• Posté par : Tom 19 juil. 2018

    Trois livres révolutionnaires entre mai 68 et mai 2018 pour fêter la littérature jeunesse #BBenLivre2018

    En mai 2018, on a parlé sans cesse du cinquantenaire de mai 68 : on l’a célébré, on s’est remémoré ce mois de révolution et ceux qui ont précédé / suivi, on a revécu en souvenirs cette année libératrice, on a même recréé des AG (Assemblées Générales) voire des occupations.
    Mais dans les rues, à côté, en mai 2018, il y a eu d’autres AG, d’autres occupations. Peut-être moins fortes, peut-être moins mobilisées, peut-être avec moins de pavés mais avec autant de mots, de lacrymogènes et de doutes. Et ça, tout le monde l’oubliait, jusque au théâtre de l’Odéon à Paris duquel ont été virés avec des CRS les jeunes qui voulaient venir prendre la parole pour parler des luttes qui se tiennent aujourd’hui en dehors du théâtre dans lequel on recréait fictivement une occupation datant de 50 ans.
    Il y avait comme un non-sens, non ?
    Parce que quand sont venues, au milieu des archives et documentaires qui permettaient de se souvenirs et de mieux (re)comprendre ces évènements, les revendications — les nôtres — celles contre la loi ORE ou celles contre toutes les réformes gouvernementales, de la SNCF aux hôpitaux en passant par le statut des auteur·rices ; quand sont venues les grèves, les manifestations et tout le reste, je me suis demandé ce qu’il fallait faire de toutes ces commémorations.
    Se souvenir, d’accord, mais ensuite ?

    Et ce que j’ai aimé trouver, en littérature pour adolescent·es, c’est quelque chose de différent, loin du souvenir-soupir en manque d’une vieille révolution de cinquante ans. Ce que j’ai aimé trouver, ce sont des récits pour revivre mai 68 et attiser ce début de feu propre à la jeunesse.

    On peut donc passer outre l’aspect autobiographique du roman de Paule du Bouchet (que vous connaissez peut-être déjà pour ses romans historiques comme Chante, Luna) parce que le roman n’a pas tant à vocation à raconter qui était Paule du Bouchet (et donc à se raconter soi pour simplement se souvenir) qu’à témoigner d’une époque, dépeinte avec beaucoup de réalisme. Si vous lisez 68 année zéro, vous serez plongé·es au cœur des évènements qui font éclater les pavés du quartier latin. Vous vivrez avec une énergie enflammée et un enrichissement historique et politique précis le mois de mai qui a fait se soulever des millions de français.

    Trois filles en colère complète 68 année zéro en se concentrant sur les années qui ont précédé mai 68. Le processus politique, historique et sociétal qui a mené à cette révolution est dépeint de manière brillante et vivante à travers toutes les voix de ce récit épistolaire (peut-être parfois trop nombreuses pour que chacune trouve sa singularité) et à travers les quelques articles de journaux ou photographies d’archives reproduites dans le roman qui se veut comme un coffre qu’on rouvre après quelques années passées dans le noir.

    Le héros de Christian de Montella, quant à lui, permet encore un autre regard que ceux des parisiennes révolutionnaires des deux premières autrices ou des allemande et grecque d’Isabelle Pandazopoulos. Le roman ouvre au regard d’un personnage un peu pataud, engoncé dans son éducation parisienne un peu bourgeoise, qui va s’en sortir par la simple force de son amour pour une jeune révolutionnaire. Il incarne avec justesse une figure plus immobile, plus soumise aussi de cette jeunesse de mai 68 et donne à voir un regard différent.
    Si j’étais moins convaincu par les dialogues et la brieveté de Martin perché qui empêchait de développer entièrement la profondeur des personnages et leur regard sur le monde, sonnant parfois faux ou moralisateur, ce roman, comme les deux autres, nous fait ressentir les vibrations des grèves et des révoltes qui résonnent étrangement avec ce qu’il se passe aujourd’hui.

    Parce que finalement, la force de 68 année zéro, de Trois filles en colère ou de Martin perché est d’abord d’avoir des héro·ïnes incarné·es. Chacun de ces romans est un témoin de parcours initiatiques. À travers les regards des héros et héroïnes — à travers celui qui m’a le plus touché de la jeune Paule du Bouchet qui porte le récit avec sa voix habilement travaillée, si justement et honnêtement adolescente — ils dépeignent leur ouverture au monde et leur passage à l’âge adulte. Le ton est maîtrisé et, comme les révolutions de mai 68, l’écriture est généreuse et énergique.

    Ces trois livres, dont deux sont aussi intrinsèquement féministes, permettent ainsi de se plonger au cœur de mai 68, mais aussi et surtout au cœur des sentiments d’adultes en devenir. En ce sens ils résonnent particulièrement en littérature pour adolescent·es et à une époque où on brandit de nouveau le poing bien haut car ils s’adressent à une jeunesse qui veut vivre — vivre sans limites.
    Pour aller + loin : rencontre entre Isabelle Pandazopoulos et Paule du Bouchet sur Boîtamo !

    Cet article a été écrit dans le cadre de Booktube et la blogo en livre ! Cette chaîne d'articles et de vidéos de blogueur·ses célèbre du 11 juillet au 22 juillet la littérature jeunesse en même temps que la fête du livre jeunesse Partir en livre la célèbre dans toute la France !
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    En ce début de 1968, Maud a seize ans, et elle est loin de se douter que sa nouvelle vie a commencé. À la fin de l'année scolaire, le bac l'attend. Si tout va bien. Mais dans les rues, la soif de changement est là. La colère des étudiants explose. Alors que le Quartier latin est à feu et à sang, que les barricades se montent sous les fenêtres, la jeune fille écoute les Beatles, voudrait se coiffer comme la chanteuse Sylvie Vartan, fantasme sur la photo d'un certain Dany le Rouge et rêve de descendre dans la rue...
    Paule Du Bouchet se souvient de "son " mai 68. Un récit autobiographique qui mêle l'intime aux événements et restitue délicieusement le parfum d'une époque et son cri de révolte.

    208 pages
    9,90 €
    Aux éditions Gallimard Jeunesse, collection Scripto

    1966, un vent de révolte commence à souffler sur le monde.
    À Paris, Suzanne l'insoumise étouffe dans une famille bourgeoise qui n'attend que de la voir bien mariée. À Berlin-Ouest, la timide Magda espère éperdument retrouver sa famille qui vit de l'autre côté du mur, à l'Est. Au même moment, dans une Grèce écrasée par la dictature, la farouche Cléomèna tente de gagner sa vie en faisant la servante alors qu'elle rêve d'université et de lecture sans fin. Dans cette Europe meurtrie, elles ont un rêve commun : tracer leur chemin, découvrir l'amour et devenir des femmes libres.

    Un roman qui s'ouvre comme une valise pleine de secrets : des photos d'archives, des cartes, les notes d'un journal intime... et des lettres. Celles que s'envoient, par-delà les frontières, trois jeunes femmes emportées par la tourmente de Mai 68. On vibre, on aime, on désobéit avec elles, comme si on y était.
    Cinquante ans après Mai 1968, le roman fait revivre la montée des événements en France, en Allemagne et en Grèce de 1966 à fin 1968.

    336 pages
    13,50 €
    Aux éditions Gallimard Jeunesse, collection Scripto

    Hier, mon père est rentré de son cabinet à l'heure du dîner, a rassemblé toute la famille dans son bureau et nous a annoncé, funèbre, que Paris était " à feu et à sang ". Des échauffourées entre étudiants et CRS avaient lieu dans le Quartier Latin. Un après-midi, j'étais monté jusqu'à la rue Soufflot et à la rue Gay-Lussac. Où avais-je le plus de chance de tomber sur elle, sinon là, au coeur des événements...

    96 pages
    11,50 €
    Aux éditions l'école des loisirs, collection Médium +


    { 2 commentaires... lisez les commentaires ou Commentez }

    1. Coucou Tom ! Merci pour ces belles recommandations lecture ! J'ajoute de ce pas 68 année zéro et Martin perché à ma WishList ;) J'ai lu Trois filles en colère et je l'ai tout simplement adoré. C'est un livre très fort, avec notamment trois jeunes femmes qui ont chacune leur tempérament et leurs aspirations. On ne peut que s'attacher à elles et les encourager dans leur combat personnel ! J'ai adoré aussi le fait que le livre s'intéresse à ce qui a déclenché mai 1968, tout ce qu'il y a eu en amont et a entraîné cette conséquence particulière. Et qu'on ait aussi le point de vue de tout le monde : la bourgeoisie, les domestiques, les universitaires, les prisonniers politiques comme le père et le frère de Cléoména... Bref, j'ai trouvé cette pluralité des points de vue non pas dérangeante mais très enrichissante. Et les articles de journaux/affiches de vinyles/photographies sont un vrai plus, c'est comme si cette valise-livre était restée stockée dans notre grenier pendant cinquante ans avant la découverte de ce trésor, ce témoignage du passé. L'entrevue avec Paule et Isabelle était passionnante ! Bravo pour ce bel article ! Je te fais plein de gros bisous ♥

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      1. Merci à toi pour ton commentaire !
        Je suis d'accord avec toi : la force tient dans l'échange de lettres et surtout dans tout le processus qui amène à mai 68.
        Je suis d'accord aussi, la pluralité de points de vue est intéressante... dans l'idée ! En pratique, je trouve que ça manque parfois de profondeur, de maîtrise des voix.
        Et merci d'avoir regardé notre vidéo ;)

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    Alex la Belette et moi, on aime bien les commentaires ! Ça nous donne de l'audace !
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