• Posté par : Tom 30 oct. 2014




    Il y a quelque chose de miraculeux dans la survivance des livres quand ils passent en format poche. Ils accèdent à ce que les éditeurs appellent « le fonds ». J’adore faire partie du fonds. J’adore les territoires sous-marins. J’adore les livres de poche, leur souplesse, leur modestie, leur nature généreuse et périssable (oui oui il y a quelque chose de très beau et de très émouvant là-dedans), ils vivent avec nous, ils se cornent plus facilement, ils servent de carnet de notes, ils s’emportent, s’oublient et se donnent. Les livres de poche ce sont des femmes fardées. Celles que je préfère. Ce sont de petites choses accueillantes qui ne demandent qu’à nous accompagner. Alors lisez que diable. Ne les décevez pas.

    Véronique Ovaldé, marraine de l’édition 2014.



                    Le salon du livre Lire en Poche qui se déroule tous les ans le premier week-end d’octobre à Gradignan, à côté de Bordeaux, a fêté cette année son dixième anniversaire. « Pour cette édition anniversaire, le salon [s’est attaché] à revenir sur son histoire, certaines figures invitées les neuf premières années, et les thèmes qui ont structuré les précédentes éditions. » déclarait le communiqué de presse du salon du livre. Si on sent que le salon a maintenant passé un cap important, sa première décennie, avec cette année 23 000 visiteurs, on a du mal à percevoir une harmonie de fête autour de l’évènement qui accueille certes des figures importantes précédemment invitées mais ne s’attache pas à revenir plus précisément sur son histoire si ce n’est par l’évolution graphique de sa promotion. Malgré cette note de déception, on ne peut s’empêcher de rendre à César ce qui est à César : le salon Lire en Poche, dans un cadre très agréable, sait offrir au visiteur un air de calme, une bulle à part qu’elle soit dessinée, écrite, rêvée ou théâtralisée. Pour revenir sur quelques chiffres cités par Michel Labardin, maire de Gradignan, qui salue ces dix années d’existence et « l’enracinement de [ce] rendez-vous littéraire annuel dans le paysage des salons du livre hexagonaux, reconnus à la fois par les auteurs, les professionnels, et le public », « le nombre de visiteur a plus que doublé, celui des auteurs invités triplé, et l’espace librairie quadruplé de surface avec près de 1500 m2. » Ainsi, ce salon a surtout fêté cette année l’incroyable enracinement de ce rendez-vous dans une France des salons du livre, en le prouvant par une nouvelle édition toujours aussi réussie, et cette année pour moi, encore plus intéressante.




             Lire en Poche, mettre le format poche à l’Honneur


                    Attention, ne pas dire « le livre de poche » à l’honneur qui serait une marque mais bien le « format poche », nous précise le directeur de l’IUT Métiers du Livre deux jours avant le salon. Ainsi, ce salon est l’occasion de mettre ce format un peu particulier à l’honneur, en montrant tous les ans ce que les éditeurs peuvent en faire, tout en mettant à l’honneur ses avantages. Sans revenir sur son histoire et tout ce qu’il a engendré - voici quelques mots de Lionel Demestreau, directeur du salon, tirés du communiqué de presse : « Les livres [format] poche s’attachent autant à l’esprit qu’au cœur de leurs lecteurs. Ils permettent de découvrir ou de cultiver tous les genres, depuis les classiques, les essais, les romans, récits et nouvelles littéraires, la poésie ou le théâtre, les polars, jusqu’aux livres jeunesse, le manga, la science-fiction ou la fantasy. Rendre accessible à tous, par un bel objet, pratique et modique à la fois, la culture au sens large, voilà une des perspectives ouvertes par ces petits formats depuis plus de 60 ans. » Vous l’aurez compris, autant par son attrait que par sa popularisation, le livre de poche est totalement apte à se retrouver centre d’un salon : comme le dit le maire, « convivial et familial, le Salon draine des publics aussi variés qu’il y a de facettes aux œuvres littéraires ». Ainsi ce salon qui se veut de mettre en valeur ce format est le premier de ce genre en France et le seul (pour l’instant ?). Les libraires et éditeurs auraient des règles de formats, comme me le précise l’éditeur de Finitude, des petits formats de moins de 15 euros environ, sauf s’il y a nouveauté pour les auteurs présents sur le salon.


                    De plus, ce salon offre aux éditeurs des opportunités autour de ce format non négligeables. Il a proposé cette année carte blanche au Livre de Poche Jeunesse pour fêter ses 35 ans en proposant quelques panneaux pour une exposition spéciale (un peu mince, néanmoins, et sans trop d’opacité publicitaire non plus) tout en donnant le micro à Cécile Térouanne, éditrice chez Hachette et Le Livre de Poche Jeunesse, et deux de ses auteurs le samedi après-midi, dans une salle de la médiathèque de Gradignan. Elle y a ainsi évoqué brièvement Pierre Marchand, créateur de cette collection poche pour la jeunesse qui montrait ainsi que la littérature existait bien pour eux, et en parallèle Castor Poche et son créateur au tout début des années 80, Paul Faucher. Elle y évoque aussi ce qu’un livre de poche a été et peut maintenant être aujourd’hui : réactualisation de son design, le faire revivre pour toujours renouveler ce format accessible et à petit prix. Mais en plus de donner des cartes blanches aux éditeurs poches comme celui-ci qui fête son anniversaire, le salon du livre permet aux éditeurs qui se déplacent d’y trouver leurs propres intérêts : démarcher des collègues pour ramener des livres en poche chez eux, ou plutôt dans ce salon spécifiquement trouver des éditeurs poches pour ses grands formats. Le salon pétille, non pas que par les rencontres entre visiteurs et auteurs, mais aussi dans une ébullition éditoriale. Les libraires, eux, y trouvent leurs intérêts en exposant directement sur une table, à plat, avec la visibilité des couvertures, les poches habituellement rangés et serrés dans des étagères, ce qui ne permet pas de les défendre ou les mettre en valeur.







                    Ainsi ce salon qui met en valeur ce format accessible, peu cher, réactualisant et popularisant la littérature, tout en mettant en valeur des anciennes nouveautés ainsi renouvelées, offre beaucoup d’opportunités. Au visiteur il propose une nouvelle flopée de livres pas toujours forcément visibles, l’occasion de trouver un salon peu couteux et poétique, dans la poésie du format qu’évoque Véronique Ovaldé dans son introduction, tandis qu’il propose des intérêts aux professionnels qui s’y croisent, rencontrent, et se lient dans une atmosphère un peu particulière…




    Et un salon qui se fête, permet de comprendre un tel évènement


                    En premier lieu, un salon du livre est un lieu de partage. Dans ce cadre exceptionnel de nature - ce parc vaste et agréable qui s’ouvre sur le ciel bien bleu en ce week-end particulier - se dessine une littérature lue et relue, ensemble. On rencontre personnellement les auteurs, on les relie entre eux, on leur parle de nos expériences personnelles. Comme tous les salons c’est un lieu de dédicaces et de rencontres mais qui se fait dans une ambiance plus « saine », en comparaison à ses grands frères où les files d’attentes sont longues et les échanges écourtés. Dans les conférences, c’est l’occasion d’écouter des auteurs, de réfléchir sur leurs œuvres, sur le monde de la littérature mais aussi au monde dans lequel on vit, en mutation perpétuelle, en guerre et paix. Daniel Picouly, dans la conférence qu’il a donnée le dimanche, a insisté sur le partage en faisant bien comprendre que dans la littérature jeunesse, on échange beaucoup. Elle crée des liens entre jeunes et adultes, les jeunes acceptant de lire ou voir des choses si leurs parents font la même chose dans l’autre sens. Cécile Térouanne, elle, à la fin de la conférence ce samedi à la médiathèque, parlait de ce moment unique qui se finissait, où on nous avait invité à nous rapprocher, et à discuter réellement, sans micros ni artifices pour la voix. « Cette conférence, a-t-elle dit, c’est une énergie. Il se passe quelque chose. » En effet, c’est ce que l’on ressent profondément. Il se trame quelque chose dans nos entrailles, nos cerveaux, nos sens. Ce qu’elle veut nous faire comprendre c’est qu’une rencontre c’est toujours enrichissant, et que ça ouvre des portes tant de réflexions que humaines.






                    En plus de fêter le format poche, le livre en général et les rencontres dans ce monde incroyable qu’est la littérature, on fête un évènement local, et un lieu intéressant. Lionel Demestreau, dans un entretien permis grâce à une visite antérieure sur ce salon, m’a raconté l’histoire du salon. En 2005, alors que la médiathèque de Gradignan sort de terre, Michel Labardin, maire de la ville, « pour accompagner la future édification de la médiathèque, (…) souhaitait qu’un évènement autour du livre soit créé. A partir de là, il a demandé une étude auprès de Jean-Luc Furette, professeur à l’IUT Métiers du Livre de Bordeaux, pour la création de cet évènement. » A côté du théâtre des 4 saisons, autre lieu de culture, et de ce nouvel univers qu’est la médiathèque, le salon a donc tout d’une fête locale, avec pour ambition non de drainer des foules entre ses stands et dans ses salles, mais celle d’un salon local et peut-être un peu un côté national, qui ferait découvrir la région, un monde du format poche, et une littérature de partage.


                    Mais ça a aussi pour moi été une expérience enrichissante, dans le fait que cela m’a permis d’en apprendre plus sur la création et la mise en place d’un salon du livre. Dans ce même entretien mené avec Lionel Demestreau et dans mes rencontres in situ cette année 2014, j’en ai appris beaucoup sur l’avancée et l’organisation d’un salon du livre, et ce aussi pour les éditeurs et les librairies. Un salon se crée pour un projet particulier, ici l’idée d’accompagner l’ouverture d’une médiathèque municipale et de rassembler localement les habitants pour une fête autour du livre. Puis il faut faire des choix : ici le choix d’un évènement centré autour du poche, tant pour innover que parce que c’est un format particulière apte à trouver son lectorat « populaire », le choix d’un thème changeant tous les ans, pour explorer différentes facettes de la littérature poche « chaque année la couleur identifiant le salon change un thème soutenant l’orientation d’une édition » précise Lionel Demestreau. J’apprends ainsi qu’il faut une année entre chaque édition pour en mettre en place une autre : bilan du salon « technique, logistique et financier », mais aussi « poursuivre l’animation à l’année ». « Ensuite parce qu’il faut commencer à envoyer des invitations d’auteurs et faire le tour des éditeurs très rapidement pour l’année suivante. En moyenne, pour 100 auteurs et intervenants présents, il faut compter le triple d’invitations », en effet il y a beaucoup d’autres salons et les invités ont aussi toujours des obligations personnelles. Lionel Demestreau parle aussi de la « partie technique (…) assez longue. Le bilan de chaque édition est pour cela très utile, on y identifie [ce] qui a posé problème (...). On en cherche les raisons, et on doit trouver des solutions pour l'année suivante. Tout cela dans le respect d'un budget strict. Enfin, il y a un assez long temps de relationnel, des rendez-vous à Paris avec auteurs, intervenants et éditeurs, mais aussi des déplacement sur d'autres salons, pour y rencontrer mes homologues, y croiser directement des auteurs, voir comment s'organisent les autres, etc. Le montage proprement dit des stands, des tentes extérieures, des expositions etc., prend une semaine environ. Après le salon, le démontage technique et le nettoyage du site s'effectue en 48 heures. Vient ensuite une part administrative et de gestion post-salon. » Voilà en résumé ce qui fait d’un salon du livre un long travail en amont et en aval qui se dessine difficilement sous nos yeux mais qui est bien important pour qu’un tel évènement puisse exister. Une libraire de L’Espace Livre me parle aussi du salon de son point de vue de libraire : les livres viennent de commandes spéciales pour le salon, qui sont renvoyées après celui-ci. Les éditeurs sont répartis entre les différentes libraires pour ne pas se faire de la concurrence inutile. Le salon a fait le choix « d’utiliser le réseau des librairies indépendantes de Gironde pour la manifestation, expliquait Lionel Demestreau. C’est aussi une façon de répartir les éditeurs sur les quelques stands (…) et de permettre ainsi de représenter du mieux possible l’ensemble de ce secteur éditorial. » Certains éditeurs viennent également sans être attachés à des librairies : chez Finitude, on m’explique que cela sert à avoir plus d’espace pour tout emmener, et de défendre soi-même, en tant qu’éditeur, les livres qu’on y présente. Ici, les livres viennent de fonds, à la différence de grands salons comme Paris il les ramène à la fin, alors que les grands éditeurs dans ces salons bien plus vastes pilonnent tout, pour payer moins cher. Sur le stand d’en face, on retrouve des éditeurs de voyage, réunis en un seul collectif, associés pour mieux se représenter, tous, sur différents salons parfois locaux : c’est l’occasion de créer un stand plus grand, d’être mieux visibles.


                    Ainsi, le salon de Lire en Poche, à Gradignan, offre tant un cadre agréable propice aux échanges et aux rencontres qui font des salons du livre des évènements à parts, riches et enrichissants, qu’un évènement particulier qui m’a permis d’en apprendre plus sur le monde du livre et notamment dans l’évènementiel en littérature, et ce de plusieurs points de vues : comment on organise cela en librairie, édition, local ?




             L’occasion de découvrir une chaîne du livre réellement complexe


                    Cette nouvelle édition m’a aussi permis, dans le cadre d’une ouverture d’esprit professionnelle à mon entrée en IUT métiers du livre à Bordeaux, d’essayer d’y voir plus clair dans tous les maillons de la chaîne du livre qui, en plus des 3 maillons principaux que nous connaissons tous, insèrent bien d’autres univers cachés. Il est vrai que ce n’est pas à cette occasion que j’en découvre vraiment plus sur la distribution, la diffusion ou les autres secteurs de vente et de fabrication de livres, mais c’est bien grâce à celle-ci que j’approfondis ce que je sais déjà, et plus particulièrement la chaîne du livre opérant dans les salons. 


                    En premier lieu, les auteurs prennent dans les salons du livre toute leur importance. C’est eux qui en sont à l’origine. Créer un évènement de ce type, c’est promettre à son public, en plus d’une concentration importante de livres et de la littérature, des rencontres avec leurs auteurs, des débats avec eux. Pour un auteur, venir sur un salon du livre c’est l’occasion de vendre ses livres, d’en faire sa promotion, mais surtout et d’abord de rencontrer son lecteur. Sans internet, un écrivain écrit son livre, et le fait publier, mais ne sait finalement pas du tout ce qu’il en advient. Ici c’est l’occasion d’aller à la rencontre de ce lecteur caché derrière une chaîne immense. Pour le lecteur c’est la même chose, mais c’est aussi l’occasion pour lui de comprendre ce métier, d’en apprendre plus sur l’auteur et la création du livre qu’il a lu. Assister à la conférence avec Pauline Alphen a par exemple était une manière d’apprendre l’histoire de la création de son dernier livre : L’Odalisque et l’éléphant. Une très belle histoire, un beau contexte, qui ravit ses lecteurs ou ceux qui la découvrent. Béatrice Nicodème, en dialogue avec Pauline Alphen, confirme ce que dit Pauline Alphen quand elle parle d’une liberté infinie dans la fiction. Chacune a aussi sa façon de raconter qui revient tout le temps, un point de vue fantastique ou merveilleux pour l’une, un point de vue mystérieux pour l’autre. Elles parlent de la surprise des auteurs en écrivant, aussi grande que leurs lecteurs, mais aussi de la façon dont un livre disparaît facilement en littérature adulte et que ça fait vraiment mal, jusqu’au point d’utiliser les mots « mort » et « vivant », précise Nicodème. A une autre conférence, quelques auteurs discutent de l’écriture sur le quotidien : s’inspirer de choses vécues, ou d’actualité. L’une d’entre eux dit aimer les trains ou le sommeil, ces passages, frontières, ces petites choses qui procurent l’inspiration. Enfin, on peut parler de Daniel Picouly, qui explique sa façon de travailler à l’écriture d’albums, de ses inspirations. Il parle aussi de la poétique, cette façon de pressentir les sens dans les mots, que l’on ressent tous, quelque soit notre âge ou notre façon d’être. Voici un condensé d’expériences et histoires que l’on trouve sur un salon comme celui de Gradignan, que l’on vit avec les auteurs : on apprend d’eux et ils apprennent de nous.


                    Mais c’est aussi l’occasion d’en apprendre plus sur l’édition. Si j’en apprends un peu par des discussions avec des éditeurs au premier étage, chez Finitude ou un éditeur de voyage, comme raconté plus haut, ou par Lionel Demestreau, qui discute d’eux comme une façon « de soutenir aussi la petite édition de création », c’est aussi à la conférence avec Cécile Térouanne, une nouvelle fois, que j’en découvre plus. Elle y parle de son parcours, les parcours d’éditeurs étant bien différents il y a quelques années au vue d’études non existantes (ou presque) sur les métiers de l’édition, mais aussi du Livre de Poche Jeunesse. Par exemple, elle cite des chiffres : 100 nouveaux poches chaque année dont la plupart sont de secondes vies (français et étrangers) d’autres éditeurs, et 90 nouveaux grands formats tous les ans chez Hachette, ce qui existait peu avant qu’elle n’arrive en édition. Elle parle de la « vraie » mission de l’éditeur qui est d’accompagner les auteurs, et ainsi de les accompagner sur les salons, et enfin elle m’apprend quelque chose d’encore inconnu : quand on traduit un livre on a un contrat de durée limitée qu’on renouvelle ou pas au bout de chaque fin de durée. Enfin, dans la conférence avec Daniel Picouly, la question du livre numérique est abordée brièvement, autour d’un débat étonnant. Il explique que le livre numérique se vend mal tant le prix est élevé. En France, alors que leur vente n’atteint que 3% du marché contre 20% aux USA, on n’achètera du numérique qu’en dessous de 5 euros or un éditeur ne peut se permettre ça. Les mêmes métiers existent toujours autant, et c’est ce qui compte le plus dans le prix du livre, non sa fabrication. Les éditeurs tremblent à l’aube de cette révolution, or Amazon et Google peuvent, eux, très bien réduire les prix. Mais si les livres sont vendus aussi peu chers pour les éditeurs, ils se feront « balayer », comme les librairies qui tombent déjà massivement, secteur clé en France de par son incroyable réseau de librairies indépendantes, ce dont nous parlerons justement après.


                    En effet on peut aussi en découvrir plus sur le métier de libraire. Revenons d’abord sur les mots de Lionel Demestreau, qui parle du réseau des librairies indépendantes en France comme un « maillon important de la chaîne du livre (…) qui fait du territoire français, avec le prix unique du live, un pays un peu à part pour l’édition. » Ainsi toutes les ventes du salon reviennent aux librairies de Gironde. Nous avions déjà parlé de celles-ci, et nous nous intéresserons de nouveau sur L’Espace Livre, chez laquelle j’ai pu questionner Stéphanie qui m’a expliqué le fonctionnement de la librairie sur le salon (nous en avons déjà parlé), tout en m’apprenant que les livres étaient renvoyés de 3 à 12 mois après réception, ou pour des occasions exceptionnelles comme un salon du livre. Elle explique aussi la difficulté du libraire à vendre les livres qu’il aime, et qu’un salon est l’occasion incroyable de mettre en valeur le poche et des livres plus particulièrement attachés aux libraires par leurs qualités que leur quantité de ventes. Voici quelques aspects qui ressortent ainsi de cette conversation.


                    Enfin, dans la conférence de Daniel Picouly principalement, ressort la question des médias. En effet, les émissions littéraires sont de plus en plus rares aujourd’hui à la télévision, Daniel Picouly ayant été lui-même animateur d’une émission à la télé. Ces journaux n’existent que par la volonté des grandes chaînes, et on est un des rares pays à en avoir, mais quand on parle de romans à la télé on n’arrive malheureusement pas à parler à des gens à convaincre : on s’adresse déjà des lecteurs de ces livres ou des lecteurs tout court. On ne fera pas progresser la masse des lecteurs, et c’est ce que l’auteur dénonce malheureusement avec impuissance dans sa conférence. Il parle aussi de la dépréciation injuste de la littérature jeunesse dans les médias, thème de la littérature pour les adolescents et enfants que nous aborderons dans une  dernière partie.


                    Ainsi, ce salon m’a permis et peut permettre à tout un chacun d’en apprendre plus sur des éléments importants de la chaîne du livre que ce soit dans un salon ou en général. On y découvre aussi l’aspect médiatique, comme on le ressent dès que l’on se rend sur ce type de rendez-vous : peu de non lecteurs s’y rendent, et c’est peut-être le plus grand défi de Lire en Poche ?




             Le cas de la littérature jeunesse, témoin d’un monde qui bouge


    Un peu écartée sur le salon, ou est-ce un simple regard superstitieux ? Peut-être, en tout cas la littérature jeunesse essaie de plus en plus de s’affirmer sous le regard encore incertain des gens ou dans les médias encore dépréciatifs. Dans ce compte-rendu, je veux m’intéresser à la question de cette littérature qui se propose aux jeunes lecteurs, car elle est toujours importante pour moi. Sur les salons du livre elle semble prendre toute son importance car c’est une littérature riche et ouverte, qui est décrite comme une littérature de partage par Daniel Picouly. Retour sur un salon qui ne l’oublie pas, et sur des questions posées durant ce week-end.


    Tout d’abord, la littérature jeunesse se définit toujours sur les salons, pour ceux qui la connaissent peu ou pour rappel dans les débats qui en font naître d’autres. Si Béatrice Nicodème explique adapter son discours sans réellement y penser dans ses livres, comme on changer notre façon de parler en fonction de la personne à qui on parle, d’autres auteurs analysent tout cela. Dans la conférence « Ecrire sur le quotidien », Dominique Brisson parle de ses romans. Elle écrit avec humour pour parler de sujets graves, et c’est ce qui compte finalement. A la fin de la conférence, Patrice Favaro conclut sur le fait que les enfants arrivent toujours à trouver une parenthèse dans leurs discours oraux, quand ils leurs parlent, ce qu’ils n’avaient encore jamais réussi à dire autre part, et de là naît l’inspiration pour l’écrivain. En fait, les auteurs jeunesses s’inspirent tout simplement d’eux comme l’expliquent Thomas Scotto, Daniel Picouly ou d’autres écrivains pour la jeunesse. Daniel Picouly ajoute que l’enfant pense avec sophistication, au contraire de ce que l’on croit. Il dit qu’il ne faut pas « lui faire sentir qu’on le ballade, mais lui faire comprendre que dans sa chambre, on va le faire grandir un peu. » Voilà toute l’importance de cette littérature.


    Néanmoins, et cela ressort dans la carte blanche au Livre de Poche Jeunesse, et dans le débat mené avec Daniel Picouly, la littérature jeunesse reste peu médiatisée et surtout peu valorisée aujourd’hui. Cécile Térouanne raconte qu’au discours d’inauguration du salon, on a parlé de littérature pendant un long moment et arrivé à la fin du discours on parle des « ouvrages jeunesses ». C’est de même ce qu’explique Daniel Picouly : « la littérature jeunesse n’est pas considérée comme noble et n’a donc pas droit à sa part dans les médias ou émissions télévisuelles. » Il ajoute ainsi que l’on traite les auteurs différemment par exemple au salon de Brive : l’accueil en hôtel, dans les restaurants, etc… Mais comme le disent Pauline Alphen et Béatrice Nicodème, ce n’est pas ce qui compte pour elles, elles ne se préoccupent pas de ces préjugés, elles sont tout autant écrivain que les autres et c’est ce à quoi tient Cécile Térouanne en reprenant la médiatrice : « vous avez dit auteurs jeunesses, moi je tiens à les présenter comme écrivains. »





    Enfin, la question qui m’a marquée durant ces conférences a été entamée par Patrice Favaro : « il y a eu une grande évolution de l’adolescence par rapport à la mienne », disait-il alors qu’il racontait une anecdote dans laquelle une jeune fille ne saisissait pas que le narrateur n’était pas l’auteur, et où elle avait ainsi traitée Patrice Favaro de « méchant ». En fait, il explique qu’il avait du mal à les comprendre et c’est ce qui le fascine. Daniel Picouly prolonge ainsi la réflexion et parle d’une littérature jeunesse en « aspect d’une société qui mute ». Il parle de l’adolescent comme le faisait Patrice Favaro et dit qu’il « accède maintenant plus tôt à une narration plus complexe » comme « l’enfant a une culture graphique de plus en plus exigeante ». Il parle de la littérature comme une narration qui a changé et c’est parce qu’on a « fondamentalement changés » nous aussi.

    Finalement, la littérature jeunesse a de grands défis car elle doit s’adapter à un monde qui change, à des adolescents plus exigeants, parfois plus complexes, et en tout cas différents de l’adolescent d’auparavant. Mais elle doit aussi faire sa place dans une littérature qui oublie parfois que les jeunes, eux aussi, ont droit à une littérature, et non seulement des ouvrages de divertissement.



                    En conclusion, le salon de Lire en Poche est un espace incroyable de rencontres, de vie et de mouvement. La littérature pétille dans ce salon, dans ses différents genres, en offrant au visiteur la possibilité de la découvrir en format poche, tout d’abord. En effet, ce format à l’honneur y prend toute son importance en réveillant les problématiques et surtout les avantages qui lui sont liés. Mais ce salon est aussi l’occasion d’en apprendre plus sur un salon du livre, et sur une chaîne du livre complexe et pleine de lieux d’accueil, et de débats. Enfin, la littérature jeunesse m’a intéressée dans ce rapport car elle a beaucoup été questionnée durant ce week-end haut en couleurs. En fait, comme tous les salons, et bien plus dans celui-ci où j’ai été à la rencontre de plus de professionnels, on en apprend toujours plus sur les auteurs, les librairies, les éditeurs, les livres et le monde de la littérature, et tout ça dans un espace vaste et agréable.

     

    <  Rétrospective des affiches >


    { 2 commentaires... lisez les commentaires ou Commentez }

    1. Wahouu... Un super et énorme article tu as fait là =D O.o
      Ce salon avait vraiment l'air intéressant et cool *-*

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      1. Merci ça me touche tu l'as lu en entier ?

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    Alex la Belette et moi, on aime bien les commentaires ! Ça nous donne de l'audace !
    N'hésitez pas à poster votre avis, une idée, une blague, une remarque. Tout ce que vous voulez, tant qu'on peut échanger. Parce que la littérature n'est jamais plus belle que quand on la partage.

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