• Posté par : Tom 29 août 2018

    1e étape de ce tour du monde de l'édition jeunesse au Maroc à la découverte des éditions Yanbow Al Kitab !

    Cette année, je vous avais promis un voyage autour du monde avec Noémie. Elle a parcouru le globe depuis notre rencontre en début d’année sur le blogDe l’Inde au Canada en passant par la Nouvelle-Zélande, elle m’a envoyé, comme des cartes postales du bout du monde, des albums de toutes les maisons d’édition dans lesquelles elle a travaillé. Et il est temps de vous les partager à mon tour !
    La rentrée est, je crois, le moment parfait pour se lancer dans cette aventure dépaysante… Alors si vous êtes partant·es, enfilez vos babouches et mettez un peu de crème solaire : cette semaine, nous partons au Maroc pour une aventure familiale et féline…


    Les trois chats de Myriam sont inquiets… Depuis quelques mois, le ventre de Myriam gonfle sans cesse. Ils le sentent : quelque chose arrive. Quelque chose qui ressemble à un bébé… et un peu moins d’amour pour eux trois. Myriam continuera-t-elle toujours de les cajoler comme avant ?

    Cet album au thème classique (vu et relu en littérature jeunesse) a du mal à se distinguer par sa narration. Le ton est simple, voire didactique : on tire un peu le lecteur ou la lectrice par la main… Les personnages sont attachants mais peinent à rattraper l’histoire qui manque d’épaisseur, de contenu et de subversion. Rien de plus simple que des personnages chats pour attendrir ses lecteur·rices, non ?

    Cependant, Alya et les trois chats arrive à se distinguer parmi toute la production francophone justement par sa spécificité culturelle.


    Il faut savoir qu’il est toujours difficile pour un (petit) éditeur de produire des livres dans une langue parlée plus largement dans d’autres pays / continents que dans son propre pays. (J’en reparlerai à travers ma propre expérience dans la maison d’édition irlandaise Little Island qui est pour sa part en concurrence avec tout l’immense marché anglophone.)
    Pour un album comme celui-ci, sa spécificité de présenter la culture marocaine est donc à la fois
    • un inconvénient : il est plus difficile de vendre ce livre dans d’autres cultures car la mondialisation a souvent tendance à privilégier comme support d’identification pour les lecteur·rices des histoires et des personnages d’une culture occidentale / européenne / américaine ;
    • mais aussi un avantage : cela permet ainsi de distinguer le livre de la masse et d’entrer justement, à travers une histoire simple et universelle, dans une culture plus dépaysante pour un·e lecteur·rice francophone. (Qu’il vive en France métropolitaine, dans certains DOM-TOM ou au Canada par exemple.) Le schéma d’Alya et les trois chats est classique mais l’univers dans lequel il est construit ne l’est pas.
    Le Maroc entre donc à petits pas entre les pattes des trois chats, à travers les babouches qui bousculent leurs moustaches ou sur les fonds carrelés colorés des jardins marocains qui rappellent les patios des riads.


    Le trait, à la fois expressif et décoratif, donne vie aux personnages et à ce voyage au nord du continent africain.
    Pour travailler cet univers et s’imprégner du quotidien marocain, de l’architecture et des motifs du pays, Maya Fidawi a d’ailleurs été invitée à venir vivre quelques jours à Tanger par Amina Hachimi Alaoui, l’éditrice et autrice du livre. Les premiers croquis construisaient en effet des décors qui rappelaient plutôt le Liban — où l’illustratrice habite — que le Maroc.
    Celle-ci ose aussi des plans différents, et c’est notamment ce qui a séduit Noémie dans son travail : on peut passer d’une scène large aux décors riches à un plan extrêmement rapproché, au niveau des chats qui se frottent aux jambes de leur maîtresse.


    Cette plongée dans le cœur d’une famille marocaine nous permet d’ailleurs de nous interroger sur la place des femmes dans leur société. Dans cette histoire de maternité, aucun personnage masculin n’est représenté. Sami, le père, est nommé quand le départ pour la clinique s’impose, mais seules Myriam, future maman, et la grand-mère, qui n’est même pas nommée, apparaissent.
    Amina Hachimi Alaoui a ainsi veillé, dans le deuxième volume, à donner une vraie place à ce père qu’elle trouvait trop absent elle aussi rétrospectivement dans Alya et les trois chats.

    Cette plongée chaleureuse dans la culture marocaine vous convaincra donc peut-être de choisir — plutôt qu’un Petit Ours Brun ou un énième album sur la grossesse — Alya et les trois chats. Cet album se distingue malgré son thème classique avec avec un univers dépaysant qui n’enlève rien à l’universalité de l’histoire et séduit par ses couleurs aussi douces que ses chats.

    De quoi ravir les mirettes et faire voyager un peu avant notre prochaine escale ailleurs dans le monde...


    Pour ma part, je suis curieux de découvrir la suite des aventures d’Alya et des trois chats. Noémie m’a promis une suite encore meilleure, beaucoup plus axée sur la culture marocaine, et notamment sur la Fête du Mouton. Elle pose des problématiques moins universelles mais offre ainsi un album beaucoup plus riche, notamment culturellement.
    Mais Yanbow Al Kitab publiant d’abord ses livres en arabe avant de les éditer en français (du moins les albums qui parleront à un public francophone ou international), celui-ci n’est pas encore traduit.
    Heureusement que j'ai de quoi patienter : les cartes postales livresques de Noémie ne sont pas terminées !

     ____________________

    Le ventre de Myriam gonfle... puis gonfle... comme un ballon !
    Minouche, Pacha et Amir se demandent avec inquiétude : « Nos habitudes vont-elles changer avec l'arrivée de bébé Alya ? »

    32 pages
    13 €
    Aux éditions Yanbow Al Kitab (distribuées en France)

    (Ci-contre, la version arabe d'Alya et les trois chats.)

    { 4 commentaires... lisez les commentaires ou Commentez }

    1. C'est très chouette et important je pense que tu mettes en avant ce genre d'album !
      En tout cas les illustrations sont très belles, j'y penserai pour les bébés à venir autour de moi ^^

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      1. Merci ! Il faut remercier Noémie surtout ;)
        Oui c'est très beau. Il faut surtout y penser pour les futur·es grands frères et grandes sœurs !

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    2. Jolie découverte au niveau du graphisme, et le Maroc est un pays cher à mon coeur et présent dans mon histoire familiale, donc je garderai un oeil attentif sur la traduction du second volume. Merci à tous les deux !

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      1. Merci pour ton commentaire ! :) Tu ne veux pas découvrir le premier en attendant ?

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