• Posté par : Tom 13 sept. 2014

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    Que faire quand son couple bat de l’aile? Vers qui se tourner si son mariage prend l’eau? Consulter le premier thérapeute venu? Autant divorcer! Ou bien pousser la porte de l’agence Pillow, qui fait rimer conjugal avec conjugaison, chargeant les meilleurs spécialistes du langage de sauver les unions en plein naufrage… C’est ainsi que Jeremy Cook, le plus misanthrope des linguistes, est dépêché au secours des Wilson. Armé de sa seule science des adverbes kickapoos et de sa riche expérience des désastres amoureux, sera-t-il vraiment capable de ne pas créer plus de malentendus qu’il n’en existe déjà? Et l’étrange Manuel Pillow qui lui a été confié suffira-t-il à l’aider dans sa mission ô combien délicate? Mais surtout, parviendra-t-il à débusquer la bête immonde qui ronge chaque couple?
    David Carkeet, auteur du Linguiste était presque parfait, nous livre dans ce nouvel opus un monde étrange tissé d’amour et de non-dits, de gestes attentionnés et de colères rentrées, où les scènes de ménage ressemblent à s’y méprendre à des scènes de crimes. Comédie domestique grinçante, analyse dévastatrice mais souvent touchante d’un mariage moderne à la dérive, Une putain de catastrophe nous entraîne au pays dangereux de «la schismogenèse complémentaire» et de «l’échec thématique» où, une fois de plus, l’humour le dispute à la tragédie.


    Par David Carkeet
    Aux éditions Monsieur Toussaint Louverture
    416 pages
    20,90 €

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                    La catastrophe est annoncée dès le titre : ce livre racontera un drame, un évènement épouvantable qui détruira des vies. Pourtant, le titre énonce clairement une Putain de catastrophe. Or cet adjectif peu commun, vulgaire en soi, déclenche tout de suite la réaction du futur lecteur et suggère soit (1) que la catastrophe est tellement désastreuse qu’elle ne mérite qu’insultes inutiles si ce n’est à déverser sa colère par le langage, soit (2) que cela change totalement le ton du livre : loin d’être un drame plongeant dans le pathos, ce roman haut en couleurs va fouiner la comédie qui alternera tantôt entre un tel registre et un registre tragique. Vous l’aurez compris, ce livre coup de coeur est un rare plongeon au sein d’un drame moderne entre larmes et rires, qui questionne le mariage et le fonctionnement d’un couple d’aujourd’hui, mais peut-être plus encore.
                    L’histoire commence donc sur la vie (presque) catastrophique de notre héros, Jérémy Cook, linguiste dans l’institut Wabash étudiant le langage fort intéressant des bébés. De quoi se familiariser avec la malchance d’un héros cocasse, qui se voit perdre son boulot et une potentielle compagne, tandis que ses opportunités se résument à la seule agence l’acceptant enfin : Pillow, ou étrange employeur (presque) fou qui lui propose un job pour le moins curieux : sauver la vie d’un couple à la dérive, comme le propose l’agence depuis maintenant bien longtemps. Dans cette introduction piquante, on fait connaissance avec ce héros construit avec soin et originalité, nous touchant dans sa malchance, tout en prenant un plaisir coupable à rire - bien souvent. David Carkeet nous met face à ce (anti) héros surprenant, tout en nous ouvrant les ports de l’agence Pillow et nous présentant un (contre) héros encore plus étrange : contre héros car il semble aller dès ses débuts à l’encontre de Cook, et nous apporter une image tantôt agaçante, tantôt irritante, mais en soi toujours désopilante d’une mystérieuse entreprise aux activités pour le moins originale. En fait, ses premières pages délassantes et rapides donnent le ton : une atmosphère singulière et fraîche, avec des personnages réalistes mais drôles, et face à des situations toujours cocasses, et analysées avec soin.
                    En effet, si Jérémy Cook va se retrouver alors intégré dans la vie des Wilson, ce n’est pas sans rappeler que c’est dans l’optique d’un travail : analyser le couple et l’aider à redevenir lui-même. Ce sérieux de la situation et de l’histoire énoncée d’une telle façon, David Carkeet nous le rappelle dans les disputes à mi-chemin entre comédie et tension, qui penchent le style dans un registre parfois tragique qui peut émouvoir. Notre héros n’est pas confronté à tâche aisée et nous le verrons tout au long du roman, tenus en haleine par l’intrigue, ne sachant trop vraiment s’il réussira sa tâche, face à des disputes fracassantes et des personnages qui parfois se détestent alors qu’on voit leur amour avec une certaine empathie.
                    Car il faut l’avouer, dans cette atmosphère parfois relativement noire, ce couple qui est sur le point de se séparer, les personnages émeuvent, et on s’y attache aussi facilement qu’à une seconde famille : Beth et Dan dans leur amour commun mais très fragile, Robbie, le fruit de cet amour, drôle et passionné, Pillow, dans son manuel cocasse, ses dialogues hilarants et aussi son côté un peu touchant, mais surtout Cook dans son rôle d’observateur, bien intentionné mais parfois maladroit, malchanceux et surtout drôle, jusqu’à y trouver ce fond émouvant, touchant, et réjouissant.
                    Finalement, le côté tragique d’un couple qui se brise est vite repris par l’humour hilarant de l’auteur, les situations comiques voir risibles, et cette atmosphère toujours plaisante, en bref amusante et fraîche. Il traite ainsi du thème du mariage dans sa situation la plus terrible, c'est-à-dire au point de la rupture, mais cela avec esprit, sarcasme et beaucoup de gaîté. Jérémy Cook cherche tout au long du roman L’HORREUR ! qui règne au sein des Wilson : Beth, Dan, les beaux-parents, l’éducation, l’argent, le jugement sur l’autre… ? On attend avec autant d’impatience le mystérieux suspect, et le dénouement, qui se fait finalement avec beaucoup d’esprit et un épilogue autant malicieux qu’émouvant. David Carkeet analyse donc dans la bonne humeur et un humour grinçant un couple qui se détruit, s’auto-détruit peut-être, avec cris et passion, et en cherche les raisons, comme les solutions.
                    Enfin, avec son héros linguiste, l’auteur nous offre tant des leçons de linguistique intéressantes mais souvent présentées avec dérision, qu’une belle réflexion sur le mariage et son rapport au langage. Entre mots, et cris, Jérémy Cook se pose en arbitre leur renvoyant la balle et étudiant leurs phrases, leurs pensées et leurs rapports que les Wilson n’ont eux-mêmes pas réussi à comprendre. Il considère l’union matrimonial du point de vue du langage en en observant les mécanismes avec tact. En fait il nous pose tant la question du mariage : qu'est-ce ? et pourquoi ? que celle de notre communication. Il nous pose face à nos expressions, nos tics de langage qui sont vus d’un point de vue social et observés avec soin, tout en l'analysant avec intelligence : au final, tout n'est pas question de linguistique de nos jours ? Et c'est peut-être ce qu'on retient de notre lecture. Jérémy Cook nous convinct dans ce ménage en explosion que tout repose sur l'échange propre à l'humain qu'est la langue et les mots, et qu'apprendre à communiquer, pour enfin à changer est peut-être la meilleure des choses. 

                    En conclusion, ce livre décompose avec humour mais aussi esprit un couple marié qui tombe en ruines. Toujours avec le génie de son écriture, et la sympathie qu’on porte à l’intrigue et aux personnages, il analyse le langage au sein d’un mariage et le mariage en lui-même dans sa dégradation, en portant une attention minutieuse aux détails et aux différentes relations qui peuvent être au sein d’un tel duo. C’est frais, c’est mordant et c’est aussi sérieux, avec brio, et émotion.

                  

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    - Un humour contagieux et incroyable
    - De l'émotion parmi la joie intense
    - Des personnages vraiment attachants
    - Une intrigue au suspens mordant jusqu'au dénouement réussi
    - Une réflexion poussée à bout

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    C’est frais, c’est mordant et c’est aussi sérieux, avec brio, et émotion.

    "Tout est question de linguistique, de nos jours. Et si ça n'en était pas une, il ferait en sorte que ça le devienne." - p88
    "Il y a une horreur au sein de chaque couple, sans exception." p92
    "Confiance, amour. Nous entendons si souvent ces mots que nous en oublions leur sens véritable." p95

    Et les autres ?
    D'autres avis, dans la presse !
    • Télérama >>> "Jeremy sauvera l'institution du mariage en analysant les conversations d'un couple à bout de souffle. Car, si le silence est criminel, et les disputes quotidiennes plus meurtrières que jamais, il reste un espoir : la grammaire..."
    • Florian Lecornu, Le Failler "C’est l’équilibre parfait entre humour et drame. Et au milieu de ça, pour que la formule s’emballe – parce que sinon, à quoi bon? – un Jeremy Cook plus misanthrope que jamais pour notre plus grand plaisir."

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