec un bol fumant maintenu au bout d’une chaîne. Il le balançait d’avant en arrière, ça sentait tellement bon que Susan respirait à pleines goulées.
    Mais toute cette fumée parfumée et toutes ces bougies qui brûlaient partout lui donnaient également très envie de s’allonger sur le banc pour faire la sieste. Aussi, quand la musique jaillit de l’énorme instrument surmonté de tubes, elle se redressa, le visage éclairé. Il se passait quelque chose ! La musique était si jolie qu’elle commença à se dandiner et à chantonner. Mais la grosse dame posa fermement ses mains sur ses épaules, comme les serres d’un aigle. Susan tourna la tête pour la regarder : la dame tremblait et écarquillait les yeux comme si elle avait vu un horrible monstre. Susan évitait de le regarder, mais elle était sûre que c’était à cause de l’homme accroché à la croix que la grosse dame faisait cette tête. Il était vraiment affreux.


    Enfin, tout le monde se leva. « Pas trop tôt ! » pensa la fillette en réajustant son petit sac à dos rouge sur ses épaules.
    Quatre grands costauds se saisirent des deux boîtes et furent suivis par tous ceux présents dans la maison de Dieu – puisque c’est à lui qu’elle appartenait. Des tas de gens embrassèrent Susan alors que les quatre grands costauds chargeaient les boîtes dans le coffre d’une voiture noire. Du haut des marches, son doudou bleu contre elle, elle regarda la voiture noire s’éloigner, suivie de tas d’autres voitures.
    Machinalement, elle fit « au revoir » de la main.


    − C’est fini maintenant, Susan… lui dit la grosse dame d’un air encore plus gentil. Viens.
    Elle l’emmena vers sa voiture et Susan s’installa sur la banquette arrière en prenant soin de poser son minuscule sac à dos à côté d’elle. La voiture démarra. La grosse dame la ramenait chez elle, enfin ! Elle conduisait lentement, Susan aurait aimé qu’elle aille plus vite.
    C’est ce qu’elle fit en passant devant un gros tas de pierres noircies qui fumaient au milieu des autres maisons : elle accéléra brutalement en se mettant à parler à toute vitesse du bon goûter qui les attendait. D’un seul coup, tout devenait rapide chez la grosse dame.
    Mais Susan était fatiguée, elle ne l’écoutait pas. Elle se laissa glisser sur la banquette et se boucha le nez, le tas de pierres sentait si mauvais. Alors elle plaqua son doudou contre son visage et respira à fond la soyeuse étoffe bleue. Le parfum, doux et unique, prit aussitôt la place de la terrible odeur.
    − Maman… murmura-t-elle.

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    { 1 commentaires... lisez les commentaires ou ajoutez-en un }

    1. C'est... spécial ! Une petite pyromane sera donc l'héroïne d'une nouvelle série ? Je n'ai jamais lu Oksa Pollock, mais j'aime bien le style de ces deux auteures.

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    Alex la Belette et moi, on aime bien les commentaires ! Ça nous donne de l'audace !
    N'hésitez pas à poster votre avis, une idée, une blague, une remarque. Tout ce que vous voulez, tant qu'on peut échanger. Parce que la littérature n'est jamais plus belle que quand on la partage.

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