26 janvier. Vers 2024

 26 janvier 2024. 

Voici quelques-uns des meilleurs livres qui ont accompagné mon année 2023.

Poésie

Les garçons, la nuit, s'envolent a retranscrit comme aucun autre livre n'avait pu le faire avant mes nuits, celles qu'on passe à danser ou au lit, seul ou à plusieurs. J'étais particulièrement chamboulé d'enfin trouver une poésie aussi proche de moi, de ce qui m'agite et fait que je me sens vivant. J'étais plus touché encore de la trouver si juste, avec une écriture au plus proche du corps et du sensuel.

Végétal, un objet littéraire non identifié que mon amie Anne-Fleur m'a mis entre les mains au tout début de l'année et qui m'a autant perturbé que séduit. C'est l'histoire d'un homme qui se met, du jour au lendemain, à se transformer en végétal. « Un jour, j'ai changé d'odeur. » Chaque page est un pas de plus vers cette transformation qui ne se termine jamais vraiment. Le texte, retrouvé dans les papiers de l'auteur après sa mort, à vingt-cinq ans, d'une tumeur du cerveau, est resté et a été publié tel quel par Les belles lettres. Entre autres choses plus intimes, et comme d'autres livres lus en 2023, ce livre pose finalement la question d'à partir de quand un texte n'appartient plus vraiment à son propre auteur, et surtout après sa mort.

Littérature ado

Millepertuis, la bombe littéraire, trash et féministe de la dernière rentrée littéraire ado, par la formidable Julia Thévenot, dans cet univers de sorcières modernes aussi séduisant que disruptif. Avec une écriture mature, qui lui ressemble, faite d'images très personnelles et d'une sensibilité à l'enfance et à l'adolescence délicieuses, elle réinvente le mythe de la sorcière et produit un récit d'initiation au monde et aux histoires particulièrement dément. À lire absolument !

Un roman plus intime, et surtout plus ancien, publié il y a maintenant vingt ans chez l'école des loisirs, Faits d'hivers, dans lequel Arnaud Cathrine écrit comme dans ses textes plus récents (À la place du cœur, Romance...) avec une écriture incisive, et une tendresse crue et salvatrice, l'adolescence, ce que c'est de devenir adulte, et plus encore que ses autres textes, la marge. À lire aussi, d'une traite de préférence.

 

Albums jeunesse

La Pépite d'Or du SLPJ 2022, à côté de laquelle j'étais passée à côté... Et quelle erreur ! Cet Hekla et Laki m'a fait l'effet des plus beaux albums que j'ai lus dans ma vie, près d'une Rébecca Dautremer ou d'une Mélanie Rutten. Le style graphique, lui, est très différent et personnel, mais la force du récit, aussi intime qu'universel, m'a touché en plein cœur.

Côté patrimonial, la réédition par Grasset d'un album jeunesse d'un artiste qui me fascine (que dis-je, m'obsède !) depuis un ou deux ans : Jean Cocteau, avec son Drôle de ménage. Réédité comme tel, il a la même force moderne que tous les autres dessins de Cocteau que vous avez sans doute déjà vus, comme dans son texte, dans lequel l'intelligence de l'enfance est louée avec malice et décalage.

Pour finir l'année, lu sous la couette en amoureux, l'unique, la seule anne herbauts et son Je t'aime tellement que... Comment étais-je passé à côté de cet album dans lequel elle met sa poésie étrange et bric et broc au service du thème de l'amour avec un grand A. C'est très simple et pourtant ça reste dans la tête comme une chansonnette qu'on aimerait entendre encore et encore. 

Littérature adulte

Côte adulte, j'ai continué mon exploration de l'œuvre d'Annie Ernaux, qui me séduit un peu plus à chaque texte (comme à chaque apparition publique d'ailleurs). Son écriture de l'intime à la recherche d'une vérité personnelle profonde est toujours mise au service d'un recul et d'une analyse plus sociologique, comme une dissection de soi-même. Ici dans deux de ses textes les plus récents : le court Le jeune homme, qui entre en résonnance avec d'autres de ses romans, et vient comme participer, autant pour Annie Ernaux que pour sa-son lecteurice, à mieux comprendre qui était, derrière la personne, l'autrice de L'évènement.  

Et Mémoire de fille, que je n'ai pas à proprement parler lu mais vu au théâtre, dans une adaptation de la Comédie-Française que j'ai trouvé trop chichiteuse pour une plume comme celle d'Annie Ernaux mais dans laquelle les comédiennes rendaient extrêmement bien la puissance du texte et de son sujet : celle d'une nuit de violence, et le va-et-vient tout aussi difficile entre hier et aujourd'hui pour mieux se comprendre. Une pierre de plus pour faire de l'œuvre d'Annie Ernaux une des plus marquantes pour moi et pour ma propre écriture.

Bandes dessinées

Les bandes dessinées sont sans doute ce que j'ai lu (et aimé !) le plus cette année. Si bien qu'il m'a été difficile de choisir parmi ces cinq-là : 

Lou ! Sonata, tome 2, qui m'a encore plus plu et parlé que le premier (que j'ai lui-même encore plus aimé qu'à ma première lecture). C'est précieux une héroïne qui, comme ça, nous suit toute notre adolescence jusqu'au début de l'âge adulte. Ce deuxième tome continue de nous emmener dans les méandres créatifs, philosophiques et relationnels d'une Lou qui, devenue adulte, garde la fraîcheur de sa marginalité et l'intelligence de sa liberté. On danse, encore une fois, dans une foule qui fait que, parfois, on s'oublie pour mieux se découvrir. Vivement la suite (et fin... !) de cette saga à (re)découvrir avec émotion.

Sans panique, Pépite Bande dessinée amplement méritée de ce SLPJ 2023 pour la première BD d'une autrice-illustratrice dont j'avais déjà a-do-ré le premier album. Ce récit apocalyptique métaphysique vient confirmer le talent narratif et visuel de Coline Hégron qui sera définitivement une artiste à suivre dans les prochaines années. Gros coup de cœur ! 

Corps vivante dit dans une langue visuelle et narrative tout à fait unique (et il fallait au moins ça pour ce sujet) la découverte de son propre corps et de sa propre (homo)sexualité. Julie Delporte y dresse une découverte culturelle, sociétale, hétéronormative et violente de sa sexualité, et en fait un récit aussi documenté qu'intimement touchant. C'est beau, et ça ne s'oublie pas.

Pour finir sur les bandes dessinées : une suite, celle d'Elliott au collège, qui confirme le talent de Théo Grosjean à raconter l'enfance et l'adolescence avec ce petit héros qui grandit au fil de la série et dont chaque gag est à lui-même une petite réussite de bande dessinée. 

Et une adaptation, celle ultra-fidèle des Petites Reines par Magali Le Huche qui rend la folie, l'humour, l'intelligence et la tendresse de ces trois boudins féministes de Clémentine Beauvais. À offrir à foison si on n'a pas déjà fait lire, écouter ou voir (au théâtre !) à tout le monde le chef d'œuvre de littérature jeunesse qu'est Les Petites Reines.

 

Sciences humaines

Deux essais ont marqué mon année 2023 :

Celui d'Ella Silloë, un petit témoignage essentiel et apaisant dans le paysage éditorial actuel qui se veut comme un compagnon de route sur le chemin sinueux du polyamour. Jamais donneur de leçon, il est documenté d'une expérience personnelle riche et d'un recul réflexif sur soi qui laisse aux lecteurices la possibilité du doute. J'ai aimé la place laissée à cette émotion : la position de l'autrice n'est jamais surplombante, elle donne à chacun·e la force de choisir pour soi.

Et un Tract Gallimard, Le français va très bien, merci qui vient répondre aux on dit sur la dégradation de la langue française et dézinguer quelques idées reçues à coups de recherches scientifiques en linguistiques et d'arguments formidables aux personnes qui vous diront que vraiment du temps de Molière on parlait mieux français et que l'écriture inclusive est une infamie. Concis et pertinent... Remarquable !


Hors catégorie

Pour finir, je vous conseille également trois livres que je classe en hors catégorie car j'ai travaillé dessus cette année :

Le tourbillon, un roman choral, romance de Noël version afro-féministe et queer, écrit à douze mains et publié chez Nathan : ce livre est ce qu'il vous faut pour l'hiver avec une tasse de chocolat chaud et un cœur guimauve.

L'intégrale de La Quête d'Ewilan, et pourquoi pas de tout Bottero, pour replonger dans l'œuvre magistrale de cet auteur de littérature ado à qui j'ai consacré un ouvrage cette année : Sur les traces d'Ewilan : L'héritage de Pierre Bottero.

Et L'étoile du soir, lu l'année dernière mais publié cette année chez Albin Michel. Texte court et percutant, écrit comme un conte philosophique, qui vous fera voyager en Inde auprès d'une héroïne dont vous vous souviendrez longtemps... comme de son autrice, à suivre impérativement !

Et vous, quelles ont été vos meilleures lectures de 2023 ?


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